‹ Economistes modernes Richard Cobden, Frédéric Bastiat, Michel Chevalier, John Stuart Mill, Léon Faucher, Pellegrino RossiChapitre 19 sur 38 · S5'2 ÉCONOMISTES 11 ODE UNES · texte numérisé non relu

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lemenl consommées, l'autre produisant dos matières destinées à une fabrication ultérieure. Au sujet du capilal, M. Mill innove peu ; il nous le montre dans ses origines et dans ses fonctions, produit de l'épargne et auxiliaire du travail, obéissant a une loi, non de conservation, mais de reproduction perpétuelle, s' alimentant de sa substance et trouvant des forces dans sa propre activité. Quant à la terre, il n'entend pas par ce mot le sol seulement, mais encore les matériaux et les forces motrices fournis par la nature, les avantages du climat, d'une fertilité plus ou moins grande, de cultures plus ou moins perfectionnées. Puis, cette analyse une fois achevée, il reprend un à un les trois éléments de la production et en étudie la loi d'accroissement, accroissement du travail, du capital et des fruits de la terre. Il recherche comment tous ensemble concourent à une production qui va se développant sans cesse, et dont les progrès sont en raison de la civilisalion des peuples. Il remonte aux causes de la puissance productive, causes principales ou secondaires, générales ou locales, — la division du travail, la supériorité d'intelligence, de talent et d'instruction, l'état des mœurs et des lois, la sécurité individuelle, l'emploi des agents mécaniques, l'association des capitaux, entin la confiance qu'un régime social inspire aux membres de la communauté. Sur toutes ces causes isolées ou réunies, on peut mesurer l'activité d'un peuple, sa prospérité, sa fortune, en un mot sa puissance de produclion.

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Après la production des richesses vient la distribution : c'est dire qu'on entre dans le vif des choses. Dans la production, en effet, tout s'enchaîne et se déduit de lois pour ainsi dire fatales, de conditions imposées par la nature. Rien d'arbitraire ni de facultatif; les circonstances étant données, on arrive à des résultats rigoureux. H n'en est pas de même de la distribution des richesses : ici la nature s'efface; c'est la main de l'homme qui a le dessus. Les choses sont créées, il s'agit d'en user, d'en disposer, et les procédés varient à l'infini suivant les lieux et les temps, les traditions et les coutumes, l'intelligence des races et le degré d'avancement du régime social. Voilà le problème dont M. John Stuart Mill se préoccupe; il cnumère et passe en revue tous les modes de distribution des produits de la terre et du travail, et non-seulement ceux qui ont été adoptés et appliqués par des civilisations positives, maïs ceux même qui n'ont point eu la sanction des faits et doivent être relégués dans le doinaine des civilisations hypothétiques.

Dans cet ordre d'appréciations, c'est le principe de la propriété individuelle qui se présente d'abord, et à sa suite viennent les déviations récentes auxquelles il a donné lieu, c'est-à-dire le communisme et le socialisme sous leurs différentes formes. M. John Stuart Mill écarte ces lubies, mais avec une indulgence, des ménagements et des réserves qui étonnent de la part d'un esprit aussi judicieux. Puis, après avoir conclu

£>i KCOKOÏIIsTES NOUEUSES

que de bien longtemps encore l'économiste n'aura point à porter sérieusement son attention sur d'autres sociétés que celles où prévalent la concurrence entre les individus et la propriété particulière, l'auteur suit la propriété dans ses évolutions et ses métamorphoses, pour arriver naturellement au salaire, qui est une autre forme de la distribution des richesses. Dès l'abord, M. MiU réfute les préjugés populaires qui se rattachent au salaire, il réduit à leur juste valeur quelques prétendus remèdes dont on a fait naguère grand bruit, par exemple le mijiimmjt légal et la limite assignée aux heures de travail; il prouve facilement que ces moyens artificiels attentent, sans profit pour personne, ;i la liberté des contrats et ruinent l'industrie sous prétexte d'enrichir les agents qu'elle emploie. C'est pour lui une tâche non moins aisée que de démontrer combien sont vaines d'autres combinaisons où l'on pourvoit a l'insuffisance du salaire par un secours paroissial ou administratif, quelles charges ces combinaisons imposent aux communes et au trésor public, avec Ce seul cl fâcheux résultat de troubler les conditions du travail et de propager des habitudes d'indolence au sein des classes vouées à des métier* manuels. Enfin, après avoir recherché les diverses formes du salaire, constaté les différences qni existent soit dans sa quotité, soit dans sa répartition, reconnu les désordres qu'y occasionnent les vicissitudes de l'industrie. M. Mill conctnl, en véritable disciple dn Mal-

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Ilius, qu'il n'y a à de tels maux qu'un remède, el c'est l'augmentation du [aux des salaires par la diminution du nombre des naissances : remède impuissant et illusoire, j'espère Je démontrer. — Dans celte partie de l'ouvrage, l'esprit anglais domine au plus liant degré el se retrouve au sujet des profits du capital et de la rente du sol. Il n'y a pas à insister sur ce dernier point : c'est du Ricardo respectueusement reproduit.

