‹ Economistes modernes Richard Cobden, Frédéric Bastiat, Michel Chevalier, John Stuart Mill, Léon Faucher, Pellegrino RossiChapitre 23 sur 38 · J ÉCONOMISTES MODERNES · texte numérisé non relu

J ÉCONOMISTES MODERNES

nalisie, montrait volontiers son ancienne épée de lieutenant. Sa collaboration au Courrier Français fut plus durable et plus assidue; en 1859, à la mort de Châtelain, il en prit la direction politique. Pour d'autres, cette responsabilité n'était qu'un jeu; il s'en fit un tourment. Toutes les feuilles obéissaient alors à l'influence d'un nom considérable; elles attendaient le mot d'ordre et faisaient volontiers l'office d'échos. I.a prétention de Faucher fut de s'affranchir de celle servitude; il lui répugnait de revêlir la livrée d'un homme ou d'un parti. Des combats qu'il eut à soutenir, celui-là ne fut ni le moins rude, ni le moins douloureux. Que d'assauts il essuya dans son propre camp tout en tenant liile a ses adversaires ! Un esprit moins opiniâtre y eût succombé; il résista pourtant, et plutôt que de souffrir un empiétement, il laissa le vide se faire aulour de lui. A aucun prix, il n'eût supporté de patronage apparent. Au fond, cette disposition avait quelque chose de louable; chez Faucher, elle était si naturelle que vainement on eût essayé de l'ébranler. Il est des hommes, même éminents, qui doutent de leur force, réclament les conseils, aiment à vérifier leurs idées par l'expérience d'autrui, ont besoin d'un assentiment pour se confirmer dans leurs opinions, et les modifient de bonne grâce quand un nouveau jour s'y répand. Faucher ne ressentait rien de pareil; sa conviction n'avait rien de flottant ni d'indécis; une fois formée, il n'en revenait plus. C'était une confiance

absolue qui éclatait jusque dans 'l'expression. Ces schismes intérieurs aboulircnt à un délaissement qu'aggravait une révolution survenue dans la presse périodique. Depuis quelques années, de nouvelles feuilles à prix réduits minaient l'existence des anciens journaux. Le Courrier Français était au nombre de ces derniers ; sa clientèle allait diminuant; l'un de ses principaux actionnaires, M. Aguado, venaitde mourir. Une vente publique eut lieu, dans laquelle Faucher se porta acquéreur avec la pensée d'introduire dans la feuille, s'il en restait maître, des améliorations et des réformes. Son offre fut dépassée et n'aboutit pas; quelques instances qu'on y mit, il se retira devant ce changement de propriété.

Ce fut pour lui un grand soulagement, et il s'en ouvrait à [ses amis, en 1842, en leur annonçant sa retraite. « li valait mieux pour moi, leur dit-il, ressaisir ma liberté entière; je l'ai fait. Je ne rentrerai plus dans la politique active que parla Chambre. En attendant, j'écrirai des livres et des articles de revue. » Aucun parti n'était plus judicieux. Entre l'improvisation quotidienne et le recueillement qu'exigent des travaux de longue haleine, il y a, quoi qu'on fasse, une sorte d'incompatibilité. Sollicité par le temps et assiégé d'impressions éphémères, l'esprit est rarement libre; les vues sont, courtes, le style n'est plus suffisamment châtié. Faucher le comprenait, et au milieu de ses engagements il avait trouvé la force de pour-

l'U ÉCONOMISTES 1IODBRKËS.

suivre des études plus sérieuses et plus approfondies. Les principales trouvèrent place dans ce recueil ; il y traita divers sujets de finances, d'économie sociale, d'administration et de politique'. Ces morceaux furent remarqués pour la clarté des aperçus, la patience des recherches, le ton ferme de l'écrivain. Des emprunts heureux faits aux sources étrangères en augmentaient l'intérêt et donnaient lieu à des rapprochements où l' a-propos se mêlait à l'érudition. Ça et là des défauts de jeunesse peuvent se relever; sur divers points, le jugement de l'auteur est excessif, et n'a pas rencontré la vraie mesure. Ainsi, dans un parallèle entre la presse anglaise et la nôtre, il nous place bien haut et nos voisins bien bas; il eût été de bon goût de se montrer plus juste. Môme alors !es nuances que signalait Faucher étaient forcées ; elles le paraissent encore plus aujourd'hui. Peut-être faut-il expliquer cette exagération par les circonstances où il écrivait. Il voyait commencer parmi nous le règne de l'annonce, et, pénétré de ses devoirs d'état, il essayait d'arrêter le journal sur cette pente, qui lui paraissait aboutir au trafic des opinions. De là un tableau de fantaisie qui rendait mieux ses propres impressions que la réalité des faits :

