TROIS PREMIERS ROIS ROIRRONS
MAY 17 if.
(il parallèle pairaitoiiiciil exact cl hislorique (rilcnry IV, de Louis XIII et do Louis XIV, demanderoit des volumes à qui entreprendi'oit de comparer louf enti'eux, j)ai- le uoinl)re d'cvénemeiits arrivés sous leurs règnes, et pendant que Henry IV n'a esté que Roy de Navarre et chef de parti. Un ouvrage si vaste seroit peu curieux. ])aice qu'il seroit Dessein, surchargé (rime lépétiliou liislurique don! la siiillc es! si publiée par le grand nombre d'histoires et de mémoires particuliers (|iii sont entre les mains de tout le monde. On se conleiilcia donc de les supposer connus, et de ne s'estendrcque sur ce qui l'est pent-estre le moins, (jni est le caractère particulier de chacun de ces trois Monarques, noyés dans le nombre des événements de leur règne, presque toujours dèliguréspar lignoiancc, la llatteiie, la haine, l'interest particulier, et de les comparer tous trois ensemble par ce ((u'ils jieuvtMit avoir i\o commun ou de dislinctil".
J'ay longtemps souhaité que quelqu'un bien instruit s'avisast de faire ce parallèle. Je ne dissimuleray pas que rimpalience de l'injuslice si communément faitte à Louis XIII. entre son père et son tils. ne m'ait mis de tout
-2 l'AKALLKLE
Iciups le (Irsii- de le rc\cii(li(|iicr. dmis r('s|)iil cl ciicofc plus dans le cd'iir. Je l.iy iccoiiiKtissiiiil : iikiii |(ùrt' a dcii à ce Piiiicc loiillc sa lurliiiic, nuty j)ai' cuiis(''(ni('iil tout ce ((lU'jcsuis. Toiil ce «incj'ay me iciracc ses J^iciilails. J'ufliMids en \aiii (|ii(' (jiichjiraiilit' de ceux (jn'il a combles, cl plus (iiii.dilc que iiuiy, s'en souvienne assés pour lirei* son bieiiraiclcnrd'iiiie oj)|)ression si peu siippoilable ; personne ne s'y pcéscnle de]»nis (ant d'années : à la lin l'indignalion de rinnratilude cl de rignorance me niellent la jilumc à la main, mais sons la plus scnipnlense direelion de la vérilé la |dns exacle (pii seule donne le piix à loiil avec la coidlaïKc.
Position il 11 IV- liieii II esl j)liis dilïéreiil que le sont les conjoiicliires
renie lirs
trois lYinc.s. qm <iiil ven naislre ces trois Monarques, cl. celles encore
lli-nrv IV. Son • , ., ., .,,,.. . i i i-
é.iûc:itio!i. parmi lestjnelies ils oui prisl adinmislialion de la rrance. liieii aussy de plus dilTéreul que Icni' position juuticulière de famille dans ces deux événemeuls. Le premier naquit en décembre L'j.jÔ, sous le iè<iiie d'Henry II. à la veille des troubles qui pensèrent accabler la France par ses propres mains, etoster la couronne à laMaison Royale, qu'il luvlul réservé de léparer et de conserver. Fils d'un jière titulaire vainemenl de la couronne de ISavarre. moins fort ([ue les tempestesdoni sa vieliil agitée, et qu'il jierdil en novembre 1502. Henry n'a vaut jias encore neul' ans accomplis, et d'une mèie courageuse, que rien ne put abattre que le poison (|ui liiy lui donné pour présent de noces de son fils en l'>72, letjiiel navoit pas dix-neul' ans accom})lis, et pour préliminaire de l'exécration de la Saint-Bartliélemy.
Ce lut donc à l'éctde de l'adversilé, mcsmc de la pauvreté et de touttes sortes de hesoins, (pi'llenry IV l'ut lîoniri. au milieu des dangers de la Cour où il lui marié
comme par force avec une Princesse galante qui par les désordres de sa vie rendit encore plus anière celle de son espoux, et sa conduitte infiniment embarrassante par la naissance de cette espoiise et par la haine personnelle que Catherine de Médicis porta toutle sa vie à ce Prince. Les pièges de ses retraittes dans ses païs, et en Guyenne, ne luy furent pas une instruction moins fascheuse et moins continuelle; elle paiti chancelant, peu heureux, sans cesse ahatu et se relevant de ses ruines parmi le feu des guerres civiles, l'endurcit aux fatigues du corps et de l'esprit, aux contretemps, aux désastres: luy apprit la guerre, la nécessité de se faire aimer et estimer par celle qu'il avoit de contenir des secours volontaires, de les augmenter, d'en réparer les brèches, et de se faire suivre sans argent et par la seule affection à sa i)(>rsonne et à son parti. Heureux d'avoir esté sous la discipline du plus avisé capitaine et (hi jilus sage et du plus honn(»sle homme de son temps, mais qu'il eut le malheur de ])erdre prcs(|u'en mesme temps que la Reiîie sa mère, c'est-à-dire à la Saint- Barthélémy où ce grand homme fut si indignement massacré pour l'ouverture de cette abominable tragédie ; et Henry IV n'avoit pas encore dix-neuf ans. Ses plus affectionnés, péris ou fugitifs de cet infâme massacre, luy retenu dans les chaînes à la Cour, forcé pour sauver sa vie de se faire catholique, puis de suivre le duc d'Anjou au siège de La Rochelle, et de revenir à la Cour avec luy, plus gardé à veue que jamais jusqu'à la mort de Charles IX, et au retour d'ilemi III de Pologne. On ne peut que le plaindre de ses malheurs sans aller encore au delà. Echappé enfin de sa prison de la (^our avec autant de dextérité que de courage au bout de près de six ans du plus périlleux esclavage, sur la fin de février 1576, il n eut
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|i;is |t|iisl<)sl ;:;ii^iir >;imiiiir, (|iril \ ir|iiil solciiiiicllciiu'iil l:i religion (in'oii \':\\n\\ loicé d'ultjurt'r, cl (|iii biciilusl :i|iivs le (il chrï' dii |i;iili (jn'nn fivoil cru cslciiil pnr la Sniiil-I!;!! lliclciny cl (|ui se icjirodiiisil ])i'cs(|iraussy i)iiiss;iiil (|iril ;i\iiil l'stc. Cr lui ;'i liiy de iiutulicr alors ce. (pTil sravdil l;iirc piir liiy-iiicsiiic. Il avdil perdu le IViiico (le lidiidé, suii oiiele iialcnicl, 1<' chef véiilahle du parti hugueudl, lue de saiig-IVoid cuniuie on sçail, à la liu de la balaille de J;nnac en mars 1569, et en 11)12 sa magnanime cl jirudentc mère, et son sage, politi(|ue cl vaillant conducteur, le grand amiral de Coligny. C'est maintenant que ce Prince va paroistre de son chel'. Arrestons-nous poui- quchpie temps b celte époque.
louis XIII. Son Louis XIII, lié le jeudi 27 septembre 1601, perdit le Roy
éducation. ,../ , r> i n ^•"
son père le jeudi 14 may 1610, n ayant pas encore dix ans. Sa naissance fut Tépoque de la fin des travaux d'IIenrv IV et du rétablissement de l;i France, devenue entre ses mains riche et Ilorissjinle. Les neuf aimées que ce Monarque survescut au bonheur d'avoir un Dauphin, se passèrent dans la ])lus jjrofonde paix, dans la jtlus haute considération de loutle l'Europe, dans la }»lus parfaite liaïKjuililé iidéiieure du royaume, dans les alliances au dehors et des améliorissemeuts au dedans, et un amas continuel d'argent, d'artillerie, d'armes, et de tout ce que peut une conduite sage et suivie qui médite de grands projets de loin, et que ce Prince alloil exécnler (|niiiid des perfidies trop connues tranchèreiil le fil de ses glorieux jours.
