Tous les temps
l'insolence, les complots, l'inlercst de dominer sous la régence de leur maistresse, avec qui il n'eut jamais la force de se monstrer le maistrc, et de se déruire d'une si dangereuse et si fâcheuse canaille, sous laquelle enfin il succomba. C'est ce qu'on voit en mil endroits de M. de Sully et des autres Mémoires de ces temps. Qui peut comparer une telle foiblesse avec un tel courage d'esprit et de cœur dans un mcsme homme ! Et qui ne demeurera stupidc en considérant un contraste si prodigieux ; mais qui en mesme temps ne déplorera pas les pernicieux effets de l'amour, et qui ne redoultera pas ce cancer dévorant, infiniment plus dans un monarque que dans tout le reste des hommes.
Le jeu fut une autre passion d'Henry IV qui, tout mesnager qu'il fust, et quelquefois trop par l'impression qui luy cstoit restée de sa première et si longue indigence, le mena souvent bien loin. Quelque sérieux et importants que soient les Mémoires de Sully, on ne peut s'empescher de se divertir des colères de ce surinlendant sur ce point, et de sa plaisante aventure là-dessus à l'Arsenal, en môme tems qu'on admire sa franchise et sa fermeté là-dessus avec Henry IV.
Si on admire la bonté et la familiarité de ce Prince avec tous, qu'il avoit puisée dans les besoins de son premier estât de chef de parti, on ne laisse pas d'appercevoir outre l'habitude, une continuation, quoyque moins forcée, de la mesme nécessité dans tous les temps de sa vie, soit pour ses affaires, soit pour ses plaisirs. Ces charmes surprennent le cœur des lecteurs dans un temps si dissemblable en ce genre, mais ils ne doivent pas offusquer leur esprit, ny l'empeschcr d'en discerner et les causes et le but. Si on examine de près le génie d'Henry IV et sa conduitte envers les siens et avec ses ennemis, on ne s'éloignera guère de
ce qu'en dit la duchesse de Rohan dans l'éloge de nom qu'elle donne de ce Prince, et qui est imprimé dans l'Estoille. Le respect deu à un si grand Roy m'empeschera de m'cstendre davantage sur un point si délicat.
Mais il n'est pas possible de renfermer sous le mesme silence une autre foiblesse d'Henry IV, si dissonante d'un héros tel qu'on ne peut s'empescher de le reconnoistre : je veux dire la jalousie de valeur et de capitaine. Elle fut fatale à plus d'un, et porta au mareschal de Biron un coup plus mortel que n'avoit pu faire son crime, tout inexcusable qu'il fust. De celte source, des vanteries et des traits de jeune homme dans une réputation éclatante et dans un âge avancé, et une soif de louanges qui n'avoit qu'indécence et petitesse; tant il est vray que dans les plus grands hommes, l'humanité perce partout. Un article bien plus fascheux est celuy de la Princesse de Condé. Peut-estre eust-il esté plus à sa place dans celuy des amours d'Henry IV, peut-estre aussy se trouvera-t-il mieux dans celuy de son gouvernement, pour lequel je l'ay réservé.
Si Louis XIII, avec tant de désavantages, vient de paroistre Mœurs
pour le moins égal à Henry IV en vertus militaires, de
combien ne le surpasse-t-il pas dans ses mœurs ! Ce n'est
pas que l'amour n'ait point eu de prise sur luy, mais il a
sceu s'en défendre et le dompter. Je ne craindray pas d'en chasteté incomparable donner la preuve transandantc, quoyqu'aux dépends de deLouisxiii.
, , , . \ . , , ,•,.,. Mlle d'Uautefori.
mon père ; c est un hommage que je dois a la vente et a un si grand exemple, et mon père qui m'a souvent raconté ce fait si rare, me sçauroit gré luy-mesme, s'il estoit au monde, de l'usage que j'en fais icy. Il estoit fort jeune et fort galant, il avoit six ans moins que Louis XIII, il n'estoit pas dans un âge à se faire un scrupule des bonnes for-
lunes, ny à comprendre qu'un homme bien amoureux s'en tint là volontairement.
