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SITUATION DU CRÉDIT A LA FIN DE NOVEMBRE

34,000,000 d'espèces, que valaient au plus les 100 millions de billets de l'État, reçus pour les 200 mille actions d'Occident, qui valaient 1 ,875 * le 29 novembre 1719; c'était 9,575, qui, avec la mise 500, faisait 9,875 livres. Les 200 mille actions formaient donc aux porteurs propriétaires et à l'État, une valeur réelle de. . . 1,975,000,000 1.

27,500,000 Les 50 m'iWe /illes, qui ont coûté 550 livres en

argent, valaient autant que l'Occident 493,750,000

10,000,000 Pour quatre payements faits sur les 50 mille petites filles, faisant 200 livres. Elles valaient 1,775 ledit jour 29 novembre ; c'était 5,550, et avec les

200 de payées, 3,750 livres, ce qui faisait 187,500,000

150,000,000 Pour le premier payement de 500 livres par action, des 500 mille créées les 13, 28 septembre et 2 octobre 1719. Elles valaient, le 27 novembre, 1,317. C'était 6,585 livres, et avec les 500 de payées, 7,085. A ce prix les 500 mille faisaient. . . 2,125,500,000

221,500,000 Totaux 4,781,750,000 1.

Otons-en ce que ces actions avaient coûté alors 221 ,500,000

Reste 4,560,250,0001.

11 y avait des billets de banque ordonnés ce jour-là pour la somme de 640,000,000

Partant, l'État était alors plus riche qu'il ne l'était avant, de la somme de 5,200,250,000 1.

C'étaient autant de valeurs réelles que le crédit et la confiance avaient fait naître au profit de l'Etat, et dont la circulation était augmentée, indépendamment de l'espèce qui était en France*.

Voilà une abondance qui se répandit bientôt dans les villes et dans les campagnes. Elle alla y tirer les uns et les autres de l'oppression des dettes que l'indigence avait fait contracter. Elle réveilla l'industrie ; elle rendit la valeur à tous les biens fonds, qui avait été suspendue par ces dettes. Elle mit le roi en état de se libérer et de remettre à ses sujets plus de 52 millions d'impositions des années antérieures à 1719, et pour plus de 35 millions de droits éteints pendant la régence ^ Elle fit baisser l'intérêt des rentes, elle écrasa l'u-

* Çui valaient i ,S1$ : voici le sens de ces expressions et autres analogues. Le capital nominal des actions était de 500 livres. Pour exprimer leur prix sur la place, on n'avait égard qu'au cinquième de ce capital. Dire, par conséquent, que l'action valait 1,875, signifiait qu'elle était égale à 1,875 X 5, ou à 9,575 livres.

* Voyez la noie de la page 869. Elle est applicable à ce nouveau calcul.

^ Voyez VÉlat des dettes à la mort de Louis XI F, page 27, imprimé chez Coutelier, 1720, in-4o.

— Cet État, officiel ou semi-officiel, inséré par extrait dans \e Mercure de France

sure. Elle porta les terres au denier 80 et 100 : elle fit élever des édifices dans les villes et dans les campagnes, réparer les anciens qui tombaient en ruines, défricher les terres, donner des valeurs à des matériaux tirés du sein de la terre, qui n'en avaient point auparavant. Elle rappela nos citoyens, que la misère avait forcés d'aller ailleurs chercher à vivre*. Enfin, cette abondance attira les richesses étrangères; les bijoux, les pierres précieuses, et tout ce qui pouvait augmenter le luxe et la magnificence, nous vinrent des pays étrangers. Que ces prodiges ou ces merveilles aient été produits par l'art, par la confiance, par la crainte ou par des chimères, si on le veut, on ne saurait s'empêcher de convenir que cet art, que cette confiance, que cette crainte ou que ces chimères, avaient opéré toutes ces réalités, que l'ancienne administration n'aurait jamais produites.

Quelle différence entre la situation où était la France au. commencement de la Régence^, à la situation où elle se trouvait en novembre 1719! Jusque-là, le Système n'avait fait que du bien : tout était louable et digne d'admiration, excepté un vice qu'on y voyait avec peine; c'était l'action d'Occident, qui n'avait coûté que 500 livres en billets de l'État, qui n'en valaient que 150 à 160 en espèces, et qui était de la même valeur que les autres.