il ne se peut dnnc rien de jjIus dissendjlable que les conjonctures de la naissance et des premières années du père et du fils; Ion d;ins la nudité, la panvrelé, les dé-
tresses d'imparti toujours accablé, toujours se mainteuauL par la ruse, par la force, par la politique, par les pénibles ressorts d'une union qu'il falloit toujours radouber, parmi les embusches, les périls, les feux des guerres civiles et des dissentions domestiques, luttant contre la religion véritable et dominante, contre l'autoiité royale, contre les embusches de touttes les sortes sous lesquelles tous les chefs succombèrent à la fin. L'autre, né sur le premier trùne de l'Europe, et devenu le plus puissant, le plus respecté et le plus riche, dans la tranquilité la plus entière au dehors et au dedans, et parvenu à la couronne au milieu de cette splendeur.
Mais que stîrvent tant d'avantages quand ils ne sunt qu'extérieurs? et de quoy nuisent les deliois difficiles et pauvres ([uaiid on sçait en faire un gi-and usage? Jeanne d'Albi'ct v('rtutMi>e. courageuse, instruitte par ses besoins, nécessairement appliquée à son petit Estât, à son parti, à sa famille par les orages dont elle fut si continuellement battue, donna une excellente éducation à son lils, l'instruisit et le fit instruire par ce qu'il y avoit de meilleur dans son parti; et il y avoit d'excellents hommes en tout genre qui luy apprirent, sans luy abattre l'esprit, non des sciences vaines et fades pour un Prince, mais tout ce que devoit sçavoir un Prince qui avoit b(>soin de tout et qui n(^ poiivoit prospérer qu'à force de courage, de suilte et d'industrie, et <|ui devoit lutter sans cesse contre les tempestes du dehors et du dedans. L'esprit, le courage, la volonté se trouvèrent dans le Piince. Une nécessité continuelle l'appliqua et l'éguisa ; il eut pour maistre le plus sage et le plus honneste homme de son temps, le plus grand capitaine, le plus adroit à tirer parti des événements les plus fascheux et à relever son parti de
SCS cjiiilles ol lie ses plus «grandes ])Ciles, le plus habile à le tenir uni et à parer tout ee qui j)ouvoit le diviser: entin le plus désintéressé, le plus prudent, le plus aimé et le plus estimé dans sou parli dont il lut toujours l'âme et le soulicn. le jiliis autorisé chez les cstrangers dont il sçavoit s'appuyer pour des secours et pour les négociations ; le plus considéré du parti contraire, et le plus généralement respecté et admin'* ]iour ses vertus.
Tel lui raniirnl de C-oligny, si peu heureux et si digne de l'estre et d'un meilleur parti, qui tut le conducteur des premières années d'Henry IV dans les armes et dans la politique; et ce Prince bien instruit par la Reine sa mère, dans la dépendance de laquelle il vivoit, et laquelle ne lut jamais (lu'un avec l'amiral, le prince, dis-je, se vit dans l'heureuse nécessité d'eslre docile et de bien apprendre, en mesme temps que la liberté qu'on luy laissoit d'ailleurs honneste, lui estendoit l'esprit au lieu de le restreindre et de l'émousser ; et qu'il trouvoit son instruction en mesme temps que son plaisir dans la société continuelle non seulement des jeunes gens par la licence des armes et des partis, mais des chefs et des principaux du militaire et du politique, qui le formoient aux armes et aux affaires par un commerce que l'un et l'autre luy rendoient continuellement nécessaire.
Marie de Médicis au contraire nageant dans la prospérité, impérieuse, jalouse, bornée à l'excès, toujours gouvernée par la lie de la Cour et de ce qu'elle avoit amené d'Italie, a fait le malheur continuel d'Henry IV et de son fils et le sien mesme, pouvant estrc la plus heureuse femme de l'Europe sans qu'il luy en coustast quoy que ce soit que de ne s'abandonner pas à son humeur et à ses valets. Henry IV tout occupé du gouvernement et de ses
plaisirs, sentoit tout le poids du domestique le plus désagréable. Il accordoit tout à la Reine et aux dominateurs de son esprit, partie par crainte du fer et du poison, partie pour avoir repos et patience. La Reine ostoit maistresse de ses enfants et de sa Cour particulière sans en estre de plus douce humeur avec le Roy. On admire la facilité de Tun, pour ne pas dire sa foihlesse, et In diirelé de Tenipire que l'autre exeiroit sur luy. Lt; peu qu'en dit M. de Sully dans ses mémoires, fait sentir jusqu'à quel excès l'un et l'autre estoit poussé, quelle estoit la terrible humeur (|p la Reine, et quelle l'audace de ces âmes viles et mercenaires qui la gouvernoient. Leur interest fut donc suivi en tout par une Princesse qui ne se définit point d'eux, qui n'esloit contente qu'avec eux, qui ne voyoit et ne seconduisoit que par eux. Lcuis désirs les plus ardenis estoient de lavoir vcfvc et rt'i^cnlc |Miiir régner eiix-mesmcs sous son nom. ef avec une aiilorih'» qui mist h couvert celle qu'ils comploient bien d'usurper, et tous les usages qu'ils se proposoient d'en faire pour.s'enrichir et dominer à découvert.
Pour nrriver à ce but et jouir, trnnquilement de leur fortune, il falloit à cette Régente un tils qui n'eust que le nom de Roy, et dont la majorité ne troublast point leur puissance. Aussy fut-il élevé avec les précautions les plus convenables à remplir leurs veues, et conséquemment les plus nuisibles au jeune Prince. On le laissa croupir dans l'oisiveté, dans l'inutilité, et dans une ignorance si parfaitte de tout, qu'il s'est souvent plaint à mon père dans la snitte en parlant de son éducation, qu'on ne Iny avoit pas mesmc appi-is à lire. On eut soin d'écarter toutte la Cour de luy. C'estoit un crime si connu et si redoutté d'approcher seulement de son appartement, qu'il n'y
s l'MîM.I.i'.l.K
vovoil (|ii(' (|ticl(|ii('^ v.ilcls Ilicii clidisis par criix de sa iiiri-t'. et (iii'uii cliaiii^coil dès riiislaiil (|iii' les iii(|iii('ltiul('s (h' coux (jiii ^oiivcnioii'iit la lU'iiic m intMioiciil le plus léger oiiibi-agcj M. de l.iiyiics lui riiiii(iii(' cuiirlisau (|iii put avuii- leur allaclic pour aiiiiiscr l'ciUMiy (\\i Dauphin toujours cidcniK' dans son appailciiicnl, cl i|iii cul assés d'adresse pour se inainlcuir dans la HlM'ilé de l'approelier. Ils ne eraignoienl iiy ses alliances ny ses établissements; il eut la souplesse de les l'assurer sur son esprit et sur l'usage (ju'il en poni roit l'aiic : il lui aiusy 1res longtemps l'unique ressource du jeune l'riuce dans sa léelusion et les duretés sans nondnc cpi'il épronvoil. il sei'oit surprenant (jue Luynes n'en eusl pas prolité, luy qui y avoit tourné touttes ses veues, (>l qui! n'eiist pas saisi l'esprit et le cœur d'un eidanl i\ t\\\\ on laissoil à peine voir le jour, et qu'on ne s'applitjuoit qu'à abatlic par la solitude, lignorance et la plus austère contrainte et captivité, dont Luynes étoit le seul qui l'approchast et qui inventoit des amusements d'oiseaux et dr vujcrics pour luy l'aire passer le temps dans cette espèce de prison.
