‹ Écrits inédits; (volume 2)Chapitre 14 sur 31 · II · texte numérisé non relu

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teste pur tous les l'airs non seulement avant qu'il ait mis l'autre couronne véritablement sur sa leste, mais qu'après encore, le temps de l'offerte arrivé, luy mesme oste sa couronne, et les Pairs luy portant l'autre sur la teste sans qu'elle y touche comme la première fois, ils le conduisent en cet estât au milieu d'eux précédés et suivis des officiers de In Couronne de son trosne à l'autel, et l'offrande présentée, de l'autel à son trosne où il reprend l'autre couronne sur sa teste, qu'il y garde toujours excepté au moment de l'élévation ; et le temps de la communion du célébrant venu, les Pairs l'environnent une troisième fois et le conduisent à l'autel, luy portant sa grande couronne au dessus de la teste nue, d'où après avoir communié, ils le ramènent à son trosne comme les deux précédentes fois: après quoy il remet l'autre couronne sur sa teste. Rien ne marque plus nettement que fait celte cérémonie qu'il y a des affaires importantes que le Roy fait tout seul, et d'autres si graves qu'il ne peut s'y passer de l'assistance et du concours des Pairs, dont l'autorité et la puissance n'est point consommée par l'acte du sacre, couronnement, proclamation, etc., et qui touttes ces choses achevées, et la teste royale pour ainsy dire accoustumée à porter immédiatement sa couronne, il se voit deux autres fois encore que reprenant l'usage de la grande, les Pairs la luy soustiennent tous sur la teste comme ils ont fait la première fois, et comme c'est leur fonction la plus inhérente, comme la plus principale de l'aider dans tout le cours de son règne à la porter par leurs conseils, et par le concours de leur pouvoir constitutif et législatif, à faire avec le Roy touttes les grandes sanctions qui sont jugées [nécessaires pour le général du Royaume. Et il ne faut point objecter que ce sont des interprétations spirituelles ; elles s'offrent telle-

ment d'elles mesmes par l'extérieur de la cérémonie, qu'il n'est réflection si médiocre qui ne les découvre du premier coup d'œil, dès là qu'on avouera de bonne foy qu'il n'y a jamais eu de cérémonie un peu considérable dont l'oeconomie extérieure n'aist esté fondée sur des choses qu'on a voulu leur faire exprimer et représenter, ce que les cérémonies mesme purement profanes, ce que celle cy n'est en aucune sorte, ont tiré et imité des cérémonies non seulement de nostre religion, mais de touttes les religions du monde qui ont eu des cérémonies. Ce sont de ces choses qu'il est inutile de faire effort à prouver parce qu'elles le sont d'elles mesmes et par l'usage constant de tous les temps et de touttes les nations, et par le consentement général de tout le monde. Or il y a un sens à rechercher dans les cérémonies du sacre de nos Rois, comme on n'en peut doutter par ce qui vient d'estre quoyque très légèrement dit. Il ne semblera pas possible d'y en trouver un autre que celuy qui vient d'estre présenté, pour peu qu'on fasse attention à ces cérémonies en elles mesmes, à leur continuité semblable depuis qu'on en a connoissance jusqu'au sacre du Roy, car celuy d'Henry IV n'y peut servir de lacune comme on s'en expliquera dans un moment, et surtout si dans un esprit de vérité et de bonne foy on combine Testât des Pairs monstre dans ce Mémoire, les mesmes en tout que les anciens grands feudataires, avec les fonctions qui leur sont propres au sacre de nos Rois. Cette cérémonie achevée, se termine par un festin solemnel dans lequel outre l'immédiat accompagnement du Roy par les Pairs dans la marche de l'église à son palais qui marque que nul ne doit estrc plus proche de luy qu'eux, et par cela mesme avec la prééminence, le conseil, et la communication continuelle, en de cerlaines choses essentielles.