Les M6moircs.de ces temps-là sont pleins des empressements de Louis pour Mlle d'IIautefort, fille d'honneur de la Reine ; du goust si marqué qu'il avoit pour elle, et de la cour que les ministres, les généraux, le cardinal de Richelieu môme, luy faisoient. C'est la première fille qui soit devenue dame d'atours de la Reine, et la première qui, sous prétexte de sa charge, ait esté appellée Madame, quoyque fille, parce que Louis XIII voulut lui donner ces deux distinctions. Il parloit d'elle à tous moments à mon père qui, estonné de ce que tout se passoit en soins et en discours auprès d'elle, imagina que le Roy pcut-estrc embarrassé de luy faire des propositions, seroit fort aise d'en cstre soulagé par un autre. Il dit donc enfin au Roy qu'il avouoit qu'il ne le comprenoit pas ; que depuis longtemps il cherchoit Mlle d'IIautefort partout ; qu'il ne parloit qu'à elle ; qu'il n'estoit occupé que d'elle ; que, dès qu'il estoit en particulier en liberté, il ne parloit que de ses charmes, qu'en un mot il en estoit passionnément amoureux; qu'il estoit jeune, bienfait, Roy de plus, qu'il n'avoit aparament qu'à dire un mot pour estre heureux ; que s'il estoit embarrassé de le direluy-méme, il s'offroit de parler pour luy et luy répondoit que ce seroit avec un prompt succès. Louis XllI l'écouta jusqu'au bout, puis luy dit : « Vous me parlez bien là en jeune homme qui ne pensés « qu'au plaisir. 11 est vray que je suis amoureux ; je n'ay « pu m'en défendre, parce que je suis homme et sujet aux « sens ; il est vray que je suis Roy, et que par là je puis « me flatter de réussir si je le voulois ; mais plus je suis « Roy et en estât de me faire écouter, plus je dois penser « que Dieu me le défend, qu'il ne m'a fait Roy que pour
« luy obéir, en donner l'exemple, et le faire obéir par tous « ceux qu'il m'a soumis. Plus je suis amoureux, plus je « ne puis me surmonter assés pour ne pas rechercher à « voir et à parler de celle qui m'a blessé les yeux et le « cœur, plus je dois faire d'efforts pour me surmonter « moy-mesme; et si je me permets des amusements que les « occasions et l'humanité m'arrachent, plus je dois estre « en garde contre le crime et le scandale, et demeurer le « maistre de moy-mesme. Je veux bien vous faire cette « leçon et vous pardonner votre imprudence ; mais qu'il « ne vous arrive jamais d'en faire une seconde de cette « nature avec moy. » Saint Louis eust-il pu parler un autre langage ? Ouelle pureté d'âme ! Quelle force sur soymesme, quel prodige dans un jeune Roy amoureux ! Mais quel contraste avec son père et son fils, et avec presque tous les Roys du monde ! Mon père demeura muet et confus. Ce grand et rare trait luy fut présent le reste de sa vie, et le combla sans cesse de la plus grande admiration. Cette dame d'alours, dont la conduilte a toujours esté fort entière, fut longtemps depuis la seconde femme du maréchal de Schomberg, que sa première femme avoit fait duc d'ilalluyn.
Mlle de La Fayette plut après elle à Louis XllI, lequel Miie en usa avec la mesme vertu qui 'depuis sa naissance l'a fidèlement accompagné jusqu'au lomheau.
A la pureté des mœurs sans taclie et sans l'ombre la plus légère, ce Prince ajouta une modestie qui accompagna touttes ses actions. Il ignoroit qu'il estoit brave ; il singulière moue se souvenoit qu'il sçavoit commander que dans les de louIs'xiii. occasions et les moments nécessaires ; il oublioit après ce qu'il y avoit du sien dans ses exploits, et jamais ce qu'il y avoit des autres à qui il en donnoit louanges et récom-
La Fayetle.
penses avec autant de plaisir cl aussy peu de jalousie pour ses généraux et ses premiers capitaines, que de discernement pour le gros des officiers. Inaccessible aux louanges pour soy au point qu'il les tarit, qu'il en voyoit combler le cardinal de Richelieu et d'autres, de celles mesmcs qui luy csloienl uniquement deues, non seulement sans les revendiquer, sans en estre le moins du monde choqué, mais avec une tranquilité incomparable : et c'est ce qui a fait passer à la postérilc une infinité de grandes choses sur le compte du premier ministre el de ses premiers capitaines, qui n'estoient deues qu'à luy seul. C'est que ce Prince sçavoit allier l'honneur et l'interest de sa couronne et de son Estât avec le mépris et le détachement de soy-mesme ; que sur le trosne il connoissoit l'humilité, qu'il la sçavoit pratiquer avec décence extérieure, mais en effet à ses propres dépends ; que sans monstrer rien de singulier au dehors, il sçavoit vivre en pénitent et offrir à Dieu d'assidus sacrifices ; qu'il méprisa le monde et sa figure qui passe, quoyqu'au faiste de la grandeur et de la puissance, et que, cette puissance et cette grandeur, il ne les considéra jamais que comme un talent qui luy estoit confié duquel il devoit rendre compte.