Telle estoit la triste situation de Louis XIII quand il perdit Henry IV. Personne n'ignore avec quelle jtrésence d'espi'it, avec (|ncl dégagement, avec quelle indécence la Reine et ceux (pii la possédoient receureni une nouvelle si funeste et qui devoit les sui'prendre et les accabler comme le reste de la Cour, de Paris, du royaume ; et on n'ignore pas non plus les plus (jue soubçons répandus à leur égard sur ce crime, ny les mesures avec lesquelles Ravaillac fut interrogé, gardé, exécuté. La Reine au comble de ses désirs et ceux qui la j)ossédoient au plus liant ])ointde la fortune, ne pensèrent qu'à en profiter et à resserrer la prison du nouveau Hoy, (ju'ils rendiient de j)luscn plus inaccessible.
DES TUOIS UOIS. 0
Les troubles que leur misérable gouvci'nenieut excita fui-ent suivis d'une assemblée d'Estats-Généraux déplorable, et du voyage de Guyenne en armes contre le parti opposé au mariage d'Espagne, qui s'y célébra en novembre 1615.
Le Roy sacré, majeur, et marié, n'en devint ny plus libre ny plus instruit. 11 estoit souvent refusé de la permission de s'aller promener. La mareschale d'Ancre Teiivoyoit l'aire taire quand il luy iaisoit trop de bruit au dessus de sa chambre, et il l'alloil obéir sur-le-cliamp, ou estre maltrailté après de la Reme sa mère jusque là qu'elle luy donna nu jour un soufflet ; et c'estoit sans cesse des choses aussy difliciles à supporter sans estre jamais meslées de la moindre douceur, ny de la plus légère liberté. Luynes mesme ne pouvoit l'entretenir teste à teste que les soiis quand il se meltoil au lit. sous prétexte de l'endormir. Ce fut là aussy où il le lit résoudre de s'affranchir et de régner en arreslant le maresclial d'Ancre, et en éloignant pour un temps la Reiiie-.Mére. Luynes avoit pris toulles ses mesures sccrettes pour prollter de Testât insuportable où le Roy estoit réduit, et de la haine publique que ces estrangers et le mauvais gouvernement de la Reine leur avoienl attirée par leur insolence et leur tyrannie. Il attendit en habile homme que tout son dessein fust bien arrangé pour le proposer au Roy. C'estoit le tirer de prison pour le faire monter sur le trône.
Le Roy consentit donc à une si douce proposition qui Maresciiaid'Anci lut aussytost exécutée au delà de ce qu ilavoit permis, car detfensesiespiu il réitéra plusieurs fois à Luynes la défense expresse d'at- réiiTrles îie tenter à la vie du mareschal, et sur le point de l'exécution, s'estant mis sur sa fenestre pour le voir arrcster dans la cour du Louvre, il envoya encore réitérer la mesme défense à Vitry. Le mareschal tué, il en fut en colère et ne put
Louis XIU.
10 l'AHAI.I.KF.i:
csti'fe appaiMM|ii(> par lesproteslalioiis (pii liiy liiiciil (aittes (le la nécessité iiirvilaMc où Viliy s'csioil trouvé contre un Iiomiiic plus accomi»a|^iit'' (ju'il ne l'esloit luy-mosmo, qui s't'sloil mis eu délV'iise cl qui aliuil livrer un couibal clans la poile (lu Louvre, dont l'événement ne pouvoit pas estre douteux pour luy, et doiil les suitics ne pouvoieni aussy n'estre qu'horribles. L'exéculion achevée (pie Luynes n'avoit garde de ne faire qu'à demi, pour se délivrer des relours et pour succéder à la fortune du mareschal d'Ancre, il ne liiy lïil pas difficile de faire appuyer les protestations de Vilry, quoyque parfaitement fausses, et que le mareschal eust esté tué d'abord sans avoir eu loisir, ny pas un de sa suitle, de se mettre en la moindre défense. Mais ce coup qui étourdit tout le inonde, qui esteignoit une tyrannie universcllemi'iil abhonvc. cl ipii portoit en mesmc temps les ex(V cuteurs au pinacle, ne put estre qu'applaudi par terreur, par espérance, par bassesse, et il ne se trouva pas une seule voix qui osast ne pas confirmer tout ce que Vitry voulut alléguer.
On sçait la relraitte de la Reine-Mérele inesme matin, et le changement entier du gouvernement, toiittes ses créatures chassées, et tous h's anciens ministres rappelés dans leurs emplois. Cet événement arriva sur les huit heures du matin, le 24 avril 1617. Louis XIII n'avoit donc que quinze ans et demi. Pour peu qu'on veuille considérer cet Age, son éducation, la diirett' de resjtèce de prison où il avoit esté jusqu'alors si soigneusemeiil retenu, l'insolence extresme des vils possesseurs de la Reine sa mère, et la façon don! il estoit traitté d'elle et par eux, on s'étonnera uiii(juenient des delfenses si réitérées d'ath'uter à la vie du mareschal d'Ancre, et on verra sans surprise qu'il y ait esté trompé, et qu'avec toutte sa colère et son regret de n'avoir ])asesté
obéi, il ait succombé a la tromperie et aux suppositions qui luy furent faittes en excuses, et qu'il ait enfin esté persuadé par un concert unanime d'asseurances et de protostations, d'une nécessité qui n'avoit pu estre évitée. Les mesmes raisons disculperont ce Prince des procédures exercées contre la mareschale d'Ancre et de l'abandon qu'il eut pour Luynes, son libérateur.
Laissons ce prince en ce premier moment de liberté et d'autorité, et voyons les premiers commencements du Roy son fils.
Louis XIV naquit sur les onze beures du malin du di- Louis xiv. son
* , éducation.
manche 5 septembre 1658, au milieu de la plus forte guerre de la France contre l'Espagne, qui dura longtemps après qu'il fut parvenu à la Couronne. Vingt-deux ans de stérilité de la Reine sa mère rendirent extresme la joye de sa naissance. Il perdit le Roy son père le malin de la fesle de l'Ascention, 14 may 1645, n'estant âgé que de quatre ans près de huit mois. S'il eut le bonheur d'avoir une mère plus douce, plus tendre, plus mesurée que celle dont on vient de parler, il eut le malheur de tomber avec elle et avec l'Estat entre les mains d'un obscur Italien dont l'unique interest brouilla tout, perpétua la guerre, et mit par deux fois le royaume à deux doigts de sa perte, Italien qui posséda la Reine-Mère tant qu'il vescut, et qui fut Roy absolu toutte sa vie. Le désir de le demeurer sans obstacle luy fit prendre à l'égard de Louis XIV les mesmes précautions qui l'avoient esté pour Louis XIII. Il se fit le surintendant de son éducation, et prit sous luy un gouverneur dont il fut bien asseuré comme l'homme de la Cour le plus souple, le plus dévoué à la servitude et à la fortune, et le plus propre à remplir les veues pour les-
12 l'AiiAi.i.Ki.r;
(jiii'llcs il liiv (loima rfllc [ilacc. Aiiisy le lluy, sans rien l'pnnivi'r (le dur. ne lut {^iiùrc moins |)ris(nini('r (juo l'avoil osti' le Rov son père, il l'ut élevé dans la niesnie ignorance, et personne n'approchoit de luy que le |)nr néc(;ssaire à son service et à son aniusemcnl. clioisy pai' le cardinal Mazzaiin. Ancnn courtisan ii'osoil crilitM- clicz luv, mais chez luy il avoil liberté toutlc entière.