deux choses doivent estre principalement remarquées. L'une que les seuls Pairs mangent non à sa table où il est seul par le respect deu au souverain dans son Estât Royal, mais si proches de luy, que c'est comme avec luy : et les seuls dans l'endroit de ce lieu qui puissent estre sous les yeux du Prince, et que ces trois tables sont servies de tous leurs services en mesme temps comme estant, touttes séparées qu'elles sont, indivisibles. L'autre que la grande couronne est sur la table mesme du Roy encore qu'il n'ait plus à s'en servir de toutle la cérémonie, et qu'il ait l'autre sur la teste, comme pour luy faire entendre qu'il ncn doit point perdre de veue le grand poids, ny du mesme coup d'œil cesser de considérer et de regarder ceux qui ayant seuls le droit de la luy imposer et delà luy soustenir sont aussy les seuls dont le conseil quand il en voudra user, et dont le pouvoir législatif et constitutif avec luy quand il en aura besoin pour les grandes sanctions du Royaume, le doivent servir et assister à supporter le poids de sa couronne. Quoyque la plus part des officiers de la Couronne mangent en mesme temps en un autre lieu reculé, il faut pourtant observer que ce sont ceux là dont les officiers n'ont point de fonction lors, et qu'anciennement hors le chancelier et le grand séneschal, tous en avoicnt durant le festin et y servoient comme encore le coneslablc le premier de tous, qui demeure debout l'espée royale nue au poing, la pointe en haut tant que le repas dure, le grand maistre qui sert sur table tous les services, etc., tandis que la fonction des Pairs est non d'estre debout et de servir, mais d'estre servis, assis et à table, chose qui marqu(; une différence extresme d'eux à ces grands officiers. On ne peut finir sans faire mention de leur habillemen comme royal, le bleu fourré d'hermine comme le Roy à la diffé-

lence des fleurs de lys et de la longueur de la queue, et des couronnes d'or sur leurs testes pour les laïques, les prélats ayant des mitres. Que si l'honneur de ces vcstements a esté en partie communiqué aux officiers de la Couronne, cela marque encore qu'avec toutte l'éminence de ces offices, ils ne peuvent les relever qu'en empruntant quelque chose de l'éclat extérieur des Pairs ; et si ce mesme habit a passé jusqu'au premier gentilliomme de la chambre en année depuis quelque temps, c'est que cet officier principal partage les fonctions du grand chambellan en cette occasion, parce que cet officier de la Couronne ne les peut remplir tout tes. Ce n'est point une issue que fournit l'esprit, c'est un fait certain qu'il revestle Roy de certains habillements qui sont de la charge du grand chambellan, et auxquels il ne peut aider parce qu'il est occupé alors à porter une des bannières de France. Et pour ne rien oubUer d'essentiel sur cette grande cérémonie, le Roy se déshabille enfin sans aucune assistance prescritte que de ses aumosniers, et quelquefois del'archevesquedcRheims pour luy oster ses gants, et recevoir sa chemise, dés qu'il les quitte, afin d'essuyer eux-mesmes les endroits de l'onction sacrée et de brusler la chemise et les gants qui en ont esté nécessairement oints, sans que ces choses passent entre deux par des mains profanes : ministère purement ecclésiastique, et qui monstre par l'opposition du grand appareil de son habillement à la façon toutte simple toutte libre, toutte en particulier, et sans la moindre cérémonie avec laquelle il quitte les ornements royaux, que la manière si auguste dont il les a receus. n'a esté que pour exprimer et signiffier tout ce qui luy esîoit conféré par là ; et conséquemment l'explication qui vient d'estre donnée des endroits principaux de tout le sacre et cou-

ronnement puisque tout luy demeurant pour sa vie et pour cela mesme rien ne pouvant estre figuré dans son dépouillement de ses ornements lorsqu'il les quitte, il s'en déshabille avec la mesme simplicité qu'il feroit s'il estoit vestu de ses habits ordinaires, excepté ce seul point qui regarde uniquement le respect particulier de l'onction, figure et marque bien essentielle qu'il ne peut jamais estre déposé.

Conclusion de la Après Une cxplication si effective des figures de cette

digression ^ ^ "

