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CHAPITRE IX

Du Luxe.

Nous voilà conduits à Texamen du luxe et de ses ouvriers , l'objet de tant de vagues déclamations , qui partent moins d'une saine connaissance, ou d'une sage sévérité de mœurs , que d'un esprit chagrin et envieux.

(^ Si les hommes étaient assez heureux pour se conduire par la pureté des maximes de la religion , ils n'auraient plus besoin de lois ; le devoir servirait de frein au crime, et de motif à la vertu ; mais malheureusement, ce sont les passions qui conduisent, et le législateur ne doit chercher qu'à les mettre à profit pour la société. Le militaire n'est valeureux que par ambition , et le négociant ne travaille que par cupidité ; souvent, l'un et l'autre, pour se mètre en état de jouir voluptueusement de la vie, et le luxe leur devient un nouveau motif de travail *.

Le luxe est une somptuosité extraordinaire que donnent les richesses et la sécurité d'un gouvernement ; c'est une suite nécessaire de toute société bien policée. Celui qui se trouve dans l'abondance veut en jouir; il a là-dessus des recherches que le moins riche n'est pas en état de payer, et cette recherche est toujours relative aux temps et aux personnes : ce qui était luxe pour nos pères est à présent commun, et. ce qui l'est pour nous ne le sera pas pour nos neveux. Des bas de soie étaient luxe du temps de Henri II, et la faïence l'est autant, comparée à la terre commune, que la porcelaine comparée à la faïence.

Le paysan trouve du luxe chez le bourgeois de son village , celui-ci chez l'habitant de la ville voisine, qui lui-même se regarde comme grossier par rapport à l'habitant de la capitale, plus grossier encore devant le courtisan.

Le législateur peut penser du luxe comme des colonies. Lorsqu'un État a les hommes nécessaires pour les terres, pour la guerre et pour les manufactures, il est utile que le surplus s'emploie aux ouvrages du luxe, puisqu'il ne reste plus que cette occupation ou l'oisiveté, et

1 On voit que la thèse de Vutilisation des passions, soutenue par Charles Fourier et sou école, n'est pas nouvelle. N'est-il pas remarquable que son apparition date de l'époque de la régence, et qu'on la rencontre, pour la première fois, dans un livre qui contient la proposition de rétablir l'esclavage ?

qu'il est bien plus avantageux de retenir les citoyens dans le lieu de la domination, quand ils trouvent à vivre, que de les envoyer dans les colonies, où l'on ne travaille que pour le luxe : le sucre, la soie, le café, le tabac, ne sont que luxe nouveau, inconnu aux Romains, peuple du plus grand luxe, si l'on s'en rapporte à leurs déclamateurs, aussi chagrins et aussi satiriques en vers et en prose que les nôtres.

Dans quel sens peut-on dire que le luxe amollit une nation? Cela ne peut pas regarder le militaire : les soldats et les officiers subalternes en sont bien éloignés, et ce n'est pas par la magnificence des officiers généraux qu'une armée a été battue. L'émulation ambitieuse ne les soutient pas moins que les autres. Attribuera-t-on au luxe la faiblesse de ces nombreuses armées ottomanes ou persanes, ou au défaut d'émulation et de discipline? Le luxe oriental est une paresse oisive qui amollit le courage dans un triste sérail.

Les troupes espagnoles, plus mal habillées et plus frugales qu'aucune loi somptuaire ne l'ait jamais ordonné, n'en étaient pas plus vaillantes, et lorsque dans les dernières guerres nos armées ont été battues, il y régnait bien moins d'abondance que dans le temps brillant de nos victoires. Le luxe est en quelque façon le destructeur de la paresse et de l'oisiveté. L'homme somptueux verrait bientôt la fin de ses richesses s'il ne travaillait pour les conserver ou pour en acquérir de nouvelles, et il est d'autant plus engagé à remplir les devoirs de la société, qu'il est exposé aux regards de l'envie.

