II
adjugéo au der- postérité masculiiie au bout de six ans, c'est à dire en 1528,
nier par
les Pairs recon- et ne laissa qu'une sœur en puissance de prétendre à la
nus seuls . i t> n i
Juges de droit Louronnc par son mariage avec le Roy d Angleterre, touite l'Europe. Edouard II. Aussy n'y nianqua-t-elle pas, et Edouard qui dès la mort du Roy Louis X, frère aisné de sa femme, a voit contesté la Régence, durant la grossesse de la Reyne Clémence , à Philippe le Long le second de ses beauxfrères, et qui l'avoit perdue par le jugement des Pairs et des hauts Rarons, ne manqua pas de porter ses prétentions jusqu'à la Couronne mesme après la mort sans enfans du troisième et dernier des Rois ses beaux frères. Philippe de Valois, fils de Charles comte de Valois qui estoit frère de Philippe le Bel, père des trois derniers Rois et de la Reyne d'Angleterre, se présenta pour succéder à la Couronne de ses trois cousins germains, prétendant à filtre de plus prochain masle du sang, exclure la Reyne d'Angleterre, sa cousine germaine, quoy que sœur de ces trois Rois. Il estoit vray que la succession à la Couronne avoit toujours esté regardée comme appartenante aux masles exclusivement aux femelles, que dès les temps de choix sans égard à l'aisnesse ce principe de succession estoit receu , parce qu'il estoit fondé sur l'exclusion des femelles de la terre salique, qui a esté expliquée vers l'entrée de ce Mémoire ; et que bien que cette exclusion eust cessé peu à peu nonobstant la force de la Loy, celle à l'égard de la Couronne avoit subsisté dans l'opinion de tous les François bien que sans Loy autre que celle qui excluoit les femelles de la terre salique, et qui n'avoit plus lieu à cet égard. En effet il estoit bien juste que le fief des fiefs qui est la Couronne, eust des privilèges singuliers pour sa gloire et sa conservation, et pour celle de la Monarchie ; et l'exclusion des femelles en parut un si grand et si fort de celte nature
pour la Couronne et la Nation, et tellement dans son génie et l'esprit ancien de son gouvernement, que ce fut uniquement ce qui mit Philippe de Valois sur le trosne, mais la force des armes n'y eut aucune part ny la douce puissance des traittés. Le Roy et la Reyne d'Angleterre d'une part et Philippe de l'autre se soumirent à la décision des juges nés et naturels de la succession à la Couronne, de ceux, dis-je, que la majesté de leurs fiefs, et la suprématie de leurs offices investit du pouvoir législatif et constitutif du Royaume; en un mot les Pairs reconnus des deux parties, de toulte la Monarchie de toutte l'Europe pour juges uniques et compétents d'une si grande cause, prononcèrent sans que nulle puissance du dedans ou du dehors songoast à aucune autre chose qu'à les écouter avec respect et à suivre leur Jugement avec soumission; ils décidèrent donc en faveur de Philippe de Valois sans milieu et sans delay; l'Angleterre acquiesça, et le nouveau Monarque fut sacré et reconnu sans difficulté de ses sujets, de ses voisins et de ceux là mesme qui avec un droit si apparent luy contestoient la Couronne. Ce fait parle et prouve tant et tellement de soy mesme, qu'il ne s'y peut ajouster aucun raisonnement
Que si après cet acquiescement si marqué par le Roy d'Angleterre au jugement des Pairs, il voulut après un paisible et long intervalle en revenir par la force des armes, personne n'ignore qu'il y fut poussé et avec peine par le mesme Robert d'Artois, qui avoit tant contribué au jugement en faveur de Philippe de Valois, ny quelle fut la cause et les suittes d'une si cruelle félonie. Elle pensa perdrel'Estat, mais elle ne peut, par ce qu'elle causa, donner aucune atteinte au droit reconnu des Pairs, et la validité de leur Jugement à la soumission à iceluy des deux au-
gustes prétendants à la succession à la Couronne de France, enfin à l'acquiescement si marqué d'Edouard à sa condamnation et à la reconnoissance si notoire qu'en conséquence de ce Jugement il fît de Philippe de Valois comme Roy de France.
