SB ÉCONOMISTES MODEM! ES
en lire les conclusions au sujet desquelles il a rcnconlrê plus d'un dissentiment. Dans son volume, comme dans des études postérieures, il établit par des chiffres précis quel a été le mouvement de la production des métaux précieux, et montre combien elle s'est élevée dans la période récente par l'exploitation de gîtes nouveaux. Celle de l'or surtout a pris des proportions qui F alarment, et il se demande quelle valeur réelle cet or pourra garder, si le flot qui nous arrive de la Californie et de l'Australie continue à monter avec la même rapidité. Passe encore si cet accroissement de production se balançait entre les deux métaux précieux, et si dans leur marche ascendante ils maintenaient leurs rapports : il n'y aurait dans ce cas à redouter qu'une dépréciation intrinsèque de toulcs les valeurs monélaires, laquelle aboutirait à un enchérissement corrélatif dans les produits et les services dont elles sont la mesure cl l'instrument d'échange. Le trouble ne serait pas considérable, et on pourrait l'affronler. Peu à peu l'équilibre se rétablirait de soi et par la force des choses, comme cela s'est fait dans la première période des découvertes, comme cela surtout a eu lieu depuis, par suite d'une abondance plus grande des métaux précieux. Mais le danger réel, imminent, c'est un défaut de balance dans la production de ces métaux. Tandis que celle de l'or dépasse toute croyance, celle de l'argent reste slalionnaire, et le rapport qu'ont fixé entre eux la loi et les habitudes
devient de plus en plus une fiction. D'un autre côté, si l'or afflue sur notre marché, l'argent chaque jour s'en éloigne, ce qui nous constitue doublement en perte, perle sur l'or qu'on nous apporte, perte sur l'argent qu'on nous enlève. Il pourrait même arriver que, dans celle rafle exécutée sur l'argent, on ne nous en laissai pas la quantité nécessaire" pour servir de monnaie d'appoint, ce qui occasionnerait de graves embarras dans la circulation et les échanges. Voilà ce qu'il faut voir et prévenir. Par quels moyens? M. Michel Chevalier va sur-le-champ au plus décisif. Au lieu de deux étalons monétaires, il voudrait n'en conserver qu'un seul : ce serait l'argenl, moins déprécié et moins dépréciable. L'or, même monnayé, redeviendrait simplement une marchandise dont le prix serait débattu de gré à gré et soumis aux fluctuations de la rareté el du l'abondance, ou bien dont le cours public serait fixé ef modifié de temps à autre, comme cela se pratique dans des pays voisins.
Il est impossible de nier ce qu'il y a de sérieux dans ces observations ; c'est l'impression qu'en ont reçue ceux même qui les ont le plus vivement réfutées, el, entre aulres, un homme de cœur et de bien, dont la perte a causé un vide dans nos rangs, M. Léon Faucher. Je ne recommencerai pas cette réfutation, el n'ajouterai que peu de mots sur le point capital. Oui, le danger existe, mais n'y en aurait-il pas un plus grand dans les moyens proposés ? Par de savantes re-
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cherches, M. Michel Chevalier établit péremptoirement que le rapport de la valeur entre les deux métaux précieux a souvent varié; que, suivant les lieux, les temps, les circonstances, il o oscillé entre 1 : 9 et 1 : 18, d'où il conclut qu'en présence d'un écart pareil toute prétention d'astreindre l'or et l'argent à un rapport fixe est en désaccord avec les faits et devient inadmissible. Cela est juste pour la valeur réelle, effective; mais ii côté de la valeur réelle il en est une autre dont l'auteur ne tient pas assez compte : c'est la valeur légale, la valeur de convention si l'on veut, qui heureusement a été moins inconsistante. Le mérite de celle valeur légale est d'assurer le repos, que la valeur réelle ne donnerait pas; sa vertu la plus évidente, c'est qu'elle n'est ni à discuter ni à débattre. Sans doute cette valeur légale doit rester voisine autant que possible de la valeur effective ; mais, môme quand elle s'en éloigne un peu, elle remplit sa fonction, si la confiance publique n'en est pas alteinle. Pour cela, il suffit qu'elle ne puisse êlre suspectée d'altération. Cette pièce d'or que je reçois vaut en réalilé quelques centimes de moins que le prix que j'y ai mis ; qu'imporle si je retrouve ce prix au moment où je la cède 1 Dans celle habitude et ce consentement, il y a des garanties el une sécurité que n'offrirait pas le débat facultatif de la valeur. Qu'on se place en effet dans l'hypothèse d'un prix contesté et d'un cours variable. Celte même pièce d'or n'est plus qu'une marchandise; elle vaut tant
H. HICIÏEL CHEÏALIEK. ISS
pour celui-ci, tant pour celui-là, moins le lendemain que la veille, plus dans des 'mains habiles que dans des mains inexpérimentées; on peut la refuser ou l'admettre; quand on la détient, on ne sait pas au juste ce qu'on a. Qui ne voit les inconvénients de ce régime, les troubles qui en sortiraient, les défiances qui y sont en germe, les embarras qu'il apporterait dans les transactions? L'effet le plus immédiat serait de faire disparaître l'or de la circulation monétaire, ou du moins de diminuer l'emploi de cette monnaie commode, portative, dont le goût s'est si vite répandu, pour nous ramener à ces disques d'argent si lourds à manier, et dont on ne s'encombrait qu'avec répugnance.
J'en ai fini des petites querelles que j'avais à vider ici avec M. Michel Chevalier : ses opinions sont de celles qu'on ne peut effleurer dans des éloges, ni écarter par des réticences; les discuter, c'est témoigner le poids qu'elles ont. Leur litre incontestable est l'originalité. Sous l'économiste, on y voit l'ingénieur nourri de solides lectures qu'ont fortifiées ses observations personnelles, sachant beaucoup et jaloux de communiquer ce qu'il sait, mettant au service de ses doctrines une abondance inépuisable de renseignements, aussi positif qu'un professeur doit l'être, et cependant faisant çà et là el à propos une part à l'imagination. 11 ne faut pas lui demander d'aller hien avant dans le champ des idées abstraites : ce n'est pas son