‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 150 sur 201 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

ou l'on traite encore des constitutions et du crédit,

ET ou l'on explique l'uSAGE DES MONNAIES EN GÉNÉRAL, ET LES AVANTAGES DE LA MONNAIE DE BANQUE EN PARTICULIER *.

Monsieur, je suis extrêmement ravi , non comme auteur, mais comme citoyen , que mes lettres aient été bien reçues dans votre province, et qu'elle: aient gagné en faveur du Système la plupart de ceux à qui vous les avez communiquées. Je ne m'étonne pas non plus qu'elles aient trouvé des contradic teurs : il n'est pas juste que mes lettres soient plus heureuses que la caus( qu'elles défendent. Il y a même un grand nombre de contradicteurs qu'il ne faut pas espérer de convaincre, soit qu'ils ne se mettent jamais en devoir d( rien examiner, soit que, malgré les explications et les éclaircissements qu'il ne laissent pas de comprendre, ils veuillent soutenir les décisions qu'ils ont pôr tées contre le Système dans le temps qu'ils ne le comprenaient pas. Je prétend; seulement fournir à ceux qui sont bien intentionnés des raisons contre les dé

t II est facile d'aporcevoir que cette réponse est, sous un faux semblant de contre verse, une nouvelle apologie du Système, et qu'elle a été écrite par la même plum< (jui avait Iracc les deux précédentes.

- Cette lettre çsl extraite Ou Mercure de France du mois de maii 1720.

clamateurs de profession. Rien n'embarrasse et ne désole plus cette espèce d'hommes , que lorsqu'on les réduit à raisonner, et qu'on les décrédite par des choses devant les compagnies ou les assemblées qu'ils étourdissaient par des paroles. Mais il y a une autre sorte de gens qui méritent qu'on ait de la considération pour eux. Ce sont ceux qui souffrent réellement du Système, et à qui l'extinction des rentes constituées a fait perdre une assez grande partie de leur revenu.

C'est leur intérêt qui m'engage à revenir encore à la charge sur cette matière, et à leur présenter ensuite par toutes sortes de faces un Système qu'ils ne sauraient goûter encore. Il est bien difficile de sentir le bon d'une disposition générale, quelque bonne qu'elle soit en effet, lorsqu'elle nous incommode personnellement. L'on se croit encore bien plus autorisé dans ses plaintes, quand elles sont communes à tout un ordre de gens dans lequel nous sommes compris. On ne manque point alors de regarder cet ordre de gens comme le plus important de l'État, par une persuasion de l'amour-propre, et comme le plus nombreux, souvent par une erreur de fait.

C'est là précisément le cas de ceux qui se plaignent des remboursements. Ils trouvent mauvais que l'État fasse ce qu'ils n'ont jamais manqué de faire pour leur compte quand ils l'ont pu. Quelques-uns sont assez déraisonnables pour dire que la banqueroute de tout le papier du roi valait mieux que l'extinction des rentes. Cela signifie qu'il fallait faire porter à un autre ordre que le leur une perte totale, plutôt que de leurôter une partie de leurs revenus; car c'est une chose merveilleuse que la confiance avec laquelle chacun met à la place du Système ses fantaisies intéressées, et la hauteur avec laquelle on l'attaque par des discours qui n'ont aucun sens. Je me suis trouvé dans une compagnie où je disais que le bien de circulation qui s'établissait' dans le royaume produisait naturellement la diminution des procès. J'ajoutais qu'on a une liste de trois cent soixante et tant de terres ou maisons qui étaient en décret, et que le Système a dégagées à la satisfaction des créanciers et des débiteurs, que la longueur des procédures allait également ruiner. Un déclamateur répondit brusquement en se levant : « Si on éteint les procès, tout est perdu, car le Français est processif. » Voilà le modèle de la plupart des objections que j'entends faire contre le Système, et qui sont, à mon avis, une grande preuve de sa bonté.

A l'égard, par exemple, des remboursements auxquels je reviens, je ne dispute point à la plupart de ceux qui s'en plaignent leur rang et leur dignité; mais je ne leur apprendrai rien de nouveau, et qu'ils n'aient dit plus d'une fois euxmêmes, quand j'avancerai qu'en matière de bien public la partie la plus considérable de l'État est composée des laboureurs et des ouvriers , ou du peuple de la campagne et des villes, auquel il faut joindre les marchands. Voilà la source de toutes les richesses d'un royaume, et ce qui soutient tous les autres ordres d'habitants ou de citoyens. On ne me niera peut-être pas que cette première classe ne soit aussi la plus nombreuse. Or, je demande si son bien consiste en constitutions, et si les remboursements lui font tort. Je demande encore si le Système, dans ses commencements éprouvés et dans ses projets connus, n'est pas propre à faire cultiver les terres, à faire agir les manufactures, à faire valoir le commerce. J'omets ici le nombre innombrable de ceux qui tirent leur subsistance immédiatement de l'argent du roi, et auxquels la situation présente des choses donne la tranquillité qu'on a perdue plus d'une fois à leur sujet.