Loy de Taage de La troisième moustrc par un puissant contraste quelle
la Majorilé . . .
des Roys par est la différence de la puissance royale en matière de les Pairs sauctious du Royaumc, et des Loix revestues de touttes les "lesWciei-s ^ formes qui les rendent telles. Charles Y si légitimement '^'dijuirtenue"^ surnouimé le Sage, et si aimé et si respecté au dedans et pour uréTOcabie ^^^ dcliors, et qui durant sa pénible Régence, pendant la jours observée, prison de SOU père, le Roy Jean, et la désolation qui suivit la bataille de Poitiers, fit éclatter une conduitte qui doune de l'admiration encore aujourd'huy, et qu'il soustint tout le long de son règne, jugea nécessaire de déterminer l'aage de la majorité des Rois et de reigler la Régence que ses intirmités et l'aage de son fils luy faisoient regarder comme inévitable. L'aage de la majorité qui n'avoit jamais esté fixé, et qui avoit esté doutteusement prolongé suivant la puissance et l'interest des partis au détriment du Royaume, parut à Charles V digne de toutte l'attention qu'il y pourroit donner; et plus les bornes qu'il crut devoir fixer aux Minorités futures luy parurent estranges, plus il estima indispensable de les faire passer en sanction pour n'avoir pas travaillé en vain et que sa Loy fust durable. Beaucoup de raisons qui seroient une disgression inutile à notre sujet, déterminèrent Charles V à fixer la fin de la Minorité et le commencement de la pleine Majorité à la quatorzième année, c'est-à-dire à donner la disposition totale de soy et des autres, en un mot tout ce qu'entraisne le pouvoir Royal entier et souverain dans les Monarques les plus aagés, de le donner, dis-je, en un aage si tendre
que les hommes ne s'y connoissent pas encore eux mesmcs et qu'ils sont sous la tutelle d'autruy, non seulement pour la gestion de leurs biens, mais pour la conduitte journalière de leurs personnes, beaucoup d'années au delà. Les Pairs, les hauts Barons et les Officiers de la Couronne ayant gousté les raisons de ce sage Roy, firent avec luy cette Loy sur la Majorité, usant de leur pouvoir législatif et constitutif pour faire avec le Roy les grandes sanctions du Royaume ; et quelque révoltante que deust sembler cette Loy à toutte une monarchie qui se voyoit soumise au caprice, et à l'imbécillité de l'enfance, et qui avec peu d'aptitude pour la multitude d'en comprendre les sages raisons, avoit lant d'interest de s'opposer et à cette Loy et à son usage. 11 est pourtant vray que le respect pour cette Loy rcvestue à la vérité des seules formes qui constituent les grandes sanctions en France, a esté tel que depuis le moment de sa promulgation jusqu'à aujourd'huy, il n'a pas esté question d'y donner la moindre atteinte, ny d'imaginer qu'elle en pust recevoir ; jusque là mesme que l'inlerest de Catherine de Médicis s'estant trouvé d'avancer la Majorité de son fils Charles IX, il fut déclaré tel fort peu après avoir atteint l'aage de treize ans accomplis, sous prétexte que ce nombre d'années estoit réputé celuy de quatorze ans dès là que la Loy de Charles V ne les avoit pas prescrits accomplis, et que cela passa ainsy que la déclaration de la Majorité de ce Prince au Parlement de Rouen pour le i-emarquer en passant ; ce qui n'est pas inutile à l'égard de ce que celuy de Paris a quelquefois voulu prétendre, et conséquemment ces premiers tribunaux, si on avoit à écrire sur cette matière ; mais il faut suivre la nostre.
