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dos moyens. Ils n'avaient plus là, comme pour les matières de commerce, l'autorité d'hommes du métier, ayant réponse à tout, allant au-devant des objections pour les écarter ou les répoudre. Leur point d'appui était dans une force d'emprunt, dans des généralités qui supportaient mal l'examen, dans des plans dont l'œil le moins exercé eut découvert les lacunes. Quel fonds faire sur de tels ballons d'essai? Il n'en faut pas moins savoir gré :\ M. Cobden cl à M. Itright du langage qu'ils ont tenu au sujet delà France dans toutes ces discussions. Ce n'était pas seulement le ton qui convient entre nations qui se respectent, c'était celui qui doit régner lorsqu on vise à des rapports vraiment affectueux, Que le témoignage fût sincère ou qu'il fui seulement un artifice de plaidoirie, il n'en avait pas moins pour effet de rappeler un peuple hautain, enivré de lui-même, à de meilleures habitudes. Ce qu'ils en faisaient n'était pas sans péril ni dommage pour eux; ils y engageaient leur crédil, leur popularité, leur position; ils voyaient à leurs cotés le vide se faire cl le délaissement commencer. Malgré tout, ils ne renoncèrent pas; ils obéirent à leurs sentiments sons tenir compte des suites. Fn toute occasion, dans la Chambre ou au dehors, ils prirent a cœur de calmer les esprits, d'aplanir les difficultés, de présenter les choses sous le meilleur jour, Rattachant surtout à combattre ce système, de mauvais procédés qui entretient l'aigreur et rend la dé-
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fiance incurable. Ils admettaient bien qu'il est des moments où, pour des motifs sérieux, l'animosité populaire peut et doit être réveillée; ils niaient qu'il fût sage et utile d'en venir là sur le moindre prétexte et à lont propos. Us trouvaient indigne d'un peuple sensé d'avoir à la fois le déli à la bouche et l'arme au repos, de se répandre en bravades quand il n'était ni dans ses intérêts nï dans ses intentions d'en venir aux mains, et concluaient que la guerre, cette douloureuse nécessité, s'affronte et se poursuit avec d'autant plus de vigueur, qu'on a la conscience plus libre au sujet des causes qui l'ont amenée.
Pendant six ans, M. Cohden se dévoua à cette défense ingrate de la paix. Quelque part qu'elle lût menacée, on était sûr de le voir accourir; il se fît le champion de la Russie comme il avait été le champion de la France. A la veille de la campagne de Crimée, il s'associa avec M. Jtright pour la frapper d'un blâme formel, et n'en ménagea pas l'expression; ils trouvaient l'un et l'autre l'entreprise inopportune, ruineuse et pleine de mécomptes, même dans l'hypothèse d'un succès. Celte opposition ne cessa point quand les armées lurent aux prises; c'était dépasser la mesure et se condamner sans retour. L'opinion en Angleterre ne pouvait point hésiter lii-dessus ; peu lui importait ce que coûterait la guerre, pourvu qu'elle se terminât glorieusement. H. Cobden et ses amis en furent pour leurs calculs cl leurs remontrances. En-
gagés de nouveau, deux années plus tard, dans la discussion soulevée par ia première querelle avec la Chine, les amis de la paix y eurent du moins l'appui d'un grand parli. Sur la motion de M. Cobden, les Communes désapprouvèrent la conduite du commissaire anglais, et, après ce vote, lord Palmerston, qui avait défendu son agent, eut à choisir entre sa retraile cl la dissolulion de la Chambre. 11 préféra la dissolution ; l'opinion publique fut mise en demeure de se prononcer. l'oiir les partisans systématiques de la paix, la circonstance élait critique; ils venaient de se séparer des wighs. leurs alliés naturels. On était au printemps de 1857; depuis trois ans, les esprits étaient animés par le souffle de la guerre; l'indifférence et la liédeur passaient pour suspectes; encore moins supportitit-on une résistance à ce qui faisait battre d'orgueil le cœur du pays. Les élections eurent lieu sous celte impression. Au scrutin, MM. Cobden, Brighl et Millier Gibson restèrent en minorité de voix. Le châtiment était rude, et il portait sur des noms auxquels on ne pouvait refuser ni la considération, ni l'éclat, ni le mérite des services.