La production el la distribution nous amènent à IVclumye. En tète du livre qui traite de l'échange figure, comme c'est de règle, une théorie de la valeur. On sait que chaque économiste ii la sienne; M. f?lnarl Mi 11 n'a pas dérogé à la tradition, et son mérite est de rester précis dans un sujet aussi abstrait et aussi arbilrairc. Pour lui, la valeur est tin rapport, rien de plus; c'esl une quantité qui varie suivant les choses, les lieux et les temps. Elle est tantôt temporaire, tantôt permanente ou naturelle; elle résulfe aussi, et dans une certaine quantité, des frais de production el des prix de revient. Il y a des valeurs qui peuvent être iniléliniment accrues, il eu est d'autres qui sont forcément limitées. La loi de la valeur se trouve dans les fluctuations de l'offre et de la demande; la valeur s'élève quand le produit est demandé cl s'abaisse quand le produit est offert: cet effet est invariable. Quant a la mesure de la v:ileur,en vain s'en pi '.occuperait-on. Du moment que la valeur est reconnue pour ce qu'elle est, — une chose purement relative, — il est évident qu'il

n'y a pas lieu de lui assigner une mesure fixe, un élalon constant. Poursuivre ce problème, c'est ressembler au géomètre en quête du mouvement perpétuel, ou à l'alchimiste aux prises avec la transmutation des métaux.

Si la valeur n'est qu'une mesure relative, la monnaie n'est autre chose qu'un instrument de circulation, dont le cours, quand il est librement débattu, se règle sur celui du métal et obéit au* fluctnatious du marché. CVst ainsi que M. Stuarl Mil! envisage et définit le rôle de la monnaie: puis il montre comment le crédit tend à s'y substituer, en sa qualité d'agent plus énergique de circulation; il énumère les ressources qu'il crée et les formes qu'il revêt, depuis la lettre de change jusqu'aux renies sur l'Étal. Les diverses et nombreuses opérations de l'échange, — le commerce entre nations, la répartition des métaux dans le monde commercial, etc. — sont ratlachées à cet examen.

Jusqu'ici, on le voit, M. John Stuart Mill a marché sur les brisées de ses devanciers. S'il s'en écarte, c'est par des détails, des nuances; rien du grave, rien de doctrinal. La production, la distribution, l'échange, ont un commentaire de plus, commentaire savant et, sauf quelques points, d'une orthodoxie parfaite. 11 faut arriver aux deux dernières parties de son ouvrage pour rencontrer des vues qui lui soient propres et où il ne s'inspire pas de travaux antérieurs. C'est la ce

M. JOHN STUART SILL. 357 qu'il nomme « une application Je l'économie politique à la philosophie sociale, » el il y examine d'une part l'influence des progrès de la société, d'autre part l'influence du gouvernement sur la production et la distribution des richesses. Ces sujets étaient neufs, le dernier surtout. On sait que des économistes, même éminents : n'ont voulu voir dans l'action publique qu'un embarras et une charge; M. Sluart Hill se sépare d'eux : au lieu de nier cette action, il l'admet comme légitime et en trace les limites.

Ici, l'auteur étudie d'abord les caractères généraux d'une société qui s'enrichit, la manière dont elle s'empare des forces naturelles, pour les asservirde plus en plus à ses besoins, l'influence des progrès de l'indus- Iric sur la valeur, les prix et les salaires, par conséquent sur la condition des classes aisées ou laborieuses, de ces dernières surtout, jouets de tant d'utopies. De là il passe à l'influence du gouvernement sur la richesse d'un peuple, et se place entre les opinions extrêmes par une ferme déclaration. Il n'est, dit-il, ni de l'école qui repousse absolument l'initiative du pouvoir, ni de celle qui l'invoque à tout propos et en loutichose. Au milieu de ces données exclusives, il lui semble qu'il y a place pour un régime où l'action publique el l'action privée peuvent agir de concert sans se nuire, el.au grand avantage de la communauté. C'est ce régime qu'il essaye de définir. 11 fait alors la part, en ce qui louche le gouvernement, des fonctions né-

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cessaires et des fonctions facultatives, dislingue les cap où son intervention est de l'essence même des choses, et ceux où elle ne s'exerce qu'accidentellement et a litre d' exception. A la première des catégories appartient l'établissement de l'impôt, et l'autre passe en revue les règles fondamentales qui s'v. rattachent. Ses préférences sont pour l'impôt direct contre l'impôt indirect, et plus d'un préjugé local se mêle à l'appréciation qu'il en fait. Puis arrive le point délicat de cet examen : jusqu'où doit et peut s'étendre l'action de l'État? Où est la limité précise de son intervention '! dans quelles circonstances convient-il de laisser le champ libre à l'activité particulière? Dans quel cas est-il, au contraire, utile de la contenir, de la régler, de lui mettre un frein, de lui imprimer une direction? Problèmes souvent posés, et qui, même ■après ce que M. Mill en a dit, restent encore à éclaircir et à résoudre.