Charles V qui n'ignoroit pas que depuis le Roy Robert
et la Loy qu'il en fît avec les Grands comme il a esté dit
en son lieu, l'aisné des fils du Roy estoit Roy par la mort
de son père, mais qui se souvenoit aussy de la grande
idée du sacre qui avoit engagé les sept premiers Rois de
sa Race à faire sacrer leurs fils de leur vivant, n'oublia
pas le temps du sacre dans ce qu'il prescrivit, et voulut
que cette cérémonie se fist tout le plus tost qu'il se pour-
roit aux jeunes Rois, lesquels il ne déclara point Rois
auparavant, ce qu'il faut bien observer, parce que la Loy
de Robert l'avoit fait avant luy et qu'ayant esté faitte
avec les formes qui rendent les grandes sanctions du
Royaume telles et à jamais durables, les mesmes que
furent celles dont le mesme Charles V revestit la Loy de
fixation d'aage de la Majorité des Rois, il ne déclara donc
point Rois les jeunes Rois avant leur sacre; mais il se
contenta de ramentevoir, et comme de faire souvenir
qu'ils l'estoient dès la mort de leurs pères, dans quelque
petit aage qu'ils se trouvassent, et qu'ils estoient tenus
et réputés pour tels; et c'est une remarque qui n'est pas
inutile pour monstrer que les Loix faittes avec les formes
qui les rendent telles se soustiennent d'elles mesmes, et
qu'il n'est plus question de les confirmer. Or ces formes
ne sont autres que l'intervention et le concours de ceux
qui seuls ont la puissance conslitutive et législative pour
faire avec le Roy les grandes sanctions de l'Estat.
Différence de la MaJs cc u'cstoit pas assés de pourvoir à la détermination
Lo^desMajoiUés ^^ l'^^ge dc la MajoHlé des Rois dans l'idée de Ciiailes Y,
fra^nurdil^ies- ^'^^ ^^ mcttoit aussy ordre au gouvernement du Royaume
toment de aprôs luv. Cc sagc PHnce se trouvoit suffisamment chargé
CharlesV reiglant r j O o
la Régence devant Dieu du compte de son administration, quelque
de son fils après
luy. judicieuse qu'elle parust aux yeux des hommes, pour ne vouloir pas porter encore à son jugement celuy des dé-
sordres dont il seroit responsable s'il négligeoit de les prévenir avant que sa mort leur donnast lieu. C'est ce qu'il fit par un des plus sages testaments que jamais un Roy pust faire, et dont on laisse icy aux historiens à rendre compte. Il reigla la Régence, il nomma un Conseil ; en un mot il n'oublia rien de tout ce que la prudence et la sagesse qui l'avoient toujours conduit, luy purent suggérer, pour laisser après luy son royaume heureux et paisible, et son fils en estât de le gouverner de mesme à son tour. Mais tout sage, tout clairvoyant qu'estoit Charles V, il n'estoit pas exempt des fautes ordinaires à l'humanité, et il eut trop de confiance en soy mesme et en la sagesse de ses dispositions qu'il ne crut pas pouvoir estre contestées, parce qu'il prit soin de les déclarer autentiquement, ny attaquées parce qu'il n'en imagina pas de meilleures possibles, moins encore renversées, dans l'idée de son autorité, dans sa famille et dans son Royaume et à tiltre de Roy et à tillre de père, et à tiltre de tout ce que sa sagesse et son bon gouvernement luy avoient acquis d'amour, d'estime et de soumission. Cependant de si sages dispositions ne subsistèrent pas un mois après sa mort; l'estime, la soumission, les promesses, la mémoire de tant de grandes choses qu'il avoit faittes, l'amour de sa personne si bien mérité, son autorité, tout disparut à la veue des inleresis différents, et le testament contenant la forme prescritte de la Régence, et de tout ce qui la regardoit, fut anéanti, €omme de nos jours en cas pareil celuy du feu Roy; tandis que la Loy sur la fixation de l'aage de la Majorité demeure entière et en vigueur parmi tant de partis et de troubles •qui n'osèrent jamais y attenter, et qui par le mépris du •testament et le respect de la Loy du mesme Prince, mons- Irèrent avec une unanimité ôclattante quelle est la diffé-
