‹ Écrits inédits;Chapitre 12 sur 18 · PARAI.I.KIE · texte numérisé non relu

PARAI.I.KIE

licil n'osa sV'lt'vcr jusf|ir;i la siiriiilciulaiico, mais il s'en procura toiitlc l'aulorité en abolissant ccllo charge; il en lit faire au Roy loulles les signatures, et le persuada ains\ (ju'il gouvernoit les finances, tandis que sous le nom de contr(dleur général, il se revesloit de loutte autorité en ce genre, avec un fantosnie de chef d\\ Conseil de finances qu'il imagina pour satisfaire le niaresclialde Yillcrdv. avec lequel il sçavoit bien qu'il n'auroit jamais à compter; et tost après, il eut la place de secrétaire d'Estat avec le Département de la Marine qu'avoit (iuénéganl. Les autres cstoient le Tellier, secrétaire d'Estat de la Guerre, et Lyonno qui mourut en 1071, dont Pomponne eut la place; et peu auparavant Luuvois eut la survivance de le Tellier, son père, lequel estant devenu chancelier en 1077. Louvois déjà fort accrédité et quifaisoit presque tout sous son père, fait en chef sa charge de secrétaire d'Estat de la Guerre.

Ces fortes testes avoient déjà bien reconnu quelesloit iv. Roy : peu d'esprit naturel avec un sens droit, une ignorance générale jusqu'à l'incroyable; de la défiance^énérale sur tous gens et choses ; une soif de grandeur, d'autorité, de gloire, jusqu'à ne vouloir de grand que luy ; une crainte d'estre gouverné jusques à l'ostentation de ne l'estre pas ;

! de la bonté et de l'équité naturelle: une jalousie de loiil taire et de tout gouverner, et toutte l'ouverture que peut

^j donner à peu d'esprit et à une profonde ignorance, l'usage

', d'une Cour fine et pleine d'esprit en lionunes et en fem-

! mes avec qui il avoit continuellement vescu jusqu'alors.

tandis que Mazzarin estoit seul maistre des affaires; mais

dont le commerce n'avoit pu luy comunuiiquer qu'un

extérieur de superficie. En travaillant bien pour l'Estat, ces

( ininisties ne négligèrent pas de profiter de ce caractère.

t Ils l'infatuèrent à l'envi de sa grandeur et de son autorité

j)uur Tcxercer eux-mesmes et n'en Inisscr à personne qu'à/ eux; pour abaisser toutte grandeur par ce moyen sous eux,» et s'élever à l'égal des grands véritables, en persuadant au j Piovque toutte autorité autre que la leur estoit usurpation sur la sienne qu'ils ne faisoient qu'exercer, et de là que sa grandeur estoit aussy la leur ; avec quoy par degrez ils passèrent du raljatet d'un estât moins (jue médiocre à celuy où on les voit aujourd'huy.Pouriui osterla défiance sur le gouvernement, et du mcsme coup se l'asseurer tout entier, ils l'accablèrent de détails. Comme le petit lui estoit J Tort homogène, il s'y attacha avec avidité, en prit tiltre de ^ se persuader qu'il se gouvernoit seul et faisoit tout luyrnesme, tandis que le grand, que le vaste, que les détails les plus importants, demeuroient entre leurs mains, masqués par ces autres détails dont ils l'amusoient sans qu'il s'en aperceust jamais. Mais avec ces piécautions, ils ne se crurent pas en seureté ; sa bonté et son équité naturelle les inquieltoient, et plus encore les accès auprès de luy des plus considérables ou des plus favorisés courtisants qui pouvoient éclairer le Roy sur leur conduitle, et les traversci'. Ils tirent donc en sorte de dégouster le Roy de cet accès comme contraire à sa grandeur et à ce respect qui devant luy devoit égaler tout le monde dans la crainte, la retenue et le silence, et aussy comme contraire à son repos, en l'importunant de mil discours captieux et dangereux, ou d'affaires qu'ils dévoient ignorer, dont ils ne pouvoient avoir de véritables connoissances comme les miuistres qui les manioient, qui en sçavoient les origines, les progrès, les portées, et à ([ui par conséquent et générales et }»articulières leur dévoient estre touttes renvoyées à chal'iui dans son département.