Quand on a promis que le Système enrichirait le royaume, cette promesse ne signifiait point qu'il conserverait les richesses aux mêmes particuliers qui les possédaient, surtout si ces particuliers s'obstinaient à prendre des routes tout opposées à celles que l'État leur ouvre, et à décréditer autant qu'ils pourraient le gouvernement par leurs discours et par leur conduite. C'est assez que le pu-

blic soit devenu riche, et pour le trouver tel on n'a qu'à entrer indifféremment dans les maisons des particuliers, à voir la porte et les avenues des rendezvous de promenade et de spectacle, à traverser seulement les rues de Paris.

Je n'ignore pas les qualifications odieuses que quelques-uns donnent à l'espèce de gens, pour me servir de leurs termes, qui ont fait fortune; mais je n'ignore pas non plus le nombre prodigieux de grands seigneurs et de personnes de la plus haute considération que le Système a enrichis ; et la réponse la plus douce que je puisse faire à ces déclamateurs est de leur dire qu'ils sont en tout sens fort mal appris. En tout cas, la porte des richesses a été ouverte à tout le monde, et c'est ce qui fait la principale différence des fortunes de l'ancienne administration aux fortunes de celle-ci. Les personnes de grande condition n'entraient pas dans les affaires ; et parmi les autres, n'y était pas reçu qui voulait. Je ne plains que ceux qui, ayant eu dessein de se livrer aux actions, n'ont pas reçu leur remboursement assez tôt, et ce nombre se réduit à très-peu de gens. Mais il s'en faut bien que tout ne soit perdu pour eux, et ils sont encore à temps, s'ils veulent, d'être plus riches par les actions qu'ils ne l'étaient par les rentes.

La différence qui se trouve entre votre situation dans le nouveau Système, et celle où vous seriez s'il n'avait paru , consiste donc en ce que vous aviez un grand revenu en nom, dont vous touchiez fort peu en effet, et dont vous ne toucheriez plus rien; au lieu qu'aujourd'hui vous avez un fonds qui vous rend peu, mais dont le revenu sera aisé de quelque manière que vous le placiez, et qui croîtra si vous le placez aux actions.

Dirai-je encore aux rentiers, et surtout à ceux qui se plaignent de la réduction des rentes à deux pour cent, que les constitutions ordinaires étant assises sur des fonds moindres en revenu que le denier de la rente , et celles du roi sur des fonds consumés dès l'instant du prêt, leur fin naturelle était non le remboursement, mais la banqueroute, et que sans le Système nous en aurions déjà vu le jour? Les rentes avaient même déjà été réduites sous le feu roi, et si l'on veut y penser, on apercevra dans cette réduction une contradiction monstrueuse qui annonçait la ruine prochaine du royaume. Quelle était la raison de la réduction des rentes? Ce n'était pas, comme aujourd'hui, la multiplication de l'espèce et la facilité de la circulation, c'était au contraire la rareté et l'interception de l'argent. Or, selon tous les principes du sens commun, cette cause devait faire hausser les rentes, bien loin de les faire baisser. L'argent, comme toutes les autres marchandises, ne doit-il pas être d'autant plus cher, qu'il est plus rare et plus demandé? Comment donc le roi prétendait-il en payer moins? Aussi, pour rétablir le discrédit où il tombait en diminuant leirentes des fonds qu'il tenait entre ses mains, il était obligé pour payer ce.' rentes, toutes diminuées qu'elles étaient, d'en créer d'autres à un denier trèshaut. Et de plus, au premier besoin qu'il avait, il empruntait des gens d'affaires un quart en argent sur trois autres quarts d'un papier qu'il avait décrédit^ lui-même en le refusant dans ses bureaux, et il payait quinze et vingt poui cent du total. Qu'allaient devenir avec cela les rentes de la ville, les droits ne se payant d'un autre côté qu'avec des peines extraordinaires, qui tendaient à k non-valeur complète ?

Les constitutions et publiques et particulières, à les prendre sur l'ancier pied, nuisaient au prêteur, à l'emprunteur et à l'État. Elles nuisaient au prêteur par l'excès même d'un profit présent, qui le menaçait d'une banquerout< finale. Elles nuisaient à l'emprunteur par la hauteur du denier, que nous prou Yons avoir été excessive ; de sorte qu'en des temps moins suspects, vous pou vez avoir entendu dire comme moi , qu'aucune rente n'avait pu se souteni trente ans, sans ruiner le constitutionnaire par les décrets jetés sur les fonds Je sais bien que les défenseurs des constitutions disent que l'emprunteur s'ar-

