j t* i • I de Gennes
la Manne, plus en chef qu en survivance par les occupa- fait à vemiiies lions de son père aux finances, estoit quoyque jeune uon^uRoy. extrêmement capable, fort instruit, avec beaucoup d'esprit, une ambition extresme avec delà valeur, et audacieux au dernier point. Il s'estoit mis dans la teste d'estre mareschal de France, et pour y parvenir de i commander . des flottes. Dans ces idées, il aigrit si bien le Roy sur . qiielques mécontentements assés marqués qu'il avoit receus des Génois, qu'on arma une flotte que Seigneiay monta, et la commanda avec Tourville conjointement, bombarda Gènes et força la Republique de convenir d'envoyer le Doge Imperiali avec quatre sénateurs à Versailles, demander pardon au Roy qui les receut sur un trosne placé au bout de la galerie de Versailles, avec la plus grande pompe, en may 1685. Cette mesme année, les trois Régences d'Affrique
furent réduittes à se soumettre à la même humiliation.Tel est le fruiet, avec bien d'autres plus solides, d'avoir des forces navales dans un pais bordé de l'Océan et de la Méditerranée.
Révocation de Cette mcsme année fut celle de la révocation de l'édit de
l'édit de Nantes.
Nantes, conseil pernicieux et plus pernicieusement exécuté. Le Roy alors fort dévot, et dans la plus entière ignorance sur ce grand objet comme sur tant d'autres, et de plus en plus jaloux et amoureux de gloire et d'autorité, fut aisément entraisné à une résolution qui flatfoit si fort ces deux points, que la profondeur de l'ignorance mettoit à couvert de toutte contradiction, non moins que son exacte closture et le profond secret avec lequel toutte cette trame fut conduitte par Louvois, le confesseur et Mme de Maintenon, à l'insceu de tout autre. Cette femme, née pour la galanterie et l'intrigue, se monstra sans cesse de la dernière incapacité pour les affaires. Elle n'en entendoit aucune, elle n'en sentoit ny le poids, ny les difficultés, ny les conséquences. Celle-cy luy parut propre à confirmer et à entretenir le Roy dans la dévotion qui l'avoit en secret couronnée, à luy donner matière à la conversation, et à luy plaire de plus en plus par les occasions de le louer et de l'admirer continuellement. La Chaise, borné à son fait quoyqu'avec beaucoup de sens et d'honneur, n'estoit pas dans une place à s'opposer à ce qui estoit présenté comme un grand avantage pour la religion, et d'ailleurs point homme d'Estat à en sentir touttes les conséquences; et Louvois, qui ne les comprit que trop, y trou voit son double avantage en ce que l'exécution, telle qu'il la méditoit, ne se pouvoit faire que par des trouppes, conséquemment par luy à qui cela alloit donner des rapports continuels avec le Roy, que la paix rendoit plus rares, et en ce qu'un
pareil événement alloit aliéner pour longtemps tous les protestants de l'Europe, et les porteroit à la guerre, qui est ce qu'il désiroit le plus ardemment ; et ces deux raisons l'entraisnèrcnt à procurer touttes les horreurs de l'exécution. Colbert, le seul homme qu'il eust pu craindre dans le partage du secret et seurement pour l'opposition ferme et bien soustenue, estoit mort depuis deux ans. Ainsy, parfaitement libre, il picqua le Roy de la gloire d'exterminer des gens qui ligués ensemble et soustenus par les Puissances estrangères de leur communion, avoient tenu teste à tous ses prédécesseurs, depuis François 1", et toust abatus qu'ils se trouvoient, ne perdroient jamais l'espérance de se relever, ny celle de parvenir à faire un Estât dans l'Estat, avec toutte l'indépendance et les formes à quoy ils avoient toujours tendu.
