‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 154 sur 201 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Dans l'affaire de la monnaie , les ministres ont travaillé à deux fins : l'une d'en empêcher le transport, l'autre d'en augmenter la quantité. J'ai fait voii que les moyens dont on s'est servi pour empêcher ce transport n'ont pas eu leffet proposé : à présent j'examinerai les moyens dont on s'est servi pour en augmenter la quantité.

On a surhaussé les espèces étrangères, croyant par là engager les étrangers à apporter les espèces dans le pays; on a surhaussé les espèces du pays, et on a mis plus d'aloi, croyant que la même quantité étant surhaussée ou affaiblit dans le titre, faisait le même effet, comme si la quantité avait été augmentée

M. Boizard donne pour raison de l'affaiblissemelit de la monnaie (p. 23, ligne 11), que les royaumes voisins ayant affaibli le titre de leur monnaie, si le.' autres ne faisaient pas de même, attireraient à eux toute la monnaie qui se trouverait plus forte que celle qu'ils fabriquaient ; et (p. 61, ligne 1) que les droit: que les princes prennent sur la monnaie et les frais de la fabrique, qu'il appelh droit de seigneuriage et de brassage, empêchent que les espèces d'or ou d'ar gent fabriquées en un royaume ne soient transportées dans un autre.

Je prouverai que tout affaiblissement de monnaie, au lieu d'attirer les espè ces et matières étrangères, fera transporter les espèces du pays, quoique fai blés, et les matières en pays étranger.

Sous le nom d'affaiblissement, j'entends les frais de la fabrique, les droit que les princes prennent sur la monnaie, les surhaussements des espèces et l diminution de leur poids ou titre.

En France, les droits de seigneuriage et brassage sont pris sur la monnaie.

Je suppose que ces droits montent à trois pour cent de la valeur ; celui qu porte des matières à l'Hôtel de la Monnaie pesant cent onces, et du même titr avec les espèces, reçoit quatre-vingt-dix-sept onces fabriquées.

En Angleterre, je suppose que le prince ne prend pas le droit de seigneuriage et que la monnaie est fabriquée aux dépens de l'État : donc ceux en Franc qui ont des matières, les transportant en Angleterre et remettant la valeur pa lettres de change, épargnent les trois pour cent.

Le change étranger est réglé sur la qualité et quantité de métal dont les mon naies sont faites. Des espèces en France pesant cent onces, valent par l'échang en Angleterre cent onces en espèces du même titre ou plus en poids, à pn portion que les espèces d'Angleterre sont d'un titre inférieur; alors le chang est au pair.

Une balance due fera monter le change contre le pays qui la doit; mais j suppose qu'il n'y est point dû de balance, et que le change est au pair.

Les Français qui transportent des matières en Angleterre, et remettent valeur en France par lettres de change, ont trois pour cent plus qu'en portai les matières à l'Hôtel de la Monnaie de France ; parce que la France prend 1( droits de seigneuriage et brassage, et que l'Angleterre ne prend point de droi sur la monnaie; la fabrique est défrayée par l'État.

Quand le prince réforme les espèces, et qu'il prend un droit sur la réformi les espèces sont transportées. Exemple : la pistole de France est à douze 1 vres : le roi ordonne qu'on apporte les espèces à la Monnaie pour être réfoi mées ; la Monnaie reçoit les pistoles à treize livres , et les rend réformées quatorze, c'est-à-dire que quatorze pistoles vieilles donnent treize pistoles n formées.

F^ar cette réforme, le particulier reçoit plus de livres qu'il n'en a porté à Monnaie ; mais il perd un quatorzième de son or, que le prince gagne, et qi le particulier aurait épargné s'il avait transporté les vieilles espèces en Angl<

terre et remis la valeur par lettres de change. Le change supposé au pair, il aurait reçu autant de pistoles réformées à quatorze livres qu'il aurait transporté de vieilles espèces.

Quoique le prince ne profite pas par l'affaiblissement de la monnaie, que le profit soit donné à ceux qui portent la monnaie forte ouïes matières pour être fabriquées en monnaie faible, et que la fabrique soit défrayée par l'État, pourtant cet affaiblissement n'attirera pas les espèces étrangères, comme M. Boizard prétend, mais fera transporter les espèces d'un pays, quoique faibles, et les matières en pays étranger.