1 la Colonie des Savoyards, 1831; — De la propriété" en France, 1SS6; — De la Presse en Angleterre, ISôG; — Organisation financière tic la Grande-Bretagne, 1837 ; — De la Souscription dans tes entreprises de trai-atn; publics )*->*-, — Unes/ha dOricnt, 18*1; — Union du Midi, 18Ï7 cl 1812.

LÉON FAUCHER 531 pour empêcher la profession de déchoir, il l'entourait d'une auréole et y traçait un modèle.

■ Des ouvrages plus considérables avaient encore marqué celte période des débuis. L'un d'eui traitait de la Réfoime des Prisons; un autre, sous le litre d'Union du Midi, se rattachait à un plan général de réformes dans notre tarif des douanes. Sans insister sur le premier, on peut dire qu'il résume en quelques pages tout ce que la question pénitentiaire offrait et offre encore de problèmes, d'embarras et de difficultés. Faucher y propose plus d'expédients que de doctrines, des idées plus ingénieuses que vérifiées, des classements qui auraient besoin de la sanction de l'expérience, et dontles dépenses d'exécution sont plus manifestes que l'efficacité. Une idée pourtant y est en germe, c'est celle des pénitentiers agricoles, qui ont pris récemment quelque crédit. Si dans tout cela l'homme de bien est toujours en évidence, le criminaliste laisse parfois à désirer. Le second ouvrage est de beaucoup supérieur. L'auteur entre dans un sujet qui allait lui devenir familier, et par des titres solides lui ouvrir les portes de l'Institut. Déjà, par les articles qu'il livrait au courant de la presse, on avait pu juger que la science économique avait peu de secrets pour lui; il y suivait les voies ouvertes par les maîtres, en connaissait la langue, en professait les principes. L'Union du Midi prouva mieux que cette érudition n'avait rien de superficiel, et qu'au besoin elle irait st

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jusqu'au Tond des choses, faucher ne se résignait pas à voir dans l'économie politique une arme de luxe, destinée à ne pas sortir du fourreau ; il éprouvait quelque impatience à la sentir renfermée dans les écoles; il lui semblait que, sans cesser d'ôtre spéculative, comme il convient à une science, elle avait tout à gagner à devenir plus expérimentale. Le champ était si vaste et le bienfait si grand pour les peuples qui les premiers s'affranchiraient des entraves d'une législation surannée I Comment en venir là '.' En cherchant dos solutions positives au lieu de s'enfermer dans les théories. La solution que proposait Faucher ne manquait pas d'originalité. Dans la disposition des esprits, la forteresse des tarifs ne pouvait pas être emportée de front; il s'ingénia pour la tourner. Justement alors l'Allemagne offrait un curieux spectacle. La plupart de ses petits États, renonçant à une fiscalité hétérogène qui nuisait à l'activité commune, venaient de s'unir à la Prusse dans une confédération des douanes qui est connue sous le nom de Zollverein. C'est de cet exemple que l'économiste s'inspira. Il conseillait à la France de former, avec la Belgique, l'Espagne et la Suisse, une confédération analogue sous l'empire d'un tarif uniforme. Plusieurs avantages étaient attachés à cette combinaison, et l'auteur les faisait valoir : un marché plus étendu, des frais de perception moindres, enfin, et c'est ce qui le touchait le plus, un retour à des droits plus modérés amené par des conve-

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nances réciproques. Des tableaux h l'appui éclairaient et complétaient ce travail. L'effet en fut bon sur les meilleurs juges, bon également sur celte portion du public qui, dégagée de préventions, cherche un enseignement dans des lectures sérieuses; mais l'accueil fut tout autre de la part de ceux dont les intérêts s'accommodaienl mal d'un changement de régime. Ils élaient les maîtres, et ne se laissaient entamer ni en bloc ni par le détail. Aussi le plan de Faucher fut-il emporté par le flot d'opinion qui en avait emporté tant d'autres. Au fond, môme pour un esprit libre, ce plan soulevait plus d'une objection .11 s'agissait d'établir un concert là où régnaient de profondes incompatibilités, par exemple entre l'Espagne cl la Suisse, l'une livrée au monopole, l'autre en possession d'une complète franchise. A l'exécution, un échec certain eût attendu les négociateurs. L'auteur sentit ce point faible, et plus tard, en s'amendant à propos, il limitait à la Belgique son projet d'alliance de douanes.

