‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 30 sur 58 · TII · texte numérisé non relu

TII

194 DI'CIIÉS VÉÎUFIÉS ESTEINTS.

OÙ il prit Fontarabie. Il passa ensuitte en Italie comme lieutenant général du Roy de là les monts, où son orgueil et le mcspris de Tavis des autres luy fit faire des faules qui causèrent de grands malheurs. Il leva le siège de Milan en 1523, et fut après battu en Piedmont. Il fut la principale cause de ce que François I repassa les monts, et on prétendit que ce qui le rendit si ardent à ce conseil fut l'amour qu'il avoit pour une signera Clarice qu'il avoit veue à Milan, et qu'il ne pouvoit revoir que parla conquestc de cette ville que la France avoit perdue. Il fut aussy le principal instigateur de la funeste bataille de Pavie qui se pouvoit prendre sans la donner, et il l'emporta de fougue auprès de Frani^rois I contre l'avis de MM. de la Tréraoille, de la Palice, Louis d'Ars, S. Severin, Trivulce, Galliot et des autres principaux capitaines, qui fut donnée 24 février 1524 que nous compterions 1525. Aussy la voyant perdue et n'ayant pu rallier ny la cavalerie ny les Suisses, il haussa la visière de sa salade en s'escriant qu'il ne pouvoit survivre à un si grand et honteux désastre et se fit tuer. Le Connestable de Bourbon qui l'avoit fort recommandé aux siens pour le prendre vif et luy faire un traittcment ignominieux, le rencontra mort et luy reprocha d'estre cause de ses malheurs et de tous ceux de la France, car il fut très affligé de ce désastre et de la prise de François I, tout poussé à bout qu'il eust esté, et se comporta avec luy en cette occasion avec toutte la circonspection, le respect et la décence possibles. Ainsy périt l'admirai, non seulement avec les malédictions de cet infortuné Connestable, mais avec l'exécration publique pour avoir seul et contre tous entraisné le Roy en ce conseil de bataille qui eut de si déplorables suittes. Philippe Chabot, célèbre par . sa disgrâce et son retour, fut admirai après luy. 11 estoit

KOANNOIS. CLAUDE GOLFFIEU

corate de Charny et s'appelloit le seigneur de Brion, dont le fils fut grand escuyer.

Claude Gouffier, duc de Roannois, grand escuyer de France, premier gentilhomme de la Chambre, capitaine des cent gentilshommes, chevalier de Saint- Michel, etc., mort 1570, estoit fils du grand Maistre dcBoisy et d'Hélène, fille de Jacques d'Hangest, sieur de Genlis, chambellan du Roy, et de Jeanne de Mo'y, mariée 1499, et morte 1537.

Il fut capitaine de Chinon et d'Amboise à la mort de son père et bailly de Vermandois, puis capitaine des cent gentilshommes de la Maison du Roy par la mort de Louis de Clèves en 1545 ; premier gentilhomme de la Chambre du Roy, chevalier de Saint-Michel comme son père et son oncle, grand escuyer de France par la mort du célèbre Galliot de Genoùillac sieur d'Acier qui csloit

I. Jacqueline, dame de Jonvelie, fille de Georges de la Trémoille et de Magdeleine d'Azay, mariée à Saint- Denis en France, 13 janvier 1526. M. de la Trémoille son oncle figura beaucoup, espousa une Bourbon-Montpensier puis une Borgia, et fut tué à la bataille de Pavie.

Jacqueline estoit aiissy niepce du cardinal de la Trémoille. Cela n'empescha pas qu'elle ne fust arrestée par ordre d'Henry II, 1544, et enfermée au chastcau de Chinon, apparemment à la'prière de son mary, et y mourut.

IL Françoise de Brosse, ditte de Bretagne, sœur de père du duc d'Estampes et seule fille de Jeanne de Compeys, dilte de Gruffi, dont elle eut tous les biens. Mariée au Louvre, 13 décembre 1545.

Morte en couches au chasteau d'Oiron, 26 novembre 1558i

iQ6 DUCHÉS VÉUIFIÉS ESTEINTS.

aussy grand maislre de Tartillerie. Enfin M. de Roannois fut duc, et en 1568 capitaine de cinquante lances quoyque vieux et comblé d'honneurs et de charges.