rencc d'une sanction qui a rcçeu toultes les formes qui la rendent telle, d'avec ce qui n'est pas une sanction de cette sorte; quelque fori, quelque juste, quelque royal, quelqn'auguste qu'il puisse estre d'ailleurs, comme les deux testaments de Charles V et de Louis Xlll, l'un le Sage, l'autre le Juste; tous deux si éclairés, si dignes de la vénération publique et constante, et dont les dernières volontés remplies des plus judicieuses dispositions, des plus concertées et des plus convenables à tous et au bien de l'Estat, déclarées par eux mesmes et unanimement et universellement applaudies, en sont des exemples bien singuliers et bien éclattants : comme si deux Monarques si admirables eussent esté réservés exprès pour le présenter de temps en temps à la postérité et pour servir jusque par là mesme de maistres à leurs successeurs dans tous les aages et dans tous les degrés d'élévation, de respect, de puissance et de gloire, d'estime et d'affection de leur nation pour eux. Appel d'Henn' IV, Si CCS trois faits historiqucs sont énergiques sur la de Navarre! aux matière quc uous traittous, celuy qui nous reste à proconteTtTs "d-Hen- duire Icur cst saus doutte supérieur encore en force à Estais Généraux ^^^^^ égards. Il cst d'uu Prince qui peut estre considéré Me la véri- comme Ic second fondateur de la Monarchie, le Movse de
fualion des Par- *'
lemens sur ga racc, l'IIcrcule de son siècle, le plus magnanime des
son droit de suc-
céder à la Rois dc CCS derniers temps, comme le plus heureux par
Couronne et son i • i i • -i i • i,
habileté la multitude des occasions terribles qui 1 ont mesure, et
apoi ei. ^^^^^ .j^ ^^^ toujours sorti plus glorieux. A ces tiltres qui
ne reconnoistra Henry IV le vainqueur de l'hydre de la
Ligue et le père immédiat de nos Rois, et qui ne se
rendra attentif à ce qu'on en va raconter?
Ce Prince éloigné de dix générations de père en fils et de plus de trois cents ans de saint Louis le premier Roy qu'il pust compter en remontant ses ancestres, se vit pourtant
le plus proche masle du sang des Rois à recueillir la Couronne si Henry III n'avoit point de garçons. Celle considération multiplia sur luy les embusches de ceux qui dès longtemps avoicnl résolu de monter sur le trosne, et qui ne se donnoienl la peine d'y régner en attendant qu'à ce dessein. Poisons, assassinats, enlèvements, conspirations et conjurations de touttes les sortes avortèrent continuellement contre luy à découvert et en cachettes. Guerres civiles et estrangères continuelles, factions, trahisons, accablements de partis, déluge de sang uniquement pour le perdre en cette journée qui noircira à jamais la Nation guidée par les funestes estrangers qui se vouloient faire place sous le masque de la Religion, et qui exterminèrent enfin presque toutte la Maison Royale dont Henry III fut la dernière victime ; c'est ce dont on est obligé de faire souvenir icy en trois mots, pour faire mieux entendre l'exactitude de touttes les mesures possibles prises pour écarter du Royaume un Prince qu'il fut manifeste enfin que Dieu avoit résolu d'y faire régner par sa main toutte puissante, et pour faire bien concevoir que rien n'y fut fait à demi de tout ce qu'il estoit en la puissance de la Ligue, de tout l'Esfal et du Roy en sa main de procurer et de faire. Rien n'ayant réussi du costé du crime, ny de celuy de l'accablement, il fut résolu en attendant des mesmes \oyes des succès plus asseurés, il fut, dis-je, résolu de lui ester au moins la succession à la Couronne ; c'est ce qui se fit autant qu'il se put par les moyens les plus célèbres et les plus autentiques. Le prétexte de l'hérésie et de sa rechutte dans l'hérésie après l'avoir abjurée une fois, de son estât de Chef des Huguenots, de l'excommunication du Pape, du danger pour la Religion sous un tel Prince s'il venoit à régner, tout cela fut déployé avec
force et avec adresse, et fut suivi de tout le succès qui s'en pouvoit attendre par les maistres de l'Estat et de la personne de son malheureux Roy.