Si la suite de ce Système n'a pas été aussi brillante que ses commencements, ce n'est point la faute du projet : il n'avait en lui aucun principe de ruine ; il n'a péri que par la défiance qu'excita l'artifice, par la jalousie, par les intrigues, par l'avidité, par le mensonge et par les regrets*. Il était bon et bienfaisant ; il a été outré et précipité; c'est notre cupidité qui l'a gâté. C'est aussi le sentiment d'un homme d'esprit dans un ouvrage fort connu, où il parle ainsi : « Il vint un homme en France avec des projets vastes, magnifiques et qui , poussés jusqu'à un certain point, auraient été extrêmement utiles. Mais notre cupidité les gâta, et bientôt après, chaque particulier, puni d'avoir été avide ou paresseux, vit, par une espèce de prestige, passer son bien dans les mains d'un inconnu, qui fut étonné et presque honteux de se trouver riche *.

Voyons présentement quelle était la situation du roi et celle de la

Compagnie des Indes, au mois de novembre 1719.

de 1720, tendait surtout à glorifier les opérations de la régence. D'ailleurs, où il n'y a rien, le roi perd ses droits, dit le proverbe.

* Ordonnance du roi du iooctobre 1719.

* Voyez chapitre \, article v, page 862 de ce volume.

* Voyez, sur tout cela, ce qui a été dit plus haut, chapitre i, article x, pages 909 à 940 de ce volume.

* Troisième Lettre sur la décadence du goût, par M. R. D. S. M., à la suite de fies Réflexions sur la poésie, ha. Haye, 1754, in-12.

Le roi devait, à son avènement à la couronne, 2 milliards 62 millions 138 mille livres en principal, qui lui coûtaient annuellement en intérêts 89 millions 983 mille 453 livres \

La Compagnie des Indes prêta 1,600 millions à Sa Majesté pour rembourser pareille somme sur les 2,062,138,000 livres, lequel remboursement, proportion gardée, a dû diminuer les intérêts cidessus de la somme de

Ci 69,836,238 I.

Le roi ne paye à la Compagnie pour l'intérêt de ce prêt, que. 48,000,000

Ainsi, le roi épargne annuellement^. 21,836,238

Sa ferme du tabac est augmentée de 2,020,000

Les fermes générales de 5,500,000

Par conséquent, le Système valait tous les ans au roi, indépendamment de la facilité procurée dans la perception de ses droits, et de tous les autres avantages que procure le crédit ^ 27,356,258 1.

La situation de la compagnie n'était pas moins avantageuse que celle du roi, en la considérant d'un certain côté. Elle retenait par ses mains, sur les revenus de Sa Majesté , pour l'intérêt de son prêt, 48 millions, non compris son bénéfice sur les fermes, sur le tabac, sur les monnaies et sur son commerce des deux Indes ^

Elle devait les dividendes ou l'intérêt à 4 pour cent des 624 mille actions. Si on les considère à 500 livres chacune, le capital en sera de 312 millions, dont l'intérêt, à 4 pour cent, ne serait que de 12,480,000 livres, ce qui lui ferait un état très-avantageux,

' Voyez, chapitre i, article v, page 869 de ce volume.

* Deux remarques sur ce point : 1° M. Thiers, en groupant ses chiffres d'une autre façon, a trouvé que la Compagnie des Indes dégrevait l'État d'une charge annuelle de TRENTE-CINQ milHons (Voyez Notice historique sur Lau\ page 458 de ce volume); â'' il est facile de s'apercevoir que Dutot se dispense de fournir les données nécessaires à la vérification de ses calculs. D'abord, le fait, que l'intérêt de la dette publique s'élevait à la somme de 80,983,453 livres, ne repose que sur un document emprunté au ministère de Law (Voyez la note 3 de la page 989). En admettant la sincérité de ce document, la conséquence serait bien que, quoique la dette publique fût constituée au taux général de 4 pour 100, il y avait cerlaines de ses parties affectées d'un intérêt supérieur. Mais il n'en resterait pas moins à prouver, dans cette hypothèse, que les fonds de la Compagnie des Indes servaient à rembourser, de préférence, ces parties-là. Et, faute de cette preuve, on doit le reconnaître, il n'y a plus qu'une affirmation gratuite de la part de Dutot , quand il déclare que le prêt de 1,600 millions entraînait une réduction d'intérêt de 69,836,258 livres, laquelle il donne pour base à ses calculs.

^ Suivant VÉtat général des dettes à la mort de Louis XI F ^ les finances du royaume furent améliorées pendant la régence de 83,317,972 livres par an. — Voyez en note, page 989.

