‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 176 sur 201 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Des Monnaies Ue saint Louis et de Charles VII.

La demande obstinée d'avoir de la monnaie du poids et du titre d< saint Louis, était un effet de la vénération des peuples pour ce saint

* Abrégé de l'Histoire de France, tome III, page 495, in-4'%1668. — Consultez^ sur le même passage, riiisloire complète du même écrivain, tome I, page 693, édition de Guillemot.

* Voyez le tome III de V Histoire de France du père Daniel.

' Voyez la réponse à ce chapitre, dans Dutot, chapitre i, article 2.

roi . Plusieurs portaient de ces monnaies au cou , dans la pieuse croyance qu'elles guérissaient certaines maladies ; et ceux qui avaient intérêt d'avoir de la monnaie forte abusaient de cette foi populaire ; car, selon leur politique , il n'y avait pas plus de raison de demander de cette monnaie que de celle de Philippe 1", comme à présent il n'y a pas plus de raison de demander la réduction du marc à vingt-sept livres, qu'à vingt ou à une autre quantité.

Si le haussement altérait le commerce ; ou causait la disette des espèces , nous devrions être actuellement et sans commerce et sans argent , puisque le haussement est de 1 à plus de 60 , en sorte qu'il faudrait soixante sous pour payer la valeur intrinsèque d'une dette d'un sou contractée au temps de Charlemagne. Nous avons déjà dit que, du temps de Philippe I", le haussement était d'un tiers; et, du temps de saint Louis, de trois quarts.

Charles YIl , dauphin , pour soutenir la guerre contre les Anglais , maîtres de presque tout le royaume, augmenta, en moins de quatre années , le marc d'argent de neuf livres à trois cent soixante-une livre dix sous, ce qui fait le haussement environ sept fois plus grand que celui d'à-présent. Le droit de seigneuriage était de deux cent soixante-dix livres par marc , reçu à la Monnaie pour quatre-vingtdix. Voici ce qu'en disent le père Daniel et les historiens monétaires :

(( Le dauphin , faisant faire ses monnaies plus basses que celles du roi son père , les attirait presque toutes , ce qui ne causait pas un petit embarras aux Anglais, au point qu'ils n'osaient faire aucune délivrance des leurs, comme il paraît par cette lettre de Charles VI \» Mais, dans son ordonnance précédente (1420), il dit : « que l'affaiblissement des monnaies fait que les étrangers les emportent^. » C'est tantôt l'affaiblissement qui les fait sortir du royaume, tantôt il attire celles de l'étranger.

Les ministres n'en savaient pas plus là-dessus que les historiens ; et au lieu d'examiner par eux-mêmes , ils écoutaient des personnes intéressées et encore plus ignorantes.

* « Nous n'avons voulu qu'il en fût fait encore aucune délivrance pour les grandes fraudes, mauvaistiés et déceptions que celui qui se dit dauphin, et ceux de sa parlie y a voient commencé à faire, qui faisoient forger à nos coins et armes gros de petite valeur, en intention de tirer et attraire par devers eux les bons gros que nous faisions faire, pour enrichir noire peuple de leur monnoie, si la nôtre eût couru sur ledit pied. »

^ a Étant venu à notre connoissance que depuis aucun temps en çà, à l'occasion des guerres qui ont été en notre royaume, notre monnoie qui a eu cours en icelui, lit été tellement diminuée et affoiblie, que par ce moyen l'or et l'argent qui abonloient en icelui notre royaume, en est très-grandement distrait et transporté. »

Les monnaies de Lorraine sont actuellement de même titre et de môme dénomination que les nôtres, mais plus faibles d'un sixième en poids. On demande si les nôtres les attirent, ou si elles attirent les nôtres. Il semble que les historiens avaient une idée d'attraction sympathique.

Les faits cités d'augmentation ne sont pas des exemples qu'on donne à imiter ; et il est sans doute avantageux à un État de ne point toucher aux monnaies, lorsque l'imposition suffit à toutes les charges, et qu'elle se lève avec facilité. Et même, si les valeurs numéraires étaient insuffisantes, celles de représentation seraient à préférer aux augmentations, si le génie et la confiance de la nation leur donnaient le même prix. Nous cherchons ici les circonstances où l'État a besoin de cette ressource, qui n'est pas sans inconvénient dans son passage.

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