11 n'a pas laissé depuis de sentir et de se plaindre de son éducation, et il a racoidi' (jii('l(|ii('lbis avec une sorte (ranicrliinie (ju'il estoil abaiidoiuié an p(»int qu'on le trouva une l'ois tombé dans le bassin du jardin du Palais Royal où la Cour logcoit alors, et où il csloit allé tout seul. Toulte sa minorité se passa en divers succès de guerre. Les édits bursaux dont on eut besoin pour la soustenir, et plus encore la haine d'un gouvernement estranger et fort estranger, causèrent des troubles qui parlialisèrent toulte la France et qui tirent sortir la Cour de Paris par deux fois. Paris barricadé, bloqué, le Parlement capitulant avec la Cour, et se liant contr'elle avec les autres Cours et avec plusieurs princes et seigneurs, firent sentir au Roy de bonne heure les épines de la royauté. La détention du fameux Prince de Condé, du Prince de Conti cl du duc de Longueville, 18 janvier IG50, leur délivrance, 15 février 1651, les mouvements des provinces, la sortie du royaume du cardinal Mazzarin, qui n'y estoit plus en seureté, le mesmc mois de la liberté des Princes, et son retour à la fin de la mesme année précédé de la majorité du Roy, a!)outirent à une guerre civile entre la Cour cl le Prince de Condé, tandis que la guerre se conlinnoit au dehors. Le Roy, après plusieurs voyages, fut témoin des effets de la guerre civile en beaucoup de lieux ; la Cour n'y fut pas sans danger; les environs de Paris en devinrent enfin le princi-
pal tJiéàtre, et la Cour vit de la hauteur du Mont Louis, depuis maison de campagne des Jésuiltes, le fauxbourg Saint-Antoine disputé entre M. le Prince et M. de Turenne j)ar un long et sanglant combat donné le 2 juillet 1652. Il fut suivi d'un estrange tumulte à l'hoslel de Ville, enfin de la retraittc de M. le Prince avec ses trouppes et ses partisans aux Pais-Bas. où il servit trop utilement les Espagnols, à la teste de leurs armées jusqu'à la paix des Pyrénées et au mariage du Roy.
Mazzarin, forcé une seconde fois de sortir du royaume presqu'aussylost après le combat de Saint-Antoine, le gouverna de Kruhl où il s'estoit retiré chez l'Électeur de Cologne, et revint joindre la Cour au voyage de Guyenne, le 3 février 1C55, où Bordeaux se soumit avec le reste de la province, tandis que la guerre se continuoit au dehors. Elle fut beureuse jiarloul en 1054. et c'est l'année où le Roy fut sacré, le 7 juin, n'ayiuit pas encore seize ans. Les années suivanb's eurent divers succès jusques au 8 may 1659, que les deux Couronnes convimcnt dune suspension d'armes. La Cour vil à Lyon celle de Turin, où les nouvelles d'Espagne romj)irent subitement le mariage de Savove qui estoil connne arresté. Le voyage continua en Provence, en Languedoc, enfin eu Guyenne. La paix se traitta entre les deux premiers ministres et se conclut enfin par le mariage du Boy, son entreveue et de la Reine sa mère avec le Roy d'Espagne Philij)pe IV dans l'isle des Faisans dans la Bidassoa, le retour à Paris, et Pentrée de la Reine dans cette capitale, le 26 aoust 1660. Ce fut le dernier ouvrage du cardifial Mazzarin. 11 estoit plus maistre que jamais et sans le moindre voile; nuiis cette énorme puissance ne le garantit pas de la mort. Il termina sa vie M Vincennes, le 9 mars 1661.
1t PARAtLÈLE
C'est à celle é|)0(iiic où le Roy commença à régner. Les trois cJuLa- Aiissv solidemciil lelcnu dans l'ignorance et la solitude
lions comparées, efleclive que l'avoil esté son père, par les veues semblables
des deux lleiiics Iciiis mères, et d(>s i)ersomies qui les gouvenioitiil, mais (raillé avec beaucoup de douceur et de mesure pour loul ce (jui n'alloit point à l'inslruction et à la comnumicaliou, il osa plus aussy que Louis Xlll dans ces premiers temps, et plus avancé que luy alors de quelques années. La Heine, (jui n'avoil d'austérité qu'en politique, le laissoit anmser avec les nièces du cardinal Mazzarin qu'il avoit lait venir d'Italie, et dont la beauté et l'esprit esloienl fort propres à ce qui s'appelle déniaiser un jeune liomme. Elles eurent bientosl les prémices de ses affections et de sa confiance. Approché deux fois avec la Cour à une très petite distance de ses armées sur la frontière de l'icardie et de Champagne, il fit deux parties de main pour les joindre, soit conseil des nièces, soit éguillon de gloire ou di; curiosité, soit connivence de la Reine et du cardinal (|ui luy en voulurent donner l'honneur et qui le firent bientosl revenir. Les nièces à la fin furent éloignées pour esleindre la passion que le Roy avoit coneeue pour l'aisnée, el qui malgré l'absence alla au point de la vouloir si bien espouser, que ce ne fut qu'avec touttes les inquietludes et les peines possibles, qu'on le fit consentir au mariage d'Espagne.
Louis XIII et Louis XIV eurent donc pour l'ignorance et la retenue une éducation à jieu près semblable, mais fort différente jiour le trailtemcnt j)ar la disparité de l'esprit et du sens des personnes qui en estoieiit les maislres. Ainsy le père fut abattu autant qu'il fut possible à ses tyrans ; le fils au contraire ne fut que retenu et du reste laissé à luymesme et à des plaisirs qui ne pouvoient luy rien apprendre,
innis qui nu luy ("'iiioussoient pas l'espi'il. Le père ne vit de longtcirips de guerres estrangères, et moins de troubles que de mouvements intérieurs jusqu'à la mort du mareschal d'Ancre. Le fils naquit et fut élevé dans le feu de la plus forte guerre estrangère et dans les guerres civiles les plus fascheuses, qui l'un et l'autre le firent souvent changer de lieu, et voyager presque par tout son royaume. Devenu grand parmi ces agitations continuelles, il n'estoit pas possible qu'il n'en cntendist parler souvent, et que ce qu'il entendoit ne le formast un peu malgré les soins de la lieine sa mère, et touttes les précautions de Mazzariu. L'adroitte douceur avec laquelle il en estoit trailté le leur rendit docile, quoyqu'il sentist combien il estoit retenu, et cette douceurestouffasi bien l'amertume de la retenue, qu'il aima presque le cardinal, qu'il eut une véritable tendresse pour la Reine sa mère; qu'il les laissa faire et gouverner sans y prendre aucune part ny leur donner lieu à la moindre inquiettude. Rien n'est donc si différent, quoyque dans une parité réelle pour le fond, que les années du père et du fils depuis leur naissance jusqu'au moment qu'ils prirent le gouvernement de leur royaume.