Ce ne fut donc ny à la licence de ses mœurs, ny à la présomption ou à la hauteur de sa conduitte domestique, qu'il deut les chagrins dont il fut sans cesse accablé par ses plus proches. On ne répétera point icy quels furent sa mère, son frère, son espouse, puisqu'on en a d'abord tracé les caractères, et l'usage auquel divers interests les tournèrent sans interruption, et si pernicieusement, contre sa personne et contre son royaume. Il trouvoit sans cesse des ennemis de l'un et de l'autre dans ces trois personnes à qui la nature l'avoit lié si inséparablement, qui luy
ostèrent non seulement la douceur, mais le repos de sa vie. On l'a desjà dit; c'est ce qui le réduisit à en chercher dans le choix de quelques favoris, et dans l'amusement de la chasse dont il aima touttes les sortes, mais dont la dépense ny le temps ne cousta jamais à ses affaires ny à ses sujets. Il estoit mesme scrupuleux à réparer le tort que ses chasses pouvoient faire. Mon père m'a conté que ce Prince estant au vol, cette chasse s'arresta assés longtemps dans un champ où le bled commcnçoit à pousser, qui fut si maltraitté du piétinement des chevaux, qu'il luy ordonna de payer le propriétaire sur le pied d'une année commune de récolte. Mon père le fit, et curieux après de sçavoir ce que seroit devenue cette production, il apprit qu'elle avoit esté comme dans les meilleures années.
Personne n'a révoqué en doutte la solide et parfaite Piété soUde
el judicieuse d"
piété de Louis XIII. Assidu à la prière, atlentii aux nonnes Louis xiii. œuvres de toulte espèce, prompt à soulager, abondant en aumosnes, et libéral avec choix el discernement sans prodigalité ; patient et résigné dans les contretemps, les épines domestiques, l'embarras des affaires, le dérèglement des esprits et la conduittc des grands et des moindres, quand le bien de TEstat ne s'y opposoit pas, surtout dans ses maladies et ses longues souffrances, et défiant de soymesme avec lumière. C'est cette dernière qualité d'une part, el son mépris des louanges et de soy-mesme de l'autre, qui Font fait accuser de foiblesse et d'esire gouverné mesme malgré luy, car il ne faut rien pallier, tandis qu'il ne se déterminoit jamais que par l'examen et la persuasion ; et qu'il est arrivé plusieurs fois à mon père, de qui je le tiens, de se voir réveillé en pleine nuit par le cardinal de Richelieu, dont il n'estoit ny l'ami particulier, moins encore la créature ny l'obligé, qui arrivoit seul dans sa
chambre, et qui se jeltoit sur son lit, s'écriant qu'il estoit perdu : luy contoit sa détresse et luy demandoit conseil et secours. Il y a bien loin de cela à estre le maistrc et le tiran do son maistre. Je passe lôgèrement icy sur cet article de foiblcssc, qui sera mieux traitlé en parlant de la partie du gouvernement.
La sobriété de ce Prince sur le vin et la table, sans y rien retrancher du dehors qui luy convenoit, ce fut encore une de ses vertus. Il n'en eut pas moins pour le jeu et pour toutte sorte de luxe personnel et de goust, et les festes ne furent pour lui que des bienséances de son estât royal, où il ne dépensa et ne perdit de temps que ce que les conjonctures ne permettoient pas d'y refuser.
S'il ne tesmoigna pas la mesuie familiarité d'Henry IV, c'est que les conjonctures furent très différentes. Autre est la position d'un chef de parti et ensuitte d'un Roy de droitmais longtemps peu d'effet, et qui manquant de pouvoir, d'argent, souvent de vivres et de trouppes, a un pressant besoin de tous, se laisse aller pour la suitte d'un règne puissant aux habitudes qui l'y ont establi et contractées de toultc sa vie; et autre est la position d'un monarque né sur le trosne et un trosne non contesté et bien affermi. Aussy jaloux de son autorité que son père, mais bien moins accoustumé que luy au manque d'obéissance et de respect, il y parut aussy plus sensible et plus difficile à couler et à glisser sur ces sortes de fautes. Ce point, qui joint la justice de si près, sera mieux traitté dans son gouvernement, ainsy que ce saint et si rare titre de Juste qu'il a mérité par excellence.
Mais s'il fut sensible, il ne fut pas moins bon. II aima et distingua la vraye noblesse, le mérite, l'aage, les dignités, les charges, les emplois, les services, avec un sage
et juste discernement. Il détesta etempescha la confusion, les insolences, les entreprises; il voulut l'ordre et la règle partout, il monstra sans cesse qu'il estoit persuadé que sa grandeur consistoit dans le nombre et la distinction des divers degrés qui s'élevoient depuis les plus bas jusqu'à celuy des fils de France. Ainsy sa familiarité estoit mesurée à ces mesmes degrés, et dans ses particuliers par son goust, mais là mesme avec mesure, dignité et bienséance. C'est ce que mon père m'a raconté bien des fois. Cette petite difficulté qu'il avoit dans la prononciation, contribuoit fort à le rendre timide et retenu en public à parler, mais elle ne diminuoit rien de l'agrément de l'accès et de cette sorte de politesse mesurée et distinguée suivant Testât de ceux qui l'approchoient, et qui se marie si heureusement avec cette honncste gravité qui relève la majesté des Rois. Transmettrois-je icy un mot de ces derniers temps sur les statues d'Henry IV, de Louis Xlll et de Louis XIV placées dans Paris, à propos de ces dernières, contre lequel personne n'a réclamé. On dit donc alors qu'on les avoit posées suivant l'inclination de chacun des trois monarques qu'elles représentent. Henry IV sur le Pont-Neuf avec son peuple, Louis Xlll dans la place Royale avec sa noblesse, et c'en estoit le quartier particulier lorsqu'on l'y posa, enfin LouisXlVavec les financiers dont le quartier, en effet, est tout autour des places des Victoires et de Vendosme. Ces vérités, puisées dans les sources contemporaines les plus pures, font voir que les mœurs de ce Prince n'admettent aucune comparaison possible avec celles de son père ny de son fils, auquel il faut maintenant passer.
