‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 53 sur 58 · TRENTE CINQ ANS AUPARATEHT · texte numérisé non relu

TRENTE CINQ ANS AUPARATEHT

Claude de la Trémoille, baron de Noirmoustier, estoit le cinquiesme fils de François de la Tréraoille, vicomte de ThouarSy prisonnier à la bataille de Pavie et mort à Thouars 7 janvier 1541 ou 1542 à trente six ans et déjà personnage, et de Anne fille de Guy XY comte de Laval et de Charlotte d'Arragon, de laquelle la postérité de sa fille de la Trémoille a fondé ses prétensions sur le royaume de Naples et pris le vain tiltre de prince de Tarente. II estoit frère du premier duc de Thouars, de Georges tige de la branche de Royan et d'Olonne, de deux frères morts sans postérité, de la marquise de Mirepoix-Lévy et de la comtesse de Sancerre-Bueil, et d'une bastarde mariée à un Rouhaud.

Il espousa, février 1557, Antoinette de la Tour Landry fille du comte de Chasteauroux et d'une Chabot. Elle estoit déjà vefve de René le Porc de la Porte, baron de Vesins, et se remaria en troisiesmes nopces à Claude Gouffier, duc de

1. Le titre de la Trémoille, auquel renvoie Saint-Simon, n'existe pas dans ses manuscrits : il est à croire qu'il s'était proposé de l'écrire, mais n'en a pas eu le loisir.

Roannois, grand escuyer de France dont elle fut la cinquiesme femme. Elle n*eut de son second mary qu'un fils unique.

François de la Trémoille, premier marquis de Noirmousticr, érigé par Henry III 1584. Il servit dignement ce Roy et Henry lY contre la Ligue, et mourut en février 1608. Il avoit espousé, en 1584, Charlotte fille unique de Jacques de Reaune baron de Semblançay, vefve du sieur de Sauves secrétaire d'Estat. Elle est célèbre sous ces deux noms et il en est parlé tiltre de Roannois, page 225, où sa famille est expliquée à propos de la duchesse de Roannois et du célèbre archevesquc de Rourges puis de Sens, grand aumosnier, frère et sœur de son père. Us ne laissèrent encore qu'un fils unique.

Louis de la Trémoille, marquis de Noirmoustier, qui fut comme son père capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances. Il eut Tordre de Saint-Michel, la lieutenance au gouvernement de Poictou et un ordre pour comander dans Poictiers en absence des ducs de Sully et de Roannois. Mais il mourut à vingt sept ans en 1615. Il avoit espousé, en 1610, la fille de Vincent Rouhier sieur de Reaumarchais trésorier de l'Espargne et intendant de Tordre du Saint-Esprit, dont il ne laissa qu'un fils unique encore. La vefve se remaria au mareschal de Yitry.

Louis II de la Trémoille, marquis puis duc non vérifié de Noirmoustier. Il servit en presque touttes les guerres de son temps et commanda mesme en chef un corps séparé en Allemagne, fut mareschal de camp, lieutenant général au gouvernement d'Anjou et gouverneur du Mont Olympe, homme de beaucoup d'esprit et d'intrigue qui se mesla dans touttes celles de la minorité de Louis XIY, gi*and tenant des Frondeurs et un des principaux de la

cabale des Importants. Les mémoires du cardinal de Retz, de Joly, de Madame de Motteville et tous ceux de ces temps là en parlent souvent, et il en tira des lettres de Duc en 1650 qui ne furent jamais vérifiées. Content alors et voyant bien que le cardinal Mazzarin seroit toujours le maistre, il vescut en repos retiré au Mont Olympe où il receut la Cour, 1657, revenant du siège deMontmidy. Ses amis de cabale se plaignoient de luy. Il mourut à Chasteauvillain, 12 octobre 1666, à cinquante quatre ans, huit mois après sa mère, chés M. de Vitry duc à brevet son frère utérin. Il avoit espousé, en 1640, la fille unique de Jean Aubry maistre des requestes, morte à soixante un ans en 1679. Outre un second fils tué sans alliance au combat de Senef, 11 aoust 1674, et une fille morte enfant, ils laissèrent le duc de Noirmoustier cause de ce tiltre, le cardinal de la Trémoille, la princesse des Ursins, la marquise de Royan et la duchesse Lanti. On obmet deux fils tués jeunes sans alliance.

L'ordre voudroit qu'on parlast d'eux tous dans celuy qu'ils viennent d'estre nommés. Mais la célèbre princesse des Ursins ayant fait la fortune de ses frères, il seroit difficile de ne pas renverser l'ordre accoustumé pour suivre le plus historique.

Yolande Julie espousa, dernier décembre 1675, à Montmirel, François de la Trémoille, marquis de Royan, séneschal de Poictou et gouverneur de Poictiers, qui mena une ''^ de plaisirs assés obscure aussy bien que le comte û donne son frère, mary de la célèbre Madame d'Olonne sœur de la mareschale de la Ferté qui ne le fut pas moins tristement qu'elle. Ces deux frères finirent cette branche : l'aisné sans postérité à soixante ans en 1686, M. de Royan à cinquante deux en 1690, et madame de Royan trois ans

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après. Ils ne laissèrent qu'une fille unique dont sa fameuse tante prit soin et la maria avant son grand essor au duc de Chastillon, second fils du marcselial duc de Luxembourg. C'est la mère du duc de Cliaslillon d*aujourd'huy, et elle mourut jeune.