Il servit François I, Henry II, FrançoisII et Charles IX en plusieures expéditions de guerre, fut prisonnier à la bataille dePavie, servit utilement en Champagne comme lieutenanl du duc d'Orléans

gouverneur en 1544.

Il achepla Chinon du Roy

et fit ériger pour luy Maule-

vrier en comté, Boisy en marquisat, et plus heureux que

son père, Roannois en duché

et enregistré par une seconde

érection qu'il obtint, mais

non en pairie comme la première qui ne fut point en-

regislrée. Il se maria sans

cesse et mourut en 1570 à

Villcrs-Colterels. Sa charge

de grand cscuycr fut donnée

au comte de Charny, fils de

l'admiralChabotoudeBrion.

Ce duc de Roannois eut

une sœur unique et point de

frères. Ou ne compte pas

III. Marie, fille de Jean de Gaignon, sieur de Saint-Bohaire, et de Margueritte Chastaîgner , mariée au chasteau de Blois 25 juin 1559; morte 1565.

lY. Claude, vefve de Louis Burgensis, premier médecin du Roy, fille de Guillaume de Beaune, sieur de Semblcnçay , et de Bonne Cottereau ; mariée 16 janvier 1567. Elle mourut sans enfans, assés tost pour laisser le temps à son mary de se remarier encore.

On la dit une des dames de la Reine, Mère aparamenl, car en 156711 n'yen avoit point d'autre, llyavoil donc alors différentes sortes de dames et de places auprès de la Reine. On y estoit beaucoup plus délicat qu'aujourd'huy, où la vefve d'un premier médecin ne songeroi t pas à l'estre telles qu'elles sont de ce temps cy. Elle estoit petitte fille de Jacques de Beaune baron de Semblançay, célèbre par sa vertu et par sa fin tragique, sur-

ROANNOIS. CLAUDE GODFFIER.

une religieuse de Fontevrauld. La sœur mariée espousa : l"" en 1517 Louis de Vendosme, vidame de Chartres, dont elle devint vefve dix ans après ; 2"" François de Clermont seigneur de Traves en 1527, septembre, qui estoit maistre d^hostcl du Roy et vice admirai de France.

Du premier lit une fille unique qui avoit nom Claude et qui espousa, 15 février 1549, Léonor Chabot comte de Charny, fils de l'admirai Chabot ou de Brion, et qui fut grand escuyer de France :

on ajoute, à condition de quitter son nom et ses armes pour prendre celles de Gouffier. La clause eust esté bien eslrange ; au moins si elle a esté, elle n'a eu aucune exécution.

Du second lit, trois fils.

L'aisné duc après luy; le second mort sans postérité ; le troisième, chef de la branche de Caravas.

Du troisième, six fils tous morts sans avoir figuré ny pris d'alliance.

intendant des finances de François I qui l'appelloit son père, et que sa cruelle mère sacrifia avec l'Estnt à son ambition pour son frère bastard. Cette Claude estoit sœur du célèbre archevesque de Bourges qui donna l'absolution à Saint-Denis à Henry IV. 11 en sera parlé plus au long à la fin de ce tiltre.

V. Antoinette, vefve: 1" de René le Porc de la Porte, baron de Vezins en Anjou; 2<> de Claude de la Trémoille, baron de Noirmoustier, et fille de Jean de la Tour, baron de la Tour-Landry, morte 1585. On la dit dame d'honneur de Catherine de Médicis. Il est plus certain qu'elle n'eut point d'enfans du duc de Roannpis.

La branche de Caravas subsiste dans la quatrième génération. Elle n'a eu ny illustration en emplois, ny grands biens, ny alliances que très communes. Le petit fils du chef de cette branche estant cornette des chevaux légers de M. le Prince le lié-

DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.

Du quatrième et du cinquième lit, point d'enfans.

ros et engagé avec luy en Flandres» y espousa, 1656, Elizabelh, fille de Guillaume de....

Gilbert, duc de Roànnois, chevalier de Saint - Michel, 1 560 , capitaine de cinquante lances, 1568, survivant de son père au gouvernement et capitainerie d'Amboise, mort 16 octobre 1582 en son chasteau d'Oiron, à vingt huit ans.

