J(3 ÉCONOMISTES MODERNES
lui-même comment ce revirement eut lieu. « Quand je suis monté à la tribune, dit-il 1 , je n'avais pas dix. adhérents; quand j'en suis descendu, j'avais la majorité. Ce n'était pas la puissance oratoire qui avait opéré ce phénomène, mais la puissance du sens commun. Les ministres et ceux qui aspirent à le devenir étalent dans les transes ; on allait voter quand la commission, H. Billault en tête, a évoqué l'amendement : il a été renvoyé de droit à celle commission. Dimanche et lundi, il y a eu une réaction de l'opinion, d'ailleurs fort peu préparée, si bien que mardi chacun disait: Les représentants rester représentants! mais c'est un danger effroyable, c'est pire que la terreur... Bref, je suis resté avec la minorité, composée de quelques exaltés, qui ne m'ont pas mieux compris que les antres. » Cet incident, qui donne la mesure des dispositions que Bastiat apportait dans la carrière politique, explique le rôle assez effacé qu'il y joua.
A la suite de sa déconvenue électorale de 1846, il se rejeta avec plus de chaleur que jamais vers les éludes qui lui étaient familières, et où sa droiture était moins dépaysée. Depuis quelque temps, Bordeaux était le siéged'uneagilation en faveurde la liberté des échanges, dans laquelle figuraient les notabilités du commerce local, et qui avait recueilli, un fonds de 400,00(1 fr. à l'aide de souscriptions volontaires. Marseille et le
1 Ultras ù M. (loudroy.
Havre avaient suivi l'impulsion, et à la ligue des porls repondait, dans Paris même, un mouvement qui s'appuyait d'un c6tè sur quelques noms honorablement connus, de l'autre sur un petit nombre d'hommes appartenant à l'industrie el a la haute finance. Bordeaux, le Havre el Marseille avaient constitué leurs comités; Paris songeait à former le sien, el Bastial devait en être le secrétaire. 11 y- revint pour assister à cet enfantement, qui l'ut des plus laborieux. Bien des personnages sur lesquels on avail compté refusèrent leur concours quand il s'agit de se mettre cit évidence ; il ne resta que les plus déterminés, ceux qui ne faisaient pas fléchir leurs doctrines devant de petites considérations. Même ainsi réduite, l'association ne marclia pas sans entraves, ni sans tiraillements. H fallait rédiger un manifeste, el la patience de Bastiat, qui tenait la plume, fut mise à de rudes épreuves dans ce travail délicat; les uns en trouvaient les termes trop vifs, les autres n'admettaient pas de concessions sur les principes. On disait d'une part qu'il convenait de ménager l'opinion, de l'autre qu'il valait mieux mourir de la main de l'ennemi que de se prêter à un suicide. Celle difficulté franchie, il en survint une nouvelle. L'association, pour marcher enseignes déployées, altendait une autorisation du gouvernement, et celle autorisation n'arrivait pas ; souvent promise, elle étati toujours différée; des influences mystérieuses arrêtaient la main du minislrc au moment où il allait