Que devenait, pendant cet te ex péri en ce malheureuse, l'idée juste et féconde à laquelle M. Cobden devait sa célébrité'.' Pour en suivre la marche, il faut remonter de quelques années en arrière. A peine les réformes commerciales étaient-elles inscrites en germe dans la loi anglaise que M. Colidcn eut de plus grandes amhi-
tions pour elles; il songea à les introduire dans les filats du continent. Il ne lui suffisait plus d'avoir converti l'Angleterre, il voulait convertir l'Europe: entreprise difficile avec les préventions qui s'altaehaienl à snn nom, et surtout prématurée tant que l'expérience insulaire n'aurait pas dit son dernier mol. S'y prendre de si bonue heure, n'était-ce pas prêter le flanc au soupçon et fournir aux défenseurs des tarifs un de ces arguments qui font leur chemin d'une manière d'autant plus sûre qu'ils sont moins sérieux? Un Anglais prêchant le libre échange, quel piège ! Évidemment on n'avait pris l'avance ou delà du détroif que pour nous entraîner; la manœuvre se démasquait d'elle-même. Comment supposer qu'un peuple si préoccupé de ses intérêts donnât aux autres un conseil qui ne fût pas entaché d'un senfimenl d'égoïsme ? Que pouvait-il nous venir de la, si ce n'est la ruine de nos manufactures, de nos forges, de nos propriétés minérales et forestières 1 ! Plus que jamais il fallait se tenir sur ses gardes el repousser l'épidémie par un cordon sanitaire de plus en plus impénétrable. Ainsi, par un renversement d'idées, la présence du chef de la ligue allait contre son but, el créait plus d'embarras qu'elle n'apportait de force au petit nombre d'hommes qui, en France surtout, s'étaient dévoués à la défense de la liberté ■commerciale. M. Cobden ne s'arrêta point, et il fil bien, devant les commentaires malveillants. C'êlait de son plein gré el avec un complet désintéressement qu'il
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voulait répandre îles principes dont la vertu lui était démontrée, et qu'il croyait bons pour tous les pays, quelleque fût la condilionde leurs industries. Échouàtil dans ce dessein, il aurait au moins l'avantage de se mettre en rapport avec ceux qui partageaient ses idées. 11 quitta l'Angleterre dans les derniers mois de 1S46.
Parisfut naturellement sa première étape; il y trouva un groupe d'amis qui s'y essayaient à l'agitation avec plus d'ardeur que de fruil. On le fêla en famille. Des économisas, des hommes politiques, lui donnèrent \in banquet où il eut l'occasion de montrer ce qu'il y a citez lui de rares et solides mérites. Dans un discours d'un français très-pur, et auquel l'accent ajoutait une saveur particulière, il résuma les travaux de la ligue, les objeclioris qui lui avaient été faites et les réponses à ces objeclioris. Les convives restèrent charmés du ton simple et modeste, de la grâce et de l'aisance de l'orateur. A Bordeaux, où il se rendit ensuite, sur celle terre des grands crus, le voyageur ne pouvait éluder un sujet que, par calcul ou par rélicence, la réforme anglaise n'avait pas encore compris dans ses affranchissements. Il s'en lira d'une manière plus spirituelle que concluante. Rendant justice au mérite des vins qu'il avait goûtés, il ajouta qu'il ne connaissait pas de remède plus sur contre la manie du porto, et que le Iriomphe du claret, s'il était ajourné, n'en serait pas moins certain. Après un court séjour aux Pyrénées, M. Cobden passa en Espagne. J'ai sous les yeux des
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noies sur ce voyage, qui fut une succession de banquets, d'adresses et de diplômes. Les sociétés savantes tinrent à honneur de l'avoir pour membre ou pour associé. Il visita Barcelone, Malaga, Valence, Xérès, Séville, recueillant des adhésions et emportant des promesses. A Madrid, le banquet qu'on lui donna étail présidé par l'un des vétérans de la science économique, Florès Estrada. Mêmes démonstrations en Italie, où il arriva au printemps de 18^7. La doctrine y avait des foyers consacrés par la tradition et entretenus par l'étude; l'héritage des Verri et (les Galiani n'était pas resté vacant. A Turin, à Bologne, à Florence, à Rome, à Naples, on le harangua dans cette langue italienne qui prête si bien à l'emphase. Dans les deux péninsules, M. Cobden laissait plus que des amis, il laissait des écoles florissantes, qu'il avait animées par sa présence et fortifiées par ses conseils.
Au fond pourtant, il y avait là plus de satisfactions personnelles que de conquêtes pour ses idées. En Angleterre, M. Cobden ne se fût pas contenté de l'apparat : il n'aurait pas cru qu'il suffit de traverser son pays pour le soumettre ; il apportait lii dans son entreprise tout ce qu'il fallait y apporter pour obtenir des résultais sérieux : la connaissance de la langue et des hommes, l'étude du terrain, la patience el le temps nécessaires, l'argent aussi, ce nerf de toute guerre. I! faut donc voir dans cette promenade du chef de la ligue à travers le continent moins un effort caractérisé qu'un
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délassement après de longs travaux. A sa rentrée en Angleterre, il pouvait dire aux voyageurs de profession qu'il avait fait son lour de France^ d'Espagne et d'Italie, avec des honneurs et un cortège qu'aucun d'eux, si opulent qu'il fût, n'eut obtenu infime à grands frais. Dans celle limite, l'ambition de M. Cobden n'avait rien d'excessif; elle aurait eu ce caractère, s'il avait cru que quelques mois semés au passage auraient la vertu de gagner les populations et d'amener les intérêts à résipiscence. Les intérêts ne désarmenl pas ainsi; ils sont d'une nature opiniâtre, et ils le prouvent chaque jour. Quand on les lient pour vaincus, ils se redressent avec l'énergie du désespoir; inéme à lerre, ils luttent encore. Quelle action M. Cobden aurait-il pu exercer sur eux? Les sentiments, la langue, tout différait. Son influence ne s'étendait pas dès lors au delà du cercle d'esprils déjà convaincus qui s'élai..-nt formés sans lui ou avant lui, et qui s'associaient à ses victoires connue à un triomphe commun. Après comme avant sa visite, les économistes du continent reslaicnl aux prises avec des intérêts irrités, ombrageux et intraitables; la réfurme anglaise, loin de dompter ces intérêts, n'avait fait que les aigrir.