Avec cette apparence de grandeur des Roys asiatiques et

218 l'ARALLKl.E

de soulagemeiil criiiiporlimitcz, ils parvinrent à renfermer le Roy de façon qu'il n'y eut plus moyen de l'aborder (|u'en public, et qu'il fallut, grands et petits el gens de touttes les sortes, passer en tout et partout par les mains des ministres qui par là devinrent maistres absolus de touttes les affaires, les grâces et les fortunes, et peu à peu mirent tout sou<^ leurs pieds. Ce n'est pas qu'il ne leur en écliapast quelquefois quelques unes par des voycs détournées, mais cela devint si rare qu'il ne pouvoit estre compté, outre les obstacles dont souvent ils les sçavoient arresteret anéantir quand il en falloit venir à eux pour l'expédition, et à la haine sourde mais persécutrice (|ui en résultoit, et c'est à quoy le crédit des maistresscs ne put jamais rien opposer, non pas mesme dans la suitte celui des bastards. (iuerre de Hoi- Jusquc là et touiours cn cela, les ministres furent d'ac-

lande. ^ . •* . .

Kniiiche -Comté, cord, s'aidèrcnt et se servirent réciproquement, et marchèrent toujours ensemble d'un j)as égal et uniforme jusque dans leurs plus fortes divisions. Mais les divisions se mirent entre les deux principaux tenants, dont l'un joua à perdre l'Estat pour renverser l'autre. Colbert ne songcoit qu'à rendre les peuples heureux, le royaume florissant, le commerce estendu et libre, remettre les lettres en honneur et utilité, avoir une marine puissante. Ses succès, grands en tous ces points, avoient besoin d'une paix longue et profonde. Mais ces mesmes succès irritoient le Tellier et son fils, à qui des ongles crurent de bien bonne heure. La guerre estoit leur fait pour s'insinuer de plus en plus auprès du Roy, pour contrebalancer Colbert et du costé du Roy et du costé du monde par les créatures que les avancements militaires leur acquéroient. 11 n'estoil pas difficile d'entester de conquestes un jeune monarque riche, puissant, superbe, affamé d'acquérir de la gloire, et c'est ce qui

produisit les deux guerres d'Hollande, dont les rapides succès furent prodigieux, aiiisy que les deux conquestes de la Franche-Comté qui touttcs les deux fois n'avoit pas de quoy se deffendre ; c'est ce qui fit rejettcr les propositions si avantageuses et si soumises que les Hollandois firent au Roy estant dans leur pais à la teste de ses armées: c'est ce qui effraya l'Europe et la ligua contre la France et la luy rendit suspecte pour toujours : c'est ce qui cousta au Roy tant de conquestes, que le désir de revenir voir ses maistresses luy fit abandonner comme en fuyant, et sans consei'vcr la décence et peut-estre quclqu'avantage qu'il en auroit pu retirer. Enfin ce furent ces con(juestes poussées si fatalement avec tant d'excès, qui perdirent les deux célèbres de Witt et les vrais républicains, et qui élevèrent subitement le Prince d'Orange en la place de ses pèrc^ dont il estoit si éloigné, et dont il a sceu faire un si prodigieux usage pour sa grandeur et sa gloire, et si pernicieux pour la France.

La guerre s'estend partout, en Flandres, en Allemagne, on Roussillon, sur mer, en Sicile, où le Roy secourt les révoltés. Grand succès partout, et rage et jalousie proportionnées de toutte l'Europe. Elle finit enfin avec gloire par la paix de Kimègue, par la conseivation de force conquestes,

Colbert fournit à tout, et en niesme temps suivoit ses grandes veues si utiles pour la splendeur et la richesse de la France. Tant de guerres et d'entreprises à soustenir ne purent le détourner de cette admirable jonction des deux mers par le canal de Languedoc, qui fut achevé et navigable à la fin de 1C81.

Louvois, un des plus grands ministres qu'il y ait eus Lomois. pour le détail, la discipline, la subsistance, le service, la

l'iéunioiis

-I-IO l'AllAI.LÉI.t;

connoissance intérieuvc des corps cl de leurs officiers, |)our former les plus grands et les plus beaux projels, pour l'art, le secret, le concours de leur préparation, et [tour la justesse; et la seurelé de leur exécution, eust esté un homme incomparable sous un premier ministre ou sous un Uoy capable d'employer de si grands talents, de le tenir de court, et de l'arrester suivant l'exigence des (emps et des affaires; mais seul, libre et volant de sesaisles sous un Roy qu'il avoit sceu offusquer par la gloire, infiniment pernicieux en ce qu'il se compta pour tout et l'Estat pour rien. Arresté par la paix de Nimèguc sur les dépenses des cani[)agiies, il se mit à baslir des places et à en fortifier d'autres, quelques unes nécessaires ou utiles, mais beaucoup qui ne furent bonnes qu'à épuiser Colbert, dont nos ennemis profitèrent de quelques unes, et d'autres ([u'il fallut démolir avec le temps ou qui demeurèrent lout-à-fait inutiles.