range avec la somme qu'il reçoit, de manière qu'il se lire actuellement d'une dette ou d'une autre aifaire pressante, ou bien qu'il acquiert un rang ou un honneur appréciable parmi les hommes ; après quoi il se met en état, par ses épargnes, de rembourser son créancier. Je ne doute point que tout emprunteur à constitution qui ne se ruine pas ne joue d'adresse, ne s'incommode longtemps, ne prenne sur le revenu de ses autres biens de quoi se délivrer de sa dette. Tout cela fait pour moi, et contre la constitution. Il me suffît que le constitutionnaire ne trouve pas dans le fond du prêt de quoi se sauver, du moins en payant aisément la rente dont il est chargé, pour attaquer l'excès de cette rente. Car enfin il demeure pour vrai, par l'objection même, que votre prêt ruinera tout homme duquel vous exigerez un denier plus fort que le fonds sur lequel vous lui prêtez, s'il n'a aucun autre bien, ou s'il ne tire votre payement de ses autres biens, qui en vérité ne vous appartiennent pas. Enfin les constitutions nuisaient à l'État, non -seulement parce qu'elles ruinaient un nombre infini de débiteurs et de créanciers, mais encore parce qu'elles détournaient du travail et du négoce les particuliers qui n'avaient qu'un bien médiocre, et que la commodité d'une rente jetait ou entretenait dans la paresse. Ces mêmes raisons ont été employées dans l'édit du feu roi de 1665, pour la réduction du denier dix-huit au denier vingt, sous le ministère de M. Colbert. Car je défie qu'on trouve un principe raisonnable, solide, avantageux, en quelque administration que ce soit, ou française ou étrangère , qui ne soit employé et plus directement et plus efficacement dans le nouveau Système, que dans l'administration même d'où le principe sera tiré. On peut dire de plus que l'usage le plus raisonnable des emprunts à constitution, qui était la réparation des terres et des maisons, est remplacé par le prêt que le roi a promis de faire à deux pour cent sur tous les biens-fonds.

J'avoue que l'extinction ou la diminution des rentes fait naître un inconvénient pour ceux qui sont remboursés, ou qui ne peuvent plus constituer leur argent qu'à un denier fort bas. C'est un de ces maux particuliers qui naissent nécessairement du bonheur public. Si les biens du royaume s'arrangeaient de manière que la plus grande partie des procès s'anéantît , ou qu'ils se changeassent en causes sommaires, comme celles qui se plaident devant les consuls, n'y aurait-il pas lieu de bénir un règne ou un ministère qui aurait procuré ce bien à la France? Cependant, quel nombre de familles qui ne subsistent dans tout le royaume que par la procédure et par la chicane! Les veuves et les enfents de la plupart des gens de pratique courraient risque de perdre à cette réformé leur douaire ou leur succession. Ce serait là le cas de dire : Si on éteint les procès, tout est perdu, car le Français est processif. Il n'y aurait pourtant qu'une réponse à faire à cette difficulté. Ceux qui exerçaient une semblable profession prendront, avec le temps, une autre route, ou du moins la feront prendre à leurs enfants ; et cependant le corps de l'État demeurera délivré du plus grand peut-être de tous ses maux.

Ainsi, quand on me dit : Combien de personnes dérangées par l'extinction des rentes ! voici toute ma réponse : Cela vient de ce que la fortune publique a tellement changé de face, que presque personne n'est obligé d'emprunter; ou si quelqu'un a encore besoin de le faire, l'argent est devenu si abondant, et sa circulation si aisée, qu'il n'en coûte presque plus rien pour l'avoir. M'obligerez-vous à être fâché de cet événement, surtout lorsque le prince offre à tout le monde dans le commerce une ressource tout autrement sûre que les rentes, et veut bien assurer, par le dépôt à la banque et par d'autres précautions, les biens du clergé, des communautés, des veuves et des mineurs? Exigez-vous que le roi et que vos concitoyens demeurent encore accablés de besoins, non pour vous mettre plus à votre aise, car vous étiez très-mal , mais pour vous donner un revenu conforme à votre prévention et à votre habitude ? Et comment faisait-on auparavant ? On sait assez que la constitution n'a paru que fort

tard dans la jurisprudence romaine. Toutes les nations de l'antiquité qui se sont rendues fameuses ou par leurs lois, ou par leurs richesses, n'ont connu de biens ordinaires et légitimes que les terres et le commerce. Aujourd'hui même la constitution est peu usitée hors de la France, où elle ne s'est même si répandue que depuis fort peu de temps. Les peuples du moins qui entendent le commerce, la favorisent peu et la tiennent toujours fort bas. Que penser en effet d'une partie de citoyens qui yit et qui subsiste avec aisance des prêts qu'elle a faits à l'autre partie qui se ruine ? Je sais bien qu'une loi accordée par indulgence, et après bien des difficultés, les sauve, moyennant l'aliénation du fonds, d'une usure positive, dont je ne les taxe pas non plus. Mais quelle est encore cette aliénation ? Elle ne subsiste que sous la condition d'un payement trèsrigoureux des arrérages ; et une somme d'argent prêtée sur un fonds qui lui est hypothéqué, est réellement moins aliénée qu'une somme prêtée sur un simple billet pour six mois.

