CHAPITRE II
La véritable cause de la diminution du revenu public est le défaut de consommation. — L'arbitraire de la Taille, les Aides et les Douanes, principes du mal.
On a prouvé la diminution de tous les revenus de la France par celle du produit des fonds, tant dans le prix de la vente des denrées, que dans la quantité de leur croissance, et que l'un et l'autre étaient l'efTet du défaut de la consommation, qui était pareillement diminuée de moitié, tous les biens du monde étant inutiles, à moins qu'ils ne soient consommés. Ainsi, pour trouver les causes de la ruine de la France, il ne faut que découvrir celles de la ruine de la consommation : il y en a deux essentielles, qui, bien loin d'être l'efiet de quelque intérêt public, ne sont au contraire produites que par quelques intérêts particuliers, très-aisés à faire cesser ou changer, sans presque aucune perte de leur part.
La consommation a cessé, parce qu'elle est devenue absolument
' Ce changement est, selon loule apparence, celui qu'ordonna l'édit de 1695, qui porta le marc d'argent de 29 livres 6 sous 14 deniers à 52 livres 8 sous.
Le vol à la monnaie s'est perpétué sous l'ancienne monarchie, depuis Philippe le Bel jusqu'à l'avènement de Louis XVI au Irône. Rien de plus curieux, et en même temps de plus compliqué, que la manière dont il se pratiquait. Le savant M. Monteil a, dans sa belle Histoire des Français des divers Eiats^ traité cette matière avec un esprit et une solidité d'érudition dont sa plume seule était capable. (Voir le tome H de cette histoire, épi t. xcv, intitulée : Le fils du diable.)
défendue et absolument impossible. Elle esidéfenduBj par l'incertitude de la Taille, qui étant entièrement arbitraire, n'a point de tarif plus certain que d'être payée plus haut plus on est pauvre, et plus on fait valoir des fonds appartenant à des personnes indéfendues * ; et plus bas plus on est riche, et plus on a des recettes considérables, qui portent avec elles le pouvoir de faire payer sa Taille aux malheureux, parce que l'on tient les terres à plus haut prix, pour acheter en quelque manière cette licence, par la protection de ceux à qui elles appartiennent : en sorte qu'il n'est point extraordinaire de voir, dans une même paroisse, une recette^ de 3 ou 4000 livres de rente ne contribuer que pour dix ou douze écus à la Taille, pendant qu'un autre, qui ne tient que pour 3 à 400 livres de fermage, en payera cent pour sa part ; et comme l'un et l'autre n'ont point de titre pour souffrir ou faire ce ce désordre, ils n'y sont maintenus que par une infinité de circonstances, dont on parlera dans la suite, infiniment plus dommageables à tout le corps de l'État que la Taille même. Enfin, la consommation est devenue impossible par les Aides et par les Douanes sur les sorties et passages du royaume, qui ont mis toutes les denrées à un point, que non-seulement elles ne se transportent plus au dehors au quart de ce qu'elles faisaient autrefois, mais qu'elles périssent même dans les lieux où elles croissent, pendant qu'en d'autres lieux tout proches elles valent un prix exorbitant ; ce qui ruine également les deux contrées, parce que tout pays qui ne vend point ses denrées ne tire point celles des autres : c'est ce que l'on traitera en particulier, après avoir parlé des Tailles.