Ainsy, gloire, autorité, politique, religion, tout fut mis en a\ant sans contradiction de personne, et sans que le Roy charmé d'une si belle proposition y formast la moindre difficulté. Tout aussytost donc on mit la main à l'œuvre. Avec la révocation de l'édit de Nantes, il parut une foule de déclarations qui se suivirent, plus cruelles les unes que les autres. Les provinces furent remplies de Dragons qui vescurent à discrétion chez les huguenots de touttes les conditions, et qui joignirent les tourments corporels à la ruine, dont beaucoup moururent entre les mains de ces bourreaux. La fuitte estoit punie comme l'opiniastreté dans l'hérésie, et les galères furent remplies des plus honnestes gens et des plus acommodés, comme les prisons de leurs femmes et de leurs filles. Une infinité se rachepta de latiranie par des abjurations simulées; les Dragons qui les ruinoient et les tourmentoient hier, les menoient aujourd'huy à la messe où ils abjuroient, se confessoient et
communioient tout de suitte, sans remettre le plus souvent au lendemain. La pluspart des évesques se preslèrent à cette abomination, où les intendants des provinces présidoient. C'estoit à qui se signaleroit le plus. Le Roy recevoit à tous moments des listes d'abjurations et de communions par milliers de tous les endroits des divers diocèses ; il les montroit aux courtisants avec épanouissement ; il nageoit dans ces millions de sacrilèges comme estant l'effet de sa piété et de son autorité, sans que personne osast tesmoigner ce qu'on en pensoit; et chacun au contraire se distinguant à l'envi en louanges, en applaudissements, en admirations, tandis que chacun estoit pénétré de douleur et de compassion, et que les bons évesques gémissoient de tout leur cœur de voir les orthodoxes imiter contre les hérétiques ce que les tir ans payons cl hérétiques avoîent fait contre la vérité, les confesseurs et les martirs ; ils pleuroient amèrement cette immensité de sacrilèges et de parjures, et tous les bons catholiques avec eux ne pouvoient se consoler de l'odieux durable et irnV médiable que de si détestables moyens répandoient sur la religion.
Le Roy se croyoit un apostre ; il s'imaginoit ramener les temps apostoliques où le baptesme scdonnoit à des milliers à la fois, et cette yvresse soustenue par des éloges sans fin en prose et en vers, en harangues et en touttes sortes de pièces d'éloquence, luy tint les yeux hermétiquement fermés sur l'Évangile et sur l'incomparable différence de sa manière de prescher et de convertir d'avec celle de Jésus- Christ et de ses a postres. Cependant le temps vint qu'il ne put ne pas voir et sentir les suittes funestes de tant d'horreurs. La révocation de l'édit de Nantes, sans le plus léger prétexte et sans aucun besoin, immédiatement suivie des
proscriptions, des supplices, des galères, sans aucune distinction d'âge ny d'estat, le long pillage des Dragons autorisé partout, déchira les familles, arma parents contre parents pour avoir leur bien et les laisser mourir de faim ; dépeupla le royaume et transporta nos manufactures et presque tout notre commerce chez nos voisins et plus loin encore ; fit fleurir leurs Estats aux dépends du nôtre, remplit leurs pais de nouvelles villes et d'aulres habitations, et donna à toutte l'Europe l'effrayant spectacle d'un peuple si prodigieux, proscrit, fugitif, nud, errant sans aucun crime, cherchant un azile loin de sa patrie. L'expulsion des Maures, dont l'Espagne n'a pu se relever, estoit une bonne leçon. Les Huguenots n'avoient plus rien en eux qui les pust faire craindre; il falloit gaigner leurs ministres peu à peu par des bienfaits, et les principaux d'entre eux ; les réduire tous de fait, mais sans déclaration publique, au seul négoce, aux arts, aux métiers, et les nobles et les plus riches à vivre de leur bien sans nul employ civil ny militaire ; réduire peu à peu le nombre de leurs presches pour les leur rendre plus incommodes par l'éloignement, et les induire à les moins fréquenter ; d'ailleurs ne leur point faire d'injustice, ne leur chercher point querelle, ne les distinguer en rien sur l'utile, biens, imposts, etc., des catholiques, se bien mettre dans l'esprit que la religion se persuade et ne se commande point, et qu'elle ne peut s'estendre que par la voye que Jésus-Christ a enseignée et pratiquée, et après luy, ses apostres et les hommes apostoliques; enfin, par une conduitte douce, sage, unie, suivie, pratiquer la charité qui est l'âme de la religion ; surtout se garder, par la révocation de l'édit de Nantes si solennel et dans son temps si utile, et une révocation destituée de toultc cause et de tout prélexte, de confirmer
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les hérétiques dans la funeste opinion qu'ils ont très malheureusement prise du supplice de Jean Hus et d'autres événements, que l'Eglise catholique a pour maxime qu'elle ne doit point garder la foy aux hérétiques, maxime abominable en soy, qui a pu l'estre de quelque furieux, mais qui ne fut ny peut jamais estre celle de l'Eglise, maxime toutesfois que. les hérétiques n'ont pas imaginée et qui est une des choses qui les éloignent le plus de la véritable religion. La plus légère instruction eust fait sentir au Roy du premier coup d'oeil l'abysme où l'interest particulier le poussoit, et la plus petite réflection luy auroit montré toutte la gloire de son héroïque père , qui après avoir justement et pleinement dompté et abatu le parti huguenot pour jamais, ne luy en laissoit plus aucune de ce costé-là, non pas mesme celle qu'il croyoit tirer d'une persécution si cruelle et si peu méritée, puisque celle-là mesme, s'il y en eust pu avoir, il ne l'eust pas recueillie si les travaux de son incomparable père ne luy eussent pas tout aplani, en luy laissant ce parti sans force et sans aucun moyen de la plus légère deffense. On verra bientost qu'à l'immense playe intérieure qui fut le fruit si amer de cette horrible exécution d'un si pernicieux conseil, se joignit une grande guerre, comme Louvois se l'étoit bien promis, et que dès cette année la fameuse Ligue d'Augsbourg se prépara.
