VALENTINOIS. DIANE DE POIGTIERS
OU par la grossièreté des esprits ou pour exprimer plus fortement à quel point elle le possédoit. On a veu tiltre de Guise [tome y, page 61] quelle fut l'instruction et la recommendation de Frailçois P'' mourant à son fils sur ces Princes, et les suittes ont plus que prouvé à quel point elle estoit judicieuse et la prévoyance exactement littérale. Mais elle n'avoit garde de porter coup. François P' mourut dans le point du mariage du duc d'Aumale avec la fille de Diane et de sa plus intime liaison avec les Guises qui avoient sceu de bonne heure se la mesnager, et qui moyennant leur souple dépendance d'elle fit toutte leur puissance et leur grandeur qui s'accrut continuellement dans tout ce règne. François P' recommanda en mesme temps à son fils de continuer à se servir du cardinal de Toumon et de l'amiral d'Annebault dont il luy fit de grands éloges et de laisser le Gonnestable à Chantilly où il estoit. A peine eut il les yeux fermés que ces deux grands personnages fuirent chassés. Ils portoient trop d'ombrage aux Guises qu'ils connoissoient trop bien, et à qui Diane en fil le sacrifice. Pour le Gonnestable c'estoit l'amy du cœur d'Henry H, et quoyque le père et le fils eussent toujours vescu fort unis, cette raison contribua peut estre plus à son esloignement que la querelle qu'on luy chercha sur le passage de Charles Y en France et sur le manquement à toutles les paroles que cette nécessité d'y passer luy avoit arrachées pour estre plus promptement en Flandres à portée d'arrester la dangereuse révolte des Gandois. Ce fut donc à Henry II seul que le Gonnestable eut l'obligation de son prompt et radieux retour qui ne plut guëres aux Guises mais qu'ils ne purent empescher ; mais il est vray aussy que pour se maintenir dans l'intime faveur et dans l'entière confiei)ce de touttes les affaires à la teste desquelles
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estoit le Connestable il eut besoin de mesnager Diane et pour elle seule de se démentir un peu de son caractère. Elle rompit le col à jamais à M. de Taix capitaine célèbre pour une raillerie qu'il avoit* fait d'elle, et la prison fut le salaire de Bayard secrétaire d'Estat qui estoit un gausseur et qui y mourut mesme de desplaisir. Tilleroy aussy secrétaire d'Estat fut esloigné un temps, mais il s'attacha aux Guises et peu à peu devint un de leurs plus utiles instruments. Diane fit main basse sur la duchesse d'Eslampes et sur tous ses adhérants excepté son mary qu'elle avoit toujours protégé par cette mesme haine et en faveur duquel [comme] on a veu tiltre à^ Estampes [page 148 ci-dessus] elle prostitua le Roy contr'elle. Tels furent les commencements de celte impérieuse maistresse à quoy tout le reste de son règne répondit. Elle fit chasser le chancelier Olivier sous prétexte de mauvaise santé qui l'empeschoit de faire assiduement ses fonctions. C'estoit un personnage doux» docte, intègre, qui avoit brillé dans les premiers emplois de la magistrature et des négotiations et qui estoit attaché à Margueritte Reine de Navarre qui le protégea toujours auprès de François I son bon frère. Il avoit succédé en 1545 au chancelier Poyet, et il ne crut pas devoir faire sa santé meilleure que ne le vouloit la toutte puissante maistresse. Les sceaux furent donnés à Bertrandi qui avoit esté premier président du Parlement de Tolose dont il estoit, et s'estoit acquis la protection du Connestable qui l'attira en celuy de Paris où il succéda au premier président Liset que les Guises chassèrent 1550, et un an après il eut les sceaux. Il plut tant à Diane dans l'exercice de cette grande place qu'il conserva tout son règne, qu'elle le fit après estre devenu veuf évesque de Cominges en 1555, deux ans après cardinal et