Ce n'est pas sans effrov que j'entre en cette carrière; il Mœurs
^ J 1 J ^ de Louis XIV.
s'agit d'un monarque dans la Cour duquel j ay passe mes
plus belles et mes plus nombreuses années dans l'habitude du plus religieux respect, qui souvent a fait naistre et nourri en moy l'admiration la plus fondée d'un prince qui a esté plus maistre qu'aucun Roy dont on puisse se souvenir mcsme par la lecture, qui l'a esté longtemps au dehors presqu'autant qu'au dedans, et dont la terreur dure encore par la longue impression qu'elle a faille. 11 lest vray que plus il a esté puissant, grand, absolu, arbitre longtemps de l'Europe, plus aussy il a esté homme, \et payé plus chèrement tribut à l'humanité.
Dès sa première jeunesse, son penchant à l'amour a paru. On a desjà veu icy sur ces premiers commencements que l'exacte tutelle en laquelle il estoit retenu par la Reine sa mère et le cardinal Mazzarin ne put empescher ny arrester sa passion pour la nièce aisnée de ce premier ministre, jusqu'à vouloir l'espouser, et que son mariage avec la fille de Philippe IV fut le plus grand effort du pouvoir que ces deux personnes régnantes pour luy s'estoienl acquises sur luy. Mais cette faute, il ne l'acheva pas, et ne doit passer que pour un premier emportement de jeunesse.
J'obmeltray ses diverses passades ainsy que j'ay fait celles d'Henry IV, et je ne m'arresteray qu'à ce qui a éclattc, quoyque les passades ayent esté sans nombre. La Reine-Mère contint, non le goust du Roy son fils, mais elle le retint dans quelques bornes, quoyque son crédit ny ses larmes ne pussent empescher la profonde disgrâce du duc et de la duchesse de Navailles dame d'honneur de la jeune Reine, pour avoir fait murer une porte secrette que le Roy avoit fait ouvrir derrière le lit des filles d'honneur, de la conduilte desquelles Mme de Navailles estoit supérieurement chargée par sa qualité de dame d'honneur. Elle en
perdit sa charge sur-le-champ, et son mari celle de capitaine des Chevau-légers de la garde et le gouvernement de La Rochelle et pays d'Aunis, et furent exilés chez eux en Guyenne. Tous deux estoient de tous temps dans la plus intime confiance de la Reine-Mère, pour avoir esté dans celle du cardinal Mazzarin jusque dans les plus fâcheux orages de sa vie, et jusqu'à sa mort. Les charges demeurèrent perdues, et ils ne furent rappelles d'exil que plusieurs années après, à la mort de la Reine-Mère qui le demanda pour dernière grâce au Roy son fils.
Quoyqu'il fust depuis quelque temps fort amoureux de La MUe Vallière, fille d'honneur de Madame fille de Charles I, Roy d'Angleterre, le grand éclat en fut différé à celte époque de la mort de la Reine-Mère. La Vallière, qui n'aimoit que sa personne et encore avec honte et comme malgré ellemesme, ne vouloit point d'éclat ; elle cacha jusqu'à l'incroyable ses grossesses et ses couches ; elle se jetta aux pieds du Roy, fondante en larmes, pour l'empeschcr de reconnoistre leurs enfants, et par là d'éterniser sa honte. Deux fois, elle se jelta dans un couvent; le Roy envoya la retirer et la ramener de force la première fois, après avoir fait enfoncer les portes et menacé le couvent du feu, c'est celuy qui est au haut de Saint-Cloud ; et la seconde fois qui fut à la Yisitation de Chaillot, il alla l'en tirer luymesme. La Vallière estoit fille bonne, douce, honneste, désintéressée et née pour la vertu. Les remords et la jalousie de Mme de Montespan devenus pour elle un long supplice, et à la fin insuportable, elle se retira enfin avec congé qu'elle obtint, se jetta aux grandes Carmélites, et y a donné un plus grand et un plus rare exemple de pénitence et de vertu qu'elle n'avoit causé de scandale.
