‹ Economistes modernes Richard Cobden, Frédéric Bastiat, Michel Chevalier, John Stuart Mill, Léon Faucher, Pellegrino RossiChapitre 28 sur 38 · S8 ÉCONOMISTES MODERNES · texte numérisé non relu

S8 ÉCONOMISTES MODERNES

$ainle-AHiance, tombèrent au bruit des trois journées Le principe démocratique s'empara de la Confédération entière, et surtout des cantons où le principe contraire avait été dominant. Rien de plus radical aujourd'hui que le canton de Berne, naguère le foyer principal de l'absolutisme. Cependant, au sein de la Diète, le changement de régime ne s'opéra, pas sans de profondes résistances. Il était évident que le pacte ancien s'adaptait mal au nouvel ordre de choses, et que les démocraties de 1850 et! 851 ne pouvaient porter sans gêne le manteau fédéral des aristocraties de 1815. Au lieu d'accepter cette nécessité et d'adou- • cir la transaction, les Étals stalionnaires se refusèrent à toute réforme. De leur côté, les radicaux, héritiers des patriotes de 1798, voulaient un Etat presque unitaire, une Confédération où les petits cantons auraient été asservis par les grands, puisque le droit devait se proportionner à la population. C'est sous l'empire de ces circonstances qu'une demande de révision fut portée à la Diète.

On a vu que Ilossi y figurait au nombre des députés de Genève. Les circonstances étaient graves, difficiles. A la question du pacte, qui dominait toutes les autres, qui menaçait de briser la Suisse et fixait par conséquent l'attention de l'étranger, venait se joindre les déplorables affaires de Heufchâtel, de Bàle, de Schwitz, cantons où la guerre civile était toujours imminente, et où elle devait laisser de si profondes et douloureuses tra-

ces. Au milieu de ces conjonctures délicates, les députés de Genève n'eurent qu'une pensée : se séparer de la faction qui poussait à une résistance aveugle, faire au temps et aux événements des concessions raisonnables, sans se laisser emporter par les exagérations du parti radical. Les opinions extrêmes reprochaient avec une égale aigreur aux députés de Genève cette politique de tempérament ; ils ne s'en laissèrent point détourne'r et gardèrent résolûment leur ligne. Cette sagesse porta ses fruits. Peu à peu leurs intentions furent mieux comprises, et leurs idées, gagnant chaque jour du terrain, finirent par triompher devant la Diète. Nommé membre de la commission fédérale chargée de la révision du pacte, Rossi continua aydéfeudreles plans detransaction qui lui semblaient être la seule issue possible de ce débat, et il eut la satisfaction de les voir adopter même par des commissaires qui avaient appartenu au parti radical. Une fois dans celte voie, il devint facile de s'entendre et déposer les bases d'un pacte nouveau. Ce fut à Rossi qu'on délégua le soin de résumer la discussion et de rédiger le rapport.

Il s'agissait A'y concilier les principes avec l'histoire, et de conserver l'existence politique des petits cantons sans rendre impossibles les améliorations et les progrès que les grands cantons avaient raison de désirer. C'est le problème que Rossi essaya de résoudre dans un travail fort étendu où il aborda les plus hautes questions de politique, de droit public et d'économie sociale. Il

commença par distinguer deux ordres bien différents de confédérations : celles où les Élats particuliers n'ont que la portion de droits qu'un pouvoir central, préexistant, leur dispense et leur abandonne, et celles où au contraire le pouvoir central ne prend naissance et n'existe que par les concessions que les souverainetés locales et préexistantes veulent bien lui faire. Or le plus simple calcul indique que la Suisse appartient à la seconde de ces catégories, et qu'il serait dès lors ridicule de vouloir en faire tout à coup un État unitaire, ou quelque chose de semblable à une confédération américaine. La Suisse, d'après Rossi, n'est et ne peut être un véritable État fédératif; elle est plutôt une confédération d'États.

On devine maintenant quelles conséquences devaient découler d'un principe ainsi posé. Il en résultait évidemment le respect des régimes particuliers et pleins d'anomalies qui constituent la vie des divers cantons, et l'obligation de contenir les réformes fédérales dans de telles limites qu'elles ne portassent point atteinte à l'organisation intérieure des États confédérés. Rossi apporta dans la solution de ce problème tant de mesure, de précautions et de soins, il ménagea si bien toutes les répugnances et tous les scrupules, que son rapport et le projet qui le couronnait furent adoptés par la commission à l'unanimité. Elle en ordonna la traduction en italien et en allemand, et il fut publié à un grand nombre d'exemplaires dans les trois langues

PELi.EGRINO ROSSI. .101 officielles de la confédération suisse. Le projet fut discuté ensuite et accueilli paria diète assemblée à Zurich.

Rien ne semblait s'opposer il la promulgation du nouveau pacte, qui avait pris et a conservé dans le pays le nom de pacte Rossi. Il avait passé par les épreuves des pouvoirs législatifs et renfermait la somme des améliorations compatibles avec l'état de la république, alors livrée à des dissentiments profonds. L'affaire semblait donc marçher vers une issue heureuse, quand une dernière formalité vint tout remettre en question. D'après ia loi suisse, le vote de chaque commune doit sanctionner celui de la diète pour les mesures qui touchent aux grands rapports de la confédération. Le pacte fut soumis à cette épreuve définitive, qui ne lui fut pas favorable. Dans le canton de Lucerne, il fut repoussé par les communes rurales sous l'empire des intérêts locaux, et par suite de l'opposition combinée des partis extrêmes qu'appuyait une faction monacale. Cet échec dans le canton qui devait être le siège permanent de l'autorité fédérale paralysa tout : îe projet fut retiré, et aujourd'hui la Suisse regrette d'avoir laissé échapper cette occasion, unique peut-être, de sortir de l'état de faiblesse et de tiraillement où elle se trouve.

Cet échec ne semble pas avoir été sans influence sur une détermination que prit alors Rossi. Il comptait en France des amis dévoués, qui depuis longtemps l'engageaient à se produire sur un théâtre plus vaste et devant un auditoire plus nombreux. Deux d'entre eux,

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