Henry III déclara le Roy de Navarre inhabile à succéder à sa couronne, privé et exclu de sa succession, incapable de régner; les Estats Généraux prononcèrent une déclaration semblable avec le Roy, et séparément de luy ; les Parlements du Royaume rendirent tous des arrests solemnels en conformité. Tout luy dit solemnellement anathesme, et le Pape ravi d'une telle occasion de déployer sa puissance sans aucun risque, ajousta son autorité pour confirmer touttes les autres de la manière la plus éclatantte dont il put s'aviser. Tant de coups qui furent mesme redoublés avec touttes les formes les plus célèbres et les plus entassées, n'ébranlèrent point le grand courage d'Henry IV, encore simple Roy de Navarre; mais il comprit cfu'en ce nouveau genre si inouï de persécution il ne se pouvoit suffire à soy mesme, et que des Juges incompétents l'ayant condamné, leur puissance, leur nombre, le grand nom des Estats Généraux, le nom majestueux du Roy, celuy des Parlements, tout cela le mettoit en nécessité d'appeller d'eux comme incompétents, aux seuls Juges compétents en une telle cause, et il ne balança point de s'adresser à eux dans un cas si extraordinaire et si pressant.
Il en appella donc aux Pairs de France, et cet appel qu'il intcrjettoit, il le déclara partout dans le Royaume, il l'y rendit de notoriété publique après l'avoir fait sçavoir au Roy, aux Estais, aux Parlements; et pour que de tous ceux qui sans droit l'avoient osé proscrire, aucun n'ignorast son appel légitime devant des juges légitimes, et en ce cas les seuls légitimes, il fit afficher son appel aux
Pairs de France, dans Rome et jusqu'aux portes du Vatican. Sixte V si fier, si jaloux de sa puissance, si aisé à irriter, si difficile à opaiser, si cnyvré de l'autorité temporelle si favoritemcnt affectée par les Papes, mais en mesmc temps si sçavant en rcigles, en Loix, en usages, en genres de gouvernement des nations et en histoire, si habile et si supérieur par l'estcndue, la force et la beauté de son génie, Sixte V, dis-je, estonné du coup, n'osa ny le mépriser ny s'en plaindre. Son adresse luy suggéra un moyen généreux de sortir sans honte de Pembaras qu'il s'estoit préparé par la violence de ses démonstrations ; il loua l'appel d'Henry, il osa approuver sa conduitte, à la solidité de laquelle cet aveu si solemnel et si peu attendu du droit des Pairs et de la sagesse du vertueux proscrit, donna un nouvel éclat et une force inespérée. Toutte la Ligue froissée baissa la teste sous ce coup de massue de l'appel aux Pairs. Henry III se teut. Les Parlements se tinrent dans le silence et les Estais Généraux demeurèrent consternés. Nulle réplique de nulle part, nul moyen trouvé d'en faire à un appel qui ne pouvoit estre ignoré ny contesté; et dans cet embaras si impréveu, on ne pensa qu'à tascher de le laisser à coslé, en cessant les formalités commencées pour estouffer tout sous le bruit des armes, et les rendre sinon de droit au moins d'effet les seuls Juges de la cause. C'est ce qui fît en demeurer là •et la proscription et l'appel aux Pairs ; mais c'est ce qui suffit, et on ose avancer d'une manière bien triomphante pour achever de rendre complettes les preuves du pouvoir constitutif et législatif des Pairs pour les grandes sanctions de l'Estat, et pour juger de la Couronne depuis Pharamond jusque pour ainsy dire en nos jours; puisque nos pères ont pu voir Henry IV; puisqu'indépendamment