Mais la paix le tourmenloit. Il chercha donc à réveiller la guerre en inquiétant foice Princes et seigneurs allemands par les recherches et les réunions qu'il fit faire des fiefs d'Alsace et de la Sarre et des trois éveschés, par la Chambre de Brisac elle Parlementde Metz, dont les plaintes éclatèrent si haut à Ratisbonne qu'il fallut interrompre ces dangereuses procédures.

Mais ce que Louvois conceut et exécuta d'admirable, je ne jtarle pas de l'utilité, ce fut l'adresse avec laquelle il sceut exécuter l'affaire de Strasbourg, après l'avoir conceue et puurpensée, mener le Roy en Alsace, comme poiu' voir ses Irouppes sans mesme les assembler, le faire approcher de Strasbourg à une courte distance, y faire venir la députation pour luy livrer la ville et le convier à y entrer, la capitulation préalablement faille, et le tout dans un tel se-

cret que qui que ce soit ne se douta de ce graud coup que par le discours des députés de la ville et l'entrée que le Rov y fit deux heures après, 30 septembre 1081 , le mesme jour que Cazal se rendit au Roy. Ouelque touchée que fust l'Allemagne d'une telle conqueste si aisément faitte, elle ne fit là-dessus aucun acte d'hostilité; mais sous prétexte que l'Espagne affectoit des lenteurs à exécuter la paix, on prit Courtray etDixmude, on bombarda Luxembourg, et le gouverneur des Païs-Bas déclara la guerre à la France, mais qui n'eut pas de suitte. Le mesme prétexte se renouvella en Catalogne, elle mareschal de Créquy prit Luxembourg, dont le Roy s'estoit approché et y entra. Louvois, au lieu de le raser de tond en comble, comme une place inutile d'ime part, et de Taulre très difficile à conserver, la fil fortifier avec tout l'ait de Vaultnu. (pi'on ;i eu depuis tout lieu et le temps de regretter,

Seignclay, fils aisné de ColJjert cl secrétaire d'Kslat de seigneiay. Uo^ la Marine, plus en chef qu'en survivance par les occupa- fait à versaino lions de son père ;ni\ finances, estoit quoyque jeune uonTu^RÔy. extrêmement Ciq)able, fort instruit, avec beaucoup d'es- ])rit,une ambition extresme avec delà valeur, et audacieux au dernier point. 11 s'estoit mis dans la teste d'cstre mareschal de France, et pour y parvenir de commander des flottes. Dans ces idées, ilaigiil si bien le Roy sur quelques mécontentements assés inanpiés qu'il avoit receus des Génois, qu'on arma une flotte (jueSeiguelay monta, et la conijiianda avec Tourville conjointement, bombarda Gènes et força la République de convenir d'envoyer le Doge Imperiali avec quatre sénateurs à Versailles, demander pardon au Roy qui les récent sur un trosne placé au bout de la galerie do Versailles, avec la plus grande pompe, en may 1085. Cette mesme année, les trois Régences d'Affrique

furent rétluittes à se soumellie à la iiiênic Iminiliatioii.Tcl est le friiicl, avec l)ien d'autres plus solides, d'avoir des forces navales dans un pais bordé de l'Occan et de la Mé-

'Ci> dilcrranée.

{évocation de Cette mesnic année fut celle de la révocation del'édit de

;dii de Nantes.

Nantes, conseil pernicieux et plus pernicieusement exécuté. Le Roy alors fort dévot, et dans la plus entière ignorance ' sur ce grand objet connne sur tant d'autres, et de plus / en plus jaloux et amoureux de gloire et d'autorité, fut aisément entraisné à une résolution qui flattoit si fort ces deux points, que la profondeur de l'ignorance mettoit à couvert de toutte contradiction, non moins que son exacte closture et le profond secret avec lequel toutte celle trame fut conduitle par Louvois, le confesseur et Mme de Maintenon, à l'insceu de tout autrel Cette femme, née pour la galanterie et l'intrigue, se monsfra sans cesse de la dernière incapacité pour les affaires. Elle n'en enlendoil aucune, elle n'en sentoit ny le poids, ny les difficultés, ny les conséquences. Celle-cy luy parut propre à confirmer et à entretenir le Roy dans la dévotion qui l'avoit en secret couronnée, à luy donner matière à la conversation, et à luy plaire de plus en plus par les occasions de le louer et de l'admirer continuellement. La Chaise, borné à son fait quoyqu'avec beaucoup de sens et d'honneur, n'estoit pas dans une place à s'opposer à ce qui estoit j)résenlé comme un grand avantage pour la religion, et d'ailleurs point homme d'Estat à en sentir touttes les conséquences; et Louvois, qui ne les comprit que trop, y Irouvoit son double avantage en ce que l'exécution, telle qu'il la méditoil, ne se pouvoit faire que par des trouppes, conséquenniient par luy à qui cela alloit donner des rapports continuels avec le Roy, (juc la paix rendoil plus rares, et en ce qu'un

pareil événement alloit aliéner pour longtemps tous les protestants de l'Europe, elles porteroit à la guerre, qui est ce qu'il désiroit le plus ardemment ; et ces deux raisons l'entraisnèrent à procurer touttes les horreurs de l'exécution. Colbert, le seul homme qu'il eust pu craindre dans le partage du secret et seurement j)Our l'opposition ferme et bien soustenue, estoit mort depuis deux ans. Ainsy, parfaitement libre, il picqua le Huy de la gloire d'exterminer des gens qui ligués ensemble et soustenus par les Puissances estrangères de leur communion, avoient tenu teste à tous ses prédécesseurs, depuis François \^\ et tuust abalus qu'ils se trouvoient, ne perdroient jamais l'espérance de se relever, ny celle de parvenir à faire un Estât dans l'Estat, avec toutte l'indépendance et les formes à quoy ils avoient toujours tendu, Ainsy, gloire, autorité, politique', leligion, tout fut mis i en avant sans contradiction de personne, et sans que le Roy charmé d'une si belle proposition y formast la moindre difficulté. Tout aussytosl donc on mit la main à l'œuvre. Avec la révocation de l'édit de Nantes, il parut une foule de déclarations qui se suivirent, plus cruelles les unes que les autres. Les provinces furent remplies de Dragons qui vescurent à discrétion chez les huguenots de touttes les conditions, et (jui joignirent les tourments corporels à la ruine, dont beaucoup moururent enlie les mains de ces bourreaux. La fuitte estoit punie comme l'opiniastreté dans l'hérésie, et les galères furent remplies des plus honnestesgcns et des plus acommodés, comme les })risons de leurs femmes et de leurs filles. Une infinité se rachepta de la tiranie par des abjurations simulées; les Dragons qui les ruinoient et les tourmentoient hier, les menoient aujourd'huy à la messe où ils abjuroient, se confessoient et

22* l'AliAlLKLE

commuiiioieiil IdiiL de suille, sans rcmottiv le plus ^()llvenl" au lendciiiaiii. La pluspart des évesques se pieslèrent à celle al)oniiiialioii, où les inlendanis des provinces présiduieiil. C'esloit à qui se signaleroil le plus. Le Roy reccvoit à lous moments des listes d'abjurations el de communions par milliers de tous les endroits des divers diocèses ; il les montroil aux courtisants avec épanouissement ; il nageoit dans ces millions de sacrilèges comme estant l'effet de sa piété et de son autorité, sans qu(î poisonne osast tesmoigner ce qu'on en pcnsoit; et chacun au contraire se distinguant à l'envi en louanges, en applaudissements, en admirations, tandis que chacun estoil pénétré de douleur et de compassion, et que les bons évesques gémissoient de tout leur cœur de voir les orthodoxes imiter contre les hérétiques ce que les tirans paycns el hérétiques avoient fait contre la vérité, les confesseurs et les marlirs ; ils pleuroient amèrement celte immensité de sacrilèges et de parjures, et tous les bons catholiques avec eux ne pouvoient se consoler de l'odieux durable et irrémédiable que de si détestables moyens répandoient sur la religion.