Mais enfin, peut-on dire encore aux rentiers : Prêtez votre argent au denier que vous pourrez, si vous trouvez des emprunteurs. Mais, d'un autre côté, Ife roi, qui se prépare à prêter lui-même, souffrira-t-il qu'en attendant on vexe ses sujets,par un denier trop haut? Lui donneriez-vous cet avis, s'il vous appelait à son conseil? Il veut bien qu'on avertisse ses sujets que tout emprunt à intérêt, quelque léger qu'il soit, est désavantageux aux emprunteurs, et qu'ils trouveraient mieux leur compte à se passer de son prêt même, quoiqu'il ait dessein d'en diminuer l'intérêt de plus en plus. 11 les invite à borner leur ambition et leurs entreprises à leur fortune présente ; et en se passant d'emprunter, autant qu'ils pourront, ils seront en état de s'élever dans la suite plus sûrement. Que les prêteurs, de leur côté, au lieu de chercher des indigents ou des imprudents pour les obérer, placent leur argent dans la Société publique du Commerce qui vient de s'établir : c'est là une manière de l'employer qui est exempte par elle-même de tout soupçon d'usure; que les lois naturelle, civile et ecclésiastique ont toujours également permise et approuvée, et qui les enrichira en contribuant au bien général de la nation.

Je ne répondrai qu'un mot à la facilité de la dissipation du bien en papier. Cet inconvénient n'est pas autre que celui qui a toujours regardé les marchands, les gens d'affaires, et les particuliers même qui avaient leurs biens dans un portefeuille. Mais d'ailleurs, inconvénient pour inconvénient , je n'hésiterais pas pour le public à choisir celui-ci préférablement à celui des procès, dont le bien constitué est une source inépuisable. On ne perd son bien par dissipation que par une imprudence volontaire, au lieu que, malgré qu'on en ait et sans qu'il y ait de sa faute, on est souvent ruiné par les procès.

Je ne doute pas, monsieur, que vous ne vous soyez arrêté dans l'endroit où j'ai dit que les actions sont encore plus sûres que les rentes. Je crois avoir établi que les rentes l'étaient fort peu. La banqueroute presque générale qui s'en serait faite sans le Système peut passer pour une supposition ; mais la difficulté avec laquelle on recevait ses revenus à la fin du règne passé n'est pas encore sortie de votre mémoire. 11 s'agit donc de prouver que les actions sont sûres; et , pour aller encore plus loin , qu'elles forment le plus sûr de tous les revenus.

Je ne prétends point détruire ici les avantages des biens-fonds ; aucun Système ne les a autant favorisés que celui-ci : au lieu que l'imposition des TaillelS faisait craindre au paysan d'améliorer la terre et de la meubler de bestiaux, de peur d'être imposé à une plus grosse somme sur le rôle, la tournure que l'on prétend donner aux droits du roi engagera tous les possesseurs à cultiver jusqu'aux dernières extrémités de leur champ, et à se procurer toutes les richesses de la campagne. Cette tranquillité et cette aisance multipliera les hoilimës dans le royaume, en attirera même d'ailleurs, et cette augmentation insensible fera Valoir de plus en plus les maisons dans les villes, et surtout dans la capi-

taie. On peut dire même qu*au lieu cfue l'ancienne administration ne fournissait rien, et amenait de jour en jour l'abandonnement et le dépérissement de tout, le nouveau Système est si heureux, que la confiance et la défiance qu'on peut avoir à son égard tournent également à l'avantage du royaume. La confiance fait jeter des fonds dans le commerce des Indes, et la défiance fait défricher des terres et bâtir des maisons; et de plus, le Système fournit aux ingrats mêmes de quoi prendre le parti qu'ils veulent. Mais enfin, indépendamment de l'inégalité des récoltes annuelles, l'entretien ordinaire de la plupart des terres en consume presque tout le revenu, et l'on sait la courte durée des maisons des particuliers, sans parler des réparations fréquentes, et quelquefois totales, auxquelles elles sont sujettes. Il n'en est pas ainsi des revenus fondés sur un commerce aussi ample et aussi puissant que celui que la France est capable d'entreprendre et de soutenir. Nous ne prétendons pas être exempts des risques de la mer; mais un naufrage, qui ruine souvent sans ressource un marchand particulier, est en quelque sorte insensible pour une nation entière. Non-seulement une flotte répare la perte de l'autre, mais une année remplace l'autre. Et que ne doit-on pas attendre de la puissance de la nation? Je parle moins ici de la pusisance des armes pour se défendre des attaques des ennemis, que de la puissance du commerce, auquel ceux qui seraient naturellement nos ennemis seront obligés de prendre intérêt. Un commerçant faible, que la jalousie porterait à détruire le fort commerçant, s'aperçoit bientôt que sa fortune consiste à s'attacher à lui , et à le fortifier encore davantage. On sait depuis longtemps qu'en matière de négoce et de banque, la plus grosse bourse attire tout, et ne laisse aux autres que les commissions. Je ne donne ici que les premières vues sur cette matière, le temps viendra de l'étendre davantage.

