II- I • i> 1- I I ' et Cinq-Mais
des plaintes et des excuses a Jiruxelles au cardinal Inlant et se sépara des Espagnols en homme qui pensoit bien à revenir à eux et qui se gardoit bien de s'y brouiller ; vient plusieurs fois à Mésières prolester au Roy obéissance et fidélité et à Richelieu tout attachement; au lieu décela, s'unit de plus en plus eslroittement avec Cinq-Mars et Monsieur qui vient saluer le Roy à Corbie, où Cinq-Mars et Fonlrailles luy proposent d'assassiner Richelieu. Bouillon s'en va à Turenne et promet à Cinq-Mars de revenir dès qu'il le désirera.
Ce fut en ce temps-là que Saint-Preuil périt. C'estoil un gentilhomme d'une naissance et d'un mérite fort ordinaires, mais de beaucoup de valeur, d'audace en intrigues. Il s'estoit poussé jusqu'à obtenir une compagnie du régiment des Gardes, qui estoit un employ de fortune par
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le goust du Roy pour ce corps et de fauiiliarité avec ses officiers. Saint-Preuil en dessous se dévoua à Monsieur, et parvint au gouvernement d'Arras. Sa présomption ne doutoit de rien, tellement qu'il se conduisoit à Arras moins en gouverneur qu'en souverain et en tiran. Ses rapines sur amis et ennemis furent continuelles et excessives, ses débauches aussy. Les religieuses, les femmes mariées, tout y passoit ; et maistre absolu, il obligea les juges d'Arras à faire pendre deux maris incommodes, comme espions des Espagnols. Il se brouilla avec la dernière insolence, avec le mareschal de la Melleraye qui commandoit l'armée et qui prit Bapaumc. A la fin, sa garnison fut changée, et luy arresté et conduit à Amiens où des commissaires luy firent son procès et le condamnèrent à estre décapité, ce qui fut exécuté. Estoit-il donc possible que justice enfin ne fust pas faitte d'un aussy odieux et dangereux brigand? 11 me semble qu'il n'y a rien à répliquer à ce qui est icy raporté, et dans la plus simple et la plus exacte vérité, sur l'éclaircissement des testes coupées pendant le règne de Louis XIII, jusqu'à présent. On verra j'espère par ce qui suit, que la dernière exécution dont il reste à rendre compte n'a esté ny moins juste ny moins nécessaire que les précédentes.
Suzanne delà Porte esloit mère du cardinal de Richelieu, sœur du Grand Prieur de France La Porte, de Mme Du Plessis Chivray, et du père du mareschal de la Melleraye. desquels le cardinal de Richelieu fit la fortune ; et le mareschal de la Melleraye avoit espousé en premières nopces la fille du mareschal d'Effiat, en 1650, dont il eut le duc Mazzarin. Cette fille du mareschal d'Effiat estoit sœur du père du marquis d'Effiat, premier cscuycr de Monsieui' puis de M. le duc d'Orléans, mort sans enfants pendant la
régence de ce Prince, de l'abbé d'Effiat mort aveugle de nos jours, et de Cinq-Mars dont on va parler et sur lequel ce court éclaircissement généalogique esloit nécessaire, par lequel on voit que le mareschal de la Melleraye estoit cousin-germain du cardinal de Richelieu, et beau-frère de Cinq-Mars. Il y faut ajouster que Richelieu avoil tiré les Effiatde la poussière, fait la fortune du mareschal d'Effiat, et que le mareschal de la Melleraye estoit un fort honneste homme et d'un mérite distingué pour les armes et pour le cabinet, pour lequel le cardinal de Richelieu eut beaucoup d'amitié, d'estime et de confiance pendant loutte sa vie.
Le vuide que l'éloignement de mon père laissa à la fin conspiration d<.