Le Roy sccroyoit un apostre ; il s'imaginoit ramener les temps apostoliques où le baptesme scdonnoit àdes milliers à la fois, et celle yvresse soustenuc par des éloges sans fin en prose et en vers, en harangues et en toultes sortes de pièces d'éloquence, luy tint les yeux hermétiquement fermés sur l'Evangile et sur l'incomparable différence de sa manière de })rescher et de convertir d'avec celle de Jésus- Christ et de ses apostres. Cependant le temps vint qu'il ne put ne pas voir el sentir les suittes funestes de tant d'horreurs. La révocation de l'édit de Nantes, sans le plus léger prétexte et sans aucun besoin, immédiatement suivie des

proscriptions, des supplices, des galères, sans aucune distinction d'âge ny d'estat, le long pillage des Dragons auto- — lise partout, déchira les familles, arma parents contre parents pour avoir leur bien et les laisser mourir de faim ; dépeupla le royaume et transporta nos manufactures et presque tout notre commerce chez nos voisins et plus loin encore; fit fleurir leurs Estats aux dépends du nôtre, remplit leurs pais de nouvelles villes et d'autres habitations, et donna à touttc l'Europe l'effrayant spectacle d'un peuple si prodigieux, proscrit, fugitif, nud, errant sans aucun [^^^ crime, cherchant un azile loin de sa patrie. L'expulsion 1 des Maures, dont l'Espagne n'a pu se relever, esloit une bonne leçon. Les Huguenots n'avoient plus rien en eux qui les pust faire craindre; il falloit gaigner leurs ministres peu à peu par des bienfaits, et les principaux d'entre eux ; les réduire tous de fait, mais sans déclaration publique, au seul négoce, aux arts, aux métiers, et les nobles et les plus riches à vivre de leur bien sans nul employ civil ny militaire ; réduire peu à peu le nombre de leurs presches pour les leur rendre plus incommodes par l'éloignement, et les induire à les moins fréquenter ; d'ailleurs ne leur point faire d'injustice, ne leur chercher point querelle, ne les distinguer en rien sur l'utile, biens, imposts, etc., des catholi([ues, se bien mettre dans l'esprit que la religion se persuade et ne se commande point, et qu'elle ne peut s'eslendre que par la voye que Jésus-Christ a enseignée et pratiquée, et a})ièsluy, ses apostres et les hommes apostoliques; eutiii, par une conduilte douce, sage, unie, suivie, pratiquer la charité (jui est l'ànie de la religion ; surtout se garder, par la révocation de l'édit de Nantes si solennel et dans son temps si utile, et une révocation destituée de toulte cause et de tout prélexte, de confirmer

226 l'.VUALLÈLE

les hérétiques dans la l'iineste opinion (ju'ils ont liés malheureusement prise du supplice de Jeaii Hus et d'autres événements, qu(U'E;4lisocalli()li([ue a pour maxime qu'elle ne doit point garder la l'oy aux héréti([ues, maxime abominable en soy, qui a pu l'eslre de quelque furieux, mais qui ne fut ny peut jamais eslre celle de l'Eglise, maxime ioutesfois que les hérétiques n'ont pas imaginée et ([ui est une des choses qui h's éloignent le plus de la véritable religion. La plus légère instruction eust fait sentir auKoy du premier coup d'œil l'abysme où rinlercst particulier le poussoit, et la plus petite réflection luy auroit montré loutte la gloire de son héroïque père , qui après avoir justement et pleinement dompté et abatu le parti huguenot pour jamais, ne luy en laissoit plus aucune de ce costé-là, non pas mesme celle qu'il croyoit tirer d'une persécution si cruelle et si peu méritée, puisque celle-là mesme, s'il y en eust pu avoir, il ne l'eust pas recueillie si les travaux de son incomparable père ne luy eussent pas tout aplani, en luy laissant ce parti sans force et sans aucun moyen de la plus légère deffense. On verra bientost qu'à l'immense playe intérieure qui fut le fruit si amer de cette horrible exécution d'un si pernicieux conseil, se joignit une grande guerre, comme Louvois se l'éloil bien promis, et que dès cette année la fameuse Ligue d'Augsbourg se prépara, n.gaie. Innocent XI, Benoist Odescalchi, qui estoit lors assis sur