Régale. Inuoceut XI, Bcnoist Odescalchi, qui estoit lors assis sur
le Saint Siège, ne fut pas la duppe de cette action prétendue si religieuse; il n'en vit que la politique prétendue, et en détesta les sacrilèges et les horreurs. La Régale l'avoit Propositions du irrité, plus eucorc les propositions du clergé de 1682 qui
clcrffé ci A
France de 1682. soustcnoicnt Ics véritables maximes de la discipline de
tous les siècles et les libertés de l'Église Gallicane, qui
n*en sont que la pratique soustenue fermement jusqu'alors contre les prétentions ultramontaines ; et l'affaire des franchises qui vint après acheva de brouiller le Roy avec ce Pape. Le Roy vînt à peu près à bout de ses prétentions de régale, mais il fit céder honteusement le clergé sur les propositions de 1682, [ce] qui fut une playe à la religion, à la vérité, à la couronne, telle qu'elle ne se peut représenter, et qui s'est fait sentir cruellement depuis et maintenant plus que jamais. A l'égard des franchises qu'il fallut enfin céder au pontificat 'suivant après Franchises, les plus grands éclats, il faut convenir que cette prétention estoit insoutenable en ellcrmesme par les désordres et l'impunité des crimes qui en résultoient tous les jours, et par l'espèce de partage d'autorité souveraine dans Rome, sous les yeux du Pape, de tous les ambassadeurs. Innocent XI se lassa d'un abus qui s'estendoit tous les jours. L'Empereur et les Rois d'Espagne et de Portugal consentirent au retranchement des franchises. Louis XIV seul s'y opiniastra avec cet éclat qui n'est ignoré de personne. L'ambassadeur qu'il y envoya exprès fort accompagné ne put jamais estre'admis, et revint excommunié sans avoir pu voir personne à Rome.
Un mot éclaircira ce qui a esté dit que ce monarque ne Pom Royai. fit point de bastiments publics, quoy qu'il en existe quelques uns de son règne. La ville construisit le pont Royal au lieu du pont Rouge qui estoit de bois, en danger tous les hyvers de tomber, et qui estoit tombé en effet. Les Invalides, qui est un monument superbe, fut tout en- Hostei des inva-
lides
tier de Louvois qui en establit tout l'enlretien sur les trouppes et les offices militaires, avec un ordre qui a illustré ce règne et a fait l'admiration des estrangers. Mais il faut tout dire. Les Invalides auparavant n'estoient pas
moins bien entretenus : on les plaçoit dans les abbayes royales sous le tiltre de moines laïcs, lesquelles estoient obligées de les nourrir, vestir, entretenir de tout, sains et malades, et d'en rendre compte. Mais on ne peut nier que la magnificence de Fhostel des Invalides, qui est d'une grande décoration à Paris, ne frappe tout autrement les yeux de tout le monde et l'imagination de ceux qu'on y retire que ne pouvoit faire cette dispersion de moines laïcs, quoyque le mesme objet fust également rempli. Louvois qui se complaisoit extrêmement dans son ouvrage, y avoit choisi sa sépulture, et en effet on l'y porta dès qu'il fut mort; mais le Roy ne l'eut pas plutost appris qu'il envoya ordre de le transporter ailleurs, et il fut enterré aux Capucines, qu'il avoit fait bastir pour le Roy parce qu'il avoit fallu abattre leur premier couvent pour faire
Place de la placc de Vendosme. Elle est aussy de Louvois qui la fît quarrée pour y placer la bibliothèque du Roy, le balancier S l'imprimerie royale, les Académies et le Grand Conseil qui se tient encore en maison de louage. Cela composoit très utilement un beau monument public ; mais Louvois n'eut pas plutost les yeux fermés, que le Roy envoya ordre d'en couper les coins en pans tels qu'on les voit aujourd'huy, et n'y voulut que des maisons et rien de public, ce n'a esté que pendant la Régence que le duc de Noailles, pour obliger le chancelier d'Aguesseau, obtint de M. le duc d'Orléans d'y joindre quelques maisons ensemble pour y faire la chancelerie, dont il n'y avoit jamais eu à Paris.
Mme de Montespan avoit basti au faubourg Saint-Germain la communauté de Saint-Joseph, où elle s'estoit retirée, dont il est sorti de si magnifiques ouvrages en meubles et
saint-cyr. enomemenlsd'égUse. Mme de Maintenon, pour faire mieux