... . . Cinq-Mars
de 4656 dans la confiance et la familiarité de Louis XIII, avec Monsieur e n'avoit point esté rempli jusqu'à la fin de 1659, que le cardinal de Richelieu introduisit Cinq-Mai'^ auprès du Roy. 11 avoit fait, comme on vient de le dire, la fortune du mareschal d'Effiat, père de Cinq-Mars, qui jusqu'à sa mort luy avoit esté fidèlement attaché, et la qualité de beau-frère du mareschal de la Melleraye déterminèrent Richelieu à ce choix, malgré l'excès de la jeunesse et de la bassesse de la naissance de Cinq-Mars. Le cardinal ne doutta point que tant de liens, joints à une obligation personnelle si prodigieuse, ne luy attachast ce jeune homme envers et contre tous d'une manière indissoluble, et que, devenu favori, toutte information et toutte puissance ne fust jointe à celle de l'autorité de sa place de premier ministre. Il se trompa, contre toutte raison humaine. Il ne trouva qu'un ingrat, un ambitieux sans bornes et sans jugement, en un mot un fou le plus dangereux. Richelieu, qui vouloit couvrir la nudité d'un homme si jeune et de si bas alloy, obligea le duc de Rellegarde, qui avoit toujours suivi Monsieur, de se deffaire de sa charge de grand-
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escuyer, et on fit rcvcstir Cinq-Mars à qui sa laveur ol cette subite élévation si disproportionnée de luy, acheva de tourner la teste. La santé du Roy deveuoit fous les jours plus mauvaise, la Heine estoit accouchée enfin d'un Dauphin l'année précédente, une prochaine régence la regardoit. La naissance de Monsieur et ses liaisons avec la Reine sa belle-sœur luy proniettoient une grande autorité pendant la minorité du futur Roy Louis XIV. Tous deux haïssoient mortellement Richelieu. Cinq-Mars ne balança pas de se livrer à l'un et à l'autre dans un temps où il pouvoit leur estre utile, pour en recueillir bientost les fruits. Cette politique estoit infâme ; mais, en s'en tenant là, elle pouvoit remplir les veues d'un très malhonneste homme, mais sage, qui sacrifie tout à la conservation et à l'augmentation de sa fortune. Cinq-Mars n'avoit ny l'âge ny l'expérience pour estre sage; il voulut se haster de voler de ses aislcs. Richelieu, qui s'en apperceut, essaya de le ramener; il y échoua. Il se fâcha, il le traita mal, et Cinq-Mars devint personnellement son ennemi. Il luy rendit tous les plus mauvais offices qu'il put, dont il fit sa cour à la Reine et à Monsieur, avec lequel enfin il s'embarqua tout-à-fait, se lia étroittemenl avec Montrésor et Fonlraiilcs, et rechercha l'amitié du duc de Rouillon par François- Auguste de Thou, sur lequel il faut s'arrester un moment. De Thou. llétoitfilsaisné deM. dcThou, président à mortier au Par-
lement de Paris, mort en 161 7, à soixante-trois ans, illustre par tant d'emplois importants et par l'intégrité de sa vie, et célèbre par son admirable histoire depuis 1545 jusqu'en 1607, qui égale au moins les plus belles de l'antiquité et qui surpasse de bien loin celles des derniers siècles. Il estoit fils du président de Thou qui a fait l'honneur du Parlement et des lettres, et il avoit espousé une fille de Gaspard de la
Chastie, comte de Nanoey, capitaine des Gardes du Corps, et de Gabrielle de Balarnay dont il eut François Auguste de Thou dont il s'agit icy. Celuy-cy fut après son père grandniaistre de la bibliothèque du Roy, dont son érudition le rendoit digne, qui le lia avec les principaux sçavants ; il fut aussy maistre des requestes et conseiller d'Estat, tiltre dont alors on n'estoit pas avare. Les livres n'avoient en rien altéré la douceur de ses mœurs, et n'avoient fait qu'ajouster de l'agrément à son esprit et à sa conversation, qui luy avoient acquis beaucoup d'amis parmy les gens de lettres, de la robe, et de la Cour, où les alliances de sa mère et la réputation de son père et de son grand-père luy avoient donné beaucoup d'accès. Partout il fut trouvé aimable, seur et fidèle à ses amis. Une situation personnelle si agréable luy donna beaucoup de goust pour le grand monde, et le détourna des emplois de sa profession : il donna dans le plus grand et le plus haut, il eut les amis les plus considérables ; c'estoit un mérite de l'estre d'un homme si généralement à la mode ; son esprit, sa probité, sa capacité, son secret luy attiroient celuy des personnages principaux, et la douceur de ses mœurs, sa politesse, son sçavon-, les agréments de son esj)rit, le firent adorer de tous les gens de lettres illustres de son temps. Celuy où il vivoitfut toujours plein de factions et de troubles, et quoyqu'il parust et se crust de bonne foy sans ambition, il se nourrissoit de touttes ces diverses intrigues, au fait desquelles ses amis de la première volée le mettoient chaque jour. L'amitié et la confiance l'engagèrent peu à peu dans des liaisons avec la Reine, avec Monsieur, avec les Vendosmes, avec la mareschale de Bouillon et le duc de Bouillon son fils, et avec beaucoup d'autres. Ces liaisons devinrent intimes, il n'en sentit pas assez le danger et se perdit dans l'éclat de ces lumi-
lieux nuages. Cinq-Mars, fuit coiuine il estoit, ne manqua pas de désirer passionnément son amitié, et de Thou n'estoit pas pour n'estre pas ravi d'entrer et intimement, dans celle d'un l'avori si radieux. L'amitié la plus entière, et la plus totale confiance s'establit bientost entr'eux ; jusqu'alors de Thou n'avoit esté, ou tout au moins paru que l'ami et le confident des personnages du premier rang ou delà première importance, mais d'ailleurs ne se meslantde rien. Cette dernière liaison fut son époque fatale. Cinq- Mars intimement uni à la Reine et à Monsieur, enragé d'estre maltraitté de Richelieu, d'autant plus qu'il le méritoit davantage, avoit déjà conceu le dessein de le perdre, à quelque prix que ce fust, et entroit dans tout là-dessus avec la Reine et Monsieur. Ce Prince n'osoit prendre de resolutions dernières sans s'asseurer auparavant d'une place frontière de seuretè. 11 ne pouvoit songer qu'à Sedan pour s'y jetter au besoin, traitter avec l'Espagne et y attendre ses secours. Il venoit détromper l'attente du feu comte de Soissons et du duc de Bouillon à Sedan avec ce qu'il avoittraitté et qu'il y avoit mesme excité. Il estoit question de regaigner Bouillon, dont le traitté avecleRoy, les protestations, les serments et l'abolition estoient encore touttes fraisches, qui n'avoit pas oublié l'impuissance des Espagnols, et qu'il n'avoit esté secouru que par les trouppes de l'Empereur. T'est ce qui excita en Cinq-Mars cette passion extresme d'acquérir l'amitié du duc de Bouillon pour arriver à la confiance, à l'union, et le rendre à Monsieur. Pendant que de Sedan, Bouillon traittoit avec le Roy qui estoit à Mézières après la bataille de la Maffée, de Thou qui avoit suivi la Cour fit plusieurs voyages à Sedan, et à la prière de Cinq- Mars offrit son amitié à Bouillon et lui demanda la sienne. C'estoit tout ce qui pouvoit arriver de mieux à un tel fac-
tieux que l'union à un tel favori, qui luy promit par de Thou de ne luy laisser ignorer aucune chose de tout ce qui viendroit à sa connoissance. Les choses commencées à ce point, et le traitté conclu, Bouillon alla deux fois à Mézières où touttes les deux fois il vit Cinq-Mars seul ou avec de Thou en tiers. L'union s'y resserra de plus en plus, et Bouillon promit de recevoir Monsieur à Sedan, s'il estoit obligé d'avoir recours à une retraitte. Il n'a point paru que les choses ayent esté plus loin pour lors. Bouillon voulut aller à Turenne ; Cinq-Mars s'y opposoit. Par acommodement, Bouillon lui promit de revenir aussytost qu'il le demanderoit. Cela ne fut pas long. De Thou l'atteignit en Limousin, et rendez-vous pris à l'écart du grand chemin en pleine campagne, eut un entretien secret avec Bouillon. Cinq-Mars avoit engagé son ami à ce voyage pour ramener Bouillon à Paris, afin d'y prendre ensemble des mesures avant le départ du Boy pour le Boussillon. Bouillon s'en excusa sur ce qu'il estoit encore en chemin pour aller à Turenne. mais promit d'y demeurer fort peu et d'arriver à Paris avant le départ du Boy pour le Boussillon. Il tint parole. 11 vit deux fois Cinq-Mars à Saint-Germain, dans sa chambre ; il le vit deux fois à Paris la nuit, dans la place Royale, toujours seul avec de Thou entremetteur des rendez-vous. De la place Boyale, ils allèrent une fois auxescuries de Monsieur, où ce Prince les atlendoit. Ce fut là où le projet du traitté avec l'Espagne fut lu par Cinq-Mars, et où il fut résolu d'envoyer Fontrailles à Madrid. Bouillon, qui venoit d'accepter le commandement de l'armée d'Italie, s'engagea d'y agir en conformité du traitté. Il fut rédigé, signé, Fontrailles chargé de le porter à Madrid et de le rapporter promptement conclu. De Thou désaprouva fort ce traitté, mais il garda toutte fidélité à ses amis. Bouillon
'iltti l'AltAI.LKf.E
partit pour l'Italie en mcsme temps que le Roy pourleRoussillon. La Reine demeura à Saiiil-Gcniiain, Monsieur IcPrince à Paris où il connnanda, assisté du chancelier Séguier pour les affaires. Monsieur s'excuse du voyage et reste à Blois. AuhijouxetFontraillesinsistentàsedeffairedeRichelieu.Dansco dessein, ils suivent la Cour jusqu'à Lyon où Cinq-Mars, pour y estre le plus fort, fait trouver à l'arrivée du Roy quantité de noblesse d'Auvergne. C'estoit à Lyon que le coup se devoit faire, mais ils n'osèrent enfin l'exécuter. Fontrailles s'en alla fort secrettement de là en Espagne, conclut le traitté avecC. D. d'Olivarez, et le raporta signé avec une diligence incroyable. De Thou tenta inutilement les Vendosmes et le mareschal de Scliomberg; alla joindre la Cour en Roussillon, logea presque toujours chez Cinq-Mars, sceut le retour de Fontrailles, le vit et le traitté signé en Espagne et raporté ; eut et donna plusieurs fois des nouvelles au duc de Bouillon par des gens qu'il envoyoit à la Cour sous divers prétextes, au Roy et à ses ministres. La Reine sçavoit le départ de Fontrailles et le traitté, en parla à Saint-Germain à de Thou, qui le dit à Fontrailles lorsqu'il raporta d'Espagne le traitté signé en Roussillon. Le traitté signé à Madrid le 13 mars 1642 par Olivarez. portoit l'honneste préambule que le but principal de l'union estoit la paix entre les deux couronnes, sans rien faire contre le Roy de France ny contre ses interests, (imposture énorme, telle qu'on va la voir), ny contre les interests de la Reine, (c'està-dire, le cas de mort du Roy arrivant, soustenir son droit à la Régence); que l'Espagne fournira i2 à 15.000 hommes de vieilles trouppes; que, dès le jour mesme (jne Monsieur sera dans Sedan, l'Espagne luy remettra 400,000 écus pour faire des levées, luy donnera 12,000 écus de pension par an; à Bouillon 40,000 ducats aussy par an, autant à Cinq-
DES TROIS hOlS. 207
Mars, 100,000 livres pour mettre Sedan en bon estât de deffense, et 25,000 livres par mois pour l'entretien de la garnis(m ; que l'Espagne et Monsieur ne feront aucun acommodement l'un sans l'autre ; que les places prises depuis la rupture entre les deux couronnes seront rendues de bonne foy, tant acheptées qu'occupées comme Pignerol, Brisac, etc. (Ainsy l'Espagne n'oublioit pas l'Empereur). Que Monsieur et son parti se déclareront ennemis des Suédois, des Provinces Unies, des Catelans et de tous les ennemis de l'Espagne. Qu'en cas de mort de Monsieur, la mesme pension sera continuée aux deux seigneurs (Cin([- Mars et Bouillon), mesme à un seul.
La simple inspection de ce traitlé monstre l'impudence de son préambule. Il se signoit tandis que le Roussillon et la Catalogne révoltés s'estoient donnés à Louis XIII, et que ce Prince, tout malad(; (ju'il estoit. voloit à leur secours avec les marescliaux de Biezépour demeurer dans Barcelonne vice-roy de Catalogne, de la Melleraye faire le siège de Collioure. et La Mothe général de l'armée de Roussillon, sous le Roy en personne (iiii prit Pcrjtignan.
l)e Thou détesta le trailté en soy pour la France, v.i le trouva fou et très périlleux pour ses amis; prend la résolution de se retirer à Rome pour n'en voir pas le succès (c'est-à-dire pour s'y dérober luy-mesme) et de passer par le Piedmont pour en dire son avis au duc de Bouillon. Un abcès qui luy survient à la gorge l'arrcste et l'empesche de suivre cette résolution. Tout se découvre. Bouillon est arresté dans son armée, Cinq-Mars et de Thou en mesme temps. On sçait le reste.
