‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 27 sur 201 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Projets de dénombrements, et de l'utilité qu'on en peut retirer.

J'ai promis un formulaire de dénombrement des peuples ; c'est de quoi je vais m'acquitter le plus succinctement que je pourrai.

Le royaume de France étant assez considérable pour mériter que le roi soit informé à fond du nombre et de la qualité des sujets qui le composent, une fois l'année, îl est question de trouver un moyen qui puisse donner lieu de le faire connaître à fond, sans confusion et avec aisance.

Pour cet ellet, il me paraît que le meilleur qu'on puisse mettre en usage est celui de diviser tout le peuple par décuries, comme les Chinois, ou par compagnies, comme nos régiments, et de créer des capitaines de paroisses pourvus du roi, qui auront sous eux autant de lieutenants qu'il y aura de fois cinquante maisons ou environ, lesquels seront pareillement sous-ordonnés au commandant des lieux où il y en aura. Je m'explique : si une paroisse est de cent feux, un peu plus ou moins, on y pourrait mettre un capitaine et deux lieutenants, qui auront inspection sur cihqiiante feux chacun, c'est-à-dire sur cinquante familles; la visite desquelles ils seront obligés de faire quatre fois l'année, de maison eh hiaison, pour se faire représenter toutes les familles, honimes, femmes et enfants; les voir et s'informer des changements et nouveautés qui y arrivent, et en charger leur registre, qu'ils renouvelleront tous les ans. Et, jjarce que la principale fonction de ces gens-là doit être d'assez bien connaître ces cinquante familles, et tout le monde y contenu, grands et petits, pour en pouvoir fourhir le dénombrement toutes et quantes fois ils en seront requis, ils auront soin de les observer et d'en tenir compte, même des gens qui meurent et qui naissent, et d'être toujours prêts à fournir ledit dénombrement. Ils pourront encore être chargés d'apaiser les querelles qUi arriveront dans ces cinquante maisons ou ménages, et les empêcher de se plaider les uns les autres. Si, par les suites, le roi juge à propos de leur donner plus d'autorité, on le pourra faire; mais je crois qu'on

on peut même dire les rois de notre époque ; mais on n'en compte pas 6 raillions. ( Voir la note de la page 55, en ayant soin de réduire de moitié tous les nombres relatifs aux revenus , qui ont été doublés par erreur.)

fera bien de s'en tenir là, jusqu'à découverte de plus grands besoins ^ On pourra donner ces charges de capitaines aux principaux Seigneurs des paroisses, et les lieutenances aux autres Gentilshommes des lieux, s'il y en a, comme Seigneurs ou non, sinon aux meilleurs Bourgeois. Et, parce que cela ne laissera pas de leur donner des soins qui les détourneront de leurs affaires pour quelque temps, on pourra, au lieu de gages ou appointements, leur faire donner une poule tous les ans par ménage, ou six sous, au choix du payeur. Ces poules se pourront partager entre eux avec la même proportion qui s'observe dans les troupes, c'est-à-dire que le capitaine en prendrait la moitié, et les lieutenants l'autre, s'ils sont deux, qu'ils partageront par égale portion; s'il y a trois lieutenants, le capitaine prendra deux parts, et chacun des lieutenants une, ce qui fera cinq parts égales du tout.

Il faudrait aussi joindre quelques honneurs à ces emplois, comme la qualité de Monsieur, et le chapeau à la main quand les gens de leurs cinquantaines leur parleront; un banc distingué à l'église, et le rang, à la procession et à l'offerte, après les Seigneurs et Gentilshommes des lieux. Cela une fois établi, quand il plaira au roi de faire faire le dénombrement de son peuple, il n'y aura qu'à adresser les ordres aux intendants, qui en enverront des copies imprimées aux présidents des Élections, et les leurs en conséquence, et ceux-ci aux capitaines de paroisses, qui en deux fois vingt-quatre heures y auront satisfait, si les officiers font leur devoir.

A l'égard du formulaire de ces dénombrements, je n'en ai point trouvé de plus commode que de les faire par Tables divisées en colonnes, la première desquelles contiendra les maisons sur pied ; la seconde, les hommes; la troisième, les femmes; la quatrième, les grands garçons; la cinquième, les grandes filles; la sixième, les petits garçons; la septième, les petites filles; la huitième, les valets; la neuvième, les servantes; et la dixième, le Total des familles; comme il est représenté ci-après dans la Table donnée pour exemple, dans laquelle tous les habitants supposés être d'une paroisse sont dénommés par

' Cette création d'officiers ou de commissaires au dénombrement des peuples, que je suppose gratuite et sans appointements, n'a rien de plus extraordinaire que celle des commissaires des guerres ; puisque le roi n'a pas moins d'intérêt à la conservation et bonne conduite de ses peuples qui fournissent les gens de guerre, et de quoi les payer, qu'à celle de ces mêmes gens de guerre, qui, tout nécessaires qu'ils sont à l'État, ne font qu'une très-petite partie de ces peuples. Or, on ne les propose ici qu'à cause de la difficulté qu'on a eue de faire les dénombrements de quelques provinces, et du peu de fidélité qu'on y a trouvé. La fonction des officiers ordinaires n'étant point destinée à cet usage, ils n'y sont pas naturellement disposés , soit parce que les divisions du peuple par compagnies leur manquent, ou parce qu'ils n'ont pas de goût pour des emplois qui ne leur rapportent rien. (Note de Vauteur.)

noms, surnoms et professions. Et c'est de quoi, pour bien faire, il faudra envoyer des modèles à tous les capitaines de paroisses, afin que tous s'y conforment.

Il est à remarquer :

1° Que, s'il y a des Étrangers dans le lieu en nombre considérable, il n'y aura qu'à ajouter une colonne pour eux;

2" Qu'un zéro, dans la colonne des hommes ou des femmes, marque les veufs ou les veuves; et, dans les autres colonnes, qu'il n'y a personne dans la famille de l'espèce indiquée ;

3° Que le même zéro, continué dans toutes les colonnes d'une famille, signifie les maisons abandonnées ;

4° Que deux ou plusieurs familles, accolées ensemble, marquent autant de ménages dans une môme maison;

5° Que, s'il y a des hameaux dans la paroisse dont on fait le dénombrement, il en faudra mettre le nom en titre pour les distinguer, et ensuite les écrire dans l'ordre de ladite paroisse. La même chose des Censés et autres lieux écartés qui n'ont pas même Seigneur, ou qui sont séparés de celui où est le clocher, mais qui sont de la même paroisse;

Et 6*^ Que tous les garçons et filles à marier de la troisième et quatrième colonnes doivent être âgés, savoir : les garçons, de quatorze ans et plus, et les filles, depuis douze en sus; et que tous les petits garçons et petites filles des deux colonnes suivantes doivent être audessous de cet âge, savoir : les garçons, de quatorze ans, et les filles, de douze. Le surplus s'explique nettement par la Table suivante faite à plaisir, et seulement proposée ici pour exemple. (Voy. la Table ci-contre.)

YAUBAN.

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