La différence est totale entre ces années de l'un et de l'autre d'avec celles d'Henry IV depuis sa naissance jusqu'à sa dernière sortie de la Cour. Tout y contribua à le former au monde, aux trouppes, à la politique, à la guerre, à luy éguiser l'esprit et le courage; besoins, dangers de toutte espèce, partis, nécessités, indigence, situalions continuellement forcées, commerce habituel et indispensable avec les hommes les plus versés au grand en armes et en politique, et parmi ceux de son parti avec des gens aussy intéressés pour eux-mesmes que pour luy à mettre tous leurs talents en œuvre pour en faire un grand
m pAUAi.ii;i,K
hoiiiiiic. (|iii |hinI t'iiiic |);ir les siens siibsislci' cl liioiiiplier Icui- |);irli. CCsloil loul le coulriiirt' des iii;iisli('s des prciiiiùrcs années de Louis Xlli el de l.onisXIV. dont l'inleresl capital les pnrla à ne rien onhlier |i(iiir nhinlir el anéaiitii' le |ireniiei-, el |)i)iir noyer 1 aniic dans lOisivelé el la j)lns pnilunde igiioranee^ .Mais llien cunlondit les jneniieis, et ne permit pas que les seconds eussent tout le succès qu'ils s'estoient promis. On ne peut laiic trop d'attention à la dilVérence des premières années de ces trois Princes jnscju'à l'époque où je me viens (raiiestor sur chacun. Prévenons maintenant leur règne, en l'éclaircissant d'avance, par présenter la difTérence que chacun des trois a éprouvée dans la disposition intérieure de sa famille, de son domestique, et dans la siiualion i^énérale de sa Cour et de son royaume.
Famille et do- llcury IV ii'eul |ioinl de lamille }ien(iaid pi'es(jne lonlle
mesliqiic . ' . , , -i • .
diiemy IV. sa vic, -Nv pcic. iiv mcie, iiy oiic Ics, ny tantes, cai- il n eut ' raié^defa" j«'Huais à comptcr avcc le cardinal de Hourbon, le l'antosme cour et du ^j^^ |g jjoiie, imbécille que les Guises manièrent sans cesse
royaume. P '
à leur volonté jusqu'à sa prison, où il mourut. Point de frères, mais ime sujur (pii tiop unie avec le comtt; de Soissons, son cousin germain, luy lit souvent de la j)eine, et mourut duchesse de I5ar, sans enfants, en février lOOi. Personne n'ignore ce qu'il eut à soul'lVir de la conduille plus que licencieuse de la Pieiiie .Marguerite, sa première femme, de la haine que luy portèronl tour à tour les Roys de Kraiicc ses l)eaux-rréres, et de la conslanle et ciuelle persécution qu'il éprouva sans cesse de la Reine Catherine de Médicis sa belle-mère, dont toutle la passion s'estoit tournée, depuis qu'elle n'espéra plus de pelit-lils, à faire tomber la eouidune sur les testes de son gendre et de ses
pelits-fils de Lorraine, par toultes espèces de moyens. C'est ce qui ajouta infiniment aux embarras et aux détresses exiresmes qu'il eut à parer et à démesler tant que Catherine vescut. A l'égard de la Reine sa femme, les mesures que sa situation toujours incertaine et dangereuse l'engageoit d'avoir pour elle par raport à la Reine sa mère et aux Roys ses frères, le contraignirent longtemps. Mais de la Reine sa femme il n'en eut jamais rien à craindre. Trop galante pour eslre bien méchante, elle se contenta de se livrer à ses plaisirs. Depuis la dernière sortie d'Henry lY de la Cour, il vescut peu avec elle et à la fin il s'en sépara. On sçait qu'il la relégua au château d'IIussonen Auvergne, les aventures qu'elle y eut, comment elle en sortit, et la considération réciproque, mesme avec interest et amitié, qui subsista entre eux depuis que par son consentement à la dissolution de leur mariage, elle passa le reste de ses jours à la Cour et à Paris où elle mourut en mars 1615, avec le tiltre et le rang de Reine.
Il n'en fut pas de mesme de la seconde femme (pTllenry IV espousa. On a veu en deux mots plus haut, quelle a esté cette Princesse (jui fut dès ce monde et longuement chastiée de ses forfaits de la manière la plus singulière, la plus éclattante et la plus inconcevable. Il y aura lieu de revenir à ce dernier article et à plusieurs autres qui l'ont précédé, préparé et causé.
Voilà pour le crayon de la famille et du domestique d'Henry IV. .\ l'égard de celuy de sa Cour et de l'intérieur (le son Estât, l'un et l'autre varie trop et trop entièrement, pour pouvoir estre séparé du crayon de sa vie et de ses actions. Il ne fut d'abord que Roy titulaire et chef de parti, ensuille Roy de droit fort peu de fait, moins monarque (pie chef d'un double parti jaloux l'un de l'autre, très
18 P.VUALLÈI.E
difficile à concilier, cl dans la cuiilimiclle dépendance de l'ambition et de riiilciest des principaux de ces deux partis, qui trop souvent ne luy csloicnt soumis qu'en apparence ; plus exposé que jamais au fer, au poison, à loultes suites d'enibuschesdu dehors et du dedans ; toujours l'espée à la main, sans demeure fixe, dans un besoin continuel de ciiacun, et dans une indigence qu'il falloit sans cesse surmontei' et réparci ; maislre et paisible à peu près au dedans dans la suilte, mais souvent au milieu des fermentations, et occupé à une guerre estrangère sur des frontières fort resserrées, toujours au milieu des trahisons. Enfin paisible, puissant depuis la paix de Yervins, mais toujours dans des périls et des embarras qui pour n'estre [tas si à découvert n'estoient ny moins pénibles ny moins à craindre, au milieu d'une Cour et d'un Estât où tout avoit esté personnage en son genre plus ou moins important ou élevé, ou pour ou contre luy, et qui auroient tous voulu l'estre encore; enfin une guerre pleine de trahisons au milieu des Alpes, suivie d'une paix profonde, mais altérée au dedans par les conspirations découvertes et cachées, sous la dernière desquelles à la fin il succomba.
Famille et do- Louis XIll fut uii (les plus malhcureux Princes qui ayent
inestique . . , !• ii i i
(le Louis xui. jamais este, en laïuiilc et en son domestique.
„ene- ^^^ mère telle qu'elle a desjà esté représentée et qu'elle
raie de sa
Cour et du
rovaunie.
la sera encore dans la suitte, Italienne, Espagnole, sans connoissance aucune et sans la moindre lumière, dure, méchante par liumeur et par impulsion d'autruy, et toujours abandonnée à l'inlerest et à la volonté de gens obscurs et abjects qui pour doiniiicr et s'enrichir luy gastoient le cœur et la leste, la rcndoieiit altière. jalouse, impérieuse,
intraitable, inaccessible à la raison et loujonrs diamétralement opposée à son fils et aux intcrests de la Couronne ; (le plus, changeante, entreprenante selon qu'elle changeoit de conducteurs et de gens qui la gouvernoient, leurs caprices et leurs nouveaux interests. D'ailleurs sans discernement aucun et comptant pour rien les troubles, les guerres civiles, le renversement de l'Estat, en comparaison de l'inlerest et des volontés de celte lie successive do gens qui disposoient tour à tour absolument d'elle.
Un frère qui, avec de l'esprit et le don de la parole, so laissoit gouverner avec la mesme facilité et la mcsme dépendance que la Reine leur mère; qui n'avoit aucun genre de courage avec très peu de sens et de discernement, des pointes de fougue qui l'exciloient aisément, et une foiblesse qui craignoit tout et ne sçavoit résister à rien ; toujours prest à brouiller et à s'en repentir, et roulant sans cesse dans ce cercle de révoltes, de partis et d'acconunodcments, sans sçavoir rien souslenir après l'éclat, ny se procurer un accommodement honnestc ; beaucoup moins à ceux (|ui l'avoient suivi, aussy facilement empaumé que séparé d'eux, et glissant avec une égale facilité des mains du Roy et de celles de sa mère et des partisans qui s'esloient attachés à luy. Malgré des deffauts si propres à le dénuer de (ont pai'ti il en (>ul toujours tant qu'il voulul, p.ii- l;i longue siérililé du mariage de Louis Xlll et la mauvaise santé de ce Prince, qui firent regarder Gaston vingl-deux ans durant comme l'héritier présomptif de la Couronne ; et depuis que le Roy, de plus en plus d'une santé menaçante, eut des enfants, firent considérer son frèic comme le fulur et prochain administrateur du royaume sous la Reine sa belle-sœur, avec qui il csloit de tout temps dans une
yf) PAa.M.LLI.K
liaison iiilimc ol porsonnellc, el i»;ii' la coinmuiiaiilr de
leurs haines et de leurs affeclioiis. I/iin et l'autre esloient
de longue main allachés à la Rcine-nière; rien u'avoit
pu diniimicr l'union qui s'esloil niiso ridre les deux Keines
dès le connnenccnicnl du mariage do Louis XUl, dont le
nœud cstoit la passion espaj^nole qui les posséda sans
cesse louttes les deux, <>! la haine onvorle qu'elles portèrent
aux ministres qui pensoieni à la Françoise, et aux personnes
à qui Louis XIII Irnioignoil le plus d'amilié et de confiance.
Annelulinvariahlenionlla mesme pnnrMarieet pour Gaston
dans Ions les trouhles qui arrivèreiil el dans leur éloigne-
ment, et si Espagnole que personne n'ignore la fuitte de
Mme de Chevreuse et de lleiinglicn hors du royaume, qui
fit après la rapide forluno de ce valet, dont le prodige
s'est conliniic depuis dans loutte sa postérité. Ce fut la
suitte, et à l'instant, de l'éclatante aventure du Val-de-Grâce,
où le chancelier Séguier se conduisit avec tant d'art que le
Uoy fut content de luy, et ([u'il ne laissa pas d'y rendre un
si signalé service à la Reine qu'elle ne l'oublia jamais, et
qu'elle combla depuis Séguier et les siens. C'cstoit donc
d'une mère, d'un frère uniipie, et d'une espouse que
Louis XIII avoit continuellement à se garder. Ce malaise
domestique estoit extresmc et continuel : sa douceur, sa
patience, sa vertu, ses égards et ses soins n'avoient jamais
pu l'adoucir, et ce malheur avoit sans luy commencé et
continué avec sa vie.
Anne arrivée en France bien insiruilte de l'inclination toutte espagnole de Marie el de ceux (pii la gouvei'noient, el qu elle avoit toujours voulu et enfin conclu son mariage malgré les Princes du sang et les principaux personnages du royaume, informée de sou humeur et de l'estrangc empire qu'elle et ses vils conducteurs exerçoient sur son
fils, s'attacha tout d'abord à elle et se jetta à eux. Elle eu fut si bien reçeue, que l'amitié s'y mit que les interesls communs lièrent de plus en plus par l'Espagne, et leur unit Gaston, que sa mère et ses dominateurs élevèrent pour l'opposer au besoin au Roy son frère, en faire un chef de parti et leur protecteur comme ils y réussirent. Telle fut la cause de la grandeur de Richelieu et des favoris qu'eut Louis XlII. La Cour et lEslat estoient encore remplis de personnages en tous genres qui l'estoient devenus par les partis de la Ligue et huguenot, et qui après la fin de ces malheurs, vaincus par Henry IV, estoient demeurés fort considérables et fort considérés. Louis XIII ne pouvoit se livrer à pas un d'eux qui tenoient tous fort étroittement encore, les premiers aux Espagnols et aux ullramontains, les seconds aux protestants d'AUemague et d'Angleterre, à la Hollande et jusqu'au Nord. Les premiers avoient peine à se défaire de cet esprit de domination que leur parti avoit exercé avec une si longue et si pernicieuse tyrannie ; les autres de cet esprit d'indépendance et de ces funestes veues d'avancer toujours peu à peu dans h'.ur ancien projet d(î former un Estât dans l'Estat, et une manière de république dans le royaume : tous deux appuyés de puissances estrangères avec lesquelles ils conservoient chèrement <■( réciproquement une dangereuse liaison ; les premit'rs se promettant tout du génie espagnol et ullramontain des deux Reines ; les seconds un appuy certain de leurs places de seureté et de leurs protecteurs estrangers pour les maintenir par l'interest de ces mesnies puissances; et l'un et l'autre à l'abri du nom de leur religion.
La foiblesse du Gouvernement qui avoit succédé à celuy d'Henry IV rendoit plus dangereux les personnages nombreux de ces deux partis, dont la sourde fermentation
22 l'AUALLÈLE
se (aisoil soiilii-. Dans celle siliialioii de fauiillf, de Cuur et (l'Eslat. où Louis Mil Jie jtouvoil Iroiiver iiy eoiifiance, ny seurelé , iiy re|>os, il ne piil ([iie se livicr à ses liiiiiislres, dans l'i^^noiance tnlale on il avnit esté roleiiu, el cheicliei- soeiélé, lepos, éjianeliement indispensable dans un eslat domestique si violent, parmi (pielques gens de son âge ù peu près, et qui par leur fortune et leurs entraves n'esloient point à craindre, pour se délasser de ses peines, de ses eniuiys, de son travail, et pouvoir \ivre familièrement et seurement avec quelqu'un. D'ailleurs une légère difficulté qu'il avoit dans les organes de la parole le reiidoil timide pour les conversations eu public.
laniiiie .t iio- Louis XIV éprouva nn sort bien différent de celnv du
nii'>lique ' "
ijc Louis XIV. Roy son i)ère dans sa famille, dans son domestique, dans
MliKition gêné- "^ .... , .
i,.!e «le s.i sa Coui' et dans la disposition de son royaume. Jamais
i:our iM (lu ' <• i • I II II f ) 1 •
royaume. 1 iiuce II y Hil SI complellenient lionreux. Je ])arle depuis la mort du cardinal Mazzarin jiis(|u'à celle de ce Daupliiii dont les liommes n'estoient pas dignes, et de son espouse née jxnu' faire les délices du monde, ce qui comprend plus de cin(|uante ans.
