CHAPITRE III
Suite du précédent. — Une pause, après le premier acte de la pièce.
Voici le premier acte de la pièce, et sur lequel il faut faire une pause, pour commencer à soutenir, aux termes du cartel établi , que les revenus de la France sont diminués de quinze cents millions depuis 1660 \ et que les trois causes que l'on vient de marquer ont pro-
^ On lit au chapitre Finances, du Siècle de Louis XI T: « L'auteur du Détail «prétendit que, depuis 1660, les biens fonds du royaume avaient diminué de i,500 « millions. Rien n'était ni plus faux ni moins vraisemblable. Cependant ses arguments a captieux persuadèrent ce paradoxe ridicule à ceux qui voulurent être persuadés. a C'est ainsi qu'en Angleterre, dans les tem|)s les plus Ilorissants, on voit cent pa- « piers publics qui démontrent que UÉtat est ruiné. »
Cette critique est beaucoup plus tranchante que convenable et rationnelle. Le point important traité dans les Mémoires de Boisguillebert n'élait pas de savoir si le revenu territorial de la France était réellement diminué de l,oOO millions , mais bien si la législation de son époque, qui était aussi celle de l'époque de Voltaire, et qui est encore en grande partie celle de la nôtre, n'entravait pas, d'une manière absurde, le développement de la richesse publique. Car les attaques de l'auteur, sous ce rapport, le seul qu'un historien vraiment digne de ce nom aurait eu à cœur d'approfondir, étaient fondées, ou ne Tétaient pas : dans le premier cas, il fallait en reconnaître la
duit ce malheureux effet ; et que comme l'auteur se soumet d'être traité en insensé s'il ne rencontre pas juste, il maintient en même temps qu'il ne peut être démenti dans l'un et l'autre de ces deux faits, sans une extravagance achevée.
Or, pour revenir au premier dessein de cet ouvrage, on ne peut contester sur les principes établis au commencement , qui sont ceux de tous les États de la terre , que , les revenus du prince n'ayant d'autre source que ceux des peuples, quiconque pourrait rétablir en un instant les quinze cents millions de rente dont les peuples ont joui jusqu'en 1660, prouverait que tout ce qu'on a proposé pour le roi, savoir, les quatre-vingts millions de hausse dans la conjoncture présente, et le payement de toutes les dettes de l'État sous son nom, ainsi que le doublement de tous ses revenus, au lieu d'être une extravagance, se trouve une chose fort naturelle et fort aisée ; puisque, bien loin d'être l'effet de vision ou de violence, cène serait qu'une suite, ou plutôt qu'une très-petite partie d'une opulence générale répandue en quelque façon gratuitement ; et c'est de cette manière qu'on l'entend, comme on va voir bientôt, après qu'on aura montré dans un chapitre ce que c'est que la richesse suivant les lois de la nature , cai la fausse idée qu'on s'en est faite dans ces derniers temps ayant produit tout le désordre , la simple reconnaissance de la cause du mal h fera cesser, et rétablira l'opulence.