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cliel Chevalier en a-L-il été pour ses avances; les indus- Iries remuanies n'onl pas désarmé, on a pu le voir récemment. Les discuter, c'est se déclarer leur ennemi, et d'ailleurs à quoi bon discuter? Comme une compagnie célèbre, n'ont-elles pas pour devise : * Être ce qu'elles sont ou ne pas être? »
A diverses reprises, M. Michel Chevalier put voir ce qu'il en coilte de résister a ce courant d'opinions. Rien de plus significatif que ce qui se passa au sujet de l'exposition de Londres en 1831. Jusque-là il avait, comme écrivain spécial et pour ainsi dire désigné, fait partie de tous les jurys; on lavait môme compris dans la commission préparatoire. Pourtant son nom ne figura pas sur la liste définitive : il fui châtié par prétérition. L'Institut se montra de meilleur goût. Les académies ont cet avantage, que les opinions les plus diverses s'y supportent et s'y éclairent avec une dignité et une convenance sans égales. M. Michel Chevalier était là près de ceux qu'il avait le plus vivement combattus, M. Thiers entre autres, et pourtant, quand il s'agit d'envoyer à Londres quelques membres pour y étudier les faits, M. Michel Chevalier se trouva sans aucune objection, le plus naturellement du monde, désigné avec M. Blanqui. A leur retour, les deux délégués présentèrent un rapport qui est aux archives de l'Institut, et où les considérations générales tiennent la place qui convient dans un document de celte nature. 11 renferme de belles pages sur la liaison intime
JL MICHEL CHEVALIER. 237 t]iii existe cuire l'avancement de l'industrie et l'état des civilisations, sur l'influence qu'exercent dans l'économie du travail les mœurs, les doctrines admises, les qualités de race et surtout la religion dominante.
Nommé plus tard membre du conseil d'fitat, membre et président du conseil général de l'Hérault, le consciencieux économiste sut garder toute son indépendance. Vers la fin de 1852, quand le président du Sénat, parlant au nom de ce corps, exposa dans un document publie les idées qui avaient inspiré la constitution du nouvel empire, H. Michel Chevalier regarda comme un devoir d'y relever quelques passages où l'économie politique était assez maltraitée. On la représentait comme « une théorie funeste, un piège adroit, imaginés en vue d'anéantir nos fabriques et de ruiner notre production nationale. » Ces mots étaient durs, et ils ne passèrent pas sans protestation : une lettre insérée dans les Débuts eut pour objet de les combattre. M. Michel Chevalier y usa d'adresse : il mit les deux empires en présence, l'ancien et le nouveau, et, cherchant des armes partout, il releva dans le Mémorial de Sainte-Hélène, où les contradictions ne manquent pas, ce passage assez singulier : « Nous devons nous rabattre désormais sur la libre navigation des mers et l'entière liberté d'un suffrage universel. » En même temps il empruntait à la comparaison des tarifs des preuves un peu plus convaincantes; il rappelait que, sous le premier empire, les subsistances
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étaient exemptes de droit?, les matières premières, la fonle en gueuse également, tandis qu'au taux du moment celte fonte payait 77 francs par tonne, et que les céréales relevaient de l'échelle mobile. Pour les fers, c'étaient M francs par tonne contre 206; pour l'acier, 99 francs contre 1,520 francs, et ainsi du reste. Somme toute, l'ancien empire s'était montre en matière de douanes plus libéral que le nouveau, et, s'il avait a sa charge les violences du blocus continental, i! fallait se souvenir que ce blocus était une machine de guerre, de l'aveu même du chef de l'ancien empire. Cette controverse, on le voit, avait, en partie du moins, le caractère d'un débat de famille, et peut-être les faits s'y adaptaient-ils trop aux besoins de la cause. Les économistes qui ont vécu de i 804 à 1 81 \ , notamment Jcan-Ilapliste Say, n'attribuent pas au régime qui était alors en vigueur un caractère si libéral, et, quand on a voulu en venir à une application sérieuse des principes économiques, c'est sur de meilleurs modèles qu'il a fallu se régler.
