‹ Economistes modernes Richard Cobden, Frédéric Bastiat, Michel Chevalier, John Stuart Mill, Léon Faucher, Pellegrino RossiChapitre 5 sur 38 · H! ÉCONOMISTES MODERNES · texte numérisé non relu

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nement. Cependant, bien que te but fût commun, les allures ont été différentes ; les deux partisans de la paix ne l'ont été ni de la me me manière ni par le mèmi? motif. L'esprit positif de M. Cobden ne s'est pas entièrement éclipsé dans cette chasse aux chimères; il en a du moins raisonné de sang-froid, sans trop dillusions ni d'écarts, et en citoyen anglais plus qu'en citoyen de l'univers. Sa préoccupation principale était ce précieux argent qui s'en va et s'en ira toujours dans ces gouffres sans fond que l'on nomme la marine et l'armée. II cherchait à déterminer par des chiffres précis ce que coulent aux peuples, année par année, période par période, cette terrible manie qu'ils ont de s'attaquer de temps à autre, et par suite la nécessité où ils se trouvent de se tenir constamment sur un pied de défense. Ces recherches le laissaient dans une inquiétude incurable sur les finances du pays, inquiétude que les événements n'oul que trop justifiée. De 13,961,245 livres allouées en 1844, les services de terre et de mer sont arrivés en 1860 à 29,700 livres, sans compter les deux budgets de guerre de 1855 et 1856, — l'un de 48,392,045 livres, l'autre de 78,115,055. Si les recettes ont augmenté, les dépenses onL augmenté dans une proportion incomparablement plus forte, el M. Gladslonc a dû dire récemment à la Chambre des communes, en forme d'avertissement : « Entre les années 1842 et 1855 l'accroissement de la richesse générale a été dans la

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proportion de 12 pour 100 et l'accroissement des dépenses publiques dans la proportion de 8 5/4 pour 100. Entre les années 1853 et 1859, la richesse, prenant un bel essor, s'est bien accrue de lfi 1/2 pour 100; mais les dépenses ont augmenté de 58 pour 100. Telle est la situation en toute sincérité. » Devant de pareils chiffres, comment se défendre d'un peu d'humeur? comment ne pas remontera la cause de ces sacriliccs'! '

La justice est en cela d'accord avec l'intérêt; M. Cobden s'est efforcé de l'établir par des preuves historiques. Il a choisi pour exemple celte déplorable prise d'armes de 1703, qui, sauf de courtes trêves, mit l'Europe en feu pendant vingt-deux ans, versa le sang humain à flots et causa des plaies financières que quarante années de repos n'ont pas encore guéries. Le sujet, traité en trois lettres adressées à un pasteur, forme un- pelit 'volume ' où abondent des faits curieux. L'auteur y montre la marche pour ainsi dire irrésistible des ruptures entre les Etais; il nous fait assister à celle où figurèrent, comme agents principaux, lord Grenville d'une part, le marquis de Chauvelin de l'autre. La correspondance et jusqu'aux billets confidentiels sont cilés en détail; on peut juger, on peuL conclure. La conclusion de M. Cobden est formelle ; il n'hésite pas à mettre les torts du coté de

' 1795 and 1853 i« tinte tetwt, \ vol.in-8 1 .

si Economistes modernes.

l'Angleterre, et pense qu'avec un peu plus de bonne foi cl des façons plus conciliantes, cette guerre, qui allait durer jusqu'à épuisement, aurait pu ôlre conjurée dés le début. Comment fut-on amené à rompre? Par des degrés presque insensibles. Ce n'était d'abord que de l'esprit de dénigrement, quelques écarls de langage, plus marqués dans la presse, plus contenus à la tribune ; puis le ton s'aigrit, on s'accusa de griefs réciproques, on s'observa avec défiance; les armements commencèrent et furenl poussés avec vigueur, les notes diplomatiques s'envenimèrent, et cela au point qu'il fallut en venir à une déclaration d'hoslilïtés. Les mésintelligences s'élaient engendrées les unes les autres ; une lois la série commencée, on alla fatalement jusqu'au bout. Tel est le souci de M. Cobden : il voit dans le présent des symptômes dont le passé lui démontre la gravité, les récriminations, les armements ruineux, les notes blessantes, et il se dit qu'à persister on serait conduit au même dénoùment. Cette conviction acquise, il n'a point hésilô; il s'est mis du cûlé dû l'intérêt et de la justice contre des passions qui lui paraissaient irréfléchies.