le Saint Siège, ne fut ])as la du[)pe de cette action prétendue si religieuse; il n'en vit que la politique prétendue, et en détesta les saciilôges et les horreurs. La Régale l'avoit Propositions du irrité, plus cncorc Ics propositions du clcrgédc 1682 qui France de 168-2. soustenoieut Ics véritables maximes de la discipline de tous les siècles et les libertés de l'Lglise Gallicane, qui

n'en sont que la pratique soustenue fermement jusqu'alors contre les prétentions ultraraontaines ; et l'affaire des franchises qui vint après acheva de brouiller le Roy avec ce Pape. Le Roy vint à peu près à bout de ses prétentions de régale, mais il fit céder honteusement le clergé sur les propositions de 1682, [ce] qui fut une playe à la religion, à la vérité, à la couronne, telle qu'elle ne se peut représenter, et qui s'est fait sentir cruellement depuis et maintenant plus que jamais. A l'égard des franchises qu'il fallut enfin céder au pontificat suivant après Franchises. les plus grands éclats, il faut convenir que cette préten^ tion estoit insoutenable en elle-mesme par les désordres et l'impunité des crimes qui en résultoient tous les jours, et par l'espèce de partage d'autorité souveraine dans Rome, sous les yeux du Pape, de tous les ambassadeurs. Innocent XI se lassa d'un abus qui s'estendoit tous les jours. L'Empereur et les Rois d'Espagne et de Portugal consentirent au retranchement des franchises. Louis XIV seul s'y opiniastra avec cet éclat qui n'est ignoré de personne. L'ambassadeur qu'il y envoya exprès fort accompagné ne put jamais estre admis, et revint excommunié sans avoir pu voir personne à Rome.

Un mot éclaircira ce qui a esté dit (jue ce monarque ne i^o'^ l'oy»' fit point de bastiments publics, quoyqu'il en existe quelques uns de son règne. La ville construisit le pont Royal au lieu du pont Rouge qui estoit de bois, en danger tous les hyvers de tomber, et qui estoit tombé en effet. Les Invalides, qui est un monument superbe, fut tout en- Hostei des inva. lier de Louvois qui en establit tout l'entretien sur les trouppes et les offices militaires, avec un ordre qui a illustré ce règne et a fait l'admiration des estrangers. Mais il faut tout dire. Les Invalides auparavant n'estoient pas

228 PARALli:LE

moii^s bien cntrclemis : on les plaçoit dans les abbayes royales sous le tillre de moines laies, lesquelles esloienl. obligées de les nourrir, veslir, entretenir de tout, sains et malades, et d'en rendre compte. Mais on ne })eut nier (|ue la magnificence de lliostel des Invalides, qui est d'une grande décoration à Paris, ne frappe tout autrement les yeux de tout le monde et l'imagination de ceux qu'on y relire que ne pouvoit faire cetl<? dispersion de moines laïcs, quoyque le mesnie objet fust également rempli. Louvois qui se complaisoit extrêmement dans son ouvrage, y avoit choisi sa sépulture, et en effet on l'y porta dès qu'il fut mort; mais le Roy ne l'eut pas plutost appris (|u'il envoya ordre de le transporter ailleurs, et il fut enterré aux Capucines, qu'il avoit fait bastir poui- le Itoy parce qu'il avoit fallu abattre leur premier couvent pour faire l'iacede la place de Vendosme. Elle est aussy de l.ouvois ([ui la fit

lie Veiulosme. , i i -i i> i <

quarree pour y placer la bibliothèque du Hoy, le balancier \ l'imprimerie royale, les Académies et le Grand Conseil qui se tient encore en maison de louage. Cela composoit très utilement un beau monument public ; mais Louvois n'eut pas plutost les yeux fermés, que le Roy envoya ordre d'en couper les coins en pans tels qu'on les voit aujourd'huy, et n'y voulut que des maisons et rien de public, ce n'a esté que pendant la Régence que le duc de Noailles, pour obliger le chancelier d'Aguesseau, obtint de M. le duc d'Orléans d'y joinrhe quelques maisons ensemble pour y faire la chancelerie, dont il n'y avoit jamais eu à Paris.

Mme de Montespan avoit basti au faubourg Saint-Germain

la communauté de Saint-Joseph, où elle s'estoit retirée,

dont il est sorti de si niagiiifi((U('s ouvrages en meubles et

saiiit-cyi . en ornements d'église. Mme de .Maintenon, pour faire mieux

Page 1