Ces diverses publications, prises sur les heures disponibles que lui laissait le soin de son journal, indiquaient ce que Faucher pourrait faire avec plus de loisir et d'indépendance. Sa position était désormais assurée. Il avait épousé en 1857 mademoiselle Alcxandrine Wolowska, tille d'un ancien député a la diète de Pologne, et sœur de M. Wolowski, qui devint pour lui un frère d'armes, un compagnon et un émule dans les mêmes travaux. Sa mère venait de s'éteindre, entou-

3îi KC0N0S11STES HODEHKES.

rée de soins; son frère était hors d'embarras. I) avait trouvé dans son mariage, avec une certaine aisance, les joies et les consolations du foyer, et dans la compagne de sa vie les dons de l'esprit unis aux qualités du cœur. Ce fut sans trouble qu'il renonça au revenu régulier et important qu'il tirait de sa position dans la presse quotidienne, li savait qu'iln'en retrouverait pas l'équivalent dans des travaux plus achevés, dont le temps est l'auxiliaire; it y était résigné : if était de ceux qui préfèrent la considération à la fortune. Fallût-il pour cela souscrire à quelques sacrifices, il y était résolu. Sa correspondance en témoigne. « Nous allons encore faire des réformes, écrivait-il', diminuer notre loyer, notre état de maison, nos dépenses extérieures, et nous réduire au plus strict nécessaire. Nous n'en serons pas plus malheureux, w Son parti une fois arrêté, il se mit à l'œuvre, et commença dans la Revue des Deux-Mondes la série de ses Éludes sur l'Angleterre, qui prirent les proportions d'un ouvrage auquel il consacra deux années de recherches et de travaux. Ce n'est pas uniquement dans les livres ni dans les documents officiels qu'il en puisa les éléments; il voulut s'éclairer par ses yeux, vérifier lui-même jusqu'à quel point étaient fondées les lamentables enquêtes qui se succédaient devant le parlement. II vit donc avec soin l'Angleterre et l'Écosse, sé-

Lettres à M. lieaufer.

LÉON FAUCHER. 535 journa dans les grandes villes, parcourut les districts manufacturiers, les ports de commerce, recueillant partout des informations sur les mœurs, les habitudes, les intérêts des diverses classes, surtout de celles qui vivent du salaire et pèsent sur l'économie d'une société par le nombre autant que par les besoins. Cette inspection achevée, il en dégagea pour ainsi dire la substance, classa les témoignages, résuma ses impressions, et les livra a la publicité. Ces Études eurent un succès réel cl légitime; le talent de Faucher s'y montrait dans toute sa maturité, plus contenu dans ses appréciations, moins impétueux dans la forme. La réputation de l'auteur en fut mieux assise, et ce livre est resté le litre le plus saillant, le plus durable auquel il ait attaché son nom.

Aujourd'hui que les Études sur l'Angleterre sont classées et qu'elles ont résisté à l'épreuve du temps, on peut avec une entière liberté d'esprit en signaler les imperfections. L'ouvrage a une dale et en porlc trop fortement l'empreinte; il se ressent d'influences accidentelles. Lorsque Léon Faucher visita l'Angleterre en 1843 et 1844, elle était livrée au trouble intérieur qui précède les grandes réformes. Ce trouble avait quelque chose d'artificiel dont un jugement comme le sien aurait dû mieux se défendre. Départi pris on empirai! les faits pour trouver dans l'opinion publique un point d'appui contre les résistances des corps constitués. Ces mises en scène sont fréquentes chez nos