Mais je puis dès à présent donner la raison de la sûreté des actions et du payement des répartitions ; c'est la facilité que l'État aura à les acquitter par l'usage du crédit et de l'argent de banque. Tout créancier cherche deux conditions dans son débiteur : la bonne volonté et le pouvoir de payer, (^ar sans ces deux conditions, la voie même de contrainte ne sert qu'à avancer la banqueroute du débiteur, et à jeter le créancier dans de nouveaux frais. A l'égard du roi , contre lequel la voie de contrainte n'a pas lieu, on court toujours le même risque sur sa bonne volonté en quelque administration que ce soit. Il ne s'agit donc que du pouvoir de payer; et pour dire le vrai, les rois n'ont jamais manqué et ne manqueront jamais à leurs dettes, que par l'impossibilité d'y satisfaire. Le grand besoin qu'ils ont d'un crédit bien ou mal entendu, bien ou mal gouverné, les engagera toujours à le conserver autant qu'ils pourront.

Le meilleur Système sera donc, sans contredit, celui qui mettra plus sûrement le prince en état de payer plus aisément toutes ses dettes, qui ne sont autres aujourd'hui que ses dépenses. On pourra me dire, en passant, que cette facilité même que le prince trouvera à dépenser peut nous jeter dans de grands iticonvénients. Je satisfais en général à toutes les objections de cette nature, en disant que je ne réponds pas des personnes; je ne réponds que du Système. Mais de plus, les dépenses qui ne vont pas jusqu'aux dettes ne sont point nuisibles dans le prince ; or, le Système est plus propre qu'aucune autre administration connue à fournir aux unes et à prévenir les autres. Voilà tout ce qu'on peut exiger. D'ailleurs, ceux qui font l'objection supposent que le Système soit une véritable source de richesses, ce ne sont pas là des gens auxquels nous avons maintenant affaire. Je viens donc à ceux qui prétendent que le papier substitué à l'argent n'a rempli le royaume que d'un bien faUx et chimérique.

La réponse à cette objection, ou à ce reproche, fait le principal objet de cette troisième lettre, dont toute la suite va vous présenter quelque chose de plus neuf encore que les deux premières. Cependant tout ce neuf ne sera fondé que sur les principes de politique les plus anciens, sur la première institution des monnaies^ sur l'expérience faite par toutes les nations, de l'insuffisance et

des inconvénients de l'usage de l'or et de l'argent seuls, pour la circulation et pour le commerce.

Je crois fermement qu'aucun Système n'est bon, s'il n'est établi sur des axiomes incontestables , et admis par tous les hommes qui font quelque usage de leur raison. La philosophie même ne nous met au-dessus de plusieurs opinions communes, qu'en nous soumettant à la raison et au sens commun, qui leur est ordinairement très-opposé. La différence de l'homme philosophe à l'homme prévenu, de l'esprit juste à l'esprit faux, de celui qui pense et qui raisonne, à celui qui déclame et qui s'emporte , n'est pas que l'un admette les principes proposés, et que l'autre ne les admette pas; ils les admettent ordinairement tous deux. Mais le premier ayant admis un principe, ne s'en écarte jamais; il en fait dépendre tout ce qu'il dit, il regarde comme une vérité constante tout ce qui naît de ce principe en conséquence nécessaire, soit que la proposition soit ancienne, soit qu'elle soit nouvelle, soit qu'elle soit reçue de tout le monde, soit qu'elle ne soit encore reçue de personne. L'homme à préjugés ne se gouverne pas ainsi. Quand on l'a conduit d'un principe admis à une vérité nouvelle, premièrement il la nie, en tâchant de couvrir sa honte par des cris, par des injures, et surtout par des exposés faux et calomnieux. Ensuite il craint tout ce qui se présente à lui sous la forme de raison. Il vient jusqu'à dire qu'il y a bien des matières où la raison n'est point d'usage , et où l'opinion commune, l'habitude, ou même l'erreur ancienne, doivent décider. La vérité néanmoins perce à travers tous ces obstacles, et devient peu à peu l'opinion commune, parce qu'elle est fondée sur des principes de sens commun. Le public s'aperçoit bientôt qu'il n'y a de nouveau, dans le Système qu'on attaquait, que l'assemblage des parties, et l'ignorante absurdité de la plupart des objections qu'on lui a opposées. Que fait alors l'homme à préjugés, confondu par les effets qu'il n'avait pas vus dans dans la cause? Il se sauve en disant que le Système n'a rien de nouveau et qui n'eût été connu de tout temps. Il dit un peu plus vrai qu'auparavant, car c'est ainsi que, depuis Descartes, on a trouvé tout ce qu'il a dit dans Platon et dans Aristote.

