DUCHÉS VÉWFIÉS ESTEINTS
au cardinal de Guise, pleines de droiture, de franchise, el touttesfois d'accoriise sans les tromper, et d'amitié avec dignité. De Rome il fit un tour à Mantoue, chez son neveu, et revenu à Nevers vers la fin de septembre de la mesme année, il escrivit à Henry. III une lettre qui est un chef d'œuvre de droiture et de magnanimité. Henry III ne se laissa pas vaincre ; il reprit en ce digne sujet toutte la confience qu'il méritoit. Sa faute envers luy qui le précipita dans la Ligue, et ses besoins contre elle qui alloient toujours croissant, ne demandoient pas une autre c'onduitte avec M. de Nevers qui le servit jusqu'à la fin de sa vie et de son règne, avec une fidélité et une activité propres à réparer son éclypse. C'est cet événement singulier de la vie de ce duc de Nevers qu'il falloit expliquer pour faire entendre ce qu'il reste à dire sur son gendre et sa fille, et qui est si énergiquement dcstaillé dans un discours qu'il en écrivit, non sous son nom, et qu'il en fit publier partout.
M. de Longuevillc estoit gouverneur de Picardie. Il avoit espousé Mademoiselle de Nevers en février 1588, et M. de Guise, mary de la sœur cadette de la duchesse de Nevers belle mère de- M. de Longueville, fut tué à Blois, 23 décembre 1588. M. de Nevers estoit alors avec Henry III sur le mesme pied qu'il vient d'estre dit depuis son voyage de Rome. Il commandoit une armée pour le Roy en Bretagne et estoit occupé au siège de la Garnache, lorsqu'il apprit l'exécAtion de Blois. Il receut en mesme temps une lettre du Roy qui lui donnoit le choix du gouvernement de Champagne et Brie qu'^voit M. de Guise, et de celuy de Picardie, et à M. de Longueville celuy des deux qu'il ne prendroil pas. M. de Nevers, après y avoir esté excité par les plus proches de feu M. de Guise, auxquels il rendit tous devoirs.
laissa à son gendre la Picardie qu'il avoit, et fil expédier sous le nom du duc de Rhételois, son fils, celuy de Champagne et de Brie.
En mesme temps, et dès qu'on apprit à Amiens l'exécution de Blois, Mesdames de Longueville, mère et belle fille, le comte de Saint-Paul et Mesdemoiselles de Longueville furent arrestées par la ville et gardées séparément avec une extresme sévérité. Les Guises n'avoient pas pardonné à M. de Nevers son retour sincère d'eux à Henry III, et ne furent pas insensibles à s'en venger sur sa fille et peutestre bien autant sur la douairière de Longueville, parce qu'elle estoit Bourbon et grande hérUière, qui avoit plus que dédommagé son mary de Mademoiselle de Guise, dont la charge de grand chambellan rompit le mariage avec tant d'aigreur de sa part et de despit de celle des Guises. M. de Nevers eut recours à tous les chefs de la Ligue qui luy estoient si proches, et à Madame de Guise sa belle sœur, qui tous l'amusèrent avec de belles paroles dont ils luy manquèrent toujours. Cependant cela le tint en panne à Nevers sous prétexte de la religion d'Henry IV, tandis que M. de Longueville plus jeune et plus franc, outré qu'il fut de celte détention dans la capitale de son propre gouvernement, outre cette naturelle émulation contre les Guises, reconnut tout d'abord Henry IV et le servit de tout son pouvoir. On voit par ses lettres à son beau père qu'il porta impatiemment sa neutralité, lequel enfin perdant toutte espérance d'obtenir ny liberté ny adoucissement à la rigueur de la détention de Mesdames de Longueville, et voyant les armes d'Henry IV prospérer, il prit enfin le parti de sortir de Nevers et de l'aller joindre avec des trouppes, et depuis il le servit aussy très dignement. La douairière de Longueville s'estant échappée, elle fut reconnue à quelques