Et pour aller du particulier au général , le luxe d'une nation est restreint à un millier d'hommes, relativement à vingt millions d'autres non moins heureux qu'eux lorsqu'une bonne police les fait jouir tranquillement du fruit de leur labeur. Si le laboureur ou l'artisan dominent dans le luxe, ce ne peut être que par le travail du laboureur et de l'artisan multipliés. Cela sera toujours un cercle qui rend le luxe peu à craindre dans une nation.

Ce n'est pas qu'il ne puisse être nuisible à la guerre par la grande suite d'équipages et de valets fatigants et capables d'aflamer l'armée. C'est dans cet esprit que l'ordonnance militaire règle les équipages des principaux officiers ; le général même la restreint encore quelquefois, comme on donne de l'eau par mesure dans un siège ou dans un vaisseau retenu à la mer. Dans ces cas singuliers, l'utilité serait d'avoir moins d'hommes, et dans la police générale d'un État, on ne peut en avoir trop.

C'est peut-être le luxe qui a banni des villes et de l'armée l'ivrognerie, autrefois si commune, et bien plus nuisible pour le corps et

pour l'esprit. En effet, elle semble s'être retirée dans les campagnes, où le luxe n'est pas encore arrivé.

Dans une république de peu de terrain \ obligée en quelque sorte à vivre du travail de ses mains, tout est luxe , et Ton ne souffre un violon à *** * que depuis peu de temps et au grand scandale des anciens, qui s'écrient que tout est perdu. Cela ressemble mieux à une communauté de reclus qu'à une société d'hommes libres. Aussi dès qu'un citoyen a plus de revenu qu'il ne lui est permis d'en dépenser, il se transporte dans un lieu de jouissance, et il prive sa patrie de sa personne et de ses biens. Dans une autre république % où régnent la musique et le libertinage des femmes, il y a des lois somptuaires restreintes à la seule ville. Les uns disent que le luxe est permis à la campagne pour ruiner les citoyens; d'autres qu'il est défendu à la ville pour enrichir ces mêmes citoyens. Le vague se trouvera toujours dans la politique lorsqu'elle ne sera point ramenée à ses principes simples et généraux, qui sont susceptibles de toute la démonstration que la morale peut comporter.

Le pain est de nécessité absolue, et les laines sont de seconde nécessité; mais le pain blanc, et les draps fins, établis par M. Colbert, seraient du plus grand luxe, sans l'habitude où nous sommes de nous en servir tous les jours. Le terme de luxe est un vain nom qu'il faut bannir de toutes les opérations de police et de commerce, parce qu'il ne porte que des idées vagues, confuses, fausses, dont l'abus peut arrêter l'industrie même dans sa source.

Lorsque, dans les dernières guerres, les armateurs des villes maritimes revenaient, chargés des dépouilles ennemies, étaler leur opulence par des profusions extraordinaires, c'était le lendemain à qui ferait de nouveaux armements, dans l'espérance de gagner de quoi faire les mêmes dépenses. C'est à ce motif que nous devons les grands services qu'ils ont rendus à l'État et les actions étonnantes des flibustiers. S'ils n'en étaient revenus qu'avec une gloire obscure et confondue avec celle de tous les soldats et matelots, pense-t-on qu'ils > fussent retournés , ou que l'émulation en eut fait partir d'autres ? L'austère Lacédémone n'a été ni plus conquérante , ni mieux gouvernée , ni n'a produit de plus grands hommes , que la voluptueuse xVthènes.

'^ Parmi les hommes illustres de Plutarque, il y a quatre Lacédémoniens et sept Athéniens, sans compter Socrate et Platon, oubliés. Les lois somptuaires de Lycurgue ne méritent pas plus d'attention que ses

* La république helvétique. — '^ Genève. " Celle de Venise.

autres lois, qui révoltent tant la pudeur. Comment pouvait-il espérer que sa communauté, qui ne connaissait point de récompense éternelle, conserverait l'esprit ambitieux d'acquérir à travers mille fatigues et mille périls, sans espérance d'augmenter sa portion ou de diminuer son travail? La gloire seule, dénuée de ces avantages d'un bien-être qui en sont presque inséparables, n'est pas un assez puissant aiguillon pour la multitude. Il serait plaisant d'imaginer un projet de faire vivre toute la France en commun. Ne l'attribuerait-on pas à un génie qui ne serait jamais sorti de son village?

