‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 64 sur 201 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Que le mal de la France tient bien moins aux choses qu'aux personnes. — Le remède n'entraîne ni bouleversement, ni atteinte à la foi publique.

Pour venir donc aux remèdes de si grands désordres , on dira d'abord qu'il n'y a rien de si aisé du côté de la, chose, et rien de si difficile de la part de ceux à qui il s'en faut beaucoup qu'ils soient indifférents. En effet, il semblerait que les seules personnes qui devraient être intéressées dans les impôts qui se lèvent, ainsi que dans toutes autres dettes , ne seraient que le roi et ses peuples , Sa Majesté pour recevoir, et ses peuples pour payer; et par conséquent, qu'on devrait être certain de l'acceptation d'une proposition qui ferait recevoir le double à Sa Majesté, pendant qu'il n'en coûterait pas le tiers à ses peuples. Cependant, bien que dans tout ceci il n'y ait rien que de trèsvéritable et de très-sensible par tout ce qui se passe et chez l'étranger, et en France même , on ne laisse pas de n'avoir qu'une légère espérance du succès. Quoi qu'il en puisse arriver, on dira qu'on ne veut apporter aucun trouble à la disposition présente pour un si grand bien; qu'il n'est nécessaire de congédier ni fermiers, ni receveurs; qu'on aura un extrême respect pour le fait de Sa Majesté, bien qu'on ne puisse pas dire que Ton en ait toujours usé de même, parce qu'il est absolument nécessaire de ne pas ruiner le commerce entre le roi et ses peuples, en rescindant d'autorité absolue des actes qu'on a cru faire de bonne foi \ Car une pareille conduite fait que, dans le trafic particulier, une charge de nouvelle création, ou des gages ou rentes sur le fait de Sa Majesté , ne se vendent et achètent que sur le pied de la moitié d'un autre effet de pareil revenu, qui aurait un particulier pour garant. Ainsi nulle objection de ce côté-là : si on fait payer davantage à Sa Majesté, et moins par ses peuples, c'est parce que toutes sortes de payements, et surtout les tributs, tirant leurs qualités, ou leurs degrés d'excès ou de justice , du pouvoir ou de l'incapacité de

' Allusion aux divers actes d'improbité financière que se permettait le gouvernement, expliquée par la suite de ce passage, et, encore, par ces vers de Boileau :

Plus pâle qu'un rentier

A l'aspect de l'arrêt (pii retranche un quartier.

de ceux qui les payent , il est constant qu'un particulier qui payait 100 francs de Taille sur une ferme de 1,000 livres, sera bien moins chargé en en payant 200, si la ferme peut revenir à 2,000 livres, puisque ce sera 800 francs qu'on lui donnera à pur profit, et qu'il sera entièrement déchargé de son impôt sur ces premières mille livres. Or, sa ferme reprendra ce premier prix qu'elle avait autrefois, lorsqu'il lui sera permis de la labourer, cultiver, et en vendre les denrées qui y croîtront ; parce que les causes des défenses et de l'impossibilité de faire ces choses seront levées, ainsi qu'il est très-facile, comme on va le faire voir.

Page 1