sur le sacre, cérémonie, il ne faut pas croire que le Royaume puisse estre regardé comme électif, quoyque quelques unes le tesmoignent. Elles monstrent ce qui estoit lorsqu'avant la fixation de la succession à l'aisné du Roy Robert, l'incertitude en demeuroit jusqu'après le choix fait et asseuré par le sacre ; et on peut juger si cette fixation qui a toujours eu force de loy depuis, et qui convenoit si fort à une Couronne successive dans la mesme race tant qu'elle subsistoit et d'ailleurs soumise à la loy salique, si dis-je celle fixation fut faille par ceux qui avoient droit de concourir au choix et de le faire reconnoistre par les fonctions du sacre, dans un temps où ceux là estoient si puissants par eux mesmes depuis leur accroissement sous les derniers fainéants de la seconde race, et par les concessions des usurpations des fiefs et des Provinces de leurs Gouvernements que Hugues Capet mis par eux sur le trosne leur avoit failles. Hugues Capet dis-je, père de Roberl et si proche du temps de cette fixation on faveur de l'aisné des fils de son fils et du mesme coup en faveur de tous les aisnés ensuitte; fixation mesme en dépit de la Reyne qui vouloit faire tomber la Couronne à un cadet, et fixation encore qui pour estre encore plus consolidée eut besoin longtemps durant de la continuation de cet usage du temps précédent

des Rois qui faisoient sacrer leurs fils et successeurs de leur vivant, et qui le firent plusieurs fois de suitte depuis le fils de Robert. Que si après qu'il n'y eut plus de choix à faire, et que la succession demeura liée à l'aisnesse, les mesmes cérémonies figuratives d'élection subsistèrent, ce fut pour monstrer à qui l'élection effective appartenoit en cas d'extinction de la race régnante; c'est donc l'unique figure, on veut dire celle de l'élection et du choix qui ne subsiste plus pour la réalité habituelle mais seulement possible dans ce cas susdit de nécessité d'élection par extinction de race, et qui dès là que ce cas est possible n'a pas deu estre retranchée. Pour touttes les autres figures elles expriment des réalités effectives dont le tissu de ce Mémoire démonstre qu'il n'est pas possible de doutter jusqu'à l'establissement des Parlements fixes et sédentaires, qui est le terme jusqu'où il a esté conduit, et d'où il va estre continué. Mais il faut dire un mot sur le sacre d'Henry FV.

Deux seuls mots font voir qu'il ne s'en peut tirer aucune sacre d-nemyiv

^ justifié.

conséquence valide contre tout ce qui vient d'estre exposé. Il est l'unique qui diffère de tous les autres, et un seul ■contre tant d'autres ne peut former qu'une exception confirmative, bien loin d'infirmer ; d'ailleurs la nécessité si fort indispensable de le sacrer dans la conjoncture d'alors trop connue pour s'y arrester, et l'impossibilité égale de le sacrer comme ses prédécesseurs également notoire, est une excuse trop légitime : et après cela on ne peut disconvenir qu'en tout ce qui fut possible, on prit un soin extresme de conserver tout ce qu'il se put des autres sacres, et de leur faire ressembler ce qui ne put pas en estre une imitation parfaitte, tout autant qu'il fut en la puissance de le faire. Le sacre suivant et le dernier ont réparé cette lacune uni-

•i:,'! MÉMOIRE

que et forcée par leur entière conformité à tous les autres, après quoy on croit pouvoir se dispenser de s'arrester icy davantage, puisqu'il n'y eut mesme de changement qu'à l'huile de l'onction, au lieu de Chartres pour celuy de Rheims, et au supplément forcé des Pairs en trop petit nombre.

GoiKiusion con- Quc SI le sacrc a passé longtemps pour une cérémonie digression coustitutive du Rov ct saus laquelle il n'y avoit point de ^pfoTs!^ ^^ Roy ou du moins de Roy en estât d'en faire les fonctions, et que les choses ne sont plus considérées de mesme, c'est (ju'une sorte d'élection ayant eu lieu en la manière qu'il a esté dit, et n'estant asseurée que par le sacre, ilestoitvray alors que c'estoit le sacre qui constituoit le Roy, et lui estoit causa sine quâ non. Depuis que toutte élection a esté abolie par la succession fixée à l'aisné, les Rois ont longtemps consolidé cette fixation par la continuation de l'usage de faire sacrer leur fils de leur vivant : ce qui a conservé à cette cérémonie dans l'opinion, l'ancienne puissance ((ue d'effet elle avoit eue autrefois, ce qui est inséparable du pouvoir des Pairs seuLs constituants en ce grand acte. Enfin l'évidence qu'un Roy devenu tel à filtre successif ne peut tirer d'ailleurs sa dignité comme son droit, ayant démonstré que le sacre n'ajoutoit rien à son existence, les Rois n'ont pas laissé d'estre soigneux de liaster cette cérémonie le plustost qu'il leur a esté possible après leur avènement à la Couî oiine. par respect pour les anciennes idées: et dans ce mesme esprit ceux des Rois qui ont pris le plus de soin de reigier ce qui regardoit l'éclat de leur successeur et de leur Royaume après eux , tels entre autres que Charles V si justement surnommé le Sage, et Charles VI, ont tous bien nettement et expressément remémoré que leurs enfans mineurs estoient Rois à l'instant de la mort