Caton, le grand solliciteur des lois somptuaires chez les Romains, :> élevé dans les villages, en avait pris les mœurs. Il nous est dépeint avare et intempérant, même usurier et ivrogne. Le somptueux Lucullus, encore plus grand capitaine, et aussi juste que lui, fut toujours libéral et bienfaisant. Le réformateur qui, par la dureté de son caractère , veut aussi rendre la vie plus dure, peut quelquefois être révéré de la populace ; mais il est toujours méprisé du sage, dont la mesure est la douceur de la société.

Nos lois somptuaires ont diminué à mesure que notre police s'est perfectionnée : il y en a à peine trois ou quatre du feu roi, et seulement sur les étoffes et ouvrages d'or et d'argent trop riches , et sur les dentelles étrangères ; elles ont même été, comme celles de ses prédécesseurs, presque sans exécution, parce qu'avant qu'elles aient chassé un luxe de mode, le commerce en rappelle un nouveau encore plus grand qui fait aisément oublier le premier. Ainsi elles ne sauraient subsister qu'autant qu'elles seront relatives au commerce.

Nous rapporterons quelques-unes de ces ordonnances pour en faire connaître l'inutilité, et l'esprit qui les inspirait.

Charlemagne défend de porter un sayon plus cher que vingt sous, et un rochet plus cher que trente. M. l'abbé de Vertot nous apprend, d'après le Traité de police de Delamarre, que le sayon était une veste sur laquelle on mettait le rochet. Ainsi le justaucorps et la veste coûtaient cinquante sous, qui, selon le progrès numéraire, font actuellement le poids de cent quatre-vingts livres. Si l'on y ajoute la comparaison de la quantité d'argent de ce temps-là à celle d'à présent, cela peut faire une somme deux fois, quatre fois, dix fois plus grande.

Dans le Recueil des ordonnances de Fontanon , il y en a une qui détermine l'amplure des chausses de deux tiers de tour, et surtout la doublure sans pochettes, qui ne peut pas être rembourrée de crin de cheval, coton, bourre ou laine. Et sur la frugalité des tables, il ne pourra y avoir, « es noces et festins, que trois services de six plats chacun, et un plat ne pourra être double, c'est-à-dire deux chapons

ou deux perdrix, mais bien trois pigeons, ou l'équivalent, comme douze alouettes, etc. Défense aux cuisiniers d'en servir davantage, sous peine d'amende, etc. » Cela pouvait du moins régler le nombre des convives pour une table. Un tribun romain en avait réglé le nombre depuis trois jusqu'à neuf. Auguste fit une loi pour permettre douze convives à l'honneur des douze grandes divinités du paganisme, etc. Ce n'est pas la peine de rapporter tant de puérilités, moins encore de les aller chercher et examiner dans leur première source.

Il y avait au temps de Charles V des souliers nommés à la poulaine, dont le bec extrêmement long donnait occasion aux gens du bel air d'imaginer dessus divers ornements, comme des cornes, des griffes, des ongles. L'Église s'était beaucoup récriée contre cet usage, ^omme étant contraire à l'ordre de la nature, défigurant l'homme dans cette partie de son corps. Elle l'avait condamné au concile de Paris en 1212, et au concile d'Angers en 1365 et en 1368. Le roi Charles les supprima par lettres-patentes dont voici la teneur :

«Défenses à toutes personnes, de quelle qualité et condition, à peine de dix florins d'amende, de porter à l'avenir des souliers à la poulaine, cette superfluité étant contre les bonnes mœurs et dérision d( Dieu et de l'Église, par vanité mondaine et folle présomption. » Le^ dates des deux conciles et de l'ordonnance du roi nous apprennem que cette mode avait duré plus de cent cinquante ans. Cet exemple unique à notre nation, peut faire soupçonner qu'il y avait dans cette sorte de souliers plus de gentillesse qu'on ne dit. Le bec des soulier! des femmes s'est apparemment sauvé du naufrage général des souliers à la poulaine.