Je suppose que les espèces d'Angleterre, de France et de Hollande sont du même poids et titre ; que Vécu en espèces vaut soixante sous, les autres espèces à proportion ; que le commerce entre ces États soit égal, je veux dire qu'il n'y ait point de balance due.

Je suppose que les Anglais affaiblissent le titre de leur monnaie de vingt-cinq pour cent, ou qu'ils haussent les espèces de vingt-cinq pour cent, ce qui revient à la même chose ; que, pour engager les étrangers d'apporter leurs espèces et matières en Angleterre, ils donnent tout le profit de l'affaiblissement à ceux qui apportent la monnaie forte ou les matières pour être réformées , et que la fabrique ou réforme soit défrayée par l'État : ces avantages prétendus n'engageront pas les Français ou Hollandais à transporter leurs espèces ou matières en Angleterre.

On n'envoie pas les espèces ou matières en pays étranger, à moins d'y trou ver du profit. D'envoyer alors huit mille écus monnaie de France en Angleterre, on aurait à la Monnaie d'Angleterre dix mille écus monnaie faible. De rapporter ces dix mille écus en France, on ne gagnerait pas, parce qu'il n'y a que la même valeur dans ces dix mille écus qu'en huit mille monnaie de France. De remettre ces dix mille écus en France par lettre de change, on n'aura que huit mille écus monnaie de France, parce que le change est réglé sur la quantité et qualité de matières dont la monnaie est faite ; et le commerce étant égal, le change serait au pair. Donc il n'y aurait pas de profit à transporter les espèces ou matières de France en Angleterre pour rapporter la valeur en espèces ou en lettres de change.

Objection. On dira peut-être que les Français gagneront s'ils emploient les sommes transportées en marchandises d'Angleterre.

Réponse. Si en Angleterre le prix des marchandises augmente à proportion que la monnaie est affaiblie, les Français et Hollandais n'enverront pas leurs espèces ou matières en Angleterre plus qu'avant l'aftaiblissement, n'y trouvant pas plus de profit. Si le prix des marchandises n'augmente pas , cent écus de France ou de Hollande envoyés en Angleterre, et réformés en monnaie faible, achèteront la même quantité de marchandises que cent vingt-cinq écus de France ou de Hollande avaient achetée avant l'établissement. Mais nonobstant cet avantage, les Français et Hollandais n'enverront pas leurs espèces et matières en Angleterre; car quoique la Monnaie d'Angleterre donne cent vingt-cinq écus monnaie faible pour cent écus monnaie de France ou de Hollande, elle ne donne que la véritable valeur; et on aurait autant en achetant des lettres sur Londres , sans se donner la peine de transporter les espèces ; cent écus alors payés à Paris ou à Amsterdam valant par le change cent vingt-cinq écus à Londres.

11 est vrai que les Français et Hollandais achèteront les marchandises d'Angleterre vingt-cinq pour cent meilleur marché qu'avant l'affaiblissement; mais l'Angleterre ne s'enrichira pas par ce commerce; au contraire, autant que les étrangers achètent à meilleur marché, autant l'Angleterre perd ; et les espèces, quoique faibles, et les matières seront transportées.

Pour prouver cela, je supposerai que les marchandises achetées en Angleterre par les Français et Hollandais montaient annuellement à cinquante millions

de livres, les Français et Hollandais achèteront la même quantité de marchandises pour quarante millions monnaie forte envoyés en espèces ou remis par lettres de change.

Je suppose que les marchandises achetées en France et en Hollande par les Anglais montaient annuellement, avant l'affaiblissement, à cinquante millions; comme ces marchandises coûteront cinquante millions monnaie forte, il faut que les Anglais ne prennent que quarante millions de ces marchandises, ou qu'ils envoient dix millions en espèces ou matières pour payer la balance qui sera due à la France et à la Hollande.

On dira que le bas prix des marchandises d'Angleterre engagerait les Français et Hollandais d'en acheter une plus grande quantité.

Supposé qu'ils achètent le double de la quantité ordinaire, l'Angleterre recevrait quatre-vingts millions pour des marchandises qui, avant l'affaiblissement, valaient cent millions ; cinquante millions balancent les cinquante millions de marchandises achetées annuellement par les Anglais en France et en Hollande : donc l'Angleterre a donné des marchandises qui valaient cinquante millions avant l'affaiblissement, pour trente. Les années suivantes, les Français et Hollandais achèteront moins des marchandises d'Angleterre : n'étant pas supposés d'en avoir consommé plus que d'ordinaire, ils en auront fait des magasins, et autant qu'ils épargnent par l'affaiblissement de la monnaie d'Angleterre, autant l'Angleterre perd.