SUR LA REiNONCIATION. 253

des pères, et que leur sacre ne fust pas différé : joignant l'un à l'autre, tant cette grande idée du sacre estoit encore vive alors, puisque par cette double précaution si marquée ils monstroient leurs craintes de quelque chicane fondée sur ce que ces enfans n'avoient pas encore esté sacrés, et leur inquiettude pour qu'ils le fussent le plus promptement qu'il se pourroit. Mais quelque vray qu'il ait esté de droit depuis la fixation de la succession à l'aisné, et d'effet comme dans Charles VII et Henry IV en- Ir'autres que les troubles de leur temps ont nécessité à différer leur sacre, quelque vray dis-je qu'il soit que cette cérémonie ne fasse point un Roy de France où le mort saisit le vif, les cérémonies qui en celles du sacre marquent l'élection y ont esté laissées pour les raisons qui en ont esté dittes, et aucune des autres n'a esté changée par les raisons de ce qu'elles signifient encore aujourd'huy : ce qui soustient également le pouvoir législatif et constitutif des Pairs, tel et par les mesmes principes qui en uni esté expliqués, et par les raisons qui s'en tirent d'une manière si simple ; et la conclusion qui s'en présente si naturellement à l'esprit, comme on a tasché de le monstrer dans cette digression si importante au sujet, mais qui maintenant suffisamment éclaircie, ne doit pas arrester davantage.

Passons maintenant aux autres Pairs qui n'estant point Dignité de i-aii du nombre des douze anciens, ont esté faits tels depuis pareille et aussy par l'érection de leurs Duchés ou Comtés en Pairies, et danTTous^es voyons si quant à cette dignité et à tout ce qui la forme ^''q^e dTns^'feT^' et l'accompagne, et au pouvoir législatif et constitutif dont nous l'avons vue revestue dans ces douze anciens Pairs, les Pairs postérieurs leur ont esté semblables. Pour peu qu'on veuille considérer avec quelqu'attention non prévenue

anciens Pairs.

23i MÉMOIRE

la chaisne de la mesnie Dignité, de la mesme forme de Gouvernement, du raesme pouvoir institutif et législatif des grands feudataires, conservée et continuée dans toutte son intégrité sous divers noms sous tant de Rois à travers tant de mutations de toutte espèce depuis l'establissement de la Monarchie, jusqu'à celuy des divers Parlements sédentaires, telle qu'elle est monstrée dans toutte la suilte de ce Mémoire, on trouvera sans doute les Pairs modernes tels en dignité, en pouvoir et en fonction de Pairie qu'ont esté les douze anciens, sans affoiblissement quelconque; et cela seul forme une preuve démonstrative de l'identité entière des modernes avec les anciens, puisqu'un usage constant de tant de siècles, fondé sur le mesme génie de fondation, de conservation et de gouvernement de la monarchie, toujours semblable à soy-mcsme, est de touttes les preuves la plus forte et la plus convaincante. Tout esprit suivi et raisonnable, et qui a assés de solidité pour juger des choses par leur propre nature et par leur fonds sans se laisser éblouir par l'extérieure disparité des anciens Pairs souverains de tant d'Estats, d'avec ceux qui de siècle en siècle leur ont succédé toujours moindres en puissance personnelle : qui enfin ne sont plus que des sujets et pour la pluspart des seigneurs, choses à la vérité si différentes en éclat et en espèce quant aux personnes, mais qui ne touche en rien la dignité, puisqu'il est exactement vray que ces anciens Pairs si puissants n'exerçoient aucune des fonctions de la Pairie en vertu de leur pouvoir extérieur et de leur souveraineté, mais uniquement à cause de leur dignité de Pair commune, ainsy que le pouvoir et les fonctions de cette Dignité et à eux, et aux Prélats Pairs dont quelques-uns n'estoient lors guère plus puissants d'ailleurs ny plus considérables