* Voyez chapitre i, article x, page 925 de ce volume.

Ci 12,480,000 1.

Mais en considérant ses dividendes à payer, à raison de 200 livres par action, comme elle les avait promis, son état n'eût pas été heureux; elle aurait dû annuellement 124,800,000

Ce qui aurait été beaucoup au-dessus de ses forces, si on n'avait pas réduit le nombre de ces actions à 200 mille. D'ailleurs, cette Compagnie avait des frais de régie considérables, des armements, des désarmements, constructions et achats de vaisseaux, etc. Mais ils ne pouvaient pas égaler ses bénéfices expliqués ci-dessus, et non compris dans sa recette. Ainsi, dans le premier cas, sa situation était trèsavantageuse'. M. Colbert aurait eu bien du plaisir s'il avait pu pousser la Compagnie qu'il forma en 1664, à une puissance égale à celle-ci. Ces avantages ne valent-ils pas la banqueroute proposée par l'ancienne finance?

Alors la situation des rentiers n'était pas favorable, il faut en convenir : ils devinrent à leur tour la victime du bien public, comme les propriétaires des biens- fonds l'avaient été de l'intérêt particulier. Mais, le nombre de ceux-ci étant infiniment plus grand que celui des autres, il était bien juste de lui donner la préférence, avec d'autant plus de raison, que le rentier qui avait des biens- fonds retrouvait dans l'augmentation de leur prix et de ses revenus la perte qu'il avait soufferte sur ses rentes. Il n'y avait donc à plaindre que ceux qui n'avaient précisément que des rentes, et qui n'ont pas été remboursés assez tôt poiir employer leurs fonds en actions. Ceux-là ont perdu une partie de leur revenu, j'en conviens; mais qu'ils se souviennent qu'ils auraient perdu leur revenu en entier, par la banqueroute totale proposée par l'ancienne finance ; au lieu qu'ici ils en conservent une partie. Et ils pouvaient même espérer que l'État, qui devenait riche, aurait pu dans la suite réparer leur perte de l'autre partie bien justifiée , laquelle bien examinée ne se serait pas trouvée, à beaucoup près, aussi considérable qu'on le pense. D'ailleurs, un mal particulier ne doit jamais arrêter le progrès d'un bien généraL

Il ne sera peut-être pas hors de propos de montrer ici quel fut le montant des effets publics à la fin de chaque mois.

A la fin du mois de novembre 1719, l'État était, comme on l'a vu ci-dessus, plus riche qu'il ne l'était avant que le crédit et la confiance eussent donné naissance à ces valeurs réelles, qui augmentaient la circulation, de 5,200,250,000 1.

A la fin du mois de décembre suivant, 1719, le montant du crédit public, y compris 769 millions de billets de banque, était

* Voyez rétat où elle était à la fin du mois de mai 1720, chapitre ï, article x, paees 922 et suivantes.

de 5,056,545,000 L

En janvier 1720, y compris 790 millions 520 mille livres de billets, le crédit était de 5,032,460,000

En février, compris 4,069,727,090 livres de billets, le crédit était de 5,234,787,090

En mars, compris 4,264,530,450 livres de billets, le crédit était de 4,872,230,450

En avril , compris 2,054,004,870 livres de billets , le crédit était de 6,127,484,870

En mai, compris 2,235,085,590 livres de billets , le crédit était de 6,458,243,590

En juin , compris 2,380,067,660 livres de billets, le crédit était en argent de 5,099,990,428

En juillet, compris 2,402,745,470 livres de billets, le crédit était en argent de 4,975,670,600

En août, compris 2,027,808,880 livres de billets, le crédit était en argent de 4,482,320,585

En septembre, compris 2,022,762,640 livres de billets, le crédit était en argent de 4,244,484,252

Voilà les progrès et la décadence du crédit. Les billets furent supprimés le 10 octobre , et le crédit bouleversé. Dès le mois de juin 1720, les billets commencèrent à perdre, comme on l'a montré cidevant, chap. I, art. 10 de ces Réflexions.

J'ai passé légèrement sur un grand nombre d'opérations susceptibles de réflexions curieuses , et qui seraient peut-être de quelque utilité pour l'avenir ; mais leur temps est encore trop près de nous , pour en pouvoir parler avec une liberté convenable. Cette raison m'empêche de suivre la Compagnie des Indes dans ses prospérités, et dans les malheurs que lui ont suscités les ennemis du Système. On a vu ce que j'en ai dit au chap. i", art. 10. Je finirai cette digression en répondante ceux qui, dans le temps des adversités de cette Compagnie, en proposaient la destruction, et d'abolir le commerce des Indes, regardant cet établissement comme une chose très à charge à l'État.