mcsme de l'intrinsèque de la dignité, des Pairs d'alors n'ont aucune dissemblance en rien de ceux d'aujourd'huy; puisque ce Prince opprimé par son Roy, par les Estais Généraux, par les Parlements, partout le Royaume occupé parla Ligue, opprimé par le Pape mesme venu au secours contre luy, a reclamé la puissance judiciaire, constitutive et législative des Pairs, et n'a réclamé qu'elle contre tant et de si grandes formes ; qu'il ne l'a réclamée que dans cette seule occasion, et que ny le Pape, ny le Roy, ny les Estais Généraux, ny les Parlements, ny qui que ce soit de la Ligue, ny de tout le Royaume, n'a osé se récrier contre, ny se plaindre de l'injure faille à leur incompétence, au milieu des formalités auxquelles ils Ycnoient de s'attacher pour anéantir ce Prince en l'excluant de la succession à la Couronne.
Objection sur Et qu'on n'obiectc pas que dans une situation si vio-
l'appel d'Henry IV ^ , ,
réfutée. leiitc, il réclamoit ce qu'il pouvoit, bon ou mauvais. Il s'est trouvé souventes fois en sa vie dans les plus pressantes angoisses, dont son affabilité d'une part, sa droiture et sa franchise et son bras de l'autre, l'ont eux seuls tiré sans qu'il ait eu la pensée d'avoir d'autre recours. Il n'a jamais réclamé personne qu'en cette seule occasion, parce qu'il n'a jamais esté attaqué par la voye des formes sur la succession à la Couronne qu'en cette seule occasion. Tant que ce n'a esté que menaces, qu'attentats, que libelles, que guerres, que crimes, que déclarations de bouche ou par écrit destituées de formes, il s'est aux méchantes voyes et aux crimes près, défendu par les mesmes moyens, c'est-à-dire par la guerre, par ses déclarations et par sa fermeté, par son bras, par son parti, par son courage ; mais ayant veu des formalités inouïes et aussy célèbres qu'illégitimes et incompétentes pour le
priver juridiquement de la Couronne, alors il a eu besoin d'opposer les formes aux formes, le vray au faux, le légitime à l'illégitime, le compétent à l'incompétent : il n'a pas voulu laisser fasciner les yeux aux François par de grands noms, par les noms les plus augustes et les plus vénérables, par les formes les plus éclatlantes ; il a chcrclié l'asyledu Tribunal unique, qui selon l'esprit, le génie, et l'usage de la nation et du gouvernement, fust légitime et compétent, pour la grande cause qui estoit mise sur le lapis, et à l'abri de son appel à ce Tribunal ancien et auguste, mettre son droit, et arrester l'esprit des François et les attentats de ses ennemis si formidables. Il ne tombera sous le sens de personne de judicieux, qu'llenry IV dans une exlresmilé pareille eust osé opposer au nom du Roy, des Estais Généraux, des Parlements soustenus de toutte la puissance de la Ligue, c'est-à-dire des trois quarts au moins de l'Estat, un Tribunal chimérique en l'air et ridicule, et par conséquent plus propre à découvrir l'cstat désespéré de ses affaires, puisqu'elles le réduisoient à l'appuy idéal d'un fantosme inconnu sur ce dont il s'agissoit, que capable de le protéger. C'eust esté pis que 'de se taire; et les justes idées qui sont demeurées de ce Prince si franc ne permettent pas de le soubçonner de n'avoir pas agi sérieusement en ce rencontre, c'est-à-dire de n'avoir pas eu luy mesme le sentiment de la puissance des Pairs telle que ce Mémoire la présente. De toutles les histoires qui font mention d'un acte si célèbre, c'est-àdire de touttes celles qui ont esté écrittes depuis, aucune ne le traitte dans le sens de l'objection, touttes au contraire y sont d'accord de l'opinion que nous soustenons. Il ne reste mesme rien d'Henry IV devenu Roy puissant et paisible, qui puisse induire en quoy que ce soit d'appro-
