‹ Economistes modernes Richard Cobden, Frédéric Bastiat, Michel Chevalier, John Stuart Mill, Léon Faucher, Pellegrino RossiChapitre 30 sur 38 · PELLE CRI NO ROS5I · texte numérisé non relu

PELLE CRI NO ROS5I

Rossi était coutumier du fait, et ce compte de l'arriéré est facile à faire. Voici d'abord la théorie des principes dirigeants en législation, puis l'examen des rapports du droit civil avec l'économie nationale, qui sont restés sans commentaires. Ce n'est pas tout : le Traité du droit pénal, appelait un complément indispensable dans l'analyse des diverses catégories de crimes et les principes de l'instruction criminelle. Ce complément nous a manqué. Quant au Cours d'économie politique, il n'embrassait d'abord que la moitié de la science, la formation des richesses; l'autre moitié, c'est-à-dire la distribution, n'a été publiée qu'après sa mort. En outre, l'Académie comptait sur un rapport constatant les progrès des sciences morales et politiques depuis 1789, et cette tâche n'a pas été remplie. Les promesses des hommes qu'emporte le tourbillon des affaires sont sujettes à tant d'ajournements 1

Nommé pair de France en 1850, Rossi prit depuis lors une part trés-active aux travaux législatifs, et il y eut peu de débats importants auxquels il ne fût mêlé, soit comme orateur, soit comme rapporteur. En cette dernière qualité, il prépara diverses lois, entre autres celles des sucres, de la Banque de France et du régime financier des colonies; il s'occupa également de la loi sur la réforme pénitentiaire. A la tribune, il portail un talent rare de dialecticien et une méthode qui éclairait et élevait les discussions. Ses connaissances aussi vastes que variées, la sûreté et la promptitude de son

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coup d'œil, lui assuraient une influence qui ne dépendait ni des vicissitudes de l'opinion ni des hasards de la parole. C'était une voix écoutée parce qu'elle ne sacrifiait ni aux lieux communs ni aux sopliismes. S'il est un reproche que l'on puisse faire à Rossi, c'est de n'avoir point conservé sur le terrain de la politique la rigidité d'opinion qu'il apportait dans la science, et de n'avoir pas toujours mis ses actes en harmonie avec ses principes. En diverses circonstances il aurait beaucoup gagné à obéir à ses inspirations, à ne relever que de lui-même. Il était peu d'esprits que la nature eût mieux Imités : personne n'avait des vues plus nettes en droit public, en administration, en économie sociale: il savait a fond la jurisprudence, le mécanisme des intérêts et la langue des affaires; rien ne lui était étranger, ni les petits effets, ni les grandes causes, ni l'ensemble, ni le détail. Pourquoi ne donnait-il pas à ces facultés émincnles une direction, un essor plus libres? Pourquoi se laissait-il aller à de certaines condescendances? Un mot explique cette faiblesse; Rossi avait de l'ambition; il allait cruellement expier cet impérieux besoin d'être et de rester en évidence.

Pair de France, doyen de l'École de droit, membre du conseil supérieur de l'instruction publique, il visa plus haut encore et devint ambassadeur. C'était en 1845. Le gouvernement d'alors avait besoin d'être représenté à Rome par un esprit souple, délié, ferme en même temps, qui pût conduire à bien vis-à-vis du

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Saint-Siège une (tes négociations les plus délicates qui fussent jamais échues a un plénipotentiaire. 11 s'agissait île mettre un frein aux empiétements d'un ordre remuant qui a successivement perdu tous les pouvoirs assez mal inspirés pour lui céder. Les jésuites pour les nommer par leur nom, divisaient alors la Suisse et agitaient la France; Rossi était chargé de demander la suppression de leurs maisons. Sa présence parut d'abord aussi incommode que sa prétention; à peine consentiton à le reconnaître. Il ne s'en émut point, attendit son moment et son moyen, et parvint à la fois à faire agréer sa personne et triompher sa mission. 11 eut une autre chance: G régoireXYI contre qui il avait eu à lutter vint à mourir, un conclave fut ouvert. On sait à quel conflit d'influences donne lieu l'élection d'un pape. Rossi en suivit les incidents avec autant d'habileté que de sagesse. Il sentait que du choix à venir dépendrait la tranquillité des États romains; il visita donc, comme c'était son droit, les cardinaux dans leurs cellules, leur signala les conséquences de l'acle qu'ils allaient accomplir et eut le bonheur de voir sortir de l'urne le nom de Pie IX, qui élail alors un gage de conciliation. Rien de plus touchant que les commencements' de ce régne; l'amnistie scella le pacle entre le prince et ses sujels; des réformes lentes, mais sérieuses, modifièrent toutes les branches de l'administration. Le nouveau souverain accorda â ses peuples la formation des gardes civiques et des administrations municipales, la réunion des délégués

provinciaux à Rome, l'introduction des laïques dans le conseil réorganisé des ministres, enfin l'établissement d'une consulte d'État auprès du Saint-Siège.