Voici à quel prix le luxe était banni de la nation dans la première race. C'est M. l'abbé de Vertot qui parle :

« Une vie libre, mais sauvage, des mœurs féroces, le peu de commerce avec les nations policées, l'ignorance des commodités, tou contribuait à éloigner le luxe de leurs cabanes; et nous ne pouvon nous faire une idée plus nette et plus Juste de ces premiers temp qu'en les comparant au genre de vie que mènent aujourd'hui les Huronset les Iroquois. » Cela n'empêche pas l'auteur de déclamer, dan cette même dissertation, contre le luxe.

Les degrés sont bien assignés sur les différents genres de nécessité et le législateur peut bien se reposer là-dessus. Les ouvriers ne seron employés au luxe que lorsqu'il y aura suffisamment de marchandise de seconde nécessité, et de même ils ne seront employés à celles-1 que lorsque les premières seront remplies. Il y a vingt millions d'acheteurs pour du pain, moins pour des étoffes, moins encore pour de

toiles; et le paysan n'achète du vin et du tabac que lorsque de plus grands besoins sont satisfaits.

Qu'importe à l'État qu'une sotte vanité ruine un particulier, envieux de l'équipage de son voisin? C'est la punition qu'il mérite, et l'ouvrier, plus estimable que lui, s'en nourrit. Ce que l'on dit d'un particulier se dira également d'une maison, et même d'un marchand assez imprudent pour faire un crédit également dangereux à l'un et à l'autre, jusqu'à ce que la loi aura pourvu au prompt payement des dettes. Dans un règlement de Charles IX, pour la modestie des habits, il est dit, art. 16 : « Et d'autant que la facilité de prêter draps de soie a donné occasion d'entrer dans telles superlluités d'habits, enjoignons à tous juges de nier toutes actions aux marchands qui , depuis la publication des présentes, vendront draps de soie à crédit à quelques personnes que ce soit, etc. \ »

Le législateur doit-il, par cette crainte servile, anéantir l'industrie, jeter l'ouvrier dans une oisiveté dangereuse, gêner la liberté, et ôter un nouveau motif au travail ? Ce qui est pernicieux par soi doit toujours être défendu ; mais l'inconvénient qui peut suivre d'une loi bonne en elle-même ne doit point arrêter le législateur. Il opère sans acception des personnes, et va toujours au bonheur de la plus grande quantité. Pourquoi punit-il le duel dans l'honnête homme même offensé, si ce n'est pour sauver le sang d'un plus grand nombre de citoyens?

L'exemple du luxe au plus haut point, et même au ridicule, est dans la cherté excessive de quelques denrées frivoles , que l'homme somptueux étale avec profusion dans un repas, dont il veut faire consister le mérite dans la cherté. Pourquoi se récrier sur cette folle dépense? Cet argent, gardé dans son coffre, serait mort pour la société. Le jardinier le reçoit, il l'a mérité par son travail excité de nouveau; ses enfants presque nus en sont habillés, ils mangent du pain abondamment, se portent mieux, et travaillent avec une espérance gaie. Il ne servirait aux mendiants qu'à entretenir leur oisiveté et leur sale débauche.

A Dieu ne plaise que nous voulions mettre en parallèle un tel emploi de cette somme avec les grands motifs de la charité qui donne aux pauvres honteux et aux hôpitaux! Tout le reste disparaît devant cette vertu, la plus grande des vertus, toujours accompagnée de la justice et de la bienfaisance. Mais, nous l'avons déjà dit, les hommes se conduisent rarement par la religion : c'est à elle à tâcher de détruire le luxe, et c'est à l'État à le tourner à son profit; et lorsque nous avons

' Fontanon, tome I, page 984.

haiiS

parlé des vaines déclamations, ce ne sont point de celles de la chaii mais de celles qui nous sont communes avec les satires des païens.

