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mais il y ostoit exact le premier. Tout homme pouvoit luy parlereneiiKj 011 six t(Miips difTéreiilsde la joiiiiiée, exce{)lé à Marly; il éeouloit, ié])oii(loil presque lowjours je verray , pour se (loiuier le lemps de ne rien accorder ou décider à la lé<;ère. Jamais de réponse ny de discoui's qui piisl peiner ou intéresser personne, patient dans les afiaircs et dans son service au dernier point, parfaitement inaistre de son visage, de son maintien, de son extérieur, et jamais d'impatience ny de colère. S'il réprimandoit. c'esloit rarement, en peu de mots, et jamais durement; il ne s'est pcutestre pas échappé dix fois en loultc sa vie, et encore avec des gens de peu, et par quatre ou cinq fois fortement.
11 y auroit bien des choses qui luy conviendroient dans ce prétendu éloge crileni-y IV de la duchesse de Rolian que j'ai cité une fois. S'il oublia les services les plus importants, s'il avança en charges et en laveur des personnes qui avoient servi contre luy sous M. le Prince; s'il se souvint sans retour de plusieurs grandes et pétilles fautes, et s'il fut délicat sur les fautes, ou sur ce qu'il trouvoit l'estre. jusqu'à l'excès, il est pourtant vray qu'il n'oublia jamais les services du fameux Mathieu Mole, ny celuy du marquis d'IIocquincourt qui luy sauva Péronne et y pointa le canon contre le maresehal son père, et qu'il s'en est souvenu en bienfaits jusqu'à leur dernière postérité.
Si Louis XIV s'est trop plu aux trophées de ses conquestes. il faut que toulte l'Europe avoue qu'elle s'est enfin veue forcée de luy accorder le nom de Grand, que la loui- XIV vrav- ll^'ttcrie luy avoit annoncé si tost, par la manière dont il a nient porté Ics malhcurs de sa dernière guerre, et ceux que sa
graiiil dans les * D ' T
ni^iiheuis vieillesse a éprouvés dans sa famille. Ouelle distance de ces
de se^ dix der- '
nièics années, temps si longs de prospérité, où il ne tint qu'à luy de perdre
la République des Provinces-Unies, et dont les fruits furent en divers temps d'annexer à sa couronne la moitié de la Flandre autriciiienne, la Franche-Comté, Strasbourg et les deux Alsaces, de changer en pro\inc(! de son royaume, par l'aveu de luutte FEurope, la simple protection et l'usage de la jouissance des Trois Eveschés et de la province de la Sarre ; enfin, d'avoir mis un des fils de son fils sur le Irosne d'Espagne et de tous ses vastes Estais ; quelle distance, dis-je, de ces temps si longuement florissants, et la situation où il se trouva depuis 1705jnsqu'en 17 12, accablé des plus funestes revers etd'une cruelle famine, iiors de pouvoir de continuer la guerre ny d'olitenir la paix, réduit à écouter les propositions les plus dures, de reculer jusqu'au point de la paix des Pyrénées, el de la trouver mesnie suportable sous l'accablante condition qui lu y fut imposée ou de se charger de détrosner totalement son petit-fils dans un temps court et limité, ou de permettre aux armées ennemies de traverser la France pour aller en Espagne; et, dans l'un et l'autre cas, donner des places de seureté. A peine respiroit-il d'ini (huiger si funeste, et du mépris que les Ilollandois avoient fait de son ministre des Affaires Estrangères couru luy-mème jusque dans La Haye, i»uis de ses ambassadeurs envoyés à Gerlruulemberg. A peine vit-il son salut par le Iraitté de Londres qui fit celuy d'Utrecht, mais encore avec quelles restitutions de places, de ports, de pais, de perte de commerce, et de démembrement de la monarchie d'Espagne, que ce Prince voit périr sous ses yeux son fils unique, une Princesse qui seule faisoit toutte sa joye, ses deux petits-fils, deux de ses arrières petits-fils, et périr de manière à le percer des plus noirs soubçons, à luy persuader de tout craindre pour luy-mesme et pour l'unique rejetton qui luy resloil, et dans la première enfance, dune
fK) l'AKM.f.i.LC
^;i iioiuhrciiso et si ln'llf itoslri'il!'. P;iiiiii des iulvoi'sités si longues, si redoublées, si iiiliinriiiciit |)()iL;ii;iiil('s. s;i Termeté. c'est trop peu dire, sou iuiiiuilabiliU^ dcuieura toutte entière : inesnievisai^e, mesme maintien, mcsinc aecucil, pas le moindre ehangenïent dans son extéi'icur ; mesmes occupations, mesmcs voyages, mesmes délassements, le mesme cours d'années et de journées, sans qu'il fust possible de remarquer en luy la plus léoère altération. Ce n'estoit pas qu'il ne sentit profondément l'excès de tant de niallieurs; ses ministres virent couler ses larmes, son plus familieidomestique intérieur fut témoin de ses douleurs. Partout ailleurs, sans paroistre insensible, il se monstra inaltérable et supérieur à tout sans la plus petittc affectation, et sans espérances déplacées. Il parloit comme à sou ordinaire, uy plus ny moins; avoit le mesme air, déclaroit les mauvaises nouvelles sans destour, sans déguisement, sans plainte, sans accuser personne, courtement et majestueusement, comme il avoit accoustumé. Un courage masle, sage, supérieur, luy faisoit serrer entre ses mains le gouvernail parmi ces tempestes, et dans les accidents les plusfascheux elles temps les plus désespérés, toujours avec application, toujours avec une soumission parfaite à la volonté de Dieu et à ses cliastiments. C'est le prodige qui a duré plusieurs années avec une égalité qui n'a pas esté altérée un moment, qui a esté l'admiration de sa Cour et l'estonnement de toutte l'Europe, et que la joye du succès de la négociation de Londres qui, contre toutte espérance, l'arracha à des affaircssi terribles et si longues, ne le changea pas le moins du monde. 11 n'est pas temps d'aller plus loin. Ses mœurs ne peuvent cslrc plus grandement couronnées ; comparons-les maintenant à celles de ses deux derniers prédécesseurs.