Jeanne de Cossé, dame de Gonnor, fille du mareschal de Gonnor, chevalier du Saint-Esprit, surinfendant des finances, gouverneur d'Anjou, frère cadet du célèbre mareschal de Brissac de Piedmont, et de Françoise du Bouchet.

Mariée, 1572 ; remariée, 1592, à Antoine de Silly chevalier du Saint-Esprit, comte de la Rochepot, puisné du comte de la Rocheguyon. Elle estoit sœur de la duchesse et admirale de Damville-Montmorency, et de la première femme de Jacques de THospital, chevalier de Saint-Louis, marquis de Choisy, séneschal et gouverneur d'Auvergne.

Poictoa.

Mort 1612.

Louis, duc de Roannois, servit à la guerre avec distinction.

Obtint, 1612, l'érection de son duché en pairie qui ne fut point enregistrée. Fut nommé chevalier du Saint- Esprit, fit ses preuves 1616,

Claude Éléonor, fille de Charles I de Lorraine, duc d'Elbœuf et de Margueritte Chabot de Charny, fille du grand escuyer.

Mariée 6 juillet 1600.

Morte premier juillet 1654, à soixante deux ans.

ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIER. 101>

Elle estoit sœur du second duc d'Elbœuf et du célèbre comte d'Harcourt grand escuyer de France, père du comte d'Armagnac et chef de cette branche.

et toutesfois ne le fut jamais.

II avoit esté soubçonné dès 1608 d'avoir fait quelques assemblées en Anjou contre TEstat. Longtemps depuis il fut accusé d'avoir voulu introduire le prince de Condé dans Poictiers dont il estoit gouverneur et de la province, et pour ce condamné à estre décapité en effigie et ses biens confisqués, 15 octobre 1651 ; puis cela s'acommoda. Mort en son chasteau d'Oiron 16 décembre 1642 à soixante deux ans. Il avoit esté entraisné contre l'Estat par la famille de sa femme. [D'où sont issus :]

La marquise d'Argenton- Chastillon.

Le comte de Gonnor qui espousa, 1645, la fille de Gabriel d'Absac, marquis de la Douze, mourut 1671 et laissa deux fils. L'aisné ne laissa point d'enfans d'une Gassion ; le cadet, connu sous le nom de chevalier de Roannois, ne s'est point marié et vit encore lieutenant général des galères et commandant du port de Marseille. Il n'y a jamais eu qu'un unique lieutenant général des galères jusqu'à la Régence dernière. Cette charge estoit vénale et remplie par le marquis de Royè et son fils en survivance. Le chevalier de Rancé s'estoit distingué dans ce service, estoit premier chef d'escadre et commandant du port de Marseille, extrêmement vieux, mais la teste et la santé entières. Il estoit de plus frère de feu M. l'abbé réformateur de la Trappe, dont le duc de Saint- Simon avoit esté intimement amy et pour la mémoire duquel il conservoit un attachement extresme. Il imagina de mettre son crédit à faire lieutenant général le chevalier de Rancé qu'il n'avoit jamais veu ny eu le moindre com-

merce, s'adjoignit l*ancien évesque de Troyes, fils de leur cousin germain, et ils l'obtinrent avec stipulation que ce seroit pour luy seul et sans tirer à conséquence. Après luy le chevalier de Roannois en a profité. Telle est l'origine de cette seconde charge qui n'est point vénale.

Henry, marquis de Boisy, tué à trente quatre ans au combat de Saint-lberquerque, 14 aoust 1659, du vivant de son père.

La première marcschale duchesse de la Feuillade.

Mariée, 9 avril 1667, morte 14 février 1683. Voir le tiltre de Roannois-Aubusson tome VI, page 376.

Anne Marie Hennequin de père et de mère, fille d'un président au grand Conseil.

Mariée, 4 fév. 1625. Morte à Oiron, 2 avril 1676. [D'où:]

L'abbesse de la Trinité de Caen, puis de Reaulieu, enfin d'Origny, retirée plusieures années à Port-Royal, où elle est morte 1703 à soixante dix sept ans.

Poictou.

Représenta le

comte

de Flandres.

Mort 1696.

