MÈ LAW
de banque , pour éviter les pertes par les variations do prix des itkmnaies , et cet agrément engagera les bons négociant* des pays étrangère de commercer avec la France. Je soutiens même que les billets de la banque étant accrédités en France , seront reçus dans les pays étrangers, et gagneront sur les espèces. Le change est à présent en faveur de la France ; l'étranger ayant plus besoin des marchandises de France que le Français n'a des marchandises étrangères , et étant obligé de faire des fonds à Paris et dans les provinces, ce ehange s'est sôutéftu environ 20 pour 100 plus haut que sa valeur. 120 onces d'argent sont payées à Amsterdam, pour une lettre à deux usances de 100 onces sur Paris ; de même un billet de la banque de 100 onces d'drgent, ou de 100 écus en espèces, gagnerait 20 pour 100, et serait négocié contre 120 écus du même poids et titre.
De sorte que l'établissement de la banque de France fournirait à ce royaume dit crédit sur l'étranger, sans payer aucun prœmium ou intérêt pour ce crédit. La commodité de ces billets, qui seront comme des lettres de change universelles , et la manière des payements en banque qui garatitit contre les variations des monnaies, les ferait préférer aux lettres particulières, et ils seraient négociés en pays étrangers 1 ou 2 pour 100 plus que le cours des lettres , étant plus sûrs et payables à vue.
La France, par la bonté et abondance de son produit, et par le travail de ses peuples, devrait fournir aux étrangers pour plus que la valeur de ce qu'elle tire d'eux ; mais par le peu d'attention qu'elle a d'etitretenir et augmenter l'industrie et les manufactures, et par le peu de soin qu'elle prend de son commerce domestique et étranger ; ee royaume qui, par sa situation et ses avantages naturels, devrait être maître du commerce, et par conséquent l'arbitre de l'Europe, s'affaiblit pendant que les autres Etats augmentent en force ; comme un homme de qualité très-riche qui dépenserait plus que son revenu, et qui emprunterait d'un bourgeois qui n'a que son industrie pour se soutenir : c'est le cas de la France comparée avec la Hollande.
il y a des fautes ordinaires que la France cortimet en matière de commerce, et dont l'étranger profite, qui coûtent annuellement des sommes considérables. Je ne toucherai qu'à celles qui ont relation avec les monnaies et le crédit, qui font le sujet de ce mémoire.
Un commerce très-ordinaire est d'emprunter sur le crédit des négociants en pays étranger. J'ai besoin de 50 mille écus pour six mois; je tire sur la Hollande à deux usances , en donnant ordre k mes correspondants de se valoir à l'échéance sur Londres , et de Londres on tire sur moi. Ce qu'il m'en coûte eu commission, ports de lettres et
MEMOIRES SUA LES BANQUES. Ml
le* différences sur les changes , est perdu pour la France et gagné peur F étranger ; et la France, qui devrait fournir du crédit à toute l'Europe, est obligée d'emprunter de l'étranger, en payant un fort intérêt.
Pendant lea diminutions, les emprunts par traites sut l'étranger ont été plus forts qu'à l'ordinaire, parce que les Français ont cm qu'ils né payaient rien pour ces emprunts ; au contraire, ils se persuadaient d'y gagner. Par exemple :
Le louis est à 1 6 livres , et qu'en six mois il soit diminué à 14 livres ♦ je tire sur la Hollande pour 50 mille écus, le Hollandais tire sur l'Anglais pour mon compte, et l'Anglais tire sur moi ; je paye ensuite 4S mille écus pour 50 mille que j'avais reçus. L'Anglais et le Hollandais gagnent certainement. Je crois gagner; mais en examinant la quantité des espèces que j'avais reçues et celles que je donne en payement, il se trouve que j'ai fait une perte réelle.
Si l'on suppose que j'ai employé les 50 mille écus à Paris, et que l'on me tend la même somme en livres, je gagne quoique j'aie donné à profiter à mes correspondants en pays étrangers ; mais la perte tombe toujours sur la France.
Ge commerce a été porté loin , et la France a souffert extrêmement par là. Je connais des banquiers qui ont fait rouler la même partie par toutes les places de l'Europe pendant quinze ou seize mois, et qui, en gagnant 6 pour 100 , ont fait profiter 24 pour 100 aux étrangers, sans que les étrangers aient couru le moindre risque.
Paris peut être rendu la première place de l'Europe pour les changea, et la France peut être mise en état de prêter à l'étranger à un intérêt plus bas qu'ailleurs.
Il y a des fautes extraordinaires qui vont à des sommes immenses, et qui font plus de tort h l'Etat qu'une guerre de plusieurs années.
Je regarde comme telles les affaiblissements des monnaies, la défense de transporter les espèces , etc. C'est ce que j'ai prouvé ailleurs \
La manière dont on s'est servi en France pour diminuer les espèees a cdàté au moins 100 millions à l'Etat en pure perte , pour lesquels il n'a reçu aueune valeur.
Avant les diminutions , l'écu de trois livres tournois valait par le change environ 64 gros avec la Hollande, et 36 sous avec l'Angleterre. La raison de ce bas change était la faiblesse des monnaies , le louis d'or étant à 20 livres, et l'écu à 5 livres.
Les négociants étrangers ayant reconnu par ledit pour les diminution* , qu'il y avait de grands profits à faire en France, ils y ont re-
1 Voyez Congidérati<Hu $ur /« numéraire, chapitre iv, page 408 dfc ce volute*.
mis des sommes considérables, et au lieu de les employer en marchandises, ce qui aurait fait du bien à la France, mais qui n'aurait rendu qu'un profit ordinaire aux étrangers , ils ont employé ces sommes et les Tonds qu'ils y avaient déjà en billets, pour les retirer après les diminutions.