La nécessité et la licence des partis et des armes dès les Comparaison des plus jeunes ans d Henrv IV avoient tous contribue a kiv d-iienrviv.
. T " , , • 1 " Louis Xill et
gaster les mœurs. La galanterie, encore plus en vogue Louis xiv. alors qu'elle n'y a esté mesme depuis, l'exemple, les occasions continuelles, surprirent aisément un jeune Prince éloigné de tout joug et nourry dans les armées, marié depuis à la fille et sœur des ennemis de son parti et de sa personne, dont les nopccs furent souillées de la mort de sa mère, d'un genre peu incertain, et des horreurs de la Saint-Bartliélemy ; retenu prisonnier dans une Cour où le débordement estoit devenu une politique ; invité à s'y livrer par l'habitude, par l'oisiveté, par la politique mesme, et dégousté de son espouse par ceux où elle s'abandonna avec si peu de méiiaoement. Ce n'est donc pas merveille qu'échapé enfin de la Cour, ce tempérament vigoureux, à la fleur de son âge, et devenu d'effet comme de nom chef de parti, et accoustumé à l'amour toutte sa vie. il s'y soit livré tant qu'il a pu comme au seul plaisir qu'il pust trouver parmi tant de mésaises et de travaux continuels ; et que cette fatale habitude l'ait accompagné sur le trosne le reste de sa vie, enracinée comme elle l'estoit en luy, et n'ayant de contrepoids qu'une espouse fascheuse qui luy rendoit sa compagnie insuportable et par ses humeurs, et par cette lie de gens dont elle estoit obsédée qui le forçoit de chercher société ailleurs. Ce n'est pas que je prétende excuser ce tissu de maistresses (jui l'accompagna, pour ne pas (lire qui le conduisit à la mort, moins encore ces promesses de mariage, et leurs terribles effets, auxquelles on ne peut donner de nom. C'est seulement sa situation personnelle que je présente à remarquer.
Celle de Louis XIV fut entièrement différente. Né sur le trosne, mais retenu au plus court par un ministre égale-
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nient ;unbili(Uix cl liini(l(>, et par une iiièie qui vouloit régner et se parer d'un vernis de verlu. la jeunesse do ce Prince se passa à l'jihii des embusclies, et ce ne (ni qu'à la lueur de la première liberté que luy procurèrent les nièces du premier minisire, que son premier amour s'alluma. 11 esloit libie, la Manciue l'estoit aussy, et l'amour qui égale toutl.es les condilions, persuada à leur jeunesse un mariage (pii. au lieu de flatter Mazzarin et peut-estre par luy la Reine, comme les désirs de cet âge espèrent tout, les pensa iairc mourir de frayeur l'un et l'autre, et fit renvoyer la nièce au loin, et de là en Italie. Louis XIV n'a donc rien eu des tentations ny des exemples d'Henry IV. A peine osa-t-on après son mariage, le secouer si on ose parler ainsy, chez la comtesse de Soissons, comme on essaye un jeune houuiie qui enlie dans le monde. Les charmes de sa personne autant que ceux de sa couronne excitoient la galanterie de la Cour; mais la frayeur de la jalousie des ministres et de celle de la Reine-Mère estoient un grand frein, cl si ce frein n'arrcsia pas tout, on a veu que l'éclat n'arriva qu'après la mort de cette Princesse. Ajoutons une autre puissnnie différence. Henry IV eut deux espouses qu'il ne pouvoit aimer, et qu'il avoit lieu de plus de regarder comme ses ennemies. Louis XIV au contraire avoit une espousc qui avoit de la beauté, qui ne vescut jamais que pour luy avec la douceur, la complaisance, la vertu la plus parfaitte, et qui pour l'amour de luy avoit oublié sa Maison , sa patrie, et estoit devenue aussy passionnée Françoise que les plus naturels PVançois. Rien n'est plus opposé à ce que furent les deux espouses d'Henry IV. Rien donc en toul de plus éloigné que Testât de la jeunesse de ces deux Princes quant à la licence des mœurs et à la situation domestique de toutte leur vie.
Si on compare leurs maistresses, laissant leurs passades à part, et l'amour de la Princesse de Condé dont il sera parlé ailleurs, on aura peine à les compenser. Touttes celles d'IIenry IV estoient libres, excepté Gabrielle. Il est vray que pour rendre celle-cy libre aussy, Henry IV employa des violences qui ne se trouvent point dans Louis XIV. Il est vray encore que Testât de liberté des maistresses d'Henry IV l'invita à les vouloir espouser, et à leur donner ces promesses do mariage si honteuses, quoyqu'clles fussent persoini(!s de qualité, et si luru^stes à son repos et à la France, l'une par le délay de la dissolution de son mariage, l'autre par le criminel et pernicieux usage qui eu l'ut lait, qui n'alloit à lien moins ((u'à perdre le royaume et la Maison Royale, et (jui loutlelois ne fut pas capable de rallcntir l'amour d'Henry IV, ny de diminuer sa foiblesