‹ Écrits inédits; (volume 2)Chapitre 3 sur 31 · VI AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR

La minute du Mémoire sur la Renonciation ne se trouve pas au dépôt des affaires étrangères qui en possède trois copies. L'une de ces copies, classée aux Mss France, n" 52, est de la même main que celle du Parallèle; Saint-Simon l'avait fait faire pour son propre usage et elle figure sous le n° 155 dans l'inventaire des manuscrits trouvés dans sa bibliothèque après sa mort. Comme elle provenait du cabinet de Saint- Simon, nous l'avions fait transcrire de préférence aux deux autres en vue de l'impression. Malheureusement elle ne porte aucune trace indiquant qu'elle ait été revue par l'auteur; on y rencontre des fautes nombreuses et souvent fort grossières et même des transpositions d'alinéas qui accusent l'inintelligence du copiste et peut-être aussi les difficultés de transcription inusitées que présentait le manuscrit original.

Les deux autres copies sont classées parmi les manuscrits du dépôt relatifs à l'Espagne. L'une, qui est cotée sous le n" 145, nous semble avoir été faite sur celle dont nous venons de parler et reproduit en général les mêmes incorrections. On y remarque, écrites en marge au crayon, un certain nombre d'observations destinées à contredire quelques-unes des données historiques avancées par Saint-Simon

AVANT-PROI'OS DE L'ÉDITEUR. vu

OU à contester les inductions qu'il en tire. Nous n'aurions pas mentionné ces notes si nous n'avions cru y reconnaître l'écriture du duc de Ghoiseul. alors ministre des affaires étrangères.

L'autre copie, cotée sous le n" 142, a dû être faite sur la minute pour être communiquée par l'auteur soit aux princes du sang, les ducs de Berry et d'Orléans, éventuellement intéressés dans la question, soit aux ducs de Beauvillier et de Ghevreuse qui s'étaient chargés de la délicate mission de porter à la connaissance du Roi le système proposé par Saint- Simon'. Cette copie, dans laquelle deux ou trois passages, fort courts d'ailleurs, du texte primitif ont été supprimés, est d'une fort belle écriture, mais elle n'est guère moins incorrecte que les précédentes. Cependant comme les incorrections qu'elle présente ne s'attaquent pas aux mêmes passages, nous avons pu nous en aider pour rétablir en plus d'un endroit le texte de Saint-Simon : toutefois nous ne sommes pas certain d'y avoir complètement réussi, malgré tous les soins que nous avons apportés à cette tâche ingrate. Le sujet traité par Saint-Simon n'est certes

1. La table qui se (rouve dans les deux autres copies, ne figure pas dans celle-ci ; il est probable que Saint-Simon ne l'avait pas encore rédigée.

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pas sans importance et sans intérêt puisqu'il s'agissait de donner à l'Angleterre, quant à l'acceptation par Louis XIV de la Renonciation de Philippe V au trône de France, toutes les garanties qu'elle était en droit d'attendre et que dans les conjonctures si critiques où l'on se trouvait on ne pouvait lui refuser sans danger. Le sujet était donc un des plus dignes de l'attention d'un homme d'État ; Saint-Simon l'avait pris fort à cœur et il raconte tout au long dans ses Mémoires comment il fut appelé à le traiter, et dans quelles circonstances il s'acquitta de cette tâche.

La cour était alors à Fontainebleau et c'est là, dans des heures constamment rompues parles mille devoirs et les distractions du séjour royal que Saint-Simon, loin de ses livres, presque sans autre secours que celui de ses réflexions et de sa mémoire, composa la dissertation que nous publions aujourd'hui. Il dut regretter plus d'une fois, dans le cours de son travail, la solitude de son château de la Ferté, ou plutôt celle •qu'il avait su se réserver en plein palais de Versailles, dans cet arrière-cabinet éclairé seulement même pendant le jour par la lumière de la lampe ou des bougies, où il avait déjà esquissé les portraits de tant de personnages, les récits de tant d'événements ou

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d'anecdotes '. Placé à Fontainebleau dans des conditions peu favorables, obligé de travailler presque toujours la nuit comme à la dérobée, car le duc de Beauvillier était seul dans sa confidence, Saint-Simon termina le Mémoire sur la Renonciation avec une précipitation à laquelle il faut sans doute attribuer certaines obscurités de rédaction ; et la même hâte peut expliquer aussi les défectuosités que l'on rencontre dans les copies. Ce Mémoire présente en effet des phrases d'une longueur inusitée même chez Saint- Simon et qui nuit nécessairement à la clarté; il en est qui remplissent une page entière, et qu'il faut lire plus d'une fois pour les comprendre et suivre le raisonnement dans tous ses plis et replis à travers les espèces de parenthèses dont elles sont semées. Et malgré tout cependant la pensée de l'auteur se poursuit, avance et finit par apparaître au lecteur attentif: Mens agitât molem.

Il y a dans la dissertation de Saint-Simon une thèse qu'il se plait surtout à développer ; c'est celle qui consiste à établir le rôle essentiel qui appartient suivant lui aux Ducs et Pairs en matière législative

1 . M. Chéruel a signalé avant nous ce détail si curieux et si caractéristique, dans sa très remarquable Notice sur la vie et les mémoires de Saint-Simon.

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