A LA JEUNESSE
EN l'honneur du POÈTE EMILE VERHAEREN
{^3 janvier 1904) (1).
Cher monsieur Boës,
Je me croyais bien sûr de fêter avec vous le beau et grand poète Verhaeren. C'était une joie pour moi de le revoir au milieu d'une jeunesse affectueuse et reconnaissante de son œuvre. Une circonstance imprévue me contraint à vous dire mes regrets et à m'excuser auprès de tous.
J'aurais voulu dire à vos amis combien belle et générale se présentait à mon esprit l'idée de la jeunesse, l'âge sacré pour Thomme, celui qu'il regrette à tout jamais d'avoir méconnu. C'est l'instant où l'homme est en accord absolu avec la jeunesse éternelle de la nature, où l'énergie créatrice domine son être et fait de l'héroïsme une vertu famihère.
(1) Lettre écrite à M. Karl Boës, directeur de la Plume à l'occasion du banquet offert par la Plume au poète Éraile Verhaeren.
Dans ce momenl si beau et si court, l'homme est maître de son deslin. Il peut vouloir la recherche de sa propre nature, découvrir son image dans ses semblables, jouir de la connaissance des causes profondes de la vie, ou se complaire à la satisfaction passagère des apparences.
La lassitude et la tristesse des voyageurs des mauvaises routes nous disent que partout se trouvent la souffrance et la mort.
Que du moins notre souffrance ait une raison haute et généreuse, qu'elle soit la préparation aux beaux lendemains !
Les poètes ont le sens du vrai chemin, ils savent les réalités invisibles que la vie nous dévoile au cours de notre labeur.
Dans nos mains d'enfant ils mettent un mystérieux miroir dont les profondeurs confuses nous charment. A la fin de la journée tout se précise, notre âme rejoint son image. Que notre effort nous prépare à la joie dune ressemblance désirée!
J'exprime à notre ami Verhaeren, à ce noble poète, mj gratitude admirative pour tout ce que son âme a mis dans la mienne.
Croyez-moi, cher monsieur Boës, votre bien déoué.