L'ART GREC
De blanches figures se dressent à ce nom, et de longues frises se déroulent.
La joie, la douleur, la vie, la mort; les sentiments les plus généraux exprimés; les rapports de Thomme avec la nature les plus... affirmés; le sens de la mesure, le génie des proportions...; la vie heureuse de l'instant où nous avons l'illusion de la libre disposition de nous-mêmes ;... la fatalité, cette logique avec laquelle nous rusons comme la bête avec le chasseur, pour nous retrouver là où notre défaite préparée par nous s'accomplit : cette profonde connaissance de l'homme et de la nature nous a laissé les œuvres les plus harmonieuses et les plus touchantes.
Les Grecs ne nous parlent pas seulement de la Grèce, ils parlent de l'homme de tous les temps, l'ayant exprimé dans ce qu'il a d'essentiel. N'exprimant que les sentiments naturels, leurs moyens d'ex-
pression plastique sont les gestes les plus directs en rapport avec ces sentiments.
Leur [choix] des formes et de la proportion des volumes, si expressif dans les figures immobiles, s'exalte dans les figures agissantes de luttes, dejeux ou de danses ; dans ces figures en mouvement les formes prennent toute leur puissance et toute leur grâce.
La danse, pantomime expressive, est faite des gestes les plus familiers, de ceux qui expriment les mouvements de la volonté ou de la sensation. Le geste instinctif comme le geste voulu, tous répondent à ce qui est indispensable à l'impression et à la mise en valeur de la beauté agissante des formes.
Les gestes de jeunesse, d'inconscient bonheur, les inquiétudes de la vie amoureuse, les désirs, les appels, les craintes et les refus, combats entre les êtres qui se cherchent ou se fuient, toute cette pantomime raconte à l'homme dans un harmonieux résumé sa vie poétique.
Mademoiselle Isadora, dans son désir d'exprimer des sentiments, a trouvé dans Tart grec les plus beaux modèles. Pleine d'admiration pour ces belles ligures de bas-reliefs, elle s'en est inspirée. Mais, douée d'un instinct de découverte, elle est retournée à la Nature d'où venaient tous ces gestes, et, croyant imiter et faire renaître la danse grecque, elle a trouvé sa propre pantomime. Elle pense aux Grecs et n'obéit qu'à elle-même; c'est sa propre joie et sa seule douleur qu'elle nous offre. Son oubli de l'ins-
tant et sa recherche du bonheur sont ses propres désirs. En nous racontant si bien sa belle nature, elle évoque la nôtre : comme devant les œuvres grecques revivant un instant pour nous, nous sommes jeunes avec elle, un nouvel espoir triomphe en nous; et lorsqu'elle exprime son consentement aux choses inévitables, nous nous résignons avec elle.
Ce n'est plus un divertissement, la danse de Mademoiselle îsadora : c'est une manifestation personnelle, ainsi une œuvre d'art, plus vivante peutêtre, et aussi féconde en incitation aux œuvres auxquelles nous sommes nous-mêmes destinés.
FRAGMENT
La danse : le geste rythmique des sentiments dos hommes.
Le geste : le signe universel de la communication entre les hommes.
Tout dans la nature nous parle par des formes.