Une mère transportée de la paix et du mariage d'Es- [)agne, ravie des respects que le Roy son fils, conduit par elle, par le cardinal Mazzarin et par leurs créatures, s'estoit accoustumé à luy rendre, et de tout l'extérieur de crédit, d'autorité, de considération et de part aux affaires et au gouvernement qu'il lui donnoit. n'avoit des yeux que pour liiy, el les ferma sagement aux galanteries et aux autres clioses qui pouvoient Iny faire de la peine. Un frère unique magnifiquement apanage qui avec une grande valcui, ne fui jamais qu'une femme;
plus souple, plus limide, plus courtisan que pos un de ceux qui à quelque prix que ce fust voulurent fnire fortune; content de son estât, abatu sous une passion qui le jendit esclave de ses divers favoris, et contenu par eux dans la crainte du Roy son frère par celle qu'ils en avoient eux-mesmes; leur maisfre et eux toujours satisfaits à propos par l'argent que le Roy sçavoit répandre. Une espouse sans aucun esprit, qui l'adora toute sa vie nonobstant tant et de si continuelles causes de jalousie, pieuse et vertueuse au dernier point, et plus Françoise et plus attacliée à la famille où elle estoit entrée qu'une Françoise naturelle, jusqu'à avoir marqué sa joye de la naissance de son second petit-fils par le désir et l'espérance qu'il deviendroit Roy d'Espagne, comme il est arrivé; contente d'ailleurs des égards et de la considération que le Roy luy lesmoigna toujours, et des respects d'une Cour nombreuse et florissante, (l(»ut le R(»y se montra sans cesse plus attentif et plus jaloux pour elle que pour luy-mesme. Un fils unique fait exprès pour l'estre d'un tel père, à condition loutesfois de ne parvenir pas à une couronne qu'il n'eust pu porter par l'imbécillité de son esprit, de son courage, de son discernement, de ses senlimeufs, de sa volouté; par une invincible ignorance et une ineptie parfaitte d'apprendre, de retenir, de penser; avec cela une crainte du Roy, une timidité à son égard qui le rendit toutte sa vie un entant à la lisière, sans oser rien, sans crédit pour les plus petites clioses et sans la moindre liberté. Des petits-fils élevés dans la mesme crainte, la mesme dépendance, qui ne cbercbèrent ({u'à luy plaire, dont l'aisné conquit enfin son admiration et sa confiance; le second ne régna que sous ses ordres et son administration, et le troisième plus trcm])lant devant luy, s'il se
24 l'AIiAI.I.Kl.t;
poiiyoit, que tous ses coui lisaiis, suivit do près son incomparable aisnc avant la mort du Roy. Un neveu ])loin d'esprit, de eonnoissaiices, de valeiu', souvent poussé à de légères érhapées, mais plus respectueux, plus souple, jilus trend^laiil dcvaiil le Roy son oncle (pTon ne le peut exprimer. Des Trinces du sang asservis sons le mesme joug, qui se disputèrent entr'eux de servitude. Une Cour abalne sous le poids dosa crainte, de son autorité, jusque du moindre de ses regards, dont les plus grands avoienl perdu jusqu'au souvenir du personnage qn'avoient rempli leurs pères; et un royaume monté tout entier au ton de robéissance aveugle; en un mot, tout devenu peuple et vil peuple devant luy, et sans bouche ny action que pour s'épuiser en respects peu différents de l'adoration, en soumission sinonime à l'esclavage, en louanges les plus semblables à rapotliéose. Tout sans exception rampant devant ses bastards et ses valets principaux, ses ministres, les intendants et les financiers de la dernière espèce. Avec tant de bonheur, la ])lns égale et la plus parfaitte santé; et peiuhint longtemps les plus grands capitaines, les plus capables ministres au dedans et au dehors, la plus grande abondance, et le règne le plus brillant, le plus autorisé, le plus glorieux nu dehors, el toujours au dedans le ])his prolondémenl Iranqiiile. La ligure en tout la })lus parl'aitle, la plus imposante, pleine de grâces les plus naturelles jusqu'au son de sa voix, une majesté prodigieuse, facilité à parler toujours dignement ; adresse et justesse corporelle à tout, et insensible aux injures du temps; enfin, pour combler moins sa louange que son bonheur, peu touché des pertes des gens qui esloient les plus nécessaires au gouvernement ou à la conduite de ses armées, et à celles des personnes qu'il aimoit el dont il s'occupoit
DES TROIS ROIS. 'i5
le plus tendrement, si on en excepte uniquement Madame la dernière Dauphiue.
Tons les grands avantages qui peuvent former un héros comparaison ( lurent donc uniquement du coste d Henri 1\ ; tous ceux ji, domestiqu. qui font un Roy respecté sans poiuo et heureux en tout tiois'ifovs^et t sans travail, s'accumulèrent pour Louis XIV; tout ce qui ^^ jeVrCouï°eui peut abrutir et accabler un jeune Prince, tout ce qui peut ioy;.iune. rendre insupportable ce qui doit estre le plus cher et le plus consolant, tout ce qui peut rendre un règne dègoustant, pénible, laborieux, et jusque dans les succès Ui plus dénué de toutte satisfaction et le plus triste, fut le partage de Louis XUl ; c'est ce ([iii vient d'cstre démonstré en peu de mots, surtout si on compare les charmes qui suivirent les travaux d'Henry IV et les succès de Louis XIV, avec les tristes victoires de Louis XIII sur les partis de sa mère et de son IVère, et ses d(»idoineuses conqucstes dans son propre royaume partagé entre les restes funuuits encore de In Ligue et du parti huguenot armé et fortifié à ses dépends, et luttant sans cesse pour s'alTranehir enliu de toutte dépendance.
La guerre est un fléau, qui est le chastiment des pas- Guene et gu.'i sioiis des hommes depuis (]ue la confusion des langues en a fait des peuples divers ; et comme leurs passions ont toujours subsisté depuis d'âge en âge, la guerre s'est fait continuellement sentir chez tous les peuples du monde avec peu d'interruption jusqu'à nos jours. La valeur, et l'art de sçavoir faire la guerre est donc nécessairement devenu un point capital chez tous les peuples, et leur consentement général qui y a attaché l'honneur et la gloire dans toutte la suitte des siècles, y ajoute ce que les
liomiiK's coiiçoivciil de plus rclallMiil et do plus fluUeur, au besoin le \)\\\s continuel de la conservalion des possessions réciproques, à quoy la cupidité a sans cesse auguienlé le hrilianl des conquestes. C'est ce tout ensemble qui éblouit dans les béros et dans les grands capitaines, jusqu'à leur passer de grands vices et de grandes ruines, et (jui a lait dire sur Alexandre que tandis qu'on punit de mort les petits voleurs, on élève des autels aux grands. La valeur et la capacité à la guerre, les succès qu'on y obli(>nt et leurs heureuses suittes, sont donc sans contredit la plus grande parure des Princes et des particuliers, et celle qui a le plus de pouvoir et d'usage de consacrer leurs luims à rinimortalité. Si un monarque orné de ce talent qui impose si fort aux hommes en abuse, il ne travaille que pour soy, il acquiert un grand nom, il fait trembler ses voisins, il leur fait la loy, mais c'est aux dépends de son royaume; tandis qu'au dehors tout retentit de ses exploits, de la terreur qu'il impriiue, de la gloire qui l'environne et qu'il augmente chaque jour, tout au dedans gémit et pleure ; ses peuples accablés périssent de faim et de misère, et indépendamment des revers si communs dans les armes, ce Prince laisse un Estât ruiné, et la haine et la jalousie de ses voisins pour héritage, qui sçavent bien profiter du temps de se mettre pour toujours à couvert des ruines et des périls qu'ils ont essuyés d'un si dangereux voisin, et de son royaume si longtemps en estât de le rendre tel, mais à la fin épuisé, comme on voit de nos jours qu'il est arrivé à la Suède.
