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but, ni la tournure habituelle de son esprit. 11 aime mieux prouver que disserter. Quant au style, la variété des tons y domine; le ton s'élève ou descend suivant l'occasion : ce sont des contrastes nécessaires; l'essentiel, et l'auteur excelle en cela, est d'y faire régner une grande clarté. Faut-il ajouter que parfois l'expression va plus haut que le sujet, qu'elle devient trop brillante, trop colorée? D'autres y applaudiraient, et, si j'y résiste, c'est en me défiant de mon goût et sans vouloir donner à mon observation la forme d'un reproche.
Le Cours de M. Michel Chevalier s'arrête à la date de 1852 : on peut dire que les doctrines qui y sont développées constituent en quelque sorte l'unité de sa carrière. Dans quelques rangs qu'il se soit trouvé, les ennemis de l'économie politique ont toujours été les siens, et, qu'il défendit la brèche ou qu'il montât à l'assaut, personne n'a montré plus de fermeté que lui pour les combatlre. En 184ô, comme député de l'Aveyron, en 1846, comme membre de l'association pour la liberté des échanges, il ne ménagea ni sa plume ni ses démarches, et fut de ceux qui arrachèrent au ministère cette loi de mai 1847 qui introduisait quelques réformes timides dans le régime de nos douanes et ne
Jf. MICHEL CHEVALIER. SM devait pas aboutir. Alors comme aujourd'hui il existait dans le pays et dans les Chambres un parti remuant qui n'appuyait pas le pouvoir sans conditions, et prenait la politique comme point d'appui pour la sauvegarde de ses intérêts. La loi, retenue dans les bureaux par des lenteurs calculées et modifiée ensuite par la commission au point de devenir dérisoire, ne parvint pas même aux honneurs de la discussion. Le rapport venait d'être déposé quand la révolution de 1848 éclata.
Celte révolution inattendue ébranla bien des caractères et amena de bien êlranges conversions. On put voir alors ce qui dislingue les hommes qui ont une doctrine de ceux qui n'en ont pas. Sous les apparences d'un développement sans limites, jamais la liberté n'avait été plus menacée; on l'attaquait dans ses bases mûmes, la faculté de disposer de soi, et dans sa forme la plus tulélairc, la propriété. 11 fallait du courage pour dénoncer ces violences et lutter conlre ces égarements ; M. Michel Chevalier en fil preuve dès les premiers jours. Il se mit à l'œuvre, et dès le la mars il publiait dans la Revue îles Deux Mondes uu écrit qui rappelait aux ouvriers ces belles paroles de F ranklin : « Si quelqu'un vous dit que vous pouvez vous enrichir autrement que par le travail et l'économie, ne l'écoutez pas; c'est un empoisonneur! » Ceux qui se souviennent de la stupeur qui régnait alors en face de celte multitude frémissante qui convoitait la société
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comme une proie peuvent juger du mérite qu'il y avait à tenir un pareil langage et à en assurer l'effet par la publicité. C'était moins à la foule abusée que s'adressait l'écrivain qu'aux hommes et aui idées dont elle s'inspirait, hommes redoutables alors et bien oubliés aujourd'hui, idées si enracinées, qu'elles ont survécu à leur défaite. L'objet à poursuivre, et les meneurs ne s'en cachaient pas, était de ressusciter contre les fortunes le régime des suspects qu'on avait jadis applique aux personnes; c'était de s'attaquer aux intérêts plus qu'aux opinions. Il n'y avait de variété que dans les combinaisons : au fond, le dessein était le même et aboutissait à une spoliation plus ou moins déguisée. Prenant la science pour auxiliaire, M. Micbel Chevalier n'eut pas de peine à prouver que tes premières et les plus flagrantes victimes de cette spoliation seraient ceux au nom desquels on l'entreprendrait, qu'au lieu d'éteindre la misère elle ferait plus de misérables, et qu'en frappant la richesse ostensible elle tarirait le travail, la seule richesse qui soit susceptible de se renouveler. 11 ajoutait qu'à côté de ces procédés aussi stériles qu'odieux il en était de plus efficaces, que d'un commun accord on pouvait étendre et perfectionner ; l'association, la prévoyance, l'éducation spéciale, les facilités de crédit, les écoles gratuites, tout ce qu'amènent a leur suite des rapports empreints de bienveillance et le respect des droits mutuels. Dans celte seconde partie de son travail, M. Michel Chevalier se
11. MICHEL CHEVALIER. K5 montrait, comme a l'ordinaire, ingénieux et abondant , si bien que ces études de circonstance ont pris les proportions d'un volume'. Sans affaiblir l'honneur qui lui en revient, on peut le faire remonter plus haut : dans sa défense de la société, c'était aussi l'économie politique qu'il défendait.