qu'on le voit aujoiircriiiiy, ny en naissance ny en biens personnels, ny de leurs sièges, ny en estendue de fiefs, ny en mouvance de vassaux, ny en autorité ecclésiastique, tous simples Évesques quant à ce, et un métropolitain unique et encore soumis à la Primatie de Lyon. Ces Pairs d'Église estoicnt à la vérité devenus tels sans érection comme ces premiers Laïques, par l'usurpation des grands fiefs que fit l'adresse des Ecclésiastiques dans des temps reculés de grossièreté et d'ignorance qui leur ouvroit la libéralité des puissances temporelles et qui les asservit tellement sous le joug de leur autorité, que tout trembloit sous elle comme si elle eust tenu les clefs du ciel ; qu'il luy eust esté donné d'ouvrir et de fermer la vie Eternelle, pour toutte cause et pour tout interest, et que leurs jugements eussent esté à cet égard irrévocables. Les histoires sont pleines des abus énormes et maintenant incroyables, qui sortirent de ces sources d'adresse et d'ambition d'une part et de stupidité de l'autre : qui en vinrent avec rapidité au point de dépouiller de touttes causes les plus profanes les tribunaux séculiers, pour en revestir les Tribunaux Ecclésiastiques qui à cette grossièreté durent leur origine et ce qui leur en est demeuré depuis. On ne peut reporter qu'à ces temps pleins d'obscurité et de ténèbres, l'establissement inconnu des six Éveschés en Pairies, qui restèrent dans cette dignité lorsque le bon sens estant revenu peu à peu aux Laïques, et qu'ils eurent appris à lire, et conséquemment à connoistre les choses, ils secouèrent la frayeur que leur grossièreté leur avoit inspirée; et bientost après revenus à €ux mesmes reprirent peu à peu de la puissance et de l'abondance ecclésiastique ce que leur stupidité s'estoit laissé oster. Alors les Prélats redevinrent dans un estât

supportable à eux et aux Laïques, et ces six Églises plus décorées que les autres, on ne peut dire comment, conservèrent à l'ombre de la Pairie, les honneurs et la puissance que les autres Églises perdirent, et nonobstant leur lenuité temporelle et leur égalité Ecclésiastique avec louttes les autres Églises, les Pasteurs de ces six demeurèrent seuls entre tous les autres , semblables aux six souverains Pairs, en rang, en puissance législative et constitutive, en fonctions, en un mot leurs compairs en tout, et leurs égaux parfaits en Dignité et en identité de choses ; marchant toultesfois après eux comme Normandie après Bourgogne, c'est-à-dire en ordre d'ancienneté establie entr'eux, mais en toutte égalité du reste, comme on voit aujourd'huy que par l'extinction des Pairies plus anciennes, celles de ces six sièges précèdent touttcs les autres Pairies à ce tiltre d'ancienneté ; et comme à la longue le siège de Paris, maintenant des dernières Pairies, et qui est précédé d'un grand nombre de Pairs sans difficulté, se trouvera enfin par leur extinction immédiatement après le siège de Noyon et précédant touttes Pairies Laïques parce qu'elles seront érigées plus nouvellement. Cet argument est donc solide pour monstrer que la disparité d'éclat personnel de la souveraineté, de la puissance, de la naissance des anciens Pairs d'avec ceux qui leur ont succédé dans la dignité de Pair jusqu'aujourd'huy, n'influe rien sur l'identité de la Pairie des païs de tous les temps avec eux, puisque les Pairs d'Église et dissemblables en ces mesmes choses avec six anciens Laïques d'autrefois, ne laissoient pour cela de leur estre en effet semblables, pareils, égaux, et leurs compairs en tout, ce qui marque de plus que la dignité de Pair estoit telle que par son seul poids elle égaloit celuy de la

naissance la plus auguste, et de la souveraineté la plus puissante et la plus reconnue,