Cela supposé, je vous prie de rappeler dans votre mémoire un principe commun, que vous m'avez accordé sans doute en lisant ma première lettre ; savoir, que le crédit est la plus grande richesse d'un commerçant; d'où je conclus qu'il doit faire la plus grande ressource et la plus grande force d'un État. Si lorsque les Hollandais nous faisaient la loi à Gertrudemberg , quelqu'un avait pu les obliger de renoncer à leur crédit et de se réduire à leurs espèces, ils auraient été contraints sur-le-champ de nous céder la partie. Ce n'est même que par le crédit que cet État fort peu étendu, et qui a beaucoup moins d'argent que nous, s'est soutenu contre la puissance de nos armes, et est toujours entré avec honneur dans les traités de paix.

Le premier usage du crédit est de représenter l'argent par le papier, et cet usage peut passer pour une de ces institutions populaires dont on ne connaît point l'auteur, ou, pour mieux dire, qui n'ont point d'auteur particulier. Depuis qu'il y a un commerce réglé parmi les hommes, celui qui a eu besoin d'argent, ou qui ne s'est pas trouvé l'argent qu'il devait donner, a fait un billet qui a tenu lieu de cet argent, et dont le créancier s'est contenté. Il est aisé de von que cet usage multiplie considérablement l'espèce qui manque, et qui ne suffirait jamais sans le crédit : de sorte qu'on peut assurer qu'il y a beaucoup plus de billets bons et valables répandus dans le commerce, qu'il n'y a d'argent dan.' toutes les caisses des commerçants pris ensemble. Cet usage du papier est alK encore plus loin parmi les négociants ; car leur billet a couru de place en place et a fait faire souvent une infinité d'affaires avant que de revenir à sa source: de sorte que leur billet a représenté autant de sommes d'argent qu'il en aurail fallu voir dans les mains de ceux qui se le sont transmis. Le Système n'a fait autre chose à cet égard que de porter au général, à corn-

mencer par le roi, ce que la nature, pour ainsi dire, le mouvement local, la nécessité des choses, avaient introduit parmi les particuliers. Ainsi, au lieu de regarder le Système comme une nouveauté intolérable, je suis étonné qu'il ne se soit pas établi tout seul depuis très-longtemps. Il est certain du moins qu'aucun État, jusqu'à présent, ne s'est bien ou mal soutenu qu'autant qu'il en a plus ou moins participé.

Le commun des hommes ne manquera point de dire là-dessus que le crédit d'un billet particulier se soutient et se conserve par la liberté de l'acceptation; et moi je soutiens, au contraire, que le crédit de ce billet n'est douteux, et sa circulation bornée, que parce que l'acceptation en est libre. En effet, le premier qui le refuse sans en avoir même de raison expresse, fait craindre que l'auteur du billet, homme privé, et sujet non-seulement à l'embarras visible des affaires de l'État, mais à l'embarras secret de ses affaires particulières, ne se trouve pas la somme portée par son écrit; il en arrête la circulation, et le fait renvoyer incessamment à la source. Au lieu que si tout le monde était obligé de le prendre, il se pourrait faire qu'il n'y revînt jamais, et qu'ainsi son auteur ne fût jamais obligé de le payer.

Cette première proposition est si sensible, que j'aurais quelque honte de la prouver, si l'on ne rencontrait des gens très-profonds dans les affaires, qui reprochent sans cesse au gouvernement présent un crédit forcé : comme s'il y avait aucun crédit général qui ne fût fondé sur des statuts et sur une loi. L'argent même en a besoin pour circuler, et l'on a été obligé plus d'une fois de recourir au magistrat pour faire accepter à quelques particuliers certaines espèces, ou les espèces sur un certain pied. C'est cette contrainte même qui fait la confiance publique, puisque le commun du monde n'accepterait jamais une monnaie, ou un papier, que quelqu'un serait en droit de refuser. Je vous ai quelquefois ouï plaindre vous-même de ce que les arrêts sur ces sortes de matières n'étaient pas assez tôt connus dans la campagne pour mettre les esprits en repos. Or, rien ne marque mieux la vérité d'un Système que lorsque, sans y prendre garde, et même en l'attaquant, on dit sans cesse des choses qui lui sont conformes. C'est donc le manque de cette autorité ou de cette loi générale qui réduit à des bornes si étroites le commerce des particuliers. Il n'y a que le souverain (je l'ai dit dans ma lettre précédente) [qui puisse avoir un véritable crédit, et les commerçants particuliers n'en auront jamais que l'ombre. Cela seul fait comprendre quelle était la faiblesse d'un gouvernement où de simples bourgeois pouvaient se vanter, sans insolence, d'avoir plus de crédit que le roi, parce que le roi ne se servait de son crédit que pour emprunter, comme eux, des sommes qu'il ne rendait pas comme eux; au lieu que le crédit du souverain consiste à payer valablement, avec sa promesse même, ce que les particuliers ne sauraient faire avec la leur.

