‹ Écrits inédits de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 4 sur 12 · XII AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR

ne proviennent donc pas du Parallèle^ ni, à notre avis,

d'aucun autre ouvrage resté inconnu. C'étaient de

simples fragments comme Saint-Simon a dû en écrire

des milliers qui plus tard ont été mis en œuvre dans ses

Mémoires, et aussi, comme on voit, dans le Parallèle.

Nous avons pensé que ces observations offriraient quelque intérêt à ceux qui aimeraient à se rendre

compte de la manière dont Saint-Simon a accompli l'immense rédaction de ses Mémoires. Nous avons voulu montrer en même temps par cet exemple que Saint-Simon, quoi qu'il en dise, eût été des plus experts dans l'art d'écrire, et que s'il eût pu prendre le temps de revoir et de corriger les pages qu'il traçait avec l'abondance du premier jet, il eût été capable d'ajouter à l'originalité singulière de son style un degré de pureté qui en eût encore accru la puissance en contribuant à sa clarté. Si nous ne nous trompons, Saint-Simon dans le Parallèle^ plus que partout ailleurs, montre les facultés d'un écrivain consommé ; soit que la gravité du sujet lui ait commandé plus d'attention, soit que dans ses dernières années il fût devenu moins indulgent pour les défauts dont il s'était rendu compte, à la suite d'une longue expérience, il est permis de dire que

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si Ton trouve dans le Parallèle les traces d'une extrême négligence, là surtout où il se borne à exposer les faits dont la connaissance est comme la trame de son œuvre, on y rencontre des pages d'une incomparable beauté et telles que lui-même peutêtre n'en avait point écrit de pareilles. Ce serait lui manquer de respect que d'exagérer l'éloge. Mais comment ne pas signaler du moins le tableau qu'il a tracé des derniers moments de Louis XIII avec un sentiment à la fois austère et tendre, dans un langage profondément chrétien et empreint d'un accent qui rappelle Bossuet; le portrait désormais inoubliable, tant il est vivant, de Louis XIV « toujours roi et jamais homme », qui jusque dans sa famille faisait sentir le prestige et presque la frayeur d'une autorité sans bornes et d'une « prodigieuse majesté t , dont l'habitude lui resta jusque sur le lit de mort où, abandonné de ceux qui n'avaient plus rien à attendre de lui, il justifia ce mot de Pascal si terrible et si court : € On mourra seul » ; enfin, les réflexions inspirées à Saint-Simon par la révocation de l'édit de Nantes, qui doivent trouver place parmi les pages les plus éloquentes et les plus vraies qui aient jamais été écrites sur ce triste sujet?

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Borné par le temps, sinon par l'espace, nous devons tourner court et nous arrêter, non cependant sans ajouter quelques mots sur le manuscrit que nous publions. Il figure dans Tinventaire dressé aj»^ la mort de Saint-Simon sous le n° 147. Il forme un volume in-^ de 440 pages et demie, sans compter la table qui n'est pas numérotée. Ce n'est qu'une copie d'une écriture que Ton rencontre ailleurs dans les papiers de Saint-Simon ; elle est assez nette et bien formée, mais d'une allure un peu inexpérimentée et qui semble indiquer que le copiste n'avait pas la complète intelligence de ce qu'il transcrivait. Les fautes y sont assez nombreuses ; plusieurs sont corrigées de la main de Saint-Simon ; mais sa revision demeurée incomplète ne s'est guère étendue au delà de la première moitié du manuscrit. Là où la faute était manifeste et la rectification évidente, nous n'avons pas hésité à faire la correction ^

La ponctuation du manuscrit laissait beaucoup à désirer par la faute sans doute du copiste; nous nous sommes attaché à y suppléer avec un soin tout par-

1. Gomme par exemple, page 1 18, ligne 18 : événement au lieu d*élèvement. — Page 569, ligne 5 : administration de TEstat, au lieu à' admiration, — Page 353, ligne 22 : humeurs au lieu di' horreurs ^ etc., etc.

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ticulier, jugeant que si la ponctuation est toujours importante, elle l'est surtout quand il s'agit d'un style qui comme celui de Saint-Simon se développe parfois en phrases qui s'allongent et se ramifient en quelque sorte sans tenir compte des règles de la syn-

taxe et de la grammaire. Nous nous sommes particulièrement appliqué à le défendre contre l'abus de la virgule trop fréquent aujourd'hui et qui, si Ton n'y prenait garde, risquerait d'altérer, sous prétexte d'en rendre l'intelligence plus facile, la clarté de notre idiome national.

Enfin l'orthographe que nous avons suivie est celle de Saint-Simon ; nous l'avons empruntée à la fois à la copie conservée aux affaires étrangères , et aux divers manuscrits autographes de l'auteur. L'emploi de cette orthographe n'était sans doute pas indispensable ; mais on pouvait l'admettre pour un écrivain qui par l'époque de sa naissance et plus encore par la langue qu'il emploie, par sa façon d'écrire et de penser autant que par les habitudes de sa vie, appartient au xvn'' siècle, n'a presque rien de commun avec celui qui a suivi, et sous la Régence même semble être demeuré le contemporain de Louis XIII.

14 janvier 1880.

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