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ment aléatoire, chacun réglant volontiers sa conduite sur le voisin et se déterminant par nécessité plutôt que par calcul .
Comme la théorie des frais de production, celle du fermage de la Icrre, qui appartient également à Ricardo, est empreinte d'une couleur trop spéculative, et louche de très-près au sophisme. Ricardo pose en principe que la valeur des choses ne se compose que du travail qu'elles ont coûté, el que le fermage n'entre pour rien dans le prix des produits obtenus du sol. C'est exactement comme si l'on disait que le louage d'une machine, d'un instrument, n'est pour rien dans le prix d'un produit industriel. 11 est vrai que l'économiste anglais n'a pas présenté son idée d'une manière aussi crue, et qu'il a su l'entourer de voiles qui empêchent de distinguer sur-le-champ ce qu'elle a d'étrange et d'erroné. Les comparaisons les plus spécieuses, les considérations les plus abstraites semblent accumulées à dessein pour donner le change a l'esprit, et il en résulte de telles ténèbres, qu'au dire de Ricardo luimême, vingt-cinq personnes au plus se sont, en Angleterre, rendu compte de ce qu'il a voulu dire. Il faut dès lors laisser à ce petit nombre d'élus lo soin d'en peser le mérite.
Le problème soulevé par Malthus a plus de clarté et une porlêc plus grande. A le résumer en peu de mois, c'est la théorie de la prévoyance au point de vue de la multiplication de l'espèce. Malthus a voulu opposer
une digue à cette fécondité presque besliale qui entraîne certaines populations, et pour cela, il a évoqué un épouvantail, la famine. A ses yeux, le mouvement des subsistances ne peul plus désormais se mettre en équilibre avec le mouvement ascendant des populations, et si des pratiques de continence n'arrêtent pas celte progression menaçante et fatale, !a terre, si vaste qu'elle soit, ne suffira bientôt plus a la nourriture des hommes. Ainsi parle Malth us, et il appuie son hypothèse de chiffres terribles. Heureusement que, sons des apparences exacles et sérieuses, il n'y a là qu'un roman. Malthus envisage la fertilité du sol et la rcproduefion de l'espèce comme des termes d'une équation rigoureuse. Pourtant rien n'est plus inégal, variable, bizarre même, que ces deux phénomènes. Pour peu qu'on les èludie, soit dans les faits actuels, soit dans l'histoire, on s'assure qu'ils su refusent à tout calcul lointain. La fertililé du sol et la mulliplicalion des èlres, loin de dépendre de lois suivies, ne procèdent que par anomalies el fluctuations, obéissent au caprice des événements, et ressemblent moins à un flot qui monte toujours qu'à une eau qui se déplace. Malthus prend pour point de départ deux suppositions : l'une, que la fertilité du sol a des bornes ; l'autre, que la reproduction de l'espèce n'en a pas. Rien n'est moins prouvé. Si la fertilité du sol a une limite, elle n'est pas encore connue, et l'on peut dire que celle fertililé s'est, jusqu'à présent, accrue eu raison des bras et des
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intelligences qui s'appliquent a la culture. Quant à la reproduction de l'espèce, loin d'être iniinie, loin d'aller toujours croissant, le moindre examen suffit pour attester qu'elle a des phases, des temps d'arrêt el des intermittences. Tel pays regorge d'habitants, lorsque tel autre voit ses populations s'éclaircir. L'Europe s'est couverte d'hommes aux dépens de l'Asie; l'Afrique, l'Amérique et l'Océanie se peuplent aujourd'hui aux dépens de l'Europe. Des races entières disparaissent pendant que d'autres races pullulent. A tout prendre, ce n'es! pas la terre qui jusqu'ici a manqué aux hommes, mais plutôt les hommes à la lerre. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un regard sur la carie du globe. Le présent n'a donc rien qui puisse alarmer; quant à l'avenir, il prendra soin de lui-même. L'économie politique peut, sans regret, décliner ce souci cl s'en remettre a la Providence.
Tels sont les divers thèmes sur lesquels la science économique coiirrntiiul naguère son principal effort, et, comme historien, Rossi a du s'enquérir do ce qui s'est fait dans cette voie, mettre sous nos yeux les pièces du procès, prendre des conclusions pour ou routre. Cependant il est impossible qu'il s'abuse sur lu valeur de pareils débats. Les matières raffinées et délicates intéressent tout au plus un groupe d'initiés; le public ne s'y arrête jamais. Ce sont des questions d'école; elles y naissent, ellesy meurent. Comme action sociale, l'économie politique n'a que fort peu do
chose à en attendre, et tout lui conseille de les laisser désormais s'éteindre. En revanche, il existe des thèses vives el fécondes où il est do son devoir d'intervenir d'une manière plus directe qu'elle ne l'a fait, ne fûtce que pour protester contre les erreurs qui circulent et les puérilités qui se débitent. Dans le nombre et au premier rang figurent les problèmes qui se rattachent au travail et à la condition des classes laborieuses. Notre époque assiste à des crises qui, pour avoir été exagérées, n'en sont pas moins profondes el réelles. Diverses causes y ont contribué. La principale est la transformation complète du régime industriel sous l'influence des diverses applications de la vapeur, et la substitution, aujourd'hui générale, du travail mécanique au travail à la main.
Dans l'origine, cette révolution, due à un agent nouveau, se signala par de tels bienfaits, revêtit un tel caractère de grandeur, qu'on n'aperçut pas ce qu'elle renfermai! en germe de dissolvants et de misères. Des industries isolées étaient frappées de mort; mais les industries agglomérées comblaient largement ces vides, el attiraient dans de grands centres d'activité d'innombrables légions de travailleurs. L'Anglelerre offrit surtout ce spectacle : l'industrie y improvisa des villes aussi populeuses que des capitales. Tout marcha d'abord à souhait : les salaires étaient élevés, les bénélices importants; le chiffre des commandes s'élevait chaque jour, el le travail surexcité se maintenait