Louise Angélique espousa en novembre 1682 Antoine Lanti, dit la Rovèrc, duc romain. Ce fut sa sœur la première dame de Rome qui fit ce mariage pour la protection de la France, et qui luy valut en 1696 Tordre du Saint-Esprit. Il mourut à Rome d'où il n'estoil jamais sorti, 5 may 1716 ; sa femme estoit morle à Paris, 1698, où elle estoit venue pour un cancer, et laissa deux fils et une fille. Sa sœur devenue toutte puissante en Espagne y fit venir l'aisné et le mit dans les gardes du corps. Le comte de Priego luy faisoit fort la cour. C'estoit un asscs vieil homme, veuf, qui n'avoit qu'une fille unique et qui passoit pour fort riche, très singulier, retiré et esloignéde se remarier. Elle luy procura la Grandesse en mariant sa fille qui en devoit hériler à Lanti, son neveu, et la fit dame du Palais. Elle est morte depuis et n'a laissé qu'une fille. L'autre frère est ce jeune prélat romain qui vint apporter les langes bénits à Monseigneur le Dauphin et qui plut tant à nos dames et qui eut aussy tant de peine à s'en retourner. La fille fut mariée par le crédit de sa tante au duc d'Havrec qui en eut le régiment des gardes Walloncs et la Grandesse, et elle une place de dame du Palais, et qui furent chassés l'un et l'autre avec leur tante. Lanti fut plus heureux et est demeuré.

Anne Marie de la Trémoille-Noirmoustier qui a fait une si incroyable figure sous le nom de princesse des Ursins. Les histoires de son temps ne laissent pas ignorer une vie si singulièrement illustre et si liée avec les événements

350 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTËIirrS.

les plus grands et les plus intéressants de la première et principale partie du règne de Philippe V en Espagne. Ces courtes Nettes ne se proposent pas un champ si vaste, mais uniquement de faire connoistre les personnes et de curieuses miettes eschappées et qu'on ne peut guères espérer d'ailleurs, et qui touttesfois méritent d'estre conservées.

Elle espousa, 1659, Adrien Biaise de Talleyrand qui le premier s'appella prince de Chalais, mais sans rang ny distinction quelconque, et qui se trouva engagé dans ce fameux duel en 1666 avec MM", de la Frette et plusieurs autres qui y furent tués ou en furent perdus sans ressource. Chalais gaigna d'abord ses terres en Périgord, où ne se trouvant pas en seureté il s'en alla en Espagne et sa femme l'y suivit généreusement. Ce fut le beau commencement du roman de sa vie. En Espagne ils ne se trouvèrent pas bien. Ils passèrent en Italie, et en attendant qu'ils sceussent où s'attacher, la curiosité les conduisit à Rome. Ils y furent quelque temps à chercher. Le service de Venise parut quelque chose de mieux que rien. Chalais s'y voulut engager et mourut en chemin au village de Maestro près Venise, en 1670. Ce fut une estrange nouvelle pour sa femme qui estoit demeurée à Rome et qui y avoit fait beaucoup d'amis. Les cardinaux d'Estrées et Portocarrero estoient les principaux qui prirent grand soin d'elle. Accoustumée à ses amis et à la vie de Rome et deshabituée de la France où elle n'espéroit pas trouver grandes ressources, elle différa toujours son retour, passant cependant une vie agréable. Le duc de Bracciano, aisné de la Maison des Ursins et comme tel Grand d'Espagne et prince du Soglio à Rome, s'estoit attaché à la France. Il estoit le premier laïc de Rome concurrament par aage avec le

connestâble Colonne qui comme aisné dé cette Maison éstoit aussy Grand d'Espagne et le seul prince du Soglio à Rome avec le duc de Bracciano» égaux en tout et les premiers partout. Les Colonnes estoient attachés à l'Espagne malgré le mariage de la niepce du cardinal Mazzarin qui avoit fait bien des eschappées. On estoit donc bien aise de retenir le duc de Bracciano dans le genio francese^ et le cardinal d'Estrées qui en prit le prélexle, de s'appuyer de la Cour pour faire ce grand establissement à madame de Chalais, et il parvint à faire ce mariage en 1675, et la roesme année le duc de Bracciano receut l'ordre du Saint- Esprit. La nouvelle espouse estoit belle et jeune et elle ne l'ignoroit pas. C'estoit en touttes ses manières les grâces mesmes. Une noblesse, une politesse, une mesure dans cette politesse et un discernement qui charmoit encore davantage. Une singularité de langage, mais naturelle et coulant de source, une éloquence involontaire qui toucboit, et surtout une insinuation dont on ne se pouvoit défendre. Infiniment d'esprit et d'esprit assés supérieur pour en donner aux autres et ne jamais faire monstre du sien, et un talent rare de se i)roportionner aux autres. Tout estoit fleurs et parfums chés elle, tout attiroit naturellement à elle avec plus de grâces encore dans l'esprit que dans le corps, et la personne du monde la plus appliquée à ses veues, qui connoissoit son monde avec le plus de discernement pour en tirer party, et qui sçavoit choisir les siens avec le plus de justesse. Tant de charmes enchanteurs furent en elle d'un grand et continuel usage, mais ils n'estoient pas sans revers. La galan-* terie ne la trouva pas toujours inflexible : elle fut accusée de n'estre pas toujours vraye ny sans beaucoup d'artifices quand elle croyoit en avoir besoin, et quand elle fut sur

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