Ceux qui tenaient ce langage disaient alors que cet établissement nous coûtait des sommes considérables : ils soutenaient que ce commerce épuisait le royaume d'argent, et qu'il détruisait nos manufactures. Cela peut avoir un sens véritable : il est constant qu'il faut porter de l'argent dans les Indes pour y faire le commerce ; il est certain aussi qu'on en rapporte des toiles peintes, des étofles de soie pure, de soie mêlée d'or ou d'argent, d'écorce d'arbre , et autres matières, lesquelles étant débitées dans nos provinces, peuvent porter quelque préjudice à nos manufactures. Mais ces personnes-là ne regardaient ce commerce que par son mauvais côté, sans faire attention qu'il était aisé de remédier à tous ces inconvénients ; qu'il y a des moyens de

rappeler au triple l'argent qui sort du royaume pour les Indes (car je veux bien regarder les piastres que l'on prend en Espagne pour les y porter, comme argent sorti de France, parce qu'il y entrerait si on ne l'envoyait pas aux Indes), et que ce commerce empêche les étrangers de tirer beaucoup plus d'argent de nous. En ne regardant donc ce commerce que par rapport à l'argent qu'il fait sortir, et à la quantité des étoffes qu'il peut introduire, il serait constamment nuisible à l'État. Mais ce ne sera plus la même chose si on le considère par rapport aux épiceries, aux drogues et aux autres choses que ce commerce nous procure, que nos provinces ne produisent pas, dont nous ne pouvons nous passer, et que nous serions absolument obligés de tirer de nos voisins. Ce n'est point l'achat de ces denrées dans les Indes qui les rend chères; elles y coûtent peu de chose, en comparaison des frais qu'il faut faire pour les aller chercher. Or, la construction et l'armement de nos vaisseaux qui les vont chercher, se faisant dans le royaume, l'argent qu'on y emploie n'en sort point : il occupe du monde; il élève des hommes à la mer : c'est déjà un avantage pour l'État. Ce commerce ne nous coûte donc que l'argent qu'il faut pour l'achat des marchandises dans les Indes. Il n'y a donc que cet argent qui sort du royaume. Si au contraire nous cessons d'aller chercher nous-mêmes ces marchandises, nous serons dans la nécessité de les recevoir des Hollandais ou des autres nations étrangères qui nous les apporteront, et auxquels il faudra payer non-seulement le prix du premier achat de ces marchandises dans les Indes, mais encore tous les frais qu'ils auront faits pour les aller chercher, et le profit qu'ils doivent faire sur la revente; ce qui revient à sept à huit fois plus que le prix du premier achat. Par conséquent, l'État perdrait sept à huit fois plus d'argent qu'il ne fait. Donc, bien loin que ce commerce nous soit à charge, nous ne saurions trop le protéger et l'augmenter, afin que les étrangers ne nous apportent plus rien de ces pays-là , et qu'au contraire nous leur en portions \

A l'égard des toiles peintes et des étoffes que nous apportons des Indes, ce n'est pas un inconvénient, puisque nous en défendons l'usage en France, et qu'on oblige la Compagnie de les vendre en pays

* L'auteur ne s'aperçoit pas, clans son nationalisme commercial, que l'art de vendre beaucoup en achetant peu est un problème dont les données sont contradictoires, et par conséquent impliquent l'absurde. Si c'est un axiome, que nul ne peut être vendeur qu'à la condition d'être acheteur en même temps, on doit reconnaître que l'art de vendre beaucoup à l'étranger et d'acheter peu de l'étranger, ou, en d'autres termes, le fait de livrer piw« pour recevoir moins, est une singulière méthode de s'enrichir. Que dirait-on d'un fabricant qui allierait la prétention de vendre beaucoup de drap, par exemple, à celle d'acheter très-peu d'argent avec ses produits industriels?

étranger. Le prix de la revente de ces marchandises, qui excède de beaucoup celui de leur achat dans les Indes, revient dans le royaume en argent, ou en marchandises qu'il nous aurait fiallu payer en espèces. Ainsi, bien loin que ce commerce soit à charge à l'Etat, il lui est avantageux, en lui procurant beaucoup plus d'argent qu'il n'en fait sortir.