Les hommes auxquels il s'en prenait ne s'y trompèrent pas; le 7 avril, sa chaire au Collège de France était supprimée : du même coup on atteignait l'enseignement et le professeur. Il semble même qu'il y eut dans cet acte de brutalité l'influence de mains qui se cachaient, et que des amis de l'ordre ne furent point étrangers a ce signe des désordres du temps. On le vit mieux quand il s'agit de la réparation. A sept mois de là, lorsque les événements curent fait justice des agitateurs les plus compromis et qu'il devint possible de rentrer dans une situation régulière, lacommissiondu budget fut mise en demeure de revenir sur une injustice faite a un professeur frappé à son poste au moment où il y rendait des services éminenls. Plusieurs membres demandèrent sa réintégration. Si elle eut lieu et si la chaire fut rétablie, cé ne fut pas sans des oppositions sourdes et actives, quoiqu'elles eussent l'air de rougir d'elles-mêmes. 11 fallut que les amis de M. Michel Chevalier le défendissent non-seulement dans les bureaux, mais il la tribune. Tout effort personnel fut
1 UHrm sur rorgau'talieii du irnval', 1 vol., clieiCjpclte.
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épargné à sa dignité ; il ne s'y serait pas prêté. Au moment où la question s'agitait, ii était dans l'Hérault, chez son beau-père; c'est là qu'il apprit en intime temps l'initiative qu'on avait prise et le succès qu'elle avait eu. Rappelé dans sa chaire, il eut le bon yoûl d'en éloigner tout ce qui pouvait ressembler à un souvenir de ses griefs, et dans les cours qui suivirent il s'attacha à montrer les rapports qui existent entre l'économie politique et la morale chrétienne. Le sujet en lui-même renfermait une ironie et pouvait passer pour une leçon ; M. Michel Chevalier ne poussa pas sa revanche plus loin. Pour ce qui le touche, il s'est toujours montré plein de modération; il n'a eu de l'ardeur que quand ses doctrines lui paraissaient engagées.
Cette circonstance se présenta lorsqu'on 18M s'ouvrit devant l'Assemblée législative une discussion assez importante sur la réforme du tarif des douanes. Les esprits étaient alors médiocrement disposés pour ce débat; il y avait dans l'air de bien autres sujets de préoccupation. Ce fut un premier motif d'échec; le second, plus grave encore, était le nom et l'ascendant du champion des tarifs, M. Thiers, qui apporta dans cette défense l'art accompli et la fécondité de ressources qui le distinguent. On peut dire qu'il poussa cetle fois le talent jusqu'à l'abus, et que vis-à-vis de l'économie politique il manqua de mesure. Un esprit comme le sien aurait dû comprendre qu'une science
dont nos maîtres en beaucoup de choses ont fait la règle de leur conduite ne méritait pas les dédains dont illacouvrit.il n'avait pas môme pour excuse l'incertitude du dénoùment ; dès le début, la bataille ressembla à une déroute. A tort ou à raison, le promoteur du débat (M. Sainte-Beuve) ne fut pas soutenu, et les coups portèrent à peu près dans le vide. Cependant au dehors de l'Assemblée les économistes s'étaient émus, et M. Michel Chevalier se rendit l'organe de celte émotion. Au discours de M. Thiers, il opposa une réfutation dont le caractère est un ménagement minutieux pour les industries qui prenaient le plus facilement l'alarme. L'auteur s'efforce de les éclairer, de dégager de leurs terreurs ce que ces terreurs ont d'imaginaire; il voudrait les associer à un mouvement conduit avec prudence, et qui n'aurait rien d'offensif; il leur démontre par d'irréfutables calculs qu'une réforme n'aurait pas tous les inconvénients qu'elles en redoutent, et qu'il en sortirait des avantages supérieurs et assurément plus durables. Rien de plus sensé ni de plus conciliant. Malheureusement il y a pour les industries une considération qui domine tous les raisonnements, c'est la puissance des habitudes. Nulle part la crainte et l'horreur de l'inconnu ne se manifestent avec plus d'énergie ; les industries prétendent vivre comme elles ont vécu, sans plus de trouble ni d'efforts; elles résistent à tout changement d'état, et s'agitent quand on veut les convaincre. Aussi M. Mi-