Artus, duc de Roannois, fut après son père gouverneur de Poictou, et faute de Pairs il représenta au sacre de Louis XIV le comte de Flandres. Il prit un habit et des manières singulières, vescut dans une grande retraitte et dans un commerce intime avec MM. de Port-Royal dont rien ne le sépara jamais, et voulut s'unir à ceux qui pensèrent à une acquisition dans l'Amérique pour s'y aller stablir et à laquelle il dcvoit beaucoup fournir, et que la Cour rompit. Embrassa enfin Testât ecclésiastique sans néantmoins s'engager dans aucuns ordres, et passa sa vie dans une grande

ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIER. 201

piété, dans la solitude, dans l'estude cl dans Texercice de touttes sortes de bonnes œuvres, mais toujours avec une grande singularité. On a veu au tîltre de RoannoiS'Au* busson quelle estoit sa sœur, et comifne en la mariant il luy donna tout, et procura une érection nouvelle de son duché en s'en démettant en faveur de son beau frère le premier mareschal duc de la Feuillade, avec qui il ne conserva pas grand commerce et qu'il survescut de cinq ans et sa sœur de quinze. Il s'estoit presque tout à fait retiré à SaintJust près Méry sur Seine, et il y mourut fort aagé, 4 octobre 1696. Ainsy s'esteignit le premier duché de Roannois.

En cent ans, V générations ; IV ducs ; IV duchesses ; chevaliers de Saint-Michel 2 ; officier de la Couronne 1 ; ayant eu une grande fonction 1 ; gouverneurs de province 2 ; charges 2. Précédemment officiers de la Couronne 3; ambassadeurs, 4; emplois plusieurs; gouverneurs de province 2 ; cardinal 1 ; chevaliers de Saint** Michel 2.

De l'admirai de Bonivct sont sorties touttes les branches existantes de cette Maison, excepté celle de Caravas. Deux de ses fils s'élevèrent. L'un fut colonel général de l'infanlerie en Piedmont, et y mourut sans avoir esté marié, avec grande réputation, en 1556, devant Ulpian. L'autre obtint un brevet d'asseurance de la seconde place de mareschal de France qui vaqueroit et qui n'eut point d'exécution. Le fils de celui là fut général des Vénitiens. Il n'y a rien eu depuis que de fort ordinaire dans cette Maison, excepté quelques alliances distinguées meslées de beaucoup d'autres.

Il faut maintenant dire un mol de la représentation au sacre de Louis XIV du dernier duc de Roannois pour le

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comte de Flandres, et de sa démission qui procura Térection nouvelle de Roannois en faveur du mariage de sa sœur au premier mareschal de la Feuillade.

Pour commencer par le sacre de Louis XIV, il faut expliquer quels estoicnt les Ducs existants lors, ceux qui furent choisis pour y représenter les anciens pairs, et les raisons venues jusqu'à nous de la préférence.

Monsieur frère du Roy servit de duc de Bourgogne.

M. de Vendosme, de duc de Normandie.

M. d'Elbœuf, de duc de Guyenne.

M. de Caudale, de comte de Tolose.

M. de Roannois, de comte de Flandres.

M. de Bournonville, de comte de Champagne.

Le mareschal d'Estrées servit de Connestable, comme doyen des mareschaux de France.

M. Séguier, chancelier.

Le mareschal de Villeroy servit de grand maistrc.

Le duc de Joyeuse, grand chambellan.

Le cardinal Grimaldi servit de grand aumosnier.

Le comte de Vivonne, premier gentilhomme de la Chambre.

Sang royal.

Pairs et ducs existants lors de ce sacre, 1654.

Monsieur frère du Roy.

Monsieur oncle du Roy.

MM. les princes de Condé, Duc d'Anguyen, Prince de Conti.

Ducs de Guise, Uzès, Joyeuse,

Espemon,

Luxembourg,

Elbœuf,

ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIEU.

Rclz, beau père,

Ventadour,

Montbazon,

Vendosme,

Beaufort,

la Trémoille,

Sully,

Luynes,

Lesdiguières,

Brissac,

Schomberg,

Ducs vérifiés :

Chaulnes,

Richelieu,

Caudale,

Retz, gendre,

Saint-Simon,

la Rochefoucauld,

la Force,

Aiguillon,

Monaco,

Rohan, Ch.

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