Mais enfin, me direz-vous peut-être, quelque effort d'esprit que je fasse, je ne comprends point que le papier puisse payer valablement de la marchandise ; et quand il me servirait pour l'avoir, le dernier porteur du billet serait certainement en perte. Je pourrais répondre d'abord que la circulation établie fait que ce dernier porteur ne se trouve point; mais voici une réponse plus essentielle et plus décisive.

Il n'y a de richesses réelles parmi les hommes que les denrées et les marchandises, et il n'y a de commerce réel parmi eux que le troc de ces denrées ou de ces marchandises. L'or, l'argent, le cuivre, les billets, les coquilles marquées et enfilées dont on se sert sur certaines côtes d'Afrique, ce ne sont là que des richesses représentatives , ou des signes de transmission des richesses réelles. Ceux qui se trouvent possesseurs des fonds où l'on recueille ces denrées ou ces marchandises, ou bien ceux qui les vont chercher dans les terres ou dans les eaux qui n'appartiennent proprement à personne; tous ceux-là, en livrant ces denrées ou ces marchandises à ceux qui les demandent, ont droit

de tirer d'eux quelque autre effet en échange. Or, comme ceux-ci n'en ont souvent aucun qui convienne à ceux-là, les seconds donnent aux premiers dans le signe de transmission, quel qu'il soit, une reconnaissance indéterminée quant à la nature de l'etîet qu'ils ont reçu, mais déterminée quant à son prix. Ainsi je regarde un écu même, comme un billet qui serait conçu en ces termes : « Un vendeur quelconque donnera au porteur la denrée ou la mar- « chandise dont il aura besoin, jusqu'à la concurrence de trois livres, pour au- « tant d'une autre denrée ou marchandise qui m'a été livrée », et pour signa ture, Teffigie du prince ou une autre marque publique.

Tous les signes de transmission sont donc égaux ou indifférents, en tant qu'ils représentent toute sorte d'effets, et en tant qu'ils sont la mesure commune de leur prix et de leur valeur Si les denrées étaient sur un tel pied, qu'au cas qu'il n'y eût aucun signe de transmission , je donnerais deux muids de blé pour avoir un muid de vin ; dans le cas des signes de transmission établis, je n'en donne qu'un pour un muid de blé, lorsque j'en donne deux pour un muid de vin. Cela s'entend sans peine, et vous fait voir que quand le billet de banque ne produirait jamais d'argent, ce qui n'est pas, aucun porteur de ce billet ne tomberait en perte, puisqu'il a sur une marchandise convenable le même titre que le premier qui l'avait reçu. Il s'agit maintenant d'examiner quels sont les signes de transmission les plus convenables dans un État. Le signe de transmission peut être mis sur des matières qui ne sont par elles-mêmes d'aucun prix, ou qui sont d'un prix si bas, qu'on n'y fait aucune attention, comme le papier et les coquilles ; ou bien il peut être mis sur des matières qui sont ellesmêmes une marchandise considérable, comme les métaux; et entre ces marchandises, on peut choisir celles qui naissent dans le royaume, comme le fer et le cuivre, ou celles qui viennent du dehors, comme l'or et l'argent.

On a de bonne heure employé les métaux pour servir de signes de transmission ou de monnaie; premièrement, parce qu'ils sont inaltérables jusqu'à un certain point, et qu'ils ne dépérissent pas en passant continuellement d'une main à l'autre; et en second lieu, parce qu'ils sont exactement divisibles, et qu'ainsi ils peuvent servir de mesure juste aux marchandises les plus viles. On a commencé par le fer et par le cuivre, que l'on trouve presque partout ; car on ne devait pas naturellement s'aviser d'appliquer sur une matière que l'on^ ne tire que des étrangers le signe de transmission des marchandises de son pays. Je comprends bien que les peuples qui possèdent les mines d'or et d'argent ont profité avidement de la séduction où l'éclat de ces deux métaux a fait tomber les autres peuples. Cette séduction a procuré aux premiers des avantages infinis, en attirant chez eux, comme un tribut, les marchandises des autres nations. Mais elle a jeté les peuples séduits dans un inconvénient terrible, c'est de manquer souvent, et presque toujours, de la quantité de matière suffisante pour les signes de transmission qui sont nécessaires au commerce déjà établi chez eux : de sorte que plusieurs d'entre eux, faute de signes qu'ils devraient avoir, et pour lesquels ils ont un titre, ne sauraient acheter les marchandises dont ils ont besoin, quoiqu'elles abondent dans leur propre pays. L'inconvénient est encore bien plus grand lorsque c'est le prince même qui se trouve dénué de ces signes de transmission, parce que, sans parler des dépenses générales et quelquefois subites qu'exige la conservation de son État, la plus grande partie de ses sujets subsiste par les appointements ou par les gages qu'il leur donne. Or, ce manque de matière vient ordinairement et de la cupidité éclairée des voisins, et de la défiance aveugle des sujets. Les voisins, amateurs aussi de l'or et de l'argent, ont une infinité d'adresses pour l'attirer chez eux , en corrompant quelques-uns des sujets mêmes par des gains illicites et criminels; ou bien les sujets, sans tremper dans ces malversations , enferment ces signes de transmission comme un trésor réel, portés à cela par quelque mouvement de crainte ou de défiance, que j'appelle toujours aveugle, parce qu'elle arrête ime circnlatioii