Mais cette supposition est ce qui n'arrête pas; car quoiqu'il pût arriver que l'Angleterre fournirait en une année la quantité des marchandises qu'elle a couume de vendre aux étrangers en deux, comme ces marchandises deviendraient rares en Angleterre, et la demande plus grande que d'ordinaire, et que ces marchandises deviendraient plus abondantes en pays étranger, le prix hausserail en Angleterre et baisserait chez les étrangers, et la demande cesserait avec le bon marché ; car c'est le bon marché et non pas le besoin qui est supposé engager les étrangers à prendre une plus grande quantité de ces marchandises qu'avant l'affaiblissement.

Quand le bon marché engagerait les Français et les Hollandais à îaire un( consommation plus grande des marchandises d'Angleterre, ce moyen dont l'Angleterre se serait servie ressemblerait à l'industrie d'un marchand qui, ayan sa boutique remplie de toute sorte d'étoffes, proposerait de les vendre au pri> ordinaire et de les mesurer avec une aune plus longue d'un quart qu( celle des autres marchands.

Je conviens qu'il est quelquefois de l'intérêt d'un État de diminuer les droit sur la sortie de certaines manufactures, même de donner un prœmium à ceu: qui les transportent, pour les mettre en état de vendre à meilleur marché au? étrangers, et par là en augmenter le débit; mais il ne se trouve jamais un ca; qu'il soit de l'intérêt d'un État de baisser le prix de toutes les marchandise également ; car il s'en trouve de plusieurs sortes desquelles les étrangers n* peuvent pas se passer, dont on peut hausser le prix; et parmi celles dont oi peut baisser le prix , les unes devraient être baissées plus, les autres moins selon le besoin et la demande des étrangers, et la quantité de ces effets dans l pays. L'affaiblissement de la monnaie que je viens de supposer les baisse ton sans distinction et également, comme le marchand qui vendrait au prix cou rant et qui donnerait vingt-cinq pour cent de bénéfice sur la mesure. C'est 1* moyen de faire banqueroute.

En France, les droits de seigneuriage et de brassage sont pris sur la monnaie en Angleterre, la monnaie est exempte du droit de seigneuriage, et la fabriqu est défrayée par l'État. En France, les espèces sont exposées plus haut qu'ei Angleterre ou Hollande ; mais ces affaiblissements n'engagent pas les Anglai et Hollandais d'envoyer leurs espèces ou matières en France; au contraire, 1 valeur des livres, sous et deniers, par lesquels on compte et par lesquels I

commerce se fait, étant par là diminuée, a été cause en partie de la balance due par la France et du transport des espèces en pays étranger.

Avant ces affaiblissements de la monnaie de France, je supposerai que son commerce avec l'Angleterre et la Hollande était égal ; que la France prenait la valeur de cent vingt millions annuellement en marchandises de ces pays, et que ces pays prenaient la même valeur en marchandises de France ; que les espèces de France sont haussées de vingt pour cent ; que les marchandises de France continuent de se tenir au même prix. Les Anglais et Hollandais prennent la même quantité de ces marchandises qu'ils achètent avec cent vingt millions monnaie faible, ou cent millions monnaie d'Angleterre ou de Hollande. Donc il faut que les Français prennent moins des marchandises d'Angleterre ou de Hollande, ou qu'ils envoient vingt millions en espèces pour payer la balance qui sera due. Car les Anglais et Hollandais ne vendraient pas leurs effets pour être payés en monnaie faible sur le même pied que quand elle était plus forte. Et si les Français veulent prendre la quantité ordinaire des marchandises de ces pays, la défense de transporter les espèces et matières n'empêchera pas les vingt millions d'être transportés. Au contraire, cette défense en fera transporter davantage, à proportion qu'elle fera hausser le change contre la France, et elle fera hausser le change à mesure qu'elle sera rigoureusement exécutée, comme je l'ai expliqué.

Objection. L'on dira que les marchandises de France haussent à proportion que les espèces sont haussées.