chant, et ne seroit-ce pas un estrange goust pour l'erreur que de vouloir s'obstiner à croire contre tout ce qui se voit de contemporains, contre tout ce qui est venu depuis, contre tout ce qui existe d'ilenry IV et de ses ennemis de tout genre; il faut ajouster contre tout bon sens, et contre tout raisonnement suivi, qu'une action si conforme à tout ce que nous présente la ciiaisne qui est monstrée en ce Mémoire, depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'en nos temps, ait esté peu sérieuse, c'est-à-dire non seulement inutile, mais infiniment nuisible à Henry IV, et dès là extravagante et honteuse au dernier point, en mesme temps qu'elle est publiquement louée par le grand, et on ajousteroit si on l'osoit, par le furieux Sixte Y, qui en estoit pourtant altaqué par une sorte d'affront en personne, et célébrée unanimement par tous ceux qui l'ont écritte, ou pour eux mesmes dans des Mémoires particuliers qui ont depuis veu le jour, ou pour la postérité dans les histoires. Revenons donc au bon sens, au sens naturel, au seul qui se présente de soy mesme, et qui porte tous les caractères de solidité et de vérité avec évidence.
Disons qu'Henry IV para le coup mortel porté à son droit de succéder, par un appel si juridique et si conforme au droit dont les Pairs sont de tout temps revestus et en possession d'effet et d'usage; et tellement reconnus en cette puissance, que c'estoit la seule voye par laquelle il pust sauver sa succession, et tellement la bonne et l'unique qu'elle sauva en effet son droit par ce seul acte, dont ceux qui avoienl entrepris de l'exclure de la succession à la Couronne par des formes éclattantes et d'une apparence si fort juridique, furent tellement étourdis, qu'ils en quittèrent prise aussy tost sur les formes; et que n'osant ny mépriser ny contester l'appel aux Pairs, comme il a esté
dit, ils laissèrent tout cela à costé par le silence, et ne songèrent plus qu'à en étouffer le bruit et poursuivre l'effet de leurs entreprises par les armes et les crimes, et touttes les autres voyes par lesquelles ils avoient jusqu'alors marché. Aussy peu valable seroit l'objection que le seul mépris a étouffé dans le Roy, les Estais Généraux, les Parlements et la Ligue, les réponses à l'appel aux Pairs d'Henry lY. La pluspart de ce qui vient d'estre dit sert aussy de réponse à cette objection, et il n'est pas croyable que les ennemis d'Henry IV et de sa naissance au droit de laquelle ils en vouloient si principalement, et de sa personne qu'ils avoient tant et tant offensée et poursuivie jusques par divers attentats à sa vie, fussent demeurés simplement muets sur l'appel aux Pairs, s'ils n'en avoient senti toutte la force, bien loin d'en mépriser la foiblesse qu'ils eussent au moins relevée d'une parole pour la marquer; et il l'est aussy peu qu'ils ne se fussent pas servis des grands et augustes noms qu'ils avoient fait servir de ministres dans les formes, et de ministres juridiques de leur passion autant qu'ils avoient pu l'estre pour relever un appel comme une attention ridicule à une autorité si majestueuse et si avant engagée, pour peu qu'ils eussent espéré de le pouvoir faire avec quelqu'autre succès que celuy de la violence.