l'intention et l'acte n'en étaient pas moins louables. M. Michel Chevalier ne s'effaçait pas quand autour de lui on s'effaçait volontiers ; il défendait ses opinions par les arguments qui lui paraissaient le mieux appropriés, et il procédait à celte défense avec un certain éclat. Ce caractère s'est retrouvé dans un vœu que, sous sa présidence, a émis cliaquc année le cotisai général de l'Hérault, et qui, réduit à une forme
de plus en plus subslanlicllc, élait devenu un véritable traité d'économie politique. Dans le conseil d'Étal, cette allilude ne s'est point démentie; toutes les fois que la libertéy a été en jeu, dans la mesure où elle peut l'être, M. Michel Chevalier s'est rangé du côté de la liberté, se résignant, ce que peu d'hommes savent faire, au rôle de vaincu. Plus récemment, quand un débat s'engagea sur le régime des céréales, il se montra des plus ardents à demander que l'approvisionnement du pays lui mis à l'abri des dangers et des incertitudes de l'échelle mobile. Au sujet de la levée des prohibitions, son langage ne fut ni moins lier ni moins résolu. Il prouva sans réplique qu'aucune de nos industries n'a besoin de la prohibition pour vivre, que les plus caduques peuvent s'en passer, et que la France expédiait au dehors, sur les marchés de libre concurrence, les articles mémo qui étaient garantis chez elle par la prohibition, et dans quelles proportions, sur quelle échelle? Pour une somme de 400 millions de francs I Cette série d'efforts n'a pas été, on doit le croire, sans influence sur les actes qui, en 1800, ont modifié notre législation commerciale. Il élait réservé à M. Michel Chevalier d'assister au succès de ses idées et d'y aider par ses conseils. Par l'effet des circonstances, son nom est devenu pour la France l'équivalent de ce qu'est celui de M. Cobdcn pour l'Angleterre.
Quand ce dernier arriva de Londres, au muis d'oc-
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tobre 1859, muni de quelques instructions de M. Gladstone, ce fut avec M. Michel Chevalier que d'abord il s'aboucha. Les premières démarches furent faites en commun et, il faut l'ajouter, un peu à l'aventure. Les concessions auxquelles l'Angleterre devait souscrire n'avaient rien de déterminé, et du côté de la France on voyait plus nettement ce qu'il y avait à craindre que ce qu'il y avait à espérer. Une barrière d'opinions hostiles ou indifférentes semblait fermer l'accès aux moindres réformes. Les obtenir des corps constitués n'eût été qu'une illusion suivie d'un échec; on prit le parti de les leur imposer. La forme d'un traité de commerce, directement conclu, fut préférée à celle de délibérations régulières. La constitution du pays avait laissé cette porte ouverte à une volonté prépondérante qui se décida à en user eu l'élargissant. De là un acte de souveraineté qui garde son caractère propre, et auquel tout le reste a servi d'occasion ou d'instrumenls. Une fois ce principe admis que les produits anglais, de quelque nature qu'ils fussent, ne seraient plus passibles que d'un droit de 50 pour 100 de la valeur, réductible à 25 pour 100 dans une période donnée, il n'y avait plus qu'a régler les choses en détail. Ce droit était un maximum au-dessous duquel les négociateurs du traité avaient la faculté de se mouvoir. Un conseil d'enquête fut institué, devant lequel toutes les industries exposèrent leurs prétentions et tirent valoir leurs droits. M. Michel Chevalier ne fui pas l'un des mem-
31. HICHEL CHEYALIEIt. 2fl lires les moins actifs de ce conseil, que présidait le ministre du commerce. Il y insista, à diverses reprises, sur 1 clablissement de tarifs modérésqui, sans mettre nos industries à une trop rude épreuve, pouvaient seuls donner a cette expérience un caractère sérieux et susceptible d'effet. Dans les limites de la convention préalable, le régime en vigueur eut changé de nom sans changer de signification; nos frontières, à peu d'exceptions près, seraient restées fermées, après comme avant le traité, à la marchandise étrangère. La lâche du conseil d'enquête consista à trouver les termes intermédiaires qui, sans les trop découvrir, devaient ohlïgcr nos industries à faire un effort sur elles-mêmes. De là une échelle de droits qui varie de 5 à 25 pour 100, et n'atteint que dans un petit nombre de cas le maximum de 50 pour 100, indiqué comme hase préliminaire.