D'ailleurs, il est nécessaire et de la bonne politique de pouvoir être informé avec certitude de tout ce qui se passe dans ces pays-là, à cause des établissements que nos voisins y ont, ce qui ne se peut faire qu'en y commerçant. Le grand Colbert sentait bien cette nécessité, et nous voyons aussi avec plaisir que le gouvernement présent connaît l'utilité de ce commerce, puisqu'il le protège puissamment.

Cette digression m'a un peu écarté de mon sujet; mais ayant parlé de la Compagnie de 1664, je ne pouvais pas m'em pêcher de dire quelque chose de celle qui lui a succédé; je n'en ai montré que les progrès; je passe la suite sous silence. Elle est si remplie de traverses et de contradictions, qu'on ne pourrait pas en dire son sentiment avec liberté sans déplaire. Reprenons notre sujet.

La navigation, qui est l'âme du commerce, procure toujours beaucoup de profit à l'Etat : la construction des vaisseaux , leur avitaillement et leur équipement, dont la dépense est toujours considérable, se faisant dans le dedans de l'Etat, fournissent à plusieurs habitants les moyens de vivre et de s'enrichir \ Elle occupe tous les habitants des côtes de la mer, inutiles presque à autre chose, et qui, faute de navigation, sont comme forcés de passer au service des étrangers; c'est ce qui est arrivé toutes les fois que nous avons cessé de naviguer. En les perdant, nous perdons doublement; nos côtes deviennent désertes, notre navigation s'affaiblit, et celle des étrangers s'augmente à nos dépens. Les défenses aux mariniers de sortir du royaume sont inutiles: ils ne sont nés que pour naviguer, la mer est leur élément; si nous ne les occupons point, ils vont, malgré ces défenses, chercher de l'occupation ailleurs : on s'y oppose vainement.

Mais, dit-on, l'entretien d'une puissante marine coûte des sommes immenses à l'État, auxquelles il ne peut atteindre.

^ Rien n'est plus contraire à l'intérêt de l'Etat que de ne pas occuper tous les citoyens. Que penser donc de ceux qui voudraient empêcher des particuliers de s'occuper honnêtement et utilement, suivant leurs talents? Celui-ci sait faire une comédie, celui-là un roman, une historiette, etc. lis n'ont de génie et de talent que pour ce travail. J'avoue qu'il n'est pas d'une grande utilité à l'Élat ; mais il peut toujours servir à faire subsister des libraires et des ouvriers, à entretenir le commerce d'un marchand, et i)rocurer plusieurs autres avantages qu'il est inutile de détailler. Il suffît de dire que le moindre travail, qui ne blesse ni les mœurs ni les lois, est toujours avantageux à une nation en général. [ISote de l'auteur.)

99G nUTOT.

Pour détruire ce préjugé, il faut montrer ici, par un détail exact et bien calculé, ce que coûtait par mois, en 1681, la plus florissante marine que la France ait eue. En voici un sommaire précis*.

Cette marine, comme on le sait, était aussi brillante qu'elle était puissante. Elle était composée de ilo vaisseaux des premier, second, troisième, quatrième et cinquième rangs; de 24 frégates légères, de 8 brûlots, de 10 barques longues et de 22 flûtes; faisant en tout 179 vaisseaux de toute espèce, montés de 7,080 pièces de canons, de 1,028 officiers majors, de 7,9oo officiers mariniers, de 20,Cd8 matelots, de 10,904 soldats, faisant 59,477 hommes d'équipages (non compris les 1,028 officiers majors), dont la solde par mois coûtait, lorsqu'ils étaient armés, la somme de 667,145 1. » s.

Et les vivres coûtaient aussi par mois 556,630 »

Ce qui fait la somme de 1,005,7931. » s.

Les 50 galères, tout armées aussi, contenant 5,600 chiour-N mes ou forçats , 2,400 mariniers de rang, 955 mariniers de ) rambades, et 5,010 soldats, coûtaient pour leur solde et pour > 208,020 10 leurs vivres 2 99,2521. 15s. ^

La solde et les vivres extraordinaires 108,907 13 J

La dépense de cette marine, tout armée, coûterait donc par mois, la somme de 1,212,0151. 10 s.

En supposant le tout armé pendant six mois de l'année, ce qui n'arrive jamais tous les ans, cette formidable marine coûterait. 7,272,084 liv.

Si toutes choses avaient augmenté comme les espèces, on pourrait dire que cette dépense monterait aujourd'hui à 12 millions 933,920 livres, parce que 7 millions 272,084 livres de ce temps-là égalent

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