Le nom sacré du Roy, le nom alors si haut élevé des Estais, celuy des Parlements qui ne cherchoient qu'à sortir de leur sphère contentieuse pour s'agrandir parmi ces troubles, se dévoient mesme une justice éclattante de l'affront éclatant qui leur esloit fait par un appel si injurieux à l'autorité exclusive de la Couronne qu'ils s'estoient arrogée; et il est receu parmi les hommes comme un axiome d'autant plus certain qu'il est fondé sur leur amour propre
et sur une générale expérience, que des coups signalés, quels qu'ils soient, demandent d'eslre repoussés, et qu'en ce cas, le silence n'est rien moins qu'une marque de mépris, mais bien d'impuissance réelle, solide et radicale, qui se cache de honte sous les voiles du silence. De tant de Ligueurs principaux en tout genre, de tant de courtisans ambitieux et vénaux, de tant de députés aux Estats Généraux des trois ordres, et de tant de membres des Parlements, ces deux corps si blessés d'un appel sem-. blable ; et l'on avance hardiment parce que rien n'imprime une playe plus profonde ny plus cuisante qu'un contredit éclattant à une entreprise éclatfante et nouvelle qui de degré à s'élever devient par ce contredit une occasion de chutte et de honte, de .tant de gens enfin qui ont écrit ou pour eux mesmes ou pour les autres, qu'il ne soit resté non pas de monument dont les plus grands ne seroient pas trop forts sur ce dont il s'agit, mais la plus petitte trace du mépris de l'appel aux Pairs ; et que parmi tant de gens si intéressés, le silence en soit demeuré unanime, c'est peut-estre de touttes les preuves la plus entière et la plus convaincante de la force de l'appe], de l'impression qu'il fit dans tout le Royaume, et parmi tout ce qui agissoit contre Henry IV; conséquemment de la juridicilé de l'appel, et tout à la fois du droit clair, incontesté, reconnu dans les Pairs de juger seuls du droit à la Couronne, ce qui devient encore bien plus palpable si on joint à cette preuve de silence celle qui se tire si naturellement de la mention qui en est faitte par tous ceux qui en ont écrit, et si enfin pour y ajousler comme en abrégé le sentiment de toutte l'Europe, on y joint le silence de l'Espagne, l'approbation du Pape si engagé au contraire, et les éloges de tous les souverains et Républiques qui s'in-
léressoient à la fortune, à l'oppression ou au mérite d'Henry IV.
Qu'il nous soit donc maintenant permis de tirer en Excuse sur cciie preuve du pouvoir déjuger de la Couronne et du pouvoir " ^""°"* constitutif et législatif dans les Pairs, l'appel célèbre interjette du Roy, des Estats Généraux, des enregistrements, des Parlements, aux Pnirs par Henry IV sur son droit de succéder à la Couronne, n'estant encore que Roy de Navare, dans un siècle si proche du nostre et aux malheurs civils près, en tout si semblable au nostre, et singulièrement sur Testât où se trouvoient la Pairie et les Pairs de ce temps-là, et ceux d'aujourd'huy ; mais plustost que la tyrannie de l'opinion, qui est la seule chose qu'ayent à combattre les vérités ignorées ou étouffées que la nécessité des malheurs de ce temps nous fait rechercher et produire aujourd'huy avec tant de suilte et de preuves, nous serve d'excuse, si nous nous sommes pour ainsy dire forgé des monstres pour les combattre en réfutant les objections que nous venons de faire sur l'appel du grand Henry aux Pairs, sans qu'elles ayent encore esté produittes par personne. Mais en des matières de cette sorte, il faut tascher de tout prévoir et de tout applanir, et respecter assés le général du monde pour adopter ce qui peut devenir de son esprit prévenu, quoy que non encore imaginé, mais possible à Testre par des exemples d'idées pareilles, affin d'essayer à prévenir ses objections les plus nouvelles et les plus dures, lorsqu'on faveur de la vérité et de la nécessité on veut essayer à le faire revenir des fausses opinions qu'il a prises, et qu'il s'est persuadées à force de temps et de négligence d'une manière à estre surpris qu'il puisse estre d'autres sentiments que ceux dont il s'est laissé séduire.