LETTRES SUR LE NOUVEATi SYSTEME DES FINANCES. 675

qui met l'État en défaut, et qui est plus capable que toute autre chose d'attirer sur les autres et sur eux-mêmes l'indigence qu'ils craignent.

Mais voici le remède souverain à ce mal : c'est de donner aux hommes un signe de transmission, dont la matière soit prise chez eux, dont le prince puisse augmenter et diminuer la quantité suivant le besoin de l'État et du commerce, et surtout qui ne soit intrinsèquement d'aucune valeur. C'est là le principal article sur lequel je prétends appuyer. L'or et l'argent sont naturellement des marchandises comme les autres. La partie qui en a été employée aux monnaies a toujours été affectée à cet usage, et il a toujours été défendu aux orfèvres d'acheter des louis d'or ou d'argent et de les mettre en œuvre. Ainsi, toute cette partie a été tirée du commerce ordinaire par une loi qui avait ses raisons dans l'ancien gouvernement, mais qui est désavantageuse par elle-même. C'est comme si on avait soustrait une partie des laines ou des soies qui sont dans le royaume, pour en faire des signes de transmission : ne se trouverait-on pas plus au large si on les rendait à leur usage naturel, et qu'on appliquât ces signes de transmission à des matières qui par elles-mêmes ne serviraient de rien ? Mais le plus grand avantage de ces signes appliqués à ces sortes de matières, est qu'on ne serait jamais tenté de les détourner de leur destination propre, qui est de circuler.

Le prince a un pouvoir direct sur ceux qui enferment et qui recèlent les espèces, parce qu'elles n'appartiennent aux particuliers que par voie de circulation, et qu'il leur est défendu de se les approprier dans un autre sens. Je suis bien aise de répéter et d'expliquer cette proposition de ma lettre précédente, puisque vous me marquez qu'elle a surpris et blessé quelques personnes, quoiqu'il n'y ait pas en politique une proposition plus vraie. Je n'ai pas dit qu'il fût loisible au prince de retirer toutes les espèces de son royaume pour se les approprier à lui-même , en laissant ses sujets dans l'indigence ; c'est ce que l'ancien gouvernement fit en partie dans la refonte qui fit naître les billets de monnaie; mais toutes les espèces du royaume appartiennent à l'État, représenté en France par le roi, et elles lui appartiennent précisément comme les grands chemins, non pour les enfermer dans ses domaines, mais pour empêcher que personne ne les enferme dans les siens ; et comme il est permis au roi, et au roi seul, de changer les grands chemins pour la commodité publique, dont il est le seul juge par lui-même ou par ses officiers, il lui est permis aussi de changer les espèces d'or et d'argent en d'autres signes de transmission plus avantageux pour le public, et qu'il reçoive lui-même, comme il recevait les autres; et c'est là le cas du gouvernement présent. Cependant, tant que les espèces d'or et d'argent conservent l'effigie du prince, ou la marque publique, et que ceux qui les renferment les regardent eux-mêmes comme des signes de transmission, le prince est en plein droit de les obliger à les rendre, comme ne faisant pas de cette espèce de bien l'usage auquel il est destiné. Ix* prince aurait même ce droit sur les biens qui vous appartiennent en pleine propriété , et il peut vous obliger d'ensemencer vos terres et de réparer les maisons que vous avez dans une ville , sous peine de les perdre ; parce qu'au fond, vos biens ne sont à vous qu'à condition que vous en fassiez un usage convenable à la société. Mais enfin, pour éviter les recherches et les confiscations en matière de monnaie, il est encore mieux de remonter jusqu'à la source du mal, et de ne donner aux hommes qu'une monnaie dont ils ne soient pas tentés de faire magasin.

Le papier satisfait donc pleinement à toutes les conditions que nous avons recherchées dans la matière de la monnaie. Il est suffisamment inaltérable par la facilité qu'on a de le changer à la banque quand il est usé; il est exactement divisible par la valeur portée par le billet ; et la menue monnaie d'argent qu'on laissera toujours dans le commerce supplée aux petites divisions nécessaires pour les besoins de la vie. Il est pris en France, et le prince est ton-

Page 1