C'est sans doutte ce qui fit que les premières érections Paiis sont do ne

ccssi té

ne tombèrent que sur les plus nobles et plus vastes fiefs indispensables ei

pour les personnages les plus illustres en naissance et en adminîslr.tioii

puissance; mais en cela mesme se continue la preuve de ^"I^°p"'"''-

l'idenlité de ces Pairs d'érection avec les anciens non

érigés, puisque ces érections eslant touttes causées, on y

voit ce que les Rois pensoient alors des Pairies et des

Pairs ; rien de plus grand ny qui marquast une opinion

moindre que celle qui se peut inférer de tout ce qui se

voit en ce Mémoire, et il en faudroit faiie un nouveau de

la grosseur d'un juste volume que la promptitude et la

breveté que nous nous sommes proposées ne nous permet

pas, si on vouloit exposer touttes les expressions différentes

dont touttes les érections sont remplies, touttes plus

majestueuses les unes que les autres, et les plus nettement

déclarantes les mesmes sentiments des Pairies et des Pairs,

et singulièrement pour tenir lieu des anciennes esteintos

aux mesmes honneurs, privilèges etc. C'est ainsi qu'en

1297 l'Anjou fut érigé en Pairie à cause de la diminution

des anciennes qui défiguroit r Estât par Charles V

dit le Sage en faveur de Jean son frère depuis Duc de Berry parce que les Rois de France pour la conservation de Vhonneur de leur Couronne, conseil et aide de la chose publique (non simplement des Rois) ont institué leurs douze Pairs qui assistent aux dits Rois, et es hauts conseils, ce qui est icy séparé comme deux choses différentes, et qui par cette séparation d'assistants des Rois, et d'assistance es hauts conseils, marque bien nettement leur double fonction de conseiller le Roy, et d'avoir avec luv puissance législative et constitutive pour aider la chose

publique comme il est dit plus haut, d'autant que le service militaire est exprimé ensuitte séparément. D'Évreux par Philippe le Long en 1516 que les Pairs sont Juges des plus grandes affaires du Royaume ce qui est générique et non spécial comme s'il y avoit des plus grands fiefs ou vassaux, et ne se peut entendre que des affaires qui concernent la totalité de l'Estat, comme sont les sanctions qui le regardent ; à quoy il faut ajouter cette remarque de la qualification, non de conseillers, mais de Juges, c'està-dire en ce genre, la puissance législative et constitutive sur le royaume et dans iceluy par ces termes les plus grandes affaires.

On finiroit aussy peu, si on recherchoit dans les autres actes eschappés aux ténèbres et à la négligence de l'antiquité et aux malheurs des dissipations d'archives qui arrivent par les guerres et les troubles, les autres expressions sur leg Pairies et les Pairs, qui donnent d'eux la mesme idée; il existe encore une Épitre de Philippe le Bel de 1306 au Pape, par laquelle il le prie de remettre à leur prochaine entreveue le choix d'un sujet pour remplir le siège de Laon duquel il parle en ces termes : « Laudunensi Ecclesiœ quam licet in facultatibus tenuem, intra cœteras Regni nostri utpote Paritate seu Paragio Regni ejusdem dotatam excellentia, nobilissimam reputamus, ejusque

honorera nostrumet Regni nostri propriam arbitramur

personam prœfici cupientes quœ honoris Regni zelatrix existât, et per quam prœfata Ecclesia debitis proficiat incrementis, urgente causa rationabili Sanct. Ap. attenlis prœcibus supplicamus.... per quam etiam sicut nobis et statui Regni nostri expedire conspicimus, regimen ipsius Paritatis seu Paragii quod est honoris Regii pars non modica, poterit in melius argumentari.. ». Ces paroles et

séparées et dans leur tissu sont si expresses*, qu'elles n'ont aucun besoin de commentaire ; il n'y a pas un seul mot qui ne porte, et ce seroit affoiblir ce texte si remarquable que de l'expliquer. On y voit tout à la fois exprimée la petitesse et plus que la médiocrité de ce siège si on en excepte la Pairie, et en mesme temps Vexcellence de cette Dignité qui rend cette Eglise la plus noble et la plus excellente de touttes, dont l'honneur est réputé V honneur du Roy et du Royaume desquels il est partie principale, et dont V augmentation du temporel est considérée comme important à VEstat et au Roy qui supplie le Pape à cet effet par des prières attentives et qui juge le choix d'un Pasteur à cette Eglise d'une conséquence si pressante pour luy et pour la Couronne dont VEvesché de Laon comme Duché Pairie est par deux fois nommé appannage. Rien donc de plus exprès pour prouver de plus en plus la vérité qui vient d'estre avancée, que la comparaison des Pairs Ecclésiastiques a si justement appuyée, et dont nous ne ferons point de reditle ; scavoir l'identité de Dignité et de pouvoir constitutif et législatif etc. des Pairs anciens et des modernes, et conséquemment la futilité de leur disparité par celle de la naissance, de la souveraineté, et de la puissance terrienne de ces anciens Pairs d'avec la naissance et Testât personnel des Pairs modernes, puisqu'encore que cette lettre soit postérieure à diverses érections, ces érections touttes faittes en laveur de fiefs et de personnages en tout très semblables aux anciens Pairs, je dis pour la naissance et pour le Domaine, laissoient entière la raison de disparité personnelle d'avec l'Evesque et l'Évesché de Laon si nettement exprimée dans cette lettre, ainsy que la grandeur de sa dignité de Pair et de Pairie, (ju'il semble que cette pièce se soit conservée