Mme de Montespan, ravie à son mari de vive force dès le "'«c Je^iomes-
tempb de Mlle de LaVullière, devint pou ù peu la mieux aimée. Ces deux mai-tresses, promenées plus d'une fois en Flandres avec la Reine et dans son carosse, y furent un spectacle inouï, auquel tous les peuples accouroient et se deniandoicnl les uns aux autres s'ils avoient veu les trois Reines. Cette dernière n'eut rien des ménagements de la première; elle se fit garder à la Cour contre les efforts de son mari qui la vouloit enlever et qui fut mis quelque temps à la Bastille. Toulte la pompe de maistresse adorée, les airs de Reine qu'elle usurpa et les sceut conserver jusque dans sa chulte, tout ce qu'il y eut de plus grand et de plus en autorité à ses pieds, dura près de vingt ans. Six ou sept enfants en furent les funestes fruits. Elle ne laissa pas d'avoir lieu d'estre jalouse. Fontange, fille d'honneur de Madame fille de l'Électeur Palatin , captiva le Roy et fui aussy maistresse déclare^, mais une prompte mort l'en délivra.
Un autre amour quoyque prétendu secret, ne lui donna pas moins d'inquiettude et de dépit. Le mystère le fortifia et le rendit durable. Le mari crut pouvoir conserver son honneur et arriver à la plus haute fortune en fermant les yeux et en ignorant toulte sa vie ce qu'à la fin personne n'ignora. La Mareschale de Rochefort, qui conduisit l'inlri"ue, m'a conté plus d'une fois les embarras où elles'étoit trouvèe'par des contretemps impréveus, en menant cette belle chez le Roy par des routtes détournées. Cet amour dont l'action ne cessa qu'après un asscs grand nombre d'années, tourné depuis en bienveillance et en considération la plus distinguée, a duré tant qu'elle a vescu, demandant et obtenant tout en écrivant un mot au Roy, qui sur le champ luy faisoit réponse et jusqu'à sa mort; c'estuit un plaisir de la voir en public devant le Roy comme une
autre ; jamais aucun particulier, mais si elle avoit à parler au Roy, les gens les moins au fait n'eussent pu s'y méprendre à l'air, aux manières dont le Roy la recevoit, l'écoutoit, et se séparoit d'elle. Aussi fonda-t-elle une immense maison. Son mari se vantoit dans le particulier à ses amis, et sa première femme n'avoit jamais esté assise, que sans ministres et sans favoris, de gentilhomme avec quatre mil livres de rente pour tout bien qu'il cstoit né, il se trouvoit devenu prince avec quatre cent mil livres de rente, les plus grandes charges, les plus grandes dignités de l'Église et de l'Estat, les plus grands, les plus riches, les plus singuliers bénéfices : en un mot, la plus prodigieuse fortune que ses enfants ont encore bien sceu accroistre et perpétuer. Dieu sçait par quels moyens.
Qui l'auroit pu croire? Une maistresse de la beauté , de ^'"Ifj MmeT' l'esprit, de la naissance de Mme de Montcspan, mère de tant Maintenon. d'enfanls du Roy, dont les fils si" trouvoient desjà si prodigieusement establis, succomber sous les charmes usés, prostitués à tant de gens connus, du sceu public et du Roy mcsme, d'une naissance obscure, à peu près honteuse, d'une vie misérable, basse et pis encore, moins jeune qu'elle, choisie par elle pour gouvernante de ses enfants, ignorés lors et cachés, et se croyant avoir fait fortune lorsqu'elle se vit conservée quand ces enfants furent produits à la Cour, et qu'elle se trouva domestique subalterne de Mme de Montespan qu'elle expulsa enfin de la Cour à l'aide du propre fils aisné des amours de celte maistresse, qui sentit de bonne heure le pouvoir naissant de son ancienne mie, et qui sacrifia sa mère au solide fondement de sa grandeur qu'il establit par ce barbare mais signalé service, qui luy acquit la Scarron pour toujours.
On ne peut avouer sans rougir qu'un si grand Roy, si
fier, si jaloux de sa grandeur et de toultcs bienséances, cspousa celte chélive vefvc de ce fameux cul-de-jalte, de ce Scarron si connu par son esprit et par ses joyeux ouvrages ; que ce monarque fut deux fois sur le point de déclarer cet ignominieux mariage, que Louvois périt pour avoir eu le courage de l'empescher, et que Harlay, archevesque de Paris, si longuement favori, mourut de douleur de la disgrâce où il tomba pour s'cstre associé à la générosité de Louvois. Tous deux, avec Monlcliovrcuil, avoient esté témoins du mariage fait l'hyver qui suivit la mort de la Reine, célébré la nuit dans les cabinets du Roy à Yersailles parle Pérc de la Ciiaise, confesseur du Roy, dont la messe fut servie par Bontemps, le premier et le plus confident des premiers valets de chambre. Toutte la nombreuse Cour de Louis XIY a esté témoin depuis cette époque, et même remontée plus haut, du crédit tout-puissant de Mme de Maintcnon, de la journalière r .^iduilé du Roy chez elle sans y manquer un seul jour, du tremblement des plus puissants ministres et de tout ce qu'il y a eu de plus grands, sous elle, de son autorité et de son entier maintien de Reine dans l'intérieur et le particulier du Roy et de sa famille, que le Roy n'estoit point fasché qu'on crust qu'il estoit vray qu'il l'avoitespouséc; et qu'à sa mort tout se passa à l'égard de celte femme comme avec une cspouse bien reconnue. L'évesque de Chartres, Godet, son directeur et de l'eslablisscment de St-Cyr, estoit entré dans la confidence de l'un et de l'autre sur cet article si délicat, et l'évesque de Chartres Mérinville, son neveu et son successeur, m'a dit plus d'une fois avoir eu entre les mains des lettres de son oncle au Roy, dans lesquelles il luy parloit de Mme de Maintcnon, le félicitoit d'avoir une cspouse si vertueuse et si attachée, la luy donnoit pour exemple, et