Il est encore des motifs moins élevés dont le législateur pourrait profiter. Celui qui dépense à bâtir, à dorer un superbe palais, ne fait rien de contraire à l'État, ni à la morale; mais il ne doit espérer aucune gloire de la part du public, parce qu'il n'a travaillé qu'à son utilité particulière. Celui qui travaillerait à réparer un chemin, à construire des fontaines, etc., mériterait des marques glorieuses de sa bienfaisance, par des statues ou par d'autres distinctions capables d'exciter une nouvelle émulation dans les citoyens.

Les spectacles ne sauraient être trop grands, trop magnifiques et trop multipliés : c'est un commerce où la France reçoit toujours sanjdonner.

Le luxe ne doit pas être confondu avec l'usage des marchandises des Indes, défendues par le Conseil du commerce; car c'est moins poui leurs richesses que pour la consommation d'étoffes encore plus riches de nos manufactures.

On doit croire cette prohibition utile, puisqu'elle est continuée ^ constamment, et en connaissance de cause ; mais son exécution esi accompagnée de tant de contrariétés, que l'on ne sait plus qu'er penser. La Compagnie des Indes a seule le droit de les faire venir, el n'a le droit de les vendre qu'en entrepôt, pour être portées à l'étran ger; et c'est ce qui s'exécute, au moins en apparence, puisque ce qu est en fraude de cette loi est brûlé publiquement.

Et cependant tout en est plein. Ce ne peut être que par l'entremist de nos voisins; et alors c'est leur donner le profit de ce riche commerce, dont nous avons la peine, dont nous souffrons encore par de? recherches fatigantes, et dont de misérables fraudeurs, moitié toléréî et moitié punis, deviennent à la fin les victimes \

L'alternative est évidente , elles sont utiles ou pernicieuses. Dan: le premier cas, permettez-les, et nous en aurons l'abondance et le: profits. Dans l'autre, exécutez rigoureusement l'ordonnance, et nou: en aurons le profit de nos manufactures. Si, par une distinction plu: subtile que solide, vous croyez qu'il en faille une certaine quantit» pour suppléer à ce qui peut manquer des manufactures, déterminez la plus ou moins, et que ce soient les Français qui la vendent. Din que l'exécution en est impossible , c'est ne pas connaître la force de lois.

• 11 faut lire les arrêts du Conseil des 20 janvier et 22 lévrier 1716, pour se faii une idée de la tyrannie des mesures employées })ar la Compagnie des Indes pou soutenir son monopole commercial.

Les étoffes, les toiles, servent à couvrir, et leur finesse semble procurer une plus grande commodité ; mais les diamants ne servent qu'à charger une tête, ou à embarrasser un doigt d'un vain éclat. Ils n'épargnent aucun travail , et ne suppléent à aucune marchandise ; à peine les fins, d'un prix si excessif, diffèrent-ils de nos pierres du Temple. Ils viennent de l'étranger au plus loin , qui reçoit des piastres en échange ; mais nous n'allons pas les chercher exprès et à grands frais ; c'est un accompagnement d'un commerce général , qui fait une nouvelle valeur de circulation , reçue dans tout le monde.

Le souverain qui possède les mines de diamants n'a pas assez d'hommes pour défendre ses frontières ni contre ses voisins , ni contre les établisseme:its européens. C'est à lui que les mines de diamants sont pernicieuses : il y emploie trente mille hommes, dont ce pénible travail abrège les jours, et qui seraient bien plus utiles, soldats ou laboureurs.

Les diamants nouvellement découverts dans le Brésil diminueront plus sûrement la valeur de ceux des Indes qu'ils n'augmenteront les richesses de cette colonie. Le prix des diamants doit toujours décroître , parce que leur quantité se multiplie sans se détruire. Le prix des sucres et des autres denrées doit se soutenir, parce que leur consommation annuelle augmente à proportion de leur produit*.

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