De retourà Manchester, il y reprit le cours de ses occupations positives. Quoique le pouvoir eût change de inains, la liberté commerciale n'était pas menacée; elle gagnait au conlrairedu terrain : les tarifs étaientde plus en plus élagués; les privilèges de navigation allaient
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disparaître. Ce fui il la réforme èlecfoi'ale qu'il s'altaclia. A Lceds, à Wakcfield, centre du comté qui l'avait nommé, il revint à diverses reprises, devant des réunions imposantes, sur le travail des listes et l'utilité qu'il y avait à inscrire le plus possible d'électeurs à 40 shillings. En attendant que la loi fournît d'autres armes, il ne fallait pas négliger celle qu'elle méfiait à la disposition des hommes vigilants. L'avis fut écouté, et pendant plusieurs années l'enregistrement électoral lut mené avec zélé cl surveillé avec soin. Un préparait ainsi les éléments d'une réforme plus complète, qui, dus vieux bourgs, devait faire passer la prépondérance dans les centres populeux. Quant aux limites de cctlc réforme, il ne semble pas qu'elles aient été dès lors fixées parmi les membres de l'ancienne ligne. Le vote secret, l'extension du suffrage, semblent être les seuls termes sur lesquels on fut d'accord; en allant plus loin, on eût craint de se confondre avec les radicaux et les chartisles, et d'aboutir aux décuplions du suffrage universel. Ces travaux, commencés en 184!), conduisirent M. Cobdcn jusqu'à l'époque où il perdit complètement sa voie et se vit abandonné par ses commettants. Destitué par le scrutin, il supporta dignement son échec, et. malgré les instanees qu'on lui fil, il se refusa a d'autres candidatures dont les chances étaient certaines. Des affaires de famille, le soin de sa santé, contribuaient à l'éloigner de la vie publique ; le goût du repos, après tant d'agitations, lui était venu.
II était sincère en cela; il n'y mettait ni calcul, ni fausse coquetterie. Pour supporter la lutte et en affronter les émotions, il lui fallait la conscience des services qu'il pourrait rendre. Moins écouté, il se sentait affranchi et disposait librement de lui-même.
Pendant deux uns, il garda un silence absolu et s'effaça complètement. Au printemps de -1839, des intérêts particuliers l'appelèrent aux États-Unis; il n'y sortit pas de sa réserve. A deux titres, il se trouvait là sur son véritable terrain : comme champion de la liberté commerciale, comme aini de la paix. Aucun pays ne se prête davantage aux ovations, et pour les voir se multiplier, il eut suffi d'y consentir. M. Cobden résista ; il n'accepta que les témoignages qu'il ne pouvait empêcher et ceux qui avaient un caractère privé. A Washington, il fut l'hôte du président de la république, et reçut du congrès un vole de compliments accompagné des discours les plus cour tois. Dans les villes où il séjourna, il rencontra le même accueil sans distinction de partis ni de classes. Pendant ce temps, l'Angleterre lui ménageait une surprise des plus flatteuses. Celle réparation dont il n'avait pas voulu quand il était sur les lieux, absent et à son insu, on la lui imposa, et si complète qu'elle dut effacer tout souvenir amer, s'il en eut gardé. Le bourg de Rochdale l'avait élu au parlement, et lord Palmerston lui réservait une place dans le nouveau cabinet, celle de président du bureau du commerce. C'est à Liverpool seulement et à
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son retour que M. Cobden apprit les deux nouvelles. Ses amis, venus des comtés voisins, l'attendaient sur le môle pour le féliciter; trois députations et quatre adresses occupaient le second rang avec l'appareil ordinaire. Bien qu'après onze jours de mer, pendant lesquels il n'avait vécu que de sorbets, il fui exténué de fatigue et eut préféré le repos il toule espèce d'ovation, il n'en recul pas moins les députations et les adresses, répondant à chacune avec une liberté d'esprit et un enjouement qui n'avaient rien d'un malade. 11 parla, dit -un journal anglais, en enfant terrible, et laissa prévoir ses dispositions au sujet des offres du premier ministre. Sans se lier les mains et en répétant qu'il s'ouvrirait d'abord à qui de droit, il maintint ses anciennes opinions sur !a paix, sur les taxes indirectes, sur la liberté du commerce. C'étaient autant d'incompatibilités. Quelle ligure eût-il faite auprès de lord Palmerston avec des convictions aussi absolues, aussi inflexibles? Génô lui-même, il eût été pour ses collègues un embarras ; à la première occasion délicate, il se fût retiré de son propre mouvement, ou eût été jeté à la mer comme un holc dangereux. II ne voulut pas s'exposer à cette alternative : son premier et son dernier mot furent un refus.