exprès comme un monument autentique et complet de la vérité que nous soustenons. En ce mesme sens le Procureur général du Roy fît les 19 et 20 février 1410 proposer en la cause des Archevesque et Archidiacre de Rhcims, suivant l'ancienne comparaison de Saint-Louis, que les Pairs furent créés pour souslenir laCoiironne comme les Electeurs pour soustenir VEmpire. par quoy on ne doit souffrir quun Pair soit excommunié pour ce que Ion a à converser avec luij pour les Conseils du Rojj qui le devroit nourrir s'il n'avoit de quoy vivre ; si est-ce la différence grande entre les dits Pairs et les Electeurs de VEmpire qui font VEmpereur, et les dits Pairs ne font le Roy lequel vient de lignée et plus proche degré. Rien ne déclare plus énergiquement le pouvoir législatif et constitutif des Pairs, et ce en la personne d'un Pair non souverain ny puissant de soy, et de naissance incertaine puisque c'est un Pair Prélat, que cette comparaison si précise et renouvellée de Saint-Louis, en qui elle se trouve pareille, avec les Électeurs de l'Empire, puisqu'il n'est pas doutteux que l'Empereur ne peut rien faire passer en luy et en sanction pour l'Empire, sans le concours de la puissance législative et constitutive des Electeurs avec la sienne. Et de peur que la disparité de la faculté élective qui est en eux, et qui n'est point dans les Pairs, ne diminue la force de cette comparaison, cette différence est aussytost après énoncée et comme n'énervant point la comparaison, et comme pour oster tout prétexte de l'affoiblir en alléguant cette disparité si elle avoit esté obmise ; rien encore de plus fort que ce qui est dit sur l'excommunication en ces temps si redouttéc, et qui ne portant que sur un Conseiller des Rois ad nutum n'eust jamais semblé porter à faux, puisqu'il n'y auroit eu qu'à luy en substituer un autre;

au lieu que par le raisonnement si clair là-dessus de ce passage, il saute aux yeux que le Pair est tellement nécessaire pour sa Dignité dans le conseil des Rois, et non par leur simple choix personnel à volonté générale, qu'il n'est pas possible que les affaires ne passent par luy ; et par cela mesme tellement impossible de s'abstenir de son commerce que l'excommunication mesme n'en exemptant pas, chose pourtant alors si sensible et si révérée, il en doit résulter qu'elle ne doit pas tomber sur eux, et qu'il ne le faut pas souffrir; il paroist encore de cet endroit que le Pair qui y est ainsy génériquement nommé et dans un temps où il y avoit desjà tant eu d'érections nouvelles, que le Pair dis-je, qui y est si fort relevé et par la comparaison des Électeurs, et piar estre dit devoir estre inexcommuniable est considéré comme tellement membre de la Couronne et si immédiat aux Rois, qu'ils lui dévoient la nourriture si elle leur manquoil d'ailleurs : ce qui avec tant de grandeur suppose et que les Pairs pouvoient estre susceptibles d'une telle indigence, et conséquemment que toulte leur grandeur si majestueusement énoncée en ce mesme passage, n'est en eux qu'à raison seule de leur dignité de Pair et non en aucune sorte à raison de la souveraineté ny de tous les autres attributs personnels estrangers à cette Dignité et qui seulement par accident s'unissoient en leurs personnes avec elle. Il ne faut pas aussy passer sous silence que s'il est prouvé plus hnut que les Pairs Ecclésiastiques ont esté en tout pareils, égaux, et compairs des six anciens Pairs Laïques si noJjles, si puissants et si souverains, ces mesmes Pairs Ecclésiastiques ont esté de mesme en tout pareils, égaux, et compairs des Pairs érigés depuis, comme on le voit icy du nom de Pair génériquement employé à propos d'un

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