Touttes ces choses furent avouées par Bouillon. Cin(j- Mars et de Thou, interrogés et confrontés ensemble à Lyon où ils furent conduits dans Pierrencise, par le chancelier
Séguier assisté de plusieurs commissaires. Monsieur, mandé, arrive près de Lyon, avoue tout, monstre la copie du traitté dont il a brûlé l'original, et raffirnie fraye et exacte ; est interrogé par le mesme Séguier en présence des connnissaires, demande grâce et miséricorde. 11 est dépouillé de son gouvernement d'Auvergne, de ses pensions, réduit à vivre de son appanage loin de la Cour, avec sa suittc qui luy sera prescritte ; el par déclaration du Roy enregistrée au Parlement, 5 décembre 1642, le lendemain de la mort du cardinal de Richelieu, Monsieur est déclaré incapable de toulte administration pour six rechuttes en lélonie :
1° L'affaire de Clialais, tramée de son consentement en 1626.
2" Sa retraitte en Lorraine en 1629, pendant le voyage du Pas de Suze, où il avoit refusé de suivre le Roy, qui venoit de luy donner le gouvernement d'Orléannois, etc., et d'augmenter son appanage.
3° Sa seconde retraitte en Lorraine où il espouse clandestinement la sœur du duc de Lorraine, en 1651; puis, en 1632 à Bruxelles, et de là en armes en Languedoc contre le Roy, et séduit le duc de Montmoiency, ce qui finit par la prise de ce duc au combat de Castelnaudari, etc.
4° Sa seconde retraitte à Bruxelles après ses aveux comme cy-devant, son abolition, son traitté juré avec le Roy après l'exécution du duc de Montmorency.
5" Sa retraitte à Blois après l'emprisonnement de Puylaurens, d'où il traitté et complolte avec le comte de Soissons retiré à Sedan et avec le duc de Bouillon, font un traitté avec la Reine-Mère et les Espagnols, devant se retirer à Sedan quand il en fut empesché, et qu'il avoua tout.
G" Enfin l'affaire de Cinq-Mars, de Bouillon, du nouveau (raitté d'Espagne ])ai' Fonlrailles, où la Reine femme du Iloy se trouva tout de son long, puisqu'elle en parla à de TIiou et à d'autres.
Ces faits, entassés les uns sur les autres, augmentés de mil autres moindres, plus informes, mais de pareille intention, parlent tout seuls et mettent parfaitement au net quel estoit Monsieur à l'égard de lEstat et du Roy, son frère, dont la patience et la bonté pour luy furent toujours infatigables et inouics.
De Tliou, sur le point d'aller à l'écbaffaul, confia deux lettres au jésuitte Mambrun, son confesseur, l'une pour le sçavant du Puy, son parent et son ami, l'autre pour une dame sans nulle suscription. Il lira du jésuitte parole sous le secret de confession qu'elle seroit remise à la Reine femme du Roy, et qu'elle ne seroit découverte à personne du monde. Cette lettre fut pour rasseurer la Reine, et ravcrlir qu'il luy avoit gardé le secret cl lldrlité, ({ue Cinq-Mars et Bouillon luy gardèrent aussx . Elle sceut bien rendre dans la suitte à Bouillon ce signalé seivice, et le combler luy et sa Maison de bienfaits jusqu'alors inouis, ([ui a[)othéoscront à jamais les continuelles perfidies et les ingratitudes monstrueuses des la Tour. depuis ({ue, par les bienfaits d'Henry IV, ils furent si injustement devenus Bouillons.