Réponse. Je conviens qu'avec le temps le prix de toute chose augmentera de ce que la monnaie aura été affaiblie ou surhaussée; mais en attendant que le prix hausse, la France perd sur toutes les marchandises vendues aux étrangers. Les draps et étoffes de laine, les étoffes d'or et d'argent, et autres manufactures où le produit des pays étrangers est employé, seront d'abord vendues plus cher, parce que les matériaux coûtent plus ; mais ces manufactures ne hausseront pas de prix dans la même proportion que les espèces sont haussées. Car pour quelque temps l'ouvrier travaillera au même prix, et le marchand vendra au même profit; les denrées et manufactures où les productions de la France sont seules employées, continueront pour quelque temps de se tenir au même prix; nonobstant le surhaussement des espèces, le fermier qui a des blés ou des vins à vendre, et qui reçoit douze pistoles à quinze livres , est aussi content que quand il recevait quinze pistoles à douze livres, puisque les douze pistoles à quinze livres font cent quatre-vingts livres, qui payent sa taille et sa ferme, de même que quinze pistoles à douze livres auraient fait.

vSupposons que le moindre paysan en France soit assez habile pour raisonner autrement, qu'il dirait : «Telle quantité de blé valait hier une pistole en espèces; « le roi a augmenté la pistole de douze livres à quinze, la pistole ne vaut pas « davantage étant du même poids et titre : ce sont les livres qui valent moins; « comme la pistole vaut plus de livres, telle quantité de blé doit aussi valoir « plus; car quoique les livres aient diminué en valeur, la valeur du blé n'a pas « diminué. » Il résulterait de ces raisonnements que le prix des denrées, des manufactures et du travail du peuple augmenterait avec les espèces dans l'instant et dans la même proportion ; mais les impôts et droits n'augmenteront pas, étant réglés par les tarifs.

Si la France et la Hollande renouvelaient leurs tarifs, la France travaillerait à se faire payer les mêmes droits ou à les augmenter, et à diminuer ceux qu'elle paye en Hollande. Si la Hollande demandait la diminution des droits en France, et que la France continuât de payer les mêmes droits en Hollande , la France n'accorderait pas cette demande : pourtant, en haussant les espèces, elle fait autant en faveur de tous les pays étrangers, que si elle l'avait accordé K

' Le raison nuiiicnl est évicleul et de la plus haute importance; c'est un des plus forts

Si les droits payés en France par les étrangers ou par les marchands français qui transportent des marchandises en pays étranger, ou qui apportent celles des étrangers en France, montent à soixante millions, hausser les espèces de vingtcinq pour cent, baisse ces droits d'autant. Car, que les Français ou les étrangers transportent les marchandises, à l'égard des droits, cela revient à la même chose; Cette remarque regarde les droits qui sont réglés à tant de livres sur telle quantité de marchandises , mais ne comprend pas les droits qui sont réglés à tant pour cent de la valeur des marchandises ; car il est à supposer que les marchandises étrangères avaient augmenté de prix autant que la monnaie.

Donc les droits de seigneuriage ou de brassage, ou autres manières d'afl'aiblir la monnaie, ne conservent pas les espèces et matières dans le pays. Elles font transporter les espèces, quoique faibles, et les matières en pays étranger.

On a été longtemps dans l'erreur au sujet de la monnaie, croyant que la même quantité d'espèces surhaussées faisait le même effet que si la quantité avait été augmentée, et il se trouve encore des personnes qui croient bien entendre la monnaie et qui soutiennent cette opinion. Si en faisant passer l'écu de trois livres pour quatre on augmentait la valeur de l'écu, et que cet écu ainsi surhaussé fît le même effet que quatre livres faisaient quand Técu était à trois livres; le faire passer pour cinq livres rendrait la monnaie encore plus abondante , et par la même raison un million pourrait être augmenté à cinq cent millions, et servir à tous les besoins de l'État.

C'est de même que si un homme qui aurait trois cents aunes d'étoffes pour tapisser une chambre, prétendait faire servir les trois cents aunes en les mesurant avec une aune de trois quarts ; il aurait alors quatre cents aunes d'étoffes, mais la chambre ne sera pas mieux tapissée.

L'écu avait cours hierijour trois livres, aujourd'hui il a cours pour quatre livres : la valeur de l'écu n'est point augmentée, car il est du même poids et titre ; les livres, sous et deniers ne sont plus du même poids et titre, donc leur valeur est diminuée.

