‹ Écrits et pamphlets de RivarolChapitre 5 sur 17 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

<s Quelques-uns de nos lecteurs, chefs de municipalités, députés ou suppléans du Tiers-État, se sont plaints du style des Résumés. Ils prétendent que cette manière d'écrire donne trop à penser.^ et qu'il n'existe point de journal oîi l'on ait si peu d'égards pour eux. Ils demandent nettement un style plus familier, plus populaire, et pour tout dire, "Çihxs national. C'est donc pour leur plaire que M. Salomon, notre éditeur, leur a donné V Adresse aux Impartiaux, insérée dans le numéro lo (i). On ne se plaindra pas, je pense, des airs de hauteur de cette prose-là, ni de l'aristocratie du style. Cette Adresse parle à la classe la plus respectée, comme à la plus respectable, sans acception de personnes, et nous comptons sur la reconnaissance de ceux de nos lecteurs auxquels la -prose des Résumés a donné des soucis. Mais nous les avertissons que nous ferons rarement le sacrifice de notre manière et que nous ne donnerons que

(i) Adresse à MM. les Impartiaux ou les Amis de la Paix, réunis che:^ M. le duc de la Rochefoucault. Elle forme le numéro lo du second abonnement.

fort peu de ce style aisé qui leur plaît tant : nous ne nous sommes pas retiré à la campagne pour nous gêner. D'ailleurs, si nous descendions toujours pour leur éviter la peine de monter, nous laisserions la bonne compagnie qui nous suit depuis longtemps et qui est plus aisée à vivre qu'on ne pense, puisqu'elle n'exige pas qu'on sépare les égards qui lui sont dûs, de ceux qu'on doit à la langue, au goût, au véritable ton et à la majesté de l'histoire.

« Ce n'est pas pourtant que, dans V Adresse aux Impartiaux, on ait poussé la condescendance jusqu'à l'incorrection ou à la bassesse du style; on a seulement proscrit les formes élégantes, afin de se conformer à l'esprit d'une nation qui renonce à toutes les apparences du luxe en faveur des capitalistes, et qui sera sans doute fort aise qu'on établisse aussi des lois somptuaires dans la prose. Mais il faut dire aussi que la franchise et la pureté de principes qui régnent éminemment dans l'Adresse aux Impartiaux^ demandent grâce pour sa nudité, aux yeux les plus délicats, et si le mauvais style de tous les journaux de Paris a fait passer tant de fausses idées dans le peuple, pourquoi la bonté des principes n'excuserait-elle pas un style sans parure chez les gens du monde? »

Voilà les partisans du style uni et le rédacteur terre à terre de VAdresse aux Impartiaux abouchés comme il convenait. Aux compliments inquiétants du dernier paragraphe, on devine, sous le pseudonyme de Salomon, gage de sagesse, l'abbé Sabatier, heureux de son impersonnalité, et de toutes façons incapable de jeter du trouble dans l'abonnement. Rivarol se montre ici prêt à l'ingratitude, avant le parti pris de se taire absolument sur l'abbé ; et sans doute le fut-il toujours.

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