Longtemps avant que la guerre ne sévit, il avait attaqué l'esprit de guerre. En 1810, il vint à Paris pour assister à un congrès de la paix qui se tint dans la salle Sainte-Cécile. Au milieu des phrases prétentieuses qui s'y débitaient, il sut rester simple, naturel, cl prononça en français deux discours qui avaient

au moins t'avantage de conclure. L'un traitait du désarmement naval, et prouvait que ce duel de préparatifs qui dure toujours sans jamais se vider, et où chaque peuple cherche à prendre l'avance, est à la fois une duperie el une ruine. L'autre discours roulait sur les emprunts de guerre, et proposait, pour les frapper d'impuissance, un moyen plus ingénieux que solide : c'était de s'en tenir systématiquement éloigné. Plus lard, à Londres, il revint sur son idée en l'appliquant à un emprunt autrichien qui s'y était ouvert ; il la reproduisit obstinément dans plusieurs réunions publiques, et pour tous les subsides qui avaient une prise d'armes pour objet. L'argent ne se montra point docile; il continua à ne consulter que sa propre convenance et à chercher ailleurs que dans la politique le mérite cl la règle de ses placements. M. Cobden en fut pour ses pbilippiques; il ne se découragea point et porta devant le parlement la partie de ses plans qui était la plus susceptible d'y être accueillie. Il ne représentait plus un bourg, mais un comté. Pourvu d'un double siège, il avait, sur le conseil de ses amis, opté pour leWcst-Ridingdu Yoikshire, l'une des plus vastes circonscrip lions de l'Angleterre. Il parla dés lors avec d'autant plus d'autorité, qu'il avait derrière lui un corps plus nombreux. Devant la Chambre, réunie en comité de finances, il fit en 1851 la motion formelle d'ouvrir, entre la France et l'Angleterre, une négociation pour fixer, de part et d'autre, une limite

sa ÉCONOMISTES MODERNES.

aux armements. Il ajouta qu'on s'exagérait les difficultés de l'exécution, qu'il y aurait dans tous les cas profit à les discuter. Il indiqua, comme exemple, ce qui s'était passé, entre le Canada et les États-Unis, au sujet des lacs limitrophes, où le nombre des bâtiments et le partage des eaux avaient été réglés à l'avantage des deux peuples et sans inconvénient sensible dans l'application. Un autre exemple, survenu depuis lors, a montré la Russie et la Turquie limitant leurs forces et souscrivant ù la neutralité d'une portion de leurs mers. Il dit enfin que cet arrangement, quel qu'il fût, valait mieux que ce jeu puéril où les deux nations mettent leur argent et leur génie à se surveiller et ù se tromper, et qu'ainsi seulement on ferait passer dans les actes une alliance qui jusqu'alors n'avait été que sur les lèvres.

La proposition échoua, on le devine, et il est aisé de s'expliquer cet échec. Une nation ne se lie pas ainsi les mains sans émousser sa force ni s'exposer à des surprises. Une difficulté déjà grande existe dans le point de départ. Limiter les armements, soit; mais comment, dans quelle proportion? L'Angleterre a la prétention d'avoir une marine supérieure d'un tiers aux marines européennes réunies. Esl-ce une donnée admissible? L'admit-on, il s'agirait encore de savoir sur quoi reposerait ce calcul. Serait-ce dans le nombre des navires, dans le nombre des canons, dans la puissance des machines? Aucun de ces éléments ne

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n'a plus qu'un arl naval stationnaire, vom'; au dépérissement et atteint dans sa dignité. Enfin où est la sanction d'un tel régime? Le pacte conclu, encore faut-il savoir comment il sera observé. Un contrôle est donc nécessaire. Ce contrôle, comment l'exercer sans froissements, et, si ou ne l'exerce pas, où sont les garanties 1 ! Il ne reste que la bonne foi des parties contractantes. Evidemment ce n'est point assez : au premier soupçon, fondé ou injuste, les méfiances se réveilleraient, et la guerre naîtrait des précautions mêmes qu'on aurait prises pour l'éloigner.

Par ce détail, on peut voir quelle inexpérience apportaient les amis de la paix dans ces questions délicates et compliquées. L'intention élait droite, honnête ; elle ne suffisait pas pour racheter la faiblesse

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