Le mérite de Thou, outre le grand nombre de ses amis, intéressa tout le monde pour hiy et l'intéresse encore. Mais que répondre à ses voyages secrets pour unir Cinq-Mars à Bouillon et mesnager le retour de ce dernier, leurs conférences secrettes à Saint-Germain et en pleine nuit à Paris dans la })lace Royale, de là chez Fontrailles, et enfin aux (îscuries de Monsieur, où ce Prince les attendoit, où bec a
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bec de luy avec Bouillon, sa retrailte à Sedan fui convenues cl le projel de traitlé d'Espagne fui Icu et aireslé, de Thou présent ainsy qu'il l'avoit esté à tuultes les susdiltes conférences. 11 délesta le traitlé, mais on n'en vint là que par ses soins, son entremise, les conférences de jour et de nuit qu'il mi^snagea par ses intrigues et ses allées et venueset auxquelles il assista. Pouvoit-il se deffendre deconnois- Ire Bouillon pour un factieux qui manlioil liardinicnl sur les traces de son perfide et ambitieux père, le plus sublime ingrat et le plus audacieux? Pour(juoy avec luy des liaisons si intimes? Pourquoy former avec tant de soins et de suilte celle de Cincj-Mars avec luy? L'esprit et la connoissance du monde ne lui faisoienl-ils pas voir clairement à quelles fins? Le secret, les précautions, les ténèbres de la nuit ne luy en disoient-elles pas assés? Le caractère et les déporlements de Monsieur luy pouvoientils estrc inconnus? Ignoroit-il les profondeurs de Montrésor et les fougues de Fontrailles, capable de tout })roposer et de tout exécuter, comme il ne lint pas à eux plus d'une fois de tuer le cardinal de Richelieu? Enfin il sceut le traitlé, leu et résolu en sa présence aux escnries de Monsieur, et la mission donnée à Fontrailles pour l'Espagne; la Reine et luy s'en })arlérenl, et il le vil encore en Roussillon signé et raporlé d'Espagne. 11 est vray (|u'il le désaprouva, qu'il le détesta comme François, et connue ami il le trouva fou et si périlleux qu'il résolut de s'en aller tout aussytost à Rome pour se dérober au danger, dont il ne fut empesclié que par un abcès subit dans l'oreille qui luy tomba dans la gorge. Mais ce traitlé, quel qu'il fusl, n'estoit que le fruit de ses menées. Ce ne fut pas l'affaire d'un joiu* ny de plusieurs, ce ne fut rien moins qu'un entraisnement imprévu et violent. Ne parlons point icy d'entrais-
nemcnt. S'il y en eut, de Thoii le fit; si Bouillon, en juste deffîance du caractère de Monsieur et de l'impuissance et du manquement de parole des Espagnols quil venoit, le comte de Soissons et luy, d'éprouver l'un et l'autre, se rendit difficile à s'y commettre de nouveau; par qui entraisné fut-il, sinon par Cinq-Mars ; et la forte teste de Bouillon se seroit-elle laissé aller à une teste de l'âge et de l'alloy de Cinq-Mars sans le concours de Tliou, qui n'épargna ny voyages hazardeux et secrets ny menées pour les faire joindre et conférer ensemble de jour et de nuit luy en tiers, à Saint-Germain et à Paris, et les mener, ou suivre si l'on veut tous deux ensemble chez Fontiailles et aux escuries de Monsieur, où ce Prince les attendoil et où tout fut consommé. Que de Thou ait trouvé le Iraitté, tel qu'il estoit, pernicieux à la France et très périlleux pour ses amis, et qu'il l'ait détesté, et qu'il ait voulu gaigner sur le champ l'Italie pour ne pas se trouver avec eux dans le danger, cela est véritable ; mais après tout ce qu'il avoit mis du sien pour former de pareilles unions, quo prouve cette vérité? Rien du tout qui puisse décharger de Thou de ses desseins et de ses menées, et du but de troubles, d'armements, de partis, seul fruit qu'il pouvoit se proposer de tout ce qu'il avoit ourdi pour venir à bout de cette trame ; mais bien qu'il estoit trop avisé pour approuver ce Iraitté qui piomeltoit visiblement ce que l'Espagne ne pouvoit exécuter, et dont la lenteur indispensable des exécutions militaires causée par celle des payements, jettoit les conjurés qui par eux-mesmes, manquoient de tout et n'avoient rien de prest, dans un péril cxtresme d'estre découverts avant de se trouver en nul estât de seureté ny de deffense, ainsy qu'il arriva comme il le prévit si bien qu'il voulut se sauver à Rome. Ce n'est donc
