‹ Écrits inédits; (volume 2)Chapitre 25 sur 31 · ANNEXE N^ I · texte numérisé non relu

ANNEXE N^ I

(Voir page 50 ci-dessus)

LETTRES DE LÉGIiraATION DE CÉSAR DE VANDOSME

Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre : A tous présens et à venir, salut- Nous estimons pouvoir véritablement dire avoir autant' que nul de nos prédécesseurs, travaillé pour la conservation, le bien et le repos de cet Estât ; lequel de désolé qu'il estoit et proche d'une quasi inévitable ruine quand il est tombé entre nos mains, l'on a veu que Nous l'avons relevé, et par la grâce de Dieu tatitost restabli en son ancienne force et dignité, n'ayant à ce épargné non-seulement nostre labeur, mais nostre sang et nostre vie que Nous avons souvent prodigalement exposée aux occasions qui s'en sont offertes, tant que nulle espèce de peine et de péril ne nous a été inexpérimentée, et néantmoins avec tant de zèle et d'affection envers cette Couronne, que tout Nous a été facile et suportable : ce qui Nous a fait espérer que celte vertu et force sera héréditaire à tous les Nostres ; et tout ce qui proviendra de Nous naistra et croistra avec cette mesme intention envers cet Estât. C'est pourquoy, Nous avons d'autant plus désiré d'avoir lignée et en laisser après Nous à ce Royaume ; et puisque Dieu n'a pas encore permis que nous en ayons en légitime mariage pour estre la Reyne nostre espouse depuis dix ans séparée de Nous, Nous avons voulu, en attendant qu'il Nous veuille donner des enfans qui puissent légitimement succéder à cette Couronne, recher-

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cher d'en avoir d'ailleurs en quelque lieu digne et honorable, qui soient obligez d'y servir comme il s'en est veu d'autres de celte qualité, qui ont très bien mérité de cet Estât, et y ont fait de grands et notables services. Pour cette occasion, ayant reconnu les grandes grâces et perfections tant de l'esprit que du corps qui se trouvent en la personne de nostre chère et bien-amée la Dame Gabrielle d'Estrées, Nous l'avons puis quelques années recherchée à cet effet, comme le sujet que nous avons jugé et connu le plus digne de nostre amitié : ce que nous avons estimé pouvoir faire avec moins de scrupule et charge de conscience, que Nous sçavons que le mariage qu'elle avoit auparavant contracté avec le sieur de Liancourt estoit nul et sans avoir jamais eu aucun effet, comme il s'est justifié par le jugement de la séparation et nullité dudit mariage qui s'en est du depuis ensuivi ; et s'estant ladite dame, après nos longues poursuites, et ce que Nous y avons apporté de nostre autorité, condescendue à Nous obéir et complaire, et ayant plu à Dieu Nous donner puis naguères en elle un fils, quia jusqu'à présent porté le nom de César Monsieur, outre la charité naturelle et affection paternelle que Nous lui portons, tant pour estre extrait de Nous, que pour les singulières grâces que Dieu et la nature lui ont départies en sa première enfance, qui font espérer qu'elles lui augmenteront avec l'aage, et provenant de telle tige, qui produira un jour beaucoup de fruit à cet Estât, Nous avons résolu, en l'avouant et reconnoissant nostre Fils naturel, lui accorder et faire expédier nos lettres de Légitimation, cette grâce lui étant d'autant plus nécessaire que le deffaut en sa progéniture l'excluant de toute prétention en la succession non-seulement de cette Couronne , et de ce qui en dépend , mais aussi de celle de nostre Royaume de Navarre et de tous nos autres biens et revenus de nostre autre patrimoine, tant écheus que ceux qui pourront écheoir, il demeureroit en très mauvaise condition, s'il n'étoit par laditte Légitimation rendu capable de recevoir tous les dons et bienfaits qui lui se-

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ront faits tant par Nous que par autres, comme c'est Ijien nostre intention de lui en despartir autant qu'il en convient pour soustenir l'honneur et la dignité de la Maison dont il est issu. Pour ces causes, ayant sur ce que dessus eu l'avis des Princes de nostre Sang et autres Princes, des Officiers de la Couronne et autres des principaux de nostre Conseil, avons de certaine science, pleine puissance et autorité Pioyale avoué, dit et déclaré, avouons, disons et déclarons par ces Présentes signées de nostre main, ledit César nostre Fils naturel ; et iceluy légitimé, et légitimons, et de ce tiltre et honneur de légitimation décoré et décorons par cesdittes Présentes : Voulons et octroyons que dorénavant en tous actes et honneurs tant en jugement que hors, il soit tenu, censé et réputé légitime, et qu'il puisse quand il sera en aage, ou autre pour lui pendant sa minorité, acquérir en cestuy nostre Royaume tels hiens meubles et immeubles que bon lui semblera, et d'iceux ordonner et disposer, soit par Testament, Codicile et Ordonnance de dernière volonté, Donation faitte entre-vifs ou autrement, ainsi qu'il lui plaira; et qu'il puisse aussi appréhender et recueillir tous les dons, bienfaits et gratifications qui lui pourront estre faits par Nous et tous autres, dont Nous l'avons rendu et rendons capable par cesdittes Présentes ; ensemble de pouvoir tenir telles Charges, Estais, Dignitez et Offices, desquels il pourra tant par Nous que nos successeurs Rois estre honoré, l'ayant à ce habilité et dispensé, habilitons et dispensons par cesdittes Présentes . .

Si donnons en mandement à nostre Cour de Parlement et Chambre de nos Comptes à Paris, faire lire, publier et enregistrer lesdittes Présentes selon leur forme et teneur, etc.

Donné à Paris, au mois de Janvier, l'an de grâce mil cinq cens quatre-vingt-quinze et de nostre Régne le sixième.

Ainsi signe\ Henry.

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