‹ Écrits et pamphlets de RivarolChapitre 11 sur 17 · M. LE BARON DE GRIMM · texte numérisé non relu

M. LE BARON DE GRIMM

Chargé des affaires de S. M. l'Impératrice de Russie, à Paris A LA LETTRE DE

M. CHASSEBŒUF DE VOLNEY

On a remarqué que les jours mêmes où Mirabeau s'était montré le plus agressif, à l'Assemblée, dans quelque question palpitante, il se trouvait mieux en état de donner à la Cour des conseils sages et mesurés (i). Par un mouvement de duplicité semblable, Rivarol se sentait dispos à servir les rancunes de ses amis, d'autant qu'il faisait de leur cause un abandon plus complet. Il y paraît dans les Actes des Apôtres, et dans ce pamphlet de la Réponse de M. le baron de Grimm à M. Chassebœuf de Volney, écrit de colère froide, et pour donner à repaître à des haines auxquelles l'auteur était certes étranger. Pamphlet de condescendance à de basses vengeances, où Rivarol, n'opérant pas pour son compte, oublie la maxime dont il savait faire si bon usage : « que la raison est souvent entre le rire et la colère. »

(i) Voir la Correspondance entre Mirabeau et le comte de la Marck (1789-1791), publiée par M. de Bacourt.

En décembre 1791, Volney avait jugé à propos de renvoyer à Catherine II, favorable aux émigrés, pour des raisons de politique personnelle, une médaille d'or dont elle lui avait fait don, en retour d'un exemplaire du Voyage de Syrie et d'Egypte, transmis par Grimm. Cet échange de politesses était sans conséquence; aussi l'ex-député eut-il tort de donner de l'éclat à sa résolution assez puérile, en rendant publique la lettre de renvoi. C'est le prétexte, un simple prétexte, de la Réponse àc Rivarol, sous le nom de Grimm, qui relève, par le menu, une affaire des plus désagréables pour Volney, oubliée et vieille de deux ans déjà, et mêle aux pires expressions de l'injure et du mépris pour l'homme public et l'écrivain, des accusations atroces contre des personnes de sa société, M™^ Helvetius et Cabanis. Celui-ci n'est accusé de rien moins que d'avoir empoisonné Mirabeau, moyennant salaire, et la veuve d'avoir fait enfermer sa sœur, comme folle, afin de l'empêcher de porter ses biens dans une autre maison.

Réduit à ses proportions, voici l'incident dont Rivarol fait un si violent tapage. Volney, député aux États-généraux, avait eu la faiblesse de solliciter de M. de Montmorin la direction générale du commerce et de l'agriculture en Corse, et l'avait obtenue. Aussitôt que l'Assemblée en fut instruite, elle interdit à ses membres d'accepter aucune fonction à la nomination du roi. Deux députés, collègues de Volney, qui se trouvaient dans le même cas, donnèrent leur démission sans hésiter, mais lui, prit vingt-quatre heures, pour balancer entre sa place et sa position, et le lendemain seulement écrivit une lettre de refus de la commission du gouvernement. Mention au procès-verbal fut ordonnée, sans marques d'approbation. Tout ceci se trouve au long dans le Moniteur des 28 et 3o janvier 1790.

C'est peu de chose, et l'accusé semble encore bien plus excusable si l'on sait qu'il était attiré en Corse par des considérations patriotiques. Homme de cabinet et

de pratique, il avait prévu la perte de nos colonies, et du même coup, il avait songé à faire dans le bassin méditerranéen des essais de naturalisation des productions des tropiques. Avec l'aide de l'État, il les eût tentés dans de plus grandes proportions ; réduit à ses ressources, à l'expiration de son mandat de député (1792), il se mit néanmoins à l'œuvre, dans le domaine de la Confina, près d'Ajaccio, acquis de ses deniers. Si l'entreprise ne réussit pas, c'est que rien ne réussissait dans ces années-là.

Cette sotte histoire de la direction de l'agriculture en Corse, entée sur le renvoi d'une médaille, ne suffit pas pour expliquer le débord de diffamations et d'insultes de la Réponse. On ne comprendrait rien à cette disproportion, si l'on ne se rappelait un acte de Volney, beaucoup plus grave, auquel Rivarol n'a garde de faire même allusion : c'est-à-dire la série de moyens simples et ingénieux que ce législateur indiqua, le 2 mai 1790, pour vendre promptement les biens nationaux, et multiplier les petits propriétaires, garants de la société nouvelle. Voilà le vrai grief, le grief latent, dont on ne souffle mot, par horreur. En révolution, et même en tout temps, les hommes se sentent moins frappés dans leurs personnes que dans leurs biens.

Mais voici la lettre de Volney :

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