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pas un liaill('!, une conspiration, quo do Thon improiiva. (jn'il (létesla, liiv ipii on avoil fait, jxmr rox])rimor ainsy. Ions los frais; mais l'inipossibilitô de roxécntion, mais U) danger, mais la folie d'nn tel trailté, mais des engagements également inntiles et odienxà prendre par des François contre l'Kslat ou faveur de la Maison d'Auli iclie, dont rexécntion enst rniné en nn moment le chef-d'œuvre de lanl d'années (]o ce règne, et cust rendu la Maison d'Autriche, alors si deschue par la négocialion ol par les armes, plus puissante et plus redoutable qu'elle n'avoit esté. Qu'on plaigne, qu'on pleure encore M. de Thou aujouid'huy; qu'on admire une mort aussy courageuse, aussy tranquile, aussy chrestienne, c'est ce qu'on ne peut refuser à un honuTio aussy aimable, aussy justement aimé, à tant de solide mérite, mesme à un nom si recommandablo; mais d'avancer qu'il a esté injustement puni, j'en laisse le jugement à ton! lecteur équitable et désintcresé. Pour Cinq-Mars, sa jeunesse a beau faire pitié, sa folle ambition révolte; sa doubli; ingratitude j)our le Roy et pour Richelieu, sa félonie insigne, donnent une indignation qui l'ail acclamation à son supplice.
).a lieine. A l'égard do la Reine, espouse do Louis Xllt, on la trouve
partout plus que très avant dans tout ce qui s'est brassé contre ce Prince et contre son Estât, toutte Espagnole, jamais Françoise, et par conformité d'inclinations indissolublement et intimement attachée à la Reine-Mère; haïssant également touttcs deux tout ce que le Roy aimoit, aimant et se liant avec tout ce qu'il haïssoit, et touttes deux les bras toujours ouverts à touttes les factions et les faclioux. On la trouve dans l'affaire de Chalais non seulement détournant Monsieur du mariage le plus convenable (jue le Roy vouloit, par ses billets fréquents à Monsieur
L't par d'autres intrigues, et n'estre point du tout effarouchée du beau projet d'enfermer le Roy comme impuissant, de couronner Monsieur et de l'espouser. On la voit à Lyon espérer la mort du Roy, et prendre ses mesures de Lyon à Paris où estoit Monsieur, pour l'espouser, et le Roy les lettres à la main, la mander et luy reprocher en plein Conseil pour la seconde fois après son affaire de Lyon, une énormité si scandaleuse. Elle est outrée à la journée des diippes, elle ne peut s'en cacher, et dans l'instant ses deux confidents les plus intimes, la duchesse deChevreuse (;t Beringhen, s'enfuyent hors du royaume, qui tous deux reviennent triompher aussytost après la mort du Roy : l'une faire le grand personnage ({u'on a vu ; l'autre, de premier valet de chambre, devenir premier escuyer du Roy, très important, et chevalier de l'ordre, et transmettre ses grandeurs à sa troisième génération. La Reine, aux hauts cris à sa séparation de la Reine sa belle-mère, à Compiègne, conserve pour elle et pour les siens le mesme attachement jus([u'à sa mort et touttes leurs inclinations et aversions communes. Soubçonnée d'intelligence avec le Roy d'Kspagne à Madrid, et avec le Cardinal Infant, ses frères, à Bruxelles, et avcitie par le chancelier Séguier de l'ordre (ju'il avoil receu et du jour qu'il l'exécuteroit, elle se défait de tous ses papiers secrets, les confie à Mme de Sourdis, envoyé consulter Puysieux exilé, par Mme de Senescey, sa dame d'honneur et sa confidente. La tiendra-t-on innocente envers l'Estat et envers le Roy son mari, de ce que Séguier lie trouva rien, après la précaution ([u'il avoit prise, de la- (pielle luy et les siens se trouvèrent si bien depuis? Enfin, on la retrouve en confidence avec Cinq-Mars, Bouillon, de Thou, Monsieur, et d'autres. De Thon et elle s'entretiennent secrettement deux ou trois fois de cette conspiration. On
peut donc dire que c'est de cette nourriture qu'elle a vescu depuis son mariage jusques à sa viduité, et conclure que la mère, le frère cl resi)oiisc de Louis XIII ont eslé, tant (ju'il a vescu, les trois vers qui l'ont l'ait mourir à grand et à petit feu continuel, plus que ceux qui par l'ignorance des médecins luy ont rongé les entrailles et l'ont mis au tombeau. N'oublions pas la précaution du paquet de M. de Thou mourant, si secreltemcnt remis à la Reine. Le Roy ne survescut pas un an. Il est donc vray que de toutte sa vie, cette espouse ne luy a laissé aucun repos.