Les conséquences de ce traité sont encore dans le domaine des conjectures; ces conséquences ne se dégageront que lentement et donneront lieu à plus d'uni: surprise. A mon sens, et sans vouloir tirer d'horoscope, il n'en résultera ni tout le mal ni tout le biei! qu'on en attendait. Les caprices de la consommation élabliront entre les pays contactants une balance qui sera rompue tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Des articles anglais viendront figurer sur nos étalage?; nos articles figureront sur les étalages anglais; il y aura des engouements passagers suivis de préférences
»ï ËCON03USIES MODE AN ES.
durables. On se copiera, on cherchera des deux cotés ii mieux l'aire et à faire moins chèrement. Pour plusieurs de nos fabriques, ce sera la condamnation des instruments imparfaits dont elles maintenaient l'usage au préjudice des consommateurs; il faudra, sous peine de périr, modifier le matériel et regarder de plus près aux moyens d'exécution. L'immobilité ne sera plus permise. Ce sont là, il est vrai, des habitudes nouvelles; la force des choses y soumettra ceux qui y résistent le plus. Un avantage n'en restera pas moins acquis aux industries qui, en possession du marché, n'ont à supporter ni frais de déplacement ni droits à l'entrée. Bien infirmes seraient celles qui, à l'abri de ce traitement, ne pourraient pas supporter les rivalités extérieures, et leur déchéance, si elle avait lien, ne serait pas de nature à causer des regrets. Il ne s'attache de prix à l'activité humaine, dans quelque champ qu'elle s'exerce, qu'à la condition de se montrer en toute circonstance laborieuse et judicieuse, et de justifier les profits qu'elle recueille par les services qu'elle rend. Cette loi de justice distribuée a été longtemps méconnue parmi nous; il est a désirer qu'elle reprenne son empire.
Plus heureux que Ilastiat, Illanqui ainé, Rossi, Léon Faucher et d'autres défenseurs de la liberté commerciale, M. Michel Chevalier a pu prêter les mains à sou premier triomphe. 11 y avait vaillamment concouru. Sa position dans la presse périodique lui donnait de
». MICHEL CHEVALIER. ïiî grands avantages; il pouvait parler au public et à un public choisi a l'heure et dans la forme qui lui convenaient; il était armé pour la lutte. L'instant venu, il s'est trouvé libre d'agir, tandis que d'autres économistes se sentaient enchaînés. L'objet à atteindre restait commun; la manière ne l'était pas. Plus d'un dans nos rangs a éprouvé des scrupules; M. Michel Chevalier s'en trouvait affranchi par sa position, et il puisait dans cette position une force de plus pour écarter les derniers obstacles. Singulier contraste dans la façon dont la révolution économique s'est opérée dans les deux pays ! Eu Angleterre, elle nait dans le sein des populations, s'y affermit par le débat, brise les préjugés et les intérêts qui s'opposaient à sa inarche, mûrit avec les années, se trempe par les échecs et s'empare si bien de l'opinion, qu'elle devient irrésistible. En France, rien de pareil. Cette révolution éclate comme la loudrc dans un ciel serein ; elle ne discule pas, elle s'impose ; elle ne cherche pas à rallier les convictions, elle leur dicte sa loi. A quoi lient ce contraste? Au génie des races et surtout à la puissance des institutions. En Angleterre, les po pulations n'aiment et ne supportent que les choses où elles mettent la main; en France, on aime et on accepte les choses toutes faites. On dirait que nous portons mal le souci de nos propres destinées, tant à la moindre occasion et sur le plus petit prétexte nous en déclinons volontiers la responsabilité.