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II n'en sut pas moins de gré au cabinet d'une offre qui aurait pu être une charge et qui restait un honneur. Dans des conditions plus libres, il ne renonça point à l'appuyer et à le servir. L'occasion s'en présenta bientôt. Sa santé ne lui permettait plus d'habiter l'Angleterre pendant l'hiver; il fallait à sa poitrine un air plus doux et une température plus égale. Dés les premiers jours d'octobre 18511, il passa en France. Ceux qui l'ont vu alors savent que le hasard est pour beaucoup dans l'événement qui a marqué son séjour. Il ne venait à Paris que pour rejoindre ses entants, qui y achevaient leur éducation. Un entretien avec le chancelier de l'échiquier, M. Gladstone, élail le seul élément qu'il eût emporté de Londres; il n'avait ni mission précise, ni caractère officiel. Ce fut librement, sur sa propre inspiration et sous sa responsabilité seule, qu'il fit les premières démarches pour un rapprochement de l'Angleterre et de la France sur le terrain commercial. Dévoué à ses idées, il ne résistait pas au désir de les introduire partout où elles étaient méconnues. Le besoin d'agir, de paraître, qui avait sommeillé pendant trois ans, s'était réveillé chez lui. Il vil ses amis, sonda le terrain, avec peu d'espoir d'abord, puis avec plus tle conliance. Dès le début, il comprit où était le vérî-
RICHARD COBDEH. 9U table levier, el, écartant les scrupules, il y eut recours en homme qui tient moins à la forme qu'au fond. L'agitation en France ne pouvail pas avoir un caractère libre et populaire; c'est dans les sommets du gouvernementqueM. Cobden la transporta. 11 lui était réservé de réussir deux fois au prix des plus manifestes contrastes. La pensée d'un Irailé de commerce entre les deux nations avait été souvent mise en avant, puis abandonnée; on la reprit dans l'intention de la faire aboutir. Sur ce point, les institutions en vigueur sont sobres de formalités; les traités de commerce restent pour la France en dehors des délibérations ordinaires el entrent dans les altributs de la souveraineté. 11 s'agissait de convaincre quelques hommes dont les conseils avaient du crédit, et qui avaient qualité pour les faire entendre. Pendant six semaines, M. Cobden s'en occupa; le terrain était plus facile, mieux préparé qu'il ne l'imaginait. Dès ce moment, l'aflàire prit un autre tour; des ènonciations précises remplacèrent les termes assez vagues dans lesquels on s'était d'abord renfermé. Les points de dèlail lurent débattus, réglés, sans qu'il s'élevât de difficulté sérieuse; des deux côtés, le désir de conclure dominait les négociations. L'Angleterre abolissait, sauf deux ou trois réserves, tous les droits sur les objets manufacturés; elle réduisait dans une large proportion les droits sur les eaux-dcvie et les vins; sur quelques autres articles, elle ne maintenait que des taxes d'équilibre correspondant à
des laxes intérieures. Toutes ces concessions, à part un petit nombre, étaient immédiates. La France, à diverses dates, supprimait la prohibition pour la remplacer par des droits dont le maximum serait de 50 pour 100 de la valeur ', abaissés a 25 pour 100 à une époque déterminée; elle réduisait en outre les droits sur la houille et le coke, la fonte, les Fers et les aciers, les outils el les machines, les fils et les éloffes de lin et de chanvre. Telles étaient les conditions principales sur lesquelles l'accord s'était établi. Alors, mais seulement alors, la mission de M. Cobden changea de nature. De négociateur il devint plénipotentiaire, el mit sa signature au bas du traité. Peut-être n'était-il pas le moins étonné d'avoir si bien réussi.
