LE PAIR RÉEL
Le pair réel, ou cette exacte égalité entre les monnaies courantes, est le point le plus délicat, le plus essentiel et le plus inconnu du commerce de change; il est aussi le point le plus fixe d'où Ton puisse partir; car le poids et le titre des monnaies sont partout plus constants que leurs valeurs numéraires; La seconde égalité que l'on doit considérer est celle qui se trouve entre les monnaies de change d'un pays et les monnaies de change d'un autre pays, lesquelles reçoivent de fréquents changements dans ce qu'il faut de lune pour égaler l'autre. Ces variations, qui proviennent de la valeur arbitraire que les souverains donnent aux monnaies réelles dans leurs États, et de l'abondance ou de la rareté des lettres de change d'une place sur une autre, sont précisément ce qu'on appelle les changes. Leur égalité consiste à trouver le rapport d'un change à deux ou plusieurs changes donnés; elle fait ce que nous appellerons le pair politique.
Ce pair est donc une exacte égalité entre les prix des changes de différentes places comparés entre eux. Il est l'objet de l'attention la plus importante que doit avoir un négociant. Ce négociant doit suivre les différences de ces changes. 11 en doit faire d'exactes et de fréquentes comparaisons; il doit examiner chaque jour ce qui résulte des changements combinés entre eux. C'est par cet examen scrupuleux et détaillé qu'il découvre les routes qu'il doit suivre et les circuits qu'il peut ou qu'il doit faire de place en place, afin de se mettre en état de profiter de tout l'avantage que lui présente chaque change en particulier, et d'éviter de remettre directement sur une place dont le change ne lui paraîtra pas favorable.
Voilà donc deux sortes de parités qu'il ne faut pas confondre ; le pair réel et le pair politique. Personne n'a encore traité du pair réel ; pour le faire d'une façon satisfaisante et utile, il faut être parfaitement instruit des poids, des titres et des valeurs des monnaies réelles de tous les États de l'Europe. 11 faut être au-dessus de là difficulté des calculs qu'il exige, afin qu'aucun ne puisse arrêter. Il faut aussi connaître nécessairement et avec la dernière précision le rapport le plus exact qui soit possible entre les poids avec lesquels on pèse l'or et l'argent dans l'État où l'on est , et ceux avec lesquels on pèse ces mêmes métaux dans tous les autres États; car c'est du rapport ou de la connaissance exacte de tous ces différents poids que dépend absolument toute comparaison de la monnaie d'un État avec celle d'un autre État.
Je reprends la suite des principes du change et du coi merce.
111, Si une nation nous fournit plus qu'elle ne reçoit de nous, ou si nous faisons chez elle plus de dépense qu'elle n'en fait chez nous, il faut nécessairement lui payer cet excédant, qui est appelé la balance nu commerce entre ces deux nations, soit en argent monnayé, soit en lingots.
Or, pour payer cette balance due à l'étranger, la demande on la recherche de son argent, ou de ses lettresde change, devient chei nous plus grande que leur quantité : c'est ce qui renchérit, et ce qui fait baisser le change au-dessous du pair1, parce qu'alors les Hollandais nous donnent moins que 54 1/23 deniers de gros, argent courant, ou qoe 52 deniers, argent de banque, et l'Anglais moins que 29 1/2 deniers sterling, pour notre écu de 60 sous : alors nous recevons moins, ou nous donnons plus d'argent que nous n'en avons reçu; ce qui nous rend le change désavantageux; il baisse au-dessous du pair ou de sa véritable valeur. C'est ainsi qu'il est devenu un trafic; et cette différence du pair à ce que l'on donne fait le cours du change. En ce cas, il nous montre que la France est débitrice envers l'étranger, et conséquemment, que le commerce qu'elle fait avec lui est onéreux et i charge.
De même, toutes les fois que la France fournira à l'étranger pins qu'elle ne recevra de lui, l'étranger lui sera débiteur, et le change a son avantage; parce que le besoin quecet étranger aura de notre argent, ou de nos lettres, pour nous payer cette balance , en augmentera chez lui la recherche et la demande; et c'est lui alors qui sera obligé de nous donner plus qu'il ne nous doit réellement; ce qui fait monter le change au-dessus du pair, parce que, pour notre écu de 60 sous, le Hollandais nous donne plus de 54 deniers de gros courant, ou plus de 52 deniers de banque, et l'Anglais plus de 29 1/2 deniers sterling : alors le change est à notre avantage.
Selon ces principes, le change qui est au-dessus du pair nous est avantageux, et nous montre que le commerce que nous faisons avec cette nation nous est favorable, puisqu'elle nous redoit.
Et le change qui est au-dessous du pair nous est désavantageux , et nous apprend que notre commerce nous est onéreux et à charge, puisque nous redevons à l'étranger. D'où je conclus trois choses :
La première, que le change nous montre journellement laquelle des deux nations redoit à l'autre, et qu'il est par conséquent le véritable