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voisins, et ils n'épargnent rien pour en grossir l'effet. N'a-t-on pas vu récemment, à propos de la défense des côtes, éclater une panique dont l'imagination faisait les frais, et qui a couru sur tous les comtés, accompagnée d'un long bruissement d'armes? Il s'agissait de disposer l'opinion à une forte demande d'argent : une fois les millions votés, l'effervescence s'est calmée toute seule, et peut-être en rougit-on maintenant:' Le cas' était le même quand Faucher débarqua sur le rivage anglais; l'objet en litige était l'abolition des lois sur les céréales, avec deux camps en présence, celui des propriélaircsdu sol, celui des grands manufacturiers. De part et d'autre on employait les armes accoutumées, l'exagération des faits cl du langage : l'accord existait sur un point, la détresse des ouvriers; seulement on en lirait des conséquences opposées. Les manufacturiers l'attribuaient au prix des denrées et demandaient la franchise à l'entrée pour tous les produits alimentaires; les propriétaires l'imputaient a l'abus que les manufacturiers faisaient de leur position, et ne voyaient de remède au mal que dans une surveillance plus grande exercée sur le régime des industries et un développement généreux des institutions charitables. La devise des uns était l'aisance dans ia liberté, celle des autres, l'aumône dans le privilège. On comprend dés lors quel esprit anima les enquêtes qui se multiplièrent pendant les huit années où la question resta en suspend. Les deux partis avaient un

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intérêt à les rembrunir, soil pour exciter les libéralités volontaires, soit pour arracher au parlement des mesures auxquelles la majorité de ses membres répugnait. Dans tout cela, il y avait un but à emporter, un effet à produire, et en de telles mêlées le regard se trouble, la tête s'enivre, soit qu'on s'y engage comme champion, soit qu'on y assiste comme témoin.

Pour un observateur étranger, ce spectacle, en même temps qu'il éveillait sa curiosité, devait être un motif de réserve. Il fallait juger l'idée fixe du moment, la dominer et ne passe mettre à sa suite. La ligne de conduite, il est vrai, était difficile à tenir. Comment se garder des pièges'.' Même dans les observations personnelles, à quelles mains un étranger étail-il livré ? Naturellement aux mains des hommes qui avaient acquis une certaine notoriété au sujet de ces matières. Us étaient des moniteurs pour ainsi dire désignés et ne pouvaient diriger les recherches que dans le sens de leurs déclarations publiques. Une enquête réduite à ces termes n'était guère que le rellel de leurs opinions. A quel contrôle recourir? Tous les partis trempaient par calcul dans un système de dénigrement : tous s'accordaient à présenter les choses sous les couleurs les plus sombres. Faucher vit l'Angleterre comme on la lui montrait, et le tableau qu'il en a tracé n'a rien de llafteur. La civilisation anglaise y est accompagnée d'un tel cortège de misères, qu'en quittant le livre on se prend il plaindre plutôt qu'à envier un

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peuple qui se résigne à un pareil sort. Çà et là, l'auteur fait bien quelques retours; a colé de tant d'ombres, il place un peu de lumière, rencontre des peintures vraies, rendues avec un grand bonheur d'expressions, dégage ses lecteurs de celte atmosphère malsaine pour leur faire respirer un air plus pur; mais l'ensemble n'en est pas moins triste et morose. On va jusqu'au bout, car le récit est attachant et l'intérêt n'y faiblit pas : on en sort le cœur oppressé. On se demande si c'est là qu'aboutissent fatalement les nations qui disposent d'elles-mêmes, et si ces dégradations sont inséparables de l'exercice de la liberté. Tel est l'écueil et peut-être aussi l'attrait de ces deux volumes. 11 y a tant de gens dans le monde qui font profession de croire que l'homme est né pour la dépendance et que les plus heureux sont ceux qui, aliénant leurs droits de bonne grâce, s'affranchissent du souci de chercher leur propre destinée dans des voies laborieuses I Fauchera ainsi, sans le vouloir, fourni des armes à nos adversaires communs, et c'est un motif de plus pour restituer aux choses leur véritable caractère.