Ce traité a été vivement attaqué des deux côtés du détroit. On lui a reproché de n'être pas assez étudié, de violer les principes, d'être onéreux aux deux parties. Un mol suffit pour le dérendre: il est ce qu'il pouvait être, rien de plus, rien de moins. S'il blesse profondément les favoris du privilège, il ne donne pa^ aux amis de la liberté une satisfaction sans mélange. Pour les uns il va au delà, pour les autres il reste en deçà d'un arrangement vraiment profitable aux intérêts du pays; puis une condition essentielle lui a manqué, ces! le débat libre. On peut regrelter en outre que M. Cobden ne se soit pas effacé de lui-même, quand il
1 Ces droits ont été, par le traite définitif, généralement filés nticlessous do cette limite. Ils variaient de H à 2Ï pour 100.
a vu que les choses relevaient d'une influence prépondérante, il aurait laissé à d'autres le soin d'achever, à titre accrédité, ce qu'il avait commencé un peu à l'aventure et de son propre mouvement. Il eût été moins exposé, moins attaqué; il est vrai qu'il y eût perdu l'avantage d'être noblement défendu par M. Gladstone. « Quant à M. Cobden, a dit le chancelier de l'échiquier, parlant dans un temps où toutes les colères sont éteintes, je ne puis m'empêcher de lui exprimer mnn obligation des peines qu'il a prises el des sacrifices personnels qu'il a laits pour assurer le succès d'une mesure qu'il considère, lui si bon juge, comme l'un des plus grands triomphes de la liberté commerciale. C'est un grand bonheur pour un homme qu'ayant, il v a quinze ans, rendu à l'Angleterre un service signalé, il ait eu cette heureuse fortune de pouvoir rendre de nouveau et dans la même cause un service équivalent à son pays, qui, je l'espère, 'ne se montrera point ingrat. » La réponse à cette dernière phrase ne s'est pas fait attendre; un mois après, la Cité de Londres accordait à M. Cobden le droit de bourgeoisie.
Vingt années de la vie de M. Cobden, les dix premières surtout, ont été un duel acharné contre des institutions vivement défendues. On l'a vu, en huitjours, parcourir cinq cents lieues et parler dans six réunions différentes, en prenant à peine quelques heures de sommeil. Sa volonté dominait ces fatigues où de plus vigoureux eussent succombé. Si le corps parait frêle,
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l'esprit est indomptable. Volontiers M. Cobden garde lu silence et se lient au repus; mais vienne le moment d'agir, rien ne l'arrête. Il recommence alors sa lutte obstinée jusqu'à épuisement des forces. Son visage pensif semble réfléchir on travail intérieur: il ne s'anime que sur les sujets qui le touchent. S'il a de l'ambition, elle se déguise sous une modestie naturelle et une simplicité de manières qui ne sont pas sans charme. On voit un homme qui se contient; rien du tribun populaire, comme on se le figure sur ce mot. Ce calme et cette réserve ont désarmé bien des préventions. Quand il entra aux Communes, son nom ne se séparait pas des vivacités de langage qui accompagnent les luttes extérieures. Peu à peu, par sa modération, il a gagné ceux qui l'ont mieux connu cl ramené les autres à des sentiments moins hostiles. 11 n'est plus au parlement comme un homme qui en a forcé les portes; il est de la maison, et on compte avec lui. A-t-il pour cela l'étoffe d'un homme politique'.' Il s'en défend et il a raison. Un homme vraiment politique se classe mieux el d'une manière plus nette que M. Cobden ne l'a fait. Il est des choses auxquelles il se résigne, d'autres dont il sait se défendre. Môme en vue d'un succès, il n'accepterait pas certains compromis, il ne prendrait point de toute main ce qui flatte ses idées favorites. Pour l'homme politique, il y a plus que des devoirs de conscience, il y a des devoirs de parti; il y a aussi cet esprit de discipline qui crée les liens, réprime les écarts
RICHARD COBDEN. (03 et constitue la force. Comme l'armée, la politique a ses cadres : rester en dehors, ne relever que de soi, est un moyen de se mettre mieux en vue, mais on y perd les bénéfices de la règle en courant les risques de l'isolement.