C'est dans celle partie du livre que se trouvent les propositions les plus malsonnanles ut des témérités faites pour inspirer un regret mêlé d'élonnement. En Angleterre, sur un terrain qui lui est familier, l'économiste ne commet pas de ces méprises; son coup d'œil ne se trouble que lorsqu'il franchit le détroit et agite des questions ou juge des hommes qui nous appartiennent et sont nés près de nous. Kon-seulemenl alors M. Mill range sur la même ligne, invoque au môme litre les noms les plus honorés el les noms les

plus suspects ; non-seulement il donne à des rives odieux une importance qu'ils ne méritent pas, mais il pousse les choses jusqu'à une indulgence voisine de la complicilé. Examine- t-il, par exemple, les systèmes qui ont pour objet de supprimer la propriété individuelle au profit d'on ne saurait dire quelle propriété collective; M. John Stuart Mill déduit froidement et une à une les objections que l'on peut élever ; il ne les trouve ni graves ni fondamentales, admet que ces systèmes ne sont point aussi impraticables qu'on, l'a cru, et que rien ne prouve d'une façou rigoureuse que ce ne puisse être a la forme la meilleure et la forme définitive de la société humaine. » Puis il ajoute : « S'il fallail choisir entre le communisme, avec toutes ses chances, et l'état actuel de la société, avec toutes ses souffrances et ses injustices; si l'institution, de la propriété particulière entraînait nécessairement avec elle celle conséquence, que le produit du travail fût réparti, ainsi que nous le voyons aujourd'hui, presque toujours en raison inverse du travail accompli, la meilleure part échéant à ceux qui n'ont pas travaillé, puis il ceux dont le travail est presque toujours nominal, et ainsi de suite d'après une échelle descendante, la rémunération diminuant à mesure que le travail devient plus pénible et plus rebutant, jusqu'au point où, en retour d'une tache qui épuise ses forces, l'homme ne peut' obtenir avec assurance les muyens de les ré parer et les premières nécessités de la vie; s'il n'y

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avait d'alternalive qu'entre cel état <le choses et le communisme, — toutes les difficultés du communisme, grandes ou petites, ne seraient qu'un grain de poussière dans la balance. »

Ainsi parle M. John Stuart Mill, et ne croirait-on pas entendre un écho affaibli de déclamations dont le bon sens public a décidément fait justice? Placer sur le même rang cette monstruosité que l'on nomme le communisme et un ordre social, imparfait sans doute et sujet à beaucoup d'améliorations, mais viable du moins et consacre par l'épreuve des siècles, est-ce le fait d'un homme réfléchi, d'un esprit sérieux, d'un économiste? Qu'importent les conclusions, quand on fait à ses adversaires une si belle part? Est-on bien venu à condamner les sectes dont on emprunte le langage? Ce n'est guère qu'une inconséquence de plus. Probablement M. John Stuart Mill espère racheter tant de concessions par cette déclaration dogmatique, que la victoire restera, en fait de régimes, à celui qui assurera a l'homme le plus de liberté et le plus de spontanéité. A une sentence si pleine de candeur on ne peut opposer que le sourire. L'écrivain anglais en est-il à savoir que le communisme est précisément l'abolition de toute spontanéité et de toule liberté, et qu'à moins d'exercer une grande violence sur la raison humaine, on ne lui fera point admettre que les fruits de l'activité individuelle puissent être répartis d'une manière égnle, el sans acception d'aptitudes ni d'ef-

H. JOHN STUAHT MILL. E6L forts, entre les membres qui composent la communauté? Là-dessus, les communistes de bonne foi n'ont voulu laisser d'illusion à personne, et M. John Stuart Mill, qui les a lus, devrait être guéri de celles qui paraissent lui rester. Tous ils ont pris la dictature pour point de départ, déclarant qu'ils étaient résolus à faire pénétrer de vive force dans des sociétés rebelles les institutions de leur choix, et à se passer de leur consentement pour les rendre indéfiniment heureuses. Or, devant un programme si net, comment parler encore de liberté et de spontanéité?

Cette connivence avec de tristes systèmes et de mauvais écrits n'est pas la seule que l'on rencontre dans l'ouvrage de M. John Stuart Mill. Sur d'autres points encore, son jugement est en défaut, et c'est toujours sur des questions d'origine française. Deux de ces questions surtout nous touchent de près, et nous croyons devoir saisir celle occasion de montrer quelle fâcheuse influence les préoccupations locales et l'ignorance des intérêts étrangers à l'Angleterre peuvent exercer sur les spéculations d'un économiste anglais.

Dans son chapitre sur l'association et le principe d'association, M. John Stuart Mill, après avoir envisagé à un point de vue tout personnel les conditions

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