‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 16 sur 58 · ESTOUTTEVILLE. ADRIENNE ET FR. DE BOURBON · texte numérisé non relu

ESTOUTTEVILLE. ADRIENNE ET FR. DE BOURBON

bien et deuement notifié au Parlement toucha beaucoup M. de Creuilly, et est demeuré jusqu'à présent sans atteinte. Ce qu'il influera à l'égard de l'instance par luy commencée pour la possession de la terre, est chose qui n'est plus de la matière de ces Nottes. Il faut seulement voir à présent les raisons qui firent rejetter cette mesme prétension du feu comte de Mattignon par le feu Roy, et qui n'ont pas diminué de force. On peut seulement ajouster [après] des précautions si accumulées, si singulièrement solemnelles et en elles mêmes si extraordinaires, prises par leconlract de mariage d'Adrienne d'Estoutteville et de François de Bourbon pour enter sur le plus noble sang de France à chaque mariage d'héritière le nom et les armes seules d'Estoutteville pour en conserver et éterniser le lustre, [que] ceux qui ont parlé en ces actes avec tant de hauteur et de concert, François I qui les a ratifiés et confirmés, et les Cours elles mesmes qui les ont homologués seroient bien estonnés» s'ils revenoientau monde, de voir tant de grandeur si solidement bastie pour un petit fils mesme masculin de feu M. Colbert. On ne peut s'empescher d'en conclure, ainsy que de presque tout ce qui se voit dans ces Nottes et dans les histoires, mais touttesfois dans un autre genre que de ce Colbert (ÏEstouUevillisant^ que c'est bien peu de choses que de ce monde et de tout ce qu'il présente de plus flatteur, de plus élevé et de plus éclatant, dont la jouissance est un éclair et la durée une minutte dont rien n'est bon qu'à amuser des lecteurs curieux; et qu'il n'y a point de livres de piété plus moraux ny plus convainquans du néant de cette vie et de l'importance si réelle de la future, que les livres historiques quand on se laisse moins emporter au torrent, à la multitude, à la volubililité des événements, qu'aux rc-

122 DUCHÉS VÉRinÉS ESTEINTS.

Sections sérieuses de ce que sont devenus ces millions d'hommes dont la grandeur, la puissance et Tautoritë en ont conduit ou embarassé tant d'autres, et comment et où ils se sont évanouis.

Peu de discours fera connoistre le néant de la prélension maintenant que le duché d'Estoutteville est esteint. Comme il ne s'agit ny de faire un factum ny de combattre des sophismes» trois principes suffiront en les présentant devant les clauses législatives de l'érection, et devant la généalogie. Nulle duché femelle où V érection ne les rappelle pas expressément. La raison en est que cette successiop et communication de Dignité pour les femelles est outre et contre le droit commun auquel toutte clause de loy et de concession est toujours estroittement rappellée, et ne peut estre entendue ny estendue au delà que par des expressions nettes, claires et expresses. L'abus des termes d'hoirs et successeurs seroit sans cela infini, comme il a esté souvent tenté ; les achepteurs, les donataires sont successeurs, et manifestement ne furent jamais appelles par ces vagues termes ; ainsy des hoirs dans touttes leurs différentes sortes de degrés, et la maxime ne peut estre contestée. Il n'y a pas un mot de femelle dans l'érection ny dans le contract de mariage homologué, pas une unique mention de duc ny de duchesse dans toutte la vaste dénomination de ceux et celles qui doivent recueillir la substitution d'Estoutteville, en tous les cas masculins et féminins possibles ; bien plus, la seule fois que la Dignité de duché est bien énoncée, c'est pour le futur époux à vie seulement en cas de prédécès de la future : ce qui marque bien que la mesme énonciation claire et expresse n'auroit pas esté obmise comme elle l'est partout ailleurs, si la volonté du concesseur avoit esté de l'accorder à quelqu'autre et celle

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