y répétuit souvent ee nom d'espouse et de femme du Roy. Outre tout l'inlérienr et le partieulier, où de rang et de ton elle estoit pleinement Reine avec le Roy, avec la famille royale, et avec le Roy et la Reine d'Angleterre, beaucoup de choses extérieures n'en laissoient pas doutter. Jamais elle n'alloit à St-Cyr ny dans ks voyages, que dans un carosse du Roy, avec un escuyer du Roy à cheval à sa portière; toujours dans un fauteuil chez elle devant le Roy, le Roy et la Reine d'Angleteire et la famille royale. Jamais elle n'a dit que « le duc et la duchesse de Bourgogne », en parlantd'eux; jamais, aiiisy que le Roy, elle n'a appelle cette Princesse que « mignonne » en parlant à elle; elle disoit toujours aussy et devant le monde, « le duc et la duchesse de Rerry » et des autres de la famille du Roy, parlant d'eux, mesme en sa présence. On ne peut oublier la magnificence du fameux camp de Compiègne, où tous les estrangers accoururent après la paix de Ryswick. et où tous les ambassadeurs se trouvèrent; ny l'esloimante scène de la journée de l'attaque de Compiègne, faille eldeffendue par ce grand nombre de tiouppes, etveue par tant de milliers de spectateurs, où au conspectde tous, Mme de Maintenondans une chaise à porteurs posée sur le rampart et fermée, Mme la duchesse de Bourgogne assise sur un des bâtons de devant, la chaise enviroimèe en demi-cercle des Princes et Princesses du sang debout, des ambassadeurs et de toutte la Cour, on vit le Roy debout et seul couvert, à costé de la chaise, une main sur le haut, se découvrant et se baissant à tous moments pour expliquer et faire remarquer ce qui se passoità Mme de Maintenon qui, à chaque fois, ouvroit à demi la glace du costé et aussytost après la refermoit, pendant près de trois heures que je le vis à quatre pas de la chaise un peu en avant, où je lus toujouis.
8'i l'AUALLÈLE
Les promenades tic Marly ii'estoient pas [Awi, mesurées quand, à l'occasion de quelqu'embellisscmcnt ou de quelque nouveauté, Mme de Mainlenon avoil la complaisance d'y aller. Elle estoit dans une chaise à porteurs, portée à costé du petit chariot dans lequel le Koy esloit poussé, mais souvent à pied à costé de la chaise ; Mme la duchesse de Bourgogne et toutes les Princesses du sang et beaucoup de dames tantostà pied, tanlosldans des chariots à la suilte. On s'arrestoitàdes fontaines, et tant là qu'en chemin tout s'y passoit comme sur ce ramjjart dont je viens de parler. Toutte la Cour en hommes avoit la liberté de la suivre à ces promenades, dont j'ay esté presque toujours témoin, à la fin desquelles le lloy conduisoit Mme de Maintenon près du Chasteau, prenoit congé d'elle et continuoit sa promenade. i.u.ii.u. Parmi tous ces amours, Louis XIV n'aima jamais que
lie Louis XIV. ..,.,. • , • 1 '
soy ; il falloit que ses maistresses, inconmiodees, grosses, toutles nouvellement accouchées, fussent en grand habit delouttes les lestes, de tous les repas, et y mangeassent et veillassent gayes et comme en pleine santé, et voyageassent de mesme. Il ne fit pas i)lus de grâce à Mme de Maintenon. Je l'ay veue aller à Fontainebleau qu'il y avoit à i)arier qu'elle n'y arriveroit pas en vie, avec une grosse lièvre et un mal de teste insuporlable; il ouvroit touttes les fenestres et ses rideaux, ne luy épargnoit ny ne luy cachoit aucune bougie, et s'il devoit y avoir musique, avoit les musiciens et les instruments dans sa mesme chambre. Il n'épargnoit pas sa famille davantage. Il traisna Mme la duchesse de Bcrry, grosse pour la première fois, et avec la fièvre, à Fontainebleau, quoy que les médecins et Mme de Maintenon luy pussent dire, et la Princesse se blessa et accoucha le lendemain de son arrivée. Il en fit autant à Mme la duchesse de Bourgogne, la seule de sa
famille qu'il ait aimée et qui faisoit tout son amusement; grosse et malade, il ne voulut ny remettre un voyage de Marly, ny permettre qu'elle demeurast à Versailles, quelques représentations qui luy fussent faittes, et n'en ayant encore point d'enfants. Peu de jours après qu'elle y fut, elle s'y blessa et accoucha. La duchesse de Lude le luy vint dire dans ses jordins. Il s'y amusoit à un bassin plein de carpes, et j'y estois présent. Nous vismes venir la duchesse du Lude; il fut au-devant d'elle. En revenant : « Dieu « mercy, dit-il, la duchesse de Bourgogne est accouchée ». — « ComuK.'nt, Sire, Dieu mercy, répondit le duc de La « Rochefoucauld ; et vous n'avez point d'enfants. Voilà le « plus grand malheur du monde, car souvent après ces « blessures les femmes n'en ont plus. » — « Eh! qu'im- « porte, reprit le Roy, d'en avoir du duc de Bourgogne ou « du duc de Berry ! Au moins je serai libre et en repos, « j'iray où et quand il me plaira, sans avoir les femmes et « les médecins après moy avec leurs représentations. » Tout ce qui se trouva présent fut accablé de ces paroles. On fut plus d'un quart d'heure qu'on eust ouï une mouche voler. Le Roy après continua sa promenade.