Finissons icy le gouvernement de Louis XIII. Sa santé empirf)it tous les jours, et celle aussy de son premier ministre. Ils arrivèrent à grand peine, de la conqueslc du Roussillon et de partie de la Catalogne à Paris, vers la fin de l'année. Richelieu y mourut, 4 décembre 1642, et conseilla au Roy mourant de se servir en sa place de Mazzarin qui venoit d'obtenir le chapeau destiné au fameux Père Joseph, capucin, mort, 14 décembre 1658, d'apoplexie, à Ruel. Le cardinal Mazzarin entra donc dans les affaires, sans touttesfois estre premier ministre pendant ce règne trop court et le Roy trop mal pour qu'il s'y soit passé plus que des intrigues II finit le 14 may 1643. Venons maintenant au long gouvernement de Louis XIV, aussy heureux en tout que le Roy son père avoit esté malheureux.
Gouvernement La uiort du Cardinal Mazzarin, 9 mars 1661 , exerçant seul
de Louis XIV. i • i , ,i • i • » j • •
Heureux estât, cu plcm la touttc puissancc Toyalc jusqu au dernier mstant de sa vie, remit les resnes du gouvernement entre les mains du Roy qui a souvent avoué que jusqu'alors il n'avoit esté monarque qu'en peinture. Mazzarin luy laissa un royaume paisible et florissant, de grands ministres, d'habiles négotiateurs au dehors, et des capitaines qui s'estoient
acquis justement la plus grande réputation dans l'Europe. La France jouissoit des fruits de la paixdeWestphalie et de l'abaissement tant de la Maison d'Autriche que de celle des restes de la Ligue et de celle des Huguenots, que le dernier règne avoit procurés. Ce qui restoit de considérable à la Cour n'estoit plus en estât de remuer, et n'en estoit plus que l'ornement. Quelle différence de cet avènement au pouvoir souverain d'avec ceux d'Henry IV et de Louis Xllf. Aussy la scène s'ouvrit-elle par deux événements les plus satisfaciionéciaglorieux, je veux dire l'éclatante satisfaction de l'insulte i-afrifiT de^s^( ordes Corses faite au duc de Créquy, ambassadeur de France *^^' j'„'îa'^'°" à Rome, et celle du Rovd'Esnajiue, nui, sur l'insulte faite à , i''''séa»e'\"'
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Londres par son ambassadeuràceluv de France, envoya dé- neiiemeiu
^ j j faille par rKsjia-
clarer solennellement au Roy par une ambassade expresse, gnesur
l'affaire du nia-
an présence de toutte la Cour cl de vingt-sept ambassa- léchai ues-
, • • < . 1-1 , trades el du ba-
deurs ou ministres estrangers, la cession de toutte compe- ron de tence, et que ses ambassadeurs ne disputeroient jamais en \(m'dies. ' aucune Cour ny occasion la préséance aux ambassadeurs de France. Ces deux événements arrivèrent en 10G2 et 1CC4.
Je n'(mtreprendray pas de suivn^ tous ceux d'un règne si\ long, si fécond, si longuement glorieux, et dont les dernières j années ontesté si funestes. Je me reuiermeray dans les principaux de divers genres pour me borner dans le dessein que je me suis proposé d'un parallèle, et non pas d'une histoire.
Les ministres que la mort du cardinal Mazzarin laissa en Ministres en place, estoient Fouquet, surintendant des linances que ^''''dVcai^di-'°'^ Mazzarin, en mourant, conseilla au Roy et à la Reine-Mère "^' ^'"''"" de perdre et de se servir de Colbert, le plus habile qu'il connust en matière de finance, de commerce et de tout ce qui y a rapport, qui estoit lors intendant du cardinal et en môme lemps l'un des derniers intendants des finances. Le conseil de Mazzarin ne larda pas à estre exécuté ; Col-