Si au contraire un monarque doué de ce grand talent militaire, l'est encore de sagesse, d'équité, de modération, sa gloire augmente à proportion de ses talents politiques;
DES TROIS UOIS. 2'
il est craint, respecté, mais estimé au dehors ; il y fait sentir puissament le danger de s'attirer ses armes, et les moyens équitables de les éviter, et d'en estre mesme protégé en se conduisant à son égard avec raison et justice ; il devient le défenseur, le protecteur de ses alliés qui ont toutte confiance en sa parole inviolable, et au dedans il est le père et les délices de ses peuples au bonheur desquels il sacrifie la gloire des conquestes qu'il pourroit faire au delà de celles qui suffisent pour assurer la gloire solide, le repos et la richesse de son royaume qu'il laisse puissant, abondant à son successeur, avec la paix et l'amitié de ses voisins.
Ne considérons d'abord dans nos trois monarques que leurs talents militaires, et de quelle manière ils ont usé de leurs armes ; je viendray après à leur gouvernement.
Rien n'a manqué à Henry IV pour acquérir tout le solide ^'^^jV,',^gj;5''|;^-' et tout l'éclat des talents militaires. Nécessité extresme en luy, avec la vigueur de corps endurci dès son eufance, la valeur la plus brillante, le plus indomptable courage d'esprit dans les revers et les détresses, école d'adversité, exercice continuel des armes, les plus giands maistivs en cet art, et les plus intéressés à n'oublier rien pour faire de ce Prince un guerrier qui les surpassast en tout s'il esloil possible; en luy toutte la disposition d'esprit, de corps, de volonté, de nécessité pour ])rof]ter de leurs leçons et de leur conduitte. Ajoutons riiabitude d'une indispensable familiarité avec tous par besoin et par un genre de vie meslé indispensablement avec tous et à toutte heure ; la passion et l'interest de tous d'avoir un héros à la teste de leur parti, et d'en faire un d'un Prince qui vivoit avec
«Mix cominr Vuu d'cMilr'ciix. (jiii sciiloil (oui lo bnsoiii du s'acquérir K's cdMirs, cl ([ui s'c^sluit (ail imc habitude do tout ro qui poiivoit lui réussir à ce di^sseiu. jusqu'à se conduire mieux (|u liniiiiue ail jamais lait dans cette sorti! de (aient (jui luy estoil devenu naturel et tout particulier; la jiusition loreée dans bujuelle il se li'ouva si longtemps, jointe à sa valeur naturelle et à réyuillon de la {gloire qu'il sentit vivement lonltc sa vie, et souvent beaucoup trop en simple gendaiMue, (]ui luy fit souvent aussy prodiguer sa vie, et quelquefois avec peu de nécessité en simple carbin * ; et ce fut une chose qui le rendit encore plus cher aux siens. Il en usa ainsy à Contras, à Ivry, aux sièges de l'aris, de Chartres, en divers autres, surtout en celuy de Noyon et Houen, et aux rencontres qu'il eut avec le Prince de Panne après la levée de ce siège. Ce luy fut en ces occasions une conduilte nécessaire pour gaigner une grande j'éputation et se la ((inlinuer, acquérir les cœurs des Irouppes et leur confiance, animer tout son parti par estime et par le inesme moyen se rendre redoutable au parti opposé ; devenii' l'âme et loulte l'espérance du sien, reconnoistre au milieu du danf-er le couraue, la conduitte, la capacité, la volonté de ses chefs, et les tenir de court, sans leur parlei-, par son seul exemple, et par la nécessité où il les mil toujours de combattre et d'agir sous ses yeux. Mais ce qui est sagesse, vertu, nécessité mesme dans un chef de parti et dans un Roy véritable, mais qui par le iii.iliieui' des temps l'est moins en effet que
1. Ce mot est peut-èlre une faute de copiste, soit que Saint Simon ayant écrit Corbin ait voulu parler des gentilshommes , au nombre de cent, qui composaient une compagnie des Gardes du Roi, et qu'on appelait les becs-à-corbini soit qu'il ait écrit Carabin. Plus loin, page 100, ou rencontre le mot carabinier, employé par Saint-Siinon.
chef d'un meilleur parti, n'est plus la niesmc chose dans un Roy etfcctif, reconnu dans son royaume et dans presque toutte l'Europe, qui ne fait plus une guerre civile, mais véritablement cstrangère, et qui par une longue suite d'actions et d'années, est parvenu personnellement à la première réputation militaire du courage et de la capacité.
On ne peut trop louer Henri IV de la fermeté et de la promptitude avec laquelle il vola à réparer la perte si subite, si peu attendue et si fascheuse d'Amiens, et l'exemple qu'il donna à tout ce qu'il y eut de grands, et mesme (le dignes de soubçon, de l'y suivre et de l'y assister ; mais on ne peut sans une dangereuse flatterie, luy accorder des louanges de s'estre exposé à ce siège autant et aussy souvent qu'il avoit fait à ceux où il s'agissoit de tout pour luy et de convertir par la force et le succès de ses armes son filtre et son droit en réalité. Il peut estre encore moins excusé de la chaleur de jeune particulier qui le jetla ilans le plus grand [léril an cond)iit de Fontaine- Françoise, le plus inutile qu'il ait couru en toutte sa vie, et qui pensa tout perdre avec luy à la dernière fin d'une guerre que ses ennemis ne pouvoient manifestement plus souslenir. S'il se monslra plus modéré dans les Alpes, on peut dire qu'il ne le fut pas encore assés, et que cette retenue eut moins la sienne pour principe, que le défaut des occasions où un monarcpu; tel (jue luy pust paroistre. Cela est si vray qu'il en monslra la preuve dans ce chemin racourci et si périlleux, qu'il préféra à un autre un peu plus long mais seur, avec opiniastreté, pour aller voir les batteries que M. de Sully avoit failles avec tant d'art et de danger devant Montmellian, et (|u"il fit au petit pas tout entier y alUuit et revenant, toujours sous le feu des ouvra-
ges de la place, sans autre précaution que n'estre presque point accompagné. Si on no peut pai'donnei- à l'àgc et au gi'atle la piirlic de main de cette mesme halleiie (jik^ Grillon' cul la folie de proposer à M. de Sully, ny celle de ce (]\\r (le lavoir acceptée, (pic diie d'iui aussy grand Roy (pie llcm-y IV, et cai)itaine au.ssy consommé, de s'estre si longuement exposé par une gayeté à peine pardonnable à un jeune honnne ({ui fait ses premières armes, qui saisit la [)rcmière occasion qui se présente de monstrer ce (]u"il vaut, et qui n'est boime qu'à establir parmi les trouppes une réputation de valeur ? Convenons après tout, que ce deffaut est cehiy des liéros, et qu'on ne peut refuser de reconnoistic pour tel un Prince qui a passé presque toutte sa vie dans les plus grands périls et les plus grandes actions de la guerre, et dont la valeur et la condnille militaire a sceu reconquérir son royaume sur ses plus puissants sujets, sur l'Espagne et l'Italie, se mettre d'effet la couronne sur la lesl(\ la porter longtemps en paix, avec la plus liante réputation et la transmettre réparée et florissante à sa postérité.
eiiusmiiitairus Tout luaiHiua, commc on a veu, à Louis XIII; c'est trop
de Louis Xlll. . ,. , . ..
peu dire, rien ne lut oublie pendant sesdix-huit premières années pour luy oster toutte existence, toutte lumière, tout moyen d'en acquérir en quelque genre que ce pust estre. Quel contraste en ce point si capital et si totalemcnl influant sur toutte la suitte d'une vie, entre son père cl luy! Si donc son père, avec un si prodigieux avantage, s'est fait admirer par la valeur et par la capacité de la guerre, car il ne s'agit icy que des armes, quelles louanges ne seroient