Il n'exerça pas moins de contrainte sur sa famille qui n'eut jamais le moindre crédit, et qui cstoit esclave de ses heures et de ses moments sans en trouver aucun où il ne fust pas avec elle aussy Roy qu'avec le reste de sa Cour, qu'il ne tenoit pas dans une assiduité moins grande. Jamais on ne luy a veu regretter personne : loiblement et courlemciit ses plus proches. Il ne comprenoit pas comment les autres pouvoient estrc affligés des leurs; sa surprise s'en est souvent monstrée. Soulagé au contraire de la perte de ses principaux favoris et ministres et de ses premiers généraux jusqu'à le monstrer en public, l'autorité
8i PARALLÈLE
des Uns, le crédit que les autres avoient pris luy pesoit: nulle part à son aise qu'avec ses maistresses et ses valets. 11 avoitlonglcmpsjoué Tort gros jeu. iMiue de Moiilespan le poussa sans mesure. Pour une nuit, il perdit plusieurs millions. Il quitta sur le matin, et voulut que les joueurs continuassent pour que .Mme de Montespan pust le raquitler. En s'évcillant il demanda s'il esloil encore Roy. 11 apprit avec joye qu'il cstoit raquitté à 1400 ou 1500 mille près. Ce voyage^ le corrigea pour le reste de sa vie. Versailles, cia- Yersaillcs, Ckiguv, Marlv, Trianon, l'entrepiise avortée
gny. Trianon. . . " . . .
'Mariy. dc couduirc à Versailles la rivière d'Eure qui cousta tant
Travaux i .ii. i- •
(le Maintenon. d'iiomuics ct dc miUions, ct Ics cliLingemcnls prodigieux qu'il faisoit sans cesse, sont témoins des milliaids qu'il a dépensés en hastiments, et de son mauvais goust. Jamais de grand, rien de public, tout de fantaisie, d'amusement, l'un après l'autre, un goust de bas d tails en trouppes et en toutte espèce de cboses qui le noya dans le petit et qui laissa le grand à ses ministres. Une vanité qui porta l'orgueil au comble, qui s'cstendit sur tout, qui le persuada que nul ne l'approcboit en vertus militaires, en projets, en gouvernement. De là ces tableaux ct ces inscriptions de la gallerie de Versailles qui révoltèrent les nations; ces prologues d'opéra qu'il cliantoiinoit luy-mesme, cette inondation de vers et de proses à sa louange dont il estoit insatiable, ces dédicaces de statues renouvelées des payens, cl les fadeurs les plus vomitives qui luy estoienl sans cesse dittes à luy-mcsme, et qu'il avaloit avec délectation. De là son cloignement de tout mérite, de l'esprit, de l'instruction, surtout du nerf et du sentiment dans les autres. De là tant dc mauvais choix en genres principaux ; de là sa
1. Ce mot. que rirn n'explique, semble indiquer que le fait sciait passé nillenrs qu'à Versailles.
familiarité et sa bienveillance uniquement réservée à qui il se croyoit supérieur en connoissance et en esprit, ou rarement mesme à qui il ne pouvoit refuser son estime, mais compensée par l'expérience de la terreur qu'il leur inspiroit de luy ; mal à son aise et en garde extresmc avec tous autres ; surtout une jalousie d'autorité qui décida, qui surnagea sur toulte autre espèce de justice, de raison et de considération quelconque.
Un Prince aussy superbe ne pouvoit cstrc que très magnifique. Aussy le fut-il en tout : en fcstes, en galanteries, en bastiments mal situés et de mauvais goust où il se plaisoit à s'efforcer de dompter la nature ; en toutte espèce de meubles et d'ornements de maisons, de jardins; en plants sans nombre et de grands arbres tous venus qu'on amenoit de ses forests ; en routtes pour la chasse, dont les équipages devinrent sous luy prodigieux, ainsy que les chevaux de la grande et de la petite escurie. Celle de sa table et de ses changements de lieu continuels cstoit pareille ; il vouloit toujours de la profusion en tout et pour la qualité et pour la quantité; mais quoyque grand mangeur, on le pouvoit dire sobre, et en toutte sa vie jamais de vin qui ne fust fort trempé, ny une seule goutte d'aucune autre liqueur.