Il est vrai que, si M. Cohden n'est pas d'un parti, il est d'une école avec M. Bright et quelques membres de la chambre des Communes. Que veut celte école? ou va-t-elle? que se propose-t elle? Il serait difficile de le dire au milieu des contradictions qui s'y montrent. Elle a tout à la fois des appétits effrénés de liberté et de singulières faiblesses pour le despotisme. Ces mélanges adultères répugnent à des esprits sincèrement libéraux. Il faut qu'une école, puisque école il y a, se garde des mauvaises alliances, ne frappe pas à tort e* à travers, au gré du caprice ou d'on ne saurait dire quel intérêt du moment; il faul surtout qu'elle distingue netlemenl ses amis et ses ennemis, qu'elle s'appuie sur les uns et rompe avec les autres. On n'est un parti et même une école qu'à ce prix. Au fond, chez les hommes de Manchester, le senliment est démocratique; c'est dans l'excès de ce sentiment qu'ils puisent leur haine pour une liberté relative, et leurs condescendances pour le despotisme s'expliqueraient par un penchant secret pour le despotisme de la multitude. Ils devraient pourlanl en èlre guéris par le souvenir des épreuves qu'ils ont traversées, quand le chartisme grondait à leurs portes avec ses violences contre les
pei-sonnes el ses attentais contre les propriétés. Voudraient-ils se confondre aujourd'hui avec Feargus O'Connor el ses bandes? Non, ils s'en défendent, et on doit les croire. Dans la chambre, hors de la chambre, ils se séparent ouvertement des radicaux; mais s'ils ne sont ni radicaux, ni chartisles, ni whïgs, ni tories, que sont-ils? Si: réservent-ils d'être un peu avec tout le inonde, un peu contre tout le monde, suivant les cas, les besoins, les inspirations de leur fantaisie? Ce serait une gageure qu'ils ne pourraient pas pousser bien loin. Quelque art qu'ait mis M. Uright à s'emparer de ces riches et laborieuses populations du comté de Lancastre, qu'il alarme ou escite a son gré en leur montrant tantût la guerre à leurs portes avec la clôture des mers, tantôt la noblesse les insultant du haut de ses bourgs- pourris, il arrivera un jour où, lasses d'Être ballotécs de la cupidité à l'envie, elles lui demanderont ce qu'il est, où il va, ce qu'il entend faire, oit il prétend les conduire. Il faudra s'expliquer alors et trouver autre chose que des terreurs à froid et des déclamations sans consistance.
Comme économiste, M. Richard Cobden n'a rien dit, rien écrit qui ressemble à un corps de doctrines. Il a élé conduit à la science par l'observation plutôt que par la réflexion, et par les faits plus que par l'étude. Cette méthode n'est pas la moins sûre : elle peut laisser quelques points dans l'ombre, elle n'égare jamais. De quelques principes bienéprouvésjechefdela ligue tirait
RICHARD eOBDEN. 1U5 avec discernement toules les conséquences dont ils étaient susceptibles. On peut le voira ses discours : rarement il y cite les maîtres de la science, encore moins s'y livre-t-il a des controverses. Il se contenlcde ce qu'il y a de plus élémentaire, de ce qui est à la porlée de tous ses auditeurs, et l'applique vigoureusement a la défense de sa cause. Rien d'obscur d'ailleurs ni de tendu, pas même l'ombre d'une subtilité. Le sujet y eût cependant prêté : il s'agissait de la loi des grains et de la rente du sol ; n'était-ce pas le cas de s'appuyer sur la théorie de Ricardo? Il ne la mentionne même pas; il sent qu'elle est un embarras plutôt qu'une force. La notion de la rente, comme on l'appelle, le touchait inoins que ses effets, et il aimait mieux combattre la rente dans ses abus que la définir dans ses origines. Quand la doctrine se montre chez lui, elle ne laisse dans l'esprit ni trouble ni confusion; elle est d'une clarté qui frappe, elle va droit au but. Ce n'est donc pas comme savant qu'il a rendu à l'économie politique des services que l'on ne saurait méconnaître : c'est plutôt comme metteur en œuvre et praticien. Avec une idée simple et juste, obstinément reproduite et sous les formes les plus variées, il a fait, en sept ans, gagner à la science plus de terrain qu'elle n'en avait, par ses seules forces, gagné pendant un demi-siècle. Adam Smilh avait répandu la semence, d'autres ensuite l'avaient vue lever; M. Gobden a eu les honneurs de la moisson.
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En résumé, il y a dans la vie tic M. Cobden trois périodes que, pour le bien juger, il ne faut pas confondre. Dans la première, il est l'agitateur purement anglais, sortant de sa fabrique pour annoncer à ses compatriotes que l'heure de la liberté commerciale est venue, et qu'au prix de tous les sacrifices de temps, d'argent, de paroles, il faut qu'elle devienne la loi du pays. On a vu ce qu'il lui en a coûté pour cela, ut quelle somme d'efforts il a dépensée. Si la résistance est opiniâtre, l'attaque ne l'est pas moins. De parte! d'autre, tontes les forces, toutes les énergies se produisent : l'opinion se forme, s'éclaire, et le champ du combat reste à ceux qui ont pour eux la vérité, la justice et le nombre. Devant cet arrêt, les vaincus se résignent, et par une modération plus grande les vainqueurs désarment. On arrive au but, on ne le dépasse pas. Ainsi se passent les choses dons une société qui dispose d'elle-même. C'est le beau moment de M. Richard Cobden, son titre réel, une victoire qui l'honore. Il s'en enivre et veut aller plus loin, imposer à l'Europe ce que dans son pays il a conquis pied i\ pied. Pour l'enseignement des antres peuples, peut-être aurait-il mieux valu s'en remettre au spectacle de l'expérience anglaise et à l'impression lente, mais solide, qu'elle laissait dans les esprits. Il n'est ni dans les habitudes, ni dans les goûts de l'économie politique d'avoir l'arbitraire pour appui. Enfin la troisième période est celle où M. Cobden, à ses risques et périls, se fait
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l'avocat systématique de la paix. De ce thème, il n'y a rien à dire, si ce n'est qu'il est épuisé, cl que le reprendre, c'est montrer beaucoup de candeur. Toutefois ce qui est plus nouveau et moins acceptable, c'est le langage que tiennent quelques hommes de l'école de Manchester, M. Bright entre autres, pour assurer coûte que coûte, l'effet de leurs opinions; ce sont les moyens donl ils s'appuient pour comprimer ce qu'il y a dans l'homme de plus généreux et de plus viril, le point d'honneur par exemple, qui est la meilleure garantie de la dignité d'un peuple; c'est la manière dont ils fouillent dans les cœurs pour y réveiller ce qu'ils renferment d'instincts et de sentiments inférieurs. Il y a là un oubli du sens moral, contre lequel on ne saurait protester par des paroles trop sévères. Ces appels constants à l'intérêt, à l'intérêt seul, à un intérêt étroit, égoïste, exclusif, sont du plus détestable exemple, et, s'ils étaient écoutés, ils aboutiraient infailliblement à l'abaissement des caractères et à la décadence des institutions.