Ce n'étaient que des préludes et Pie IX devait bientôt aller au delà. Une effervescence de liberté gagnait tous les peuples et entraînait les rois. Des constitutions étaient proclamées à Naples et à Turin, préparées à Florence; à son tour-Rome fut ébranlée; elle ne pouvait plus s'en lenir au gouvernement purement consultatif. Rossi assistait à ce travail d'enfantement et y aidait de ses conseils; il croyait que l'État pontifical était mûr pour le régime constitutionnel. « Je ne crois pas, écrih vait-il, le problème insoluble; il y a eu tant de parti tages si divers de la souveraineté dans ce monde, « partages qui ont duré des siècles, qu'on pourrait « bien en essayer un de plus en commençant par bien « séparer le temporel du spirituel, le pape du roi. « Seulement il faudrait entièrement laisser au spirituel « et au clergé des matières qui sont mixtes chez nous. » Quelques semaines après, le gouvernement représentatif était proclamé à Rome dans un statu t fondamental. Deux chambres étaient instituées, l'une viagère, l'autre élective, votant toutes deux les lois qu'un conseil d'État préparait et qu'un ministre faisait exécuter sous sa responsabilité. Un collège de cardinaux, sénat permanent du pontife, était consulté sur la sanction à donner à ces lois quand elles avaient passé par les divers degrés des pouvoirs délibérants. C'était une copie aussi

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bien appropriée que possible du régime longtemps en/ vigueur en France et qui venait d'y succomber. Le statut pontifical est daté du 14 mars 1848; depuis le 24 février nous étions poussés vers des destinées inconnues; la république avait remplacé la monarchie. Aucune existence n'eut plus à souffrir de ce coup imprévu que celle de Ilossi; non-seulement il cessa d'être ambassadeur et pair;, mais il perdit jusqu'à sa chaire, qu'il avait honorée par un talent auquel ses adversaires même étaient contraints de rendre justice. À trente-trois ans d'intervalle, il se retrouvait en Italie, sous le poids d'une disgrâce aussi soudaine qu'imméritée. Sa patrie d'adoption ne le traitait pas mieux que sa patrie réelle, et il lui était réservé de connaître les peines de l'exil, même en rentrant sur le sol où il était né.

Retiré à Frascali, il y assista en témoin ému au spectacle qu'offraient alors les Étals italiens. On y marchait sous le drapeau d'une liberté régulière à la conquête de l'indépendance nationale. Pendant quelques semaines il n'y eut, dans tout le pays, qu'un esprit et un cœur. S'affranchir de l'influence étrangère semblait être le seul but, le seul souci, !a seule passion de cette marqueterie d'États soumis à des régimes si divers. Tout ce qu'il y avait de viril des Calabres aux Apennins, des Aipes à l'Adriatique allait, sous les drapeaux de la maison de Savoie, livrer un combat inégal à l'éternel oppresseur de la Péninsule. Rossi eut un moment l'espoir que celte union et ce courage l'emporteraient sur

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les éléments de jlissolution que renfermaient ces populations hétérogènes. Il crut au triomphe de cette grande entreprise cl y engagea même un dê ses fils, le plus jeune, qui s'enrûla comme volontaire dans l'un des bataillons qui marchaient vers l'Adige. a Va, lui dit son pére, la cause est belle. » Malheureusement la discorde souffla sur cette unité éphémère. La victoire eût pu l'affermir; avec les échecs elle disparut. Chacun des gouvernements italiens lira bientôt de son côté, laissant le Piémont aux prises avec son formidable ennemi. Les partis extrêmes avaient suscité aux princes établis des périls plus grands que ne pouvaient l'Être les étreintes d'une intervenlion militaire. Pie IX était en hutte aux assauts de ces factions qui voulaient, quoi qu'il en eût, le pousser à une déclaration de guerre contre l'Autriche. Une agitation menaçante régnait dans Home; le pape voyait s'évanouir peu à peu l'ombre de pouvoir qui lui restait. En vain avait-il essayé de constituer un ministère; les noms les plus importants de l'Iîtal s'y usaient sans profit; les exigences allaient toujours plus loin que les concessions. Ce fut alors que le saint-père songea à Rossi comme on songe à un médecin célèbre dans un cas désespéré. Il lui offrit d'être le chef de ses conseils; Rossi s'en défendit d'abord; tes difficultés du temps n'échappaient pas à un esprit pénétrant comme le sien. Entre ceux qui voulaient ramener le pays en arrière et ceux qui voulaient le pousser en avant, la ligne de conduite n'était pas aisée

PELLEGRIKO ROSS1. -iir, à trouver ni facile a suivre. On s'exposait à rester isolé et condamné par cet isolement même. Aussi ne fût-ce qu'après de longues instances et avec la promesse d'une conliance entière que Rossi, dans le mois de septembre, se décida à commencer l'œuvre ingrate où l'entrain ait une sorte de fatalité. Secondé par quelques généreux collègues, il essaya de parer au plus pressé, obtint du clergé trois millions d'êcus pour remplir les vides les plus urgents, jeta les bases d'une confédération des Etats italiens dont le saint-père eût été le fondateur et le guide, avisa aux impôts, aux finances, à l'état militaire, se mit enfin en mesure de rendre compte au parlement pontifical, dès la séance d'ouverture, de tout ce qu'il avait fait en deux mois pour donner une assiette définitive à l'émancipation politique du pays. C'était le 15 novembre que devait se réunir le parlement. La veille, des avis sinistres étaient parvenus à Rossi; dans des conciliabules secrets sa perte avait été résolue. On le considérait comme un obstacle et comme un embarras; il empêchait seul le mouvement révolutionnaire de produire tous ses effets.

Quoique prévenu, Rossi non persista pas moins dans ses desseins; il n'essaya même pas de déconcerter la conjuration par les précautions les plus simples et qui eussent suffi; il marcha vers le péri! avec le même calme que s'il n'en eût pas eu le soupçon. Deux lettres, coup sur coup, lui avaient donné le conseil de se tenir sur ses gardes; il le négligea. Au Quirinal, un camé-

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