Sans doute la civilisation anglaise, quand l'auteur des Études l'observa, avait des plaies nombreuses, les unes provenant de mauvaises lois, les autres des emportements et des vicissiludesde l'aclivité individuelle. Les premières étaient susceptibles de guérison, et devant les réformes récentes beaucoup ont disparu. Les

secondes sont malheureusement inhérentes au régime des industries comme à toutes les autres formes du travail humain; un traitement judicieux peut les atténuer, elles n'en persistent pas moins avec des symptômes divers. Partout où l'homme use librement de ses aptitudes et de ses forces, les inégalités nalurclles se réfléchissent mieux dans la différence des conditions. Le classement se fait en raison de l'énergie et et de l'habileté ; ceux-ci prennent les devants, ceux-là restent en arriére. Des premiers rangs aux derniers, les dislances sont plus grandes. C'est ce qui a lieu en Angleterre. II y a là plus qu'ailleurs comme un sédiment qu'abandonne dans sa course le flot du travail, et qui se compose de ce qu'il contient de plus impur. Qu'on y porte la loupe et qu'on en fasse l'analyse, soit, mais à la condition que cet examen ne sera pas exagéré au point d'affecter la valeur de l'ensemble. Pour beaucoup d'observateurs, c'est une pierre d'achoppement. La passion du détail les emporte jusqu'à nuire à la rectitude du coup d'œil, et dans la recherche des accidents particuliers ils oublient ou méconnaissent les phénomènes généraux. Ces erreurs sont d'autant plus graves qu'elles sont sincères et empreintes d'une émotion contagieuse. On est touché comme l'auteur, saisi comme lui de cette pilié qui s'attache au spectacle de la misère et de la souffrance. L'impression est produite, peu y résistent, beaucoup n'y reviendront pas: d'autres s'en serviront comme d'un moyen à

leur convenance et y ajouteront leurs comme nia ires. Il s'ensuit que des fails môme vrais se dénaturent à raison du relief qu'on leur donne et du cadre dans lequel on les place. Tût ou lard l'autorité d'un ouvrage s'en ressent; le temps, par exemple, n'a pas épargnélcs démentis au livre dont nous parlons, L' Angleterre industrielle d'aujourd'hui n'est plus celle que Faucher a décrite; ces troubles passagers ont en grande partie cédé à la force vitale qui réside dans ses institutions. Qu'a-t-il fallu pour opérer ce changement? Que le travail d'enfantement dont l'auteur des Éludes n'a vu que les douleurs arrivât à son terme, et aboutît à une heureuse délivrance. Depuis les réformes introduiies dans la législation économique, un soulagement manifeste a eu lieu dans le domaine du travail populaire. Les salaires se sont élevés, l'activité s'est soutenue, les crises ont été moins fréquentes et moins graves ; les révoltes, les coalitions, les animosilés de classes ont désarmé en partie devant les satisfactions données à l'intérêt; les mœurs enfin, qui répondent à l'état des besoins, ont gagné tout le terrain que laissait libre l'amélioration des moyens d'existence. Il a, donc fallu peu d'années pour que les peintures de Faucher aient vieilli et qu'elles soient reléguées dans l'histoire du passé. Ce n'est pas qu'il n'y ait encore, pour quelques détails, l'équivalent de ce qu'il a vu et observé; on pourrait, en les isolant, reproduire les teintes trop sombres dont il a souvent chargé sa palette. Ainsi il

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existait naguère, à Coventry, dans l'industrie des rubans de soie, une détresse aussi profonde qu'aucune de celles dont l'Angleterre ait jamais eu à souffrir. Le (raitè de commerce, dont une partie est pour nous à longue échéance, a causé chez nos voisins, par une brusque et immédiate application, des dommages partiels auxquels ils ont souscrit pour mettre un grand principe à l'abri et au-dessus de toutes les exceptions. Plus récemment encore, parmi les ouvriers des ports, la misère a sévi à Londres, quand la rivière, prise par les glaces, a laissé les bras sans occupation et les familles sans salaires. Quoi de plus aisé que de prendre à part ces accidents de la vie laborieuse, d'en forcer les termes, d'en charger les couleurs, et de présenter ces tableaux sous un tel jour, que tout le reste s'y absorbe pour ainsi dire et s'y confonde?

Ce n'est pas ainsi qu'on se fait d'un peuple une idée juste et saine, qu'on lui assigne son véritable rang. L'objet essentiel est de bien faire sentir ce que vaut la race, ce que valent les institutions qu'elle s'est données. Aucun tilre n'est l'équivalent de celui-là, il doit rester présent à l'esprit et dominer les autres. Tant qu'un peuple garde en ses mains l'instrument de guérisou, le mal n'est que secondaire; tout s'amende et se répare grâce au travail constant de l'opinion, que fortifie le combat, qu'éclaire l'expérience. Il n'est plus question en ce cas d'octrois gracieux que peut retirer la main d'où ils sortent, mais de conquêtes raison-

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