II n'est point de tâche plus douce que d'avoir à raconter la vin et a juger les œuvres d'un honnête homme, d'un de ces hommes chez qui le caractère est resté eu complet accord avec le talent, et qui, avoir choisi leur rouie, se sunl Tait un devoir de n'en jamais dévier. A ce titre, un nom cher à tous les défenseurs des doctrines économiques mérite l'attention et commande l'estime. Dans le cours d'une vie troji loi brisée, Frédéric Bastiat a eu ce mérite, assez rare, de ne pas se donner de démenti, de demeurer jusqu'au bout fidèle à des croyances liés- contestées, de les défendre avec un courage égal à son désintéressement, et de montrer dans cette lutte un fonds de sincérité, de simplicité, qui désarmait ses adversaires. On lui a attribué après coup des ambitions qu'il n'avait pas; on a voulu faire de Bastiat un chef d'éeole, un réfor-
' Œuvres complètes de Frédéric Haslial, reines et annotées d'après ses manuscrits, par JIM. railloltet cl li. de Fonlenay. Paris, 1858.
FRÉDÉRIC B ASTI AT. 109 mateur : sa modestie eût repoussé des prétentions si grandes. D'ailleurs, à en juger par les travaux qu'il nous laisse, des qualités essentielles lui eussent manqué. H n'avait ni l'esprit de méthode, ni la sobriété, ni la justesse qui distinguent l'enseignement des maîtres ; il était plus ingénieux que solide, cédait trop à sa verve, et ne savait pas assez se défendre des emportements de la composition. Les circonstances y entrent pour beaucoup sans doute, cl avec l'âge cet esprit si fécond se fût probablement mieux réglé ; mais tel qu'il se présente, et qu'il nous est permis de l'apprécier, Bastiat ne saurait sans exagération être mis au niveau des hommes dont le lemps a consacré les titres. II n'est pas même, en économie politique, ce que l'on peut appeler un général d'armée, menant au combat des forces régulières. C'est le plus brillant capitaine de partisans que l'on puisse voir, connaissant a fond la guerre de détail et y déployant de grandes ressources, payant toujours de sa personne et tenant à honneur d'être en avant de tout le monde et au poste le plus périlleux.
En politique, ce fut également son rôle, quoique beaucoup plus effacé. Ni sa santé ni ses goûts ne lui permettaient d'y apporler des habitudes aussi actives. Ses opinions étaient d'ailleurs assujetties à des scrupules de conscience qui le vouaient à l'isolement, et dont il faut chercher la cause dans des doctrines trèsarrôtées. Trop conservateur pour les républicains,
Irop républicain pour les conserva leurs, il ne fut pour ainsi dire d'aucun parli pendant les trois années agitées qu'il passa au sein des assemblées dé libérait les, de -1 818 à i 850. Le peu de bruit qu'il y lit se ratlache a des projets où la droiture des intentions ne rachèle pas la singularité des vues. Cela se conçoit : Basliat n'était arrivé à la politique que par l'économie politique; malgré tout et en toute circonstance, il est resté iidéle à ses origines. Son point de départ était une conliance absolue et inéliranlahle dans l'exercice de la liberté, à quelque objet qu'on l'applique et dans toute la sphère des relations sociales. Il n'était pas de ceux qui font de la liberté moins un principe qu'un instrument, qui l'acceptent quand ils y entrevoient on profil et la repoussent quand ils en redoutent un préjudice, qui la présentent tantôt comme un bien, tantôt comme un mal, au gré de leurs passions ou de leurs intérêts. Basliat savait quels risques court la liberté dansées distinctions abusives; il la voulait en toute choseetpourtoutle monde; il la croyait assez forte pour porter en elle le remède à sos propres écarts; il se disait que les servitudes s'engendrenl, et que, jaloux île s'en affranchir lui-même, il ne devait pas y condamner autrui. En cela it était conséquent; mais dans le monde politique, où tout se compose de transactions, où les faits tiennent plus de place que les iilées, une telle disposition le laissait à l'écart des grands courants de l'opinion, presque seul de sa catégorie,
FRÉDÉRIC BASTIAT. 111 comme un rêveur digne de respect, et qui, pour s'épargner des démentis, se résigne à une abdication volontaire.