Parmi ces dolTauts il eut de grandes qualités qui brillé^ Exiérienr .ic rent d'autant i)lus. qu'un extérieur incomparable et unique j donnoit un prix infini aux moindres choses. Une taille de ^ héros, toutte sa figure si naturellement imprégnée de la . plus imposante majesté qu'elle se portoit également dans t les moindres gestes et dans les actions les plus communes, sans aucun air de fierté, mais de simple gravité ; proportionné et fait à peindre, et tel que sont les modèles que se proposent les sculpteurs; un visage parfait, avec la plus grande mine et le]plus grand air qu'homme ait jamais eu.
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Tant d'avantagvs rclovôs par les grâces les plus iKilincllcs incrustées sur loutles ses actions, avec une adresse à tout singulière; et, ce qui n'a peut-estre esté donné à nul autre, il paroissoit avec ce mesme air de grandeur et de majesté en robe de chambre jusqu'à n'en pouvoir soustenir les regards, comme dans la parure des lestes ou des cérémonies, ou à cheval à la teste de ses Irouppes. Il avoit excellé en tous les exercices, et il aimoit qu'on les fist bien. NuUe fatigue, nulle injure du temps ne luy coustoil ny ne l'aisoit d'impression à cet air et à cette figure héroïque ; percé de pluye, de neige, de froid, de sueur, couvert de poussière, toujours le mesme. J'en ai souvent esté témoin avec admiration, parce qu'excepté des temps tout-à-fait extresmes el rares, rien ne le relenoit d'aller tous les jours dehors et d'y estre fort longtemps. Une voix dont le son répondoit à tout le reste, une facilité de bien parler et d'écouler courtement et mieux qu'homme du monde, beaucoup de réserve, une mesure exacte suivant la qualité des personnes, une politesse toujours grave, toujours majestueuse, toujours distinguée suivant l'âge, l'eslal, le sexe, et pour celuy-cy toujours un an' de cette galanterie naturelle. Voilà pour l'extérieur, qui n'eut jamais son pareil ny rien qui en ait approché. Un respect affectueux pour la Reine sa mère, une considération infinie pour la Reine son espouse jusqu'au plus fort de ses amours, une attention d'amitié pour Monsieur son frère, une générosité continuelle, ingénieuse, toujours également soustenue pour le Roy et la Reine d'Angleterre, une décence, une bienséance qui ne se démentoit jamais jusque dans les choses les plus conuuunes, les plus usuelles; le diray-je, et il est vray jusque dans celles qui par elles-mesmesestoient les plus indécentes, comme ses maistresses et Mme de Maintenon; une bonté, une justice natu-
relie, quand il n'y alloit pas de ce qu'il croyoit estre de son autorité, et qui faisoit regretter son éducation et les flatteries et les artifices qui dans la suitte ne le laissèrent plus à luy-mesme que par des percés de naturel qui se faisoient jour quelquefois et qui monstroient qu'autorité à part, qui estouffoit tout, il aimoit la vérité, l'équité, l'ordre, la raison, et qu'il aimoit mesme à s'en laisser vaincre. Ce qui estoit encore déplorable, c'est que jusque dans ses désordres il ne perdit jamais de veue ny de sentiment la religion, et que sans la sçavoir du tout il fui infinimeut religieux toutte sa vie. C'est ce contraste d'en avoir tant et de l'ignorer parfaitement dans sa substance, qui y causa tant de maux, parce que son grand dcffaut, qui vcnoit en luy de défiance, et celuy d'estre livré en prise aux artifices extérieurs jusqu'à ne se laisser approcher que de ses ministres d'Estat ou de religion toujours les mesmes, et crut aveuglément ces derniers tant qu'il vescut ',
Ouoyqu'il ait esté prodigue poursoy. et qu'il ait mesme fait de grands dons, il n'estoit rien moins que libéral, et il disoit luy-mesme qu'il le tenoit de sa maison et de tous les Bourbons. Il entroit dans les derniers détails de ses dépenses personnelles, et comme il aimoit touttes espèces de détails et des plus petits, il y croyoit faire beaucoup.
Rien de plus exactement reiglé que ses heures et ses journées dans la diversité des lieux, des affaires et des amusements. Avec un almanac et une montre, on pouvoit à trois cents lieues de luy, dire avec justesse ce qu'il faisoit. Il vouloit une grande exactitude dans son service,
1. La fin de cette phrase est évidemment altérée dans le manuscrit. Peutêtre pourrait-on la rétablir ainsi : « Estant d'estre livré en prise aux artifices extérieurs jusqu'à ne se laisser approcher que de ses Ministres d'tstal ou de religion toujours les mesmes, il crut aveuglément ces derniers tant qu'il vécut. 1)