Les Français qui n'ont pas reconnu l'abus de ces emplois f faute de connaître la nature de la monnaie , se sont engagés à payer les mêmes sommes en livres tournois, qu'ils avaient reçues en monnaie faible; ils croient que la livre est la même valeur quand l'écu est à 100 sous que quand il est à 3 livres 10 sous ; mais ils s'abusent grossièrement : la livre qui fait le vingtième d'un louis ne vaut pas tant que la livre quand elle fait la quatorzième partie de la même pièce d'or du même poids et titre1.
La perte que la France a soufferte dans cette occasion doit être bien grande , puisque les étrangers qui ont remis en France à 64 gros , ont retiré à 90 et è 100. Un seul banquier de Gènes a remis 600,000 piastres à 87 sous. Les négociants de Marseille ont pris la piastre à 105 sous pour payer après les diminutions, et la piastre n'a valu alors qu'environ 60 sous pour le change. On peut juger par là du profit que les étrangers ont fait sans courir autre risque que celui des banqueroutes.
Quand un Etat se rend débiteur par une trop grande consommation des marchandises étrangères, il agit contre ses intérêts , comme un particulier qui dépense plus que ses revenus ; mais il reçoit une valeur pour ce qu'il doit.
Dans le cas présent, la France s'est engagée dans une grosse dette aux étrangers , sans avoir reçu la valeur ; comme un particulier qui , en recevant 10, se serait engagé à rendre 15, outre l'intérêt qu'il paye encore au delà de ce profit exorbitant.
Les sommes que les étrangers ont envoyées pour faire valoir ea France , ayant produit une grande facilité aux négociants de trouver de l'argent, ils ont donné des commissions dans les pays étrangers bien plus fortes qu'à l'ordinaire ; ce qui augmente le prix des marchan-
* Ce qui aous parait aujourd'hui une vérité triviale, n'était même pas senti par les ens du métier alors ; chaque siècle, indépendamment de ses lumière* vraies, adopte quelque insigne folie qu'il met au rang de ses plus précieuses découvertes. Nous nous moquons de nos pères; nos neveux nous le rendront, et ils auront de la peine à concevoir l'ignorance de ces bonnes gens de la fin du dix-huitième siècle, qui se forgeaient des idées si singulières sur des objets qui leur seront devenus familiers. (Note de M. de Senovert.)
— Que de bonnes gens encore, au milieu du dix-neuvième siècle, croient en économie politique à des choses non moins extraordinaires que celle-là !
dises chei l'étranger. Il a fallu payer 2,000 louis pour ce qu'on aurait acheté auparavant avec 1,000, et environ 3,000 pour rembourser les 2,000 qu'on avait empruntés.
Je suis d'opinion que 100 millions ne balanceraient pas les pertes que ta France a souffertes dans cette occasion ; ainsi il n'est pas extraordinaire que les espèces aient été transportées chez l'étranger, et que les banquiers et négociants aient manqué à payer.
Les revenus du roi n'entrant pas à l'ordinaire par la grande rareté des espèces et par les désordres du commerce , et les papiers royaux ayant en même temps diminué de leur valeur, le ministre n'avait plus le moyen d'emprunter, et la couronne a été forcée de manquer à ses engagements ; ce qui a ruiné une autre partie des négociants, qui auraient pu se soutenir malgré les pertes que la France avait souffertes avec l'étranger, si le crédit des papiers royaux avait pu se soutenir ; mais la perte sur ces effets ayant monté à 60 et 80 pour 100 , a Tendu le désordre général.
Je n'ai pas attendu l'événement pour produire mon avis. Lorsque j'étais à Gènes, il y a environ huit années1, j'envoyai des mémoires sur les monnaies à monseigneur le prince de Conti. Après la mort de ce prince, les mémoires furent mis entre les mains de H. Desmarets. Si ce ministre avait jugé bon de les examiner avant que de former son projet pour la diminution1, il aurait trouvé la vraie manière par laquelle il aurait évité ces pertes , et d'autres encore bien considérables que ce royaume a souffertes.
A l'égard des négociants qui ont manqué, on ne peut pas être trop rigoureux envers ceux contre lesquels on peut prouver la moindre fraude; on doit même punir ceux qui ont risqué le bien des autres dans des affaires trop hasardeuses. Hais, considérant l'état des affaires de France et ce qui est dû aux étrangers, il est de l'intérêt de l'État qu'il y eût encore plus de banqueroutiers. Je n'approuve pas pourtant les moyens dont on pourrait user pour en augmenter le nombre; supposant que les banqueroutes soient utiles, elles ne sont pas justes.
Pourtant, cette considération et la manière par laquelle les dettes
1 En 1707, puisque ces Mémoires sont de la fin de 1715 ou du commencement de
9 En 1709, il y avait eu refonte générale des espèces, et elles avaient été portées de 28 livres à 40 livres le marc. Au mois de septembre 1713, une nouvelle déclaration ordonna onze diminutions successives qui devaient les ramener, le 2 septembre 1715, à leur point de départ, c'est-à-dire à 28 livres. Puis, en décembre de la même innée 1715, édit prescrivant encore la refonte, et remettant les espèces à 40 livres. C'était ainsi qu'on soldait une partie des dettes laissées par Louis XIV.