Quuique lîastiat soit mort à près de cinquante ans, sa carrière militante n'embrasse que six années, et il y fut jelé, comme on le verra, presque malgré lui et par li} plus singulier des hasards. Né à Bayonne le Ht juin 1801, il resta orphelin de très-bonne heure, sous la tutelle de sou grand-père et d'une tante qui lui a survécu, après l'avoir entouré pendant son enfance de soins maternels. Son éducation, commencée au collège de Saint-Sever, s'acheva à Sorèze, et fut marquée par des succès. Au sortir de là, il entra dans le comptoir de son oncle, négociant à Bayonne, destiné, à ce qu'il semble, à lui succéder et à suivre la carrière du commerce. L'ne correspondance avec quelques amis ', qui a été publiée dans le premier volume de ses œuvres, indique qu'elles étaient dès cette époque les préoccupations et les incertitudes de son esprit. Bastial cherche sa voie; il s'adresse à la philosophie, puis à la religion, aux influences supérieures, comme à son véritable élément, peut-être aussi comme à une diver-
1 US. t'ùliiCoudroyel N. ï. Calmélcs, aujourd'hui conseiller :i la cour de Carnation,
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sion nécessaire au milieu des travaux positifs auxquels il est assujetti. Il est artiste encore; il aime et étudie la musique, et se prend pour te violoncelle d'un goût qui ne l'abandonnera plus. Au Tond, le maniement des affaires et la poursuite de la fortune lui conviennent peu : la vocation n'y est pas, il y apporte des sentiments trop libres,- trop dégagés de calcul personnel ; il se sent mal à l'aise dans un comptoir, et au premier prétexte il s'empressera d'en sortir. Ses besoins sont ceux d'un sage, il en a pris la mesure dés l'âge de dixneuf ans, et il n'entend pas, comme il l'écrit à un de ses confidents, « s'imposer pendant de longues années le fardeau d'un travail ennuyeux pour posséder le reste de sa vie un superOu inutile. » Dans le commis, il y a toujours du philosophe, et l'un nuit à l'autre. En ma tière de commerce, mieux vaut agir que raisonner.
Cependant il a entrevu, au milieu de celle besogne aride, le but vers lequel ses efforts tendront plus tard, et dont la recherche mettra son nom en évidence. « lin bon négociant, dil-il, doit connaître l'économie politique, ce qui sort du domaine de la routine et exige une étude approfondie. » Deux auteurs , Jean - Daptisle Say et Charles Comte, semblent surtout avoir l'ait une profonde impression sur lui; il s'empare de leurs idées pour les appliquer et les commenter; il v trouve ce charme et cet intérêt qui naissent d'une discussion méthodique et frappent d'une vive lumière les esprits disposés à la réflexion. Il y joint l'analyse
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de ses propres scntimenls, et le premier qu'il éprouve est un démenti qu'il s'inflige à lui-même. Ainsi on a pu le voir, dès ses débuts, animé d'un dédain pour la richesse qui sera la règle de sa vie, et pourtanl, en contact avec les écrivains qui en ont le mieux vérifié les lois, il se trouble, il hésilc, il ne veut pas que son indifférence puisse Être prise pour un point de doctrine. « Le vil métal, dit-il, n'est plus aussi vil à mes yeux... (l'est un sot préjugé qu'on puise dans les collèges que celui qui fait mépriser L'Iiomme qui sait acquérir avec probité et user avec discernement. Dans aucun temps, les hommes n'ont eu de renoncement à euxmêmes, et scion moi ce serait un yrand malheur que celte vertu prit la place de l'inlérèl personnel... Le renoncement à soi-même est presque la destruction de la société.» Maximes qu'un casuiste taxerait de relâchées, et dont la meilleure critique se trouve dans la conduite de celui qui lésa émises! Personne moins que liastial n'eut souci des biens de ce monde et ne fit preuve de plus de renoncement ; il était en cela de la famille des économistes, qui, aux prises avec les définitions de la richesse, ont presque fous négligé les moyens de l'acquérir.
Dès ce moment aussi, les sentiments politiques de hastiat s'éveillent el se dessinent. 11 appartient à celte gênérafion qui sut lutter pour le triomphe de ses droits, el les mit par sa fermeté au-dessus des alleinles de la violence. L'enthousiasme élait grand alors, el s