Les marchands étrangers achètent l'écu en espèces par lettres de change, et ne donnent que le même prix qu'ils donnaient avant le surhaussen^ent. Ils achètent les livres par lettres de change à trente-trois pour cent meilleur marché. Donc il est évident que les surhaussements des espèces ne les rendent pas plus valables dans le pays, ni en pays étranger. Ces surhaussements font que les espèces valent plus de livres, mais c'est en rendant les livres moins valables.

Je veux croire que les ministres savent que les surhaussements des espèces ne les rendent pas plus valables, et qu'ils ne font de changement dans la monnaie que pour épargner ou trouver des sommes au prince ; mais il y a app^ rence qu'ils ne savent pas toutes les mauvaises suites de ces changements. H

Les anciens estimaient la monnaie sacrée ; elle était fabriquée dans les tei^ pies. Les Romains fabriquaient la monnaie aux dépens de l'État ; le même poid« en matière et en espèces de même titre était de la même valeur.

L'autorité publique, en fabriquant la monnaie, est supposée garantir que les espèces seront continuées du même poids et titre, et exposées pour le même nombre délivres, sous et deniers; et le prince est obligé en justice et en honneur envers ses sujets et les étrangers qui trafiquent avec eux, de ne point fairt de changement dans la monnaie ; quand un contrat est acquitté, on doit recevoir la même quantité d'argent et du même titre, sous la même dénominatior que lorsque le contrat était fait.

S'il se trouve des raisons d'État qu'on ne comprend pas, pour affaiblir la m(H|-

argumenls employés dans les notes du Négociant Anglais pour prouver que l augmeùlation de droits portée dans le traité de commerce stipulé à Utrecht en faveur de no; manufactures était cliimérique; et le même calcul peut être appliquée tous les traités m commerce que nous avons renouvelés depuis 1689, epocpie fatale de nos surhaussements d< monnaies. {Noie de Forbonnais.)

naie, cette monnaie faible ne doit pas avoir cours dans les payements des contrats déjà faits. Ces contrats doivent être acquittés en espèces du même poids et titre , et au même prix que lorsque les contrats ont été faits , ou avec des espèces de la même valeur.

C'est ainsi que le parlement d'Ecosse en a ordonné, quand les espèces d'Ecosse ont été surhaussées, ou que la monnaie a été affaiblie ; car c'est la qualité et quantité de la matière qui fait la valeur de la monnaie, et non le prix marqué par le prince.

J'avais oublié de remarquer que d'affaiblir une espèce de monnaie, et de continuer les autres d'un titre plus fort, fait peut-être plus de tort à l'État que si toutes les espèces étaient affaiblies.

Je suppose que les pièces de dix sous sont affaiblies, et que les autres espèces sont continuées du même titre ; alors l'étranger peut fabriquer ces espèces faibles, les envoyer dans le pays, et les échanger contre les espèces qui sont d'un titre plus fort ; alors les faux-monnayeurs peuvent fondre les espèces fortes et en fabriquer de faibles.

Comme les espèces fabriquées par les faux-monnayeurs seraient du même poids et titre que celles fabriquées par le prince, on ne pourrait pas facilement les découvrir; alors le change haussera, étant supposé que les lettres seront payées en monnaie faible.

De même si les espèces étrangères sont surhaussées , et que celles du pays continuent aux prix qu'elles étaient, celui qui apporte des espèces étrangères, et qui rapporte la valeur en espèces du pays, gagne autant que les espèces étrangères sont surhaussées; et ce que l'étranger gagne, l'État le perd. Exemple : la pistole de France est exposée à douze livres, et la pistole d'Espagne à treize livres : l'Espagnol apportant des pistoles d'Espagne en France , et rapportant la valeur en pistoles de France, gagnerait neuf pour cent.

Si les pistoles de France sont surhaussées dans la même proportion, l'Espagnol alors ne se donne pas la peine d'apporter les espèces d'Espagne en France, quoique ces espèces aient cours en France pour plus de livres qu'en Espagne, parce qu'avec mille pistoles en Espagne il achètera une lettre de change de mille pistoles sur la France, et qui lui produira le même bénéfice que s'il avait porté les espèces en France.

En sorte que les surhaussements des espèces du pays ou étrangères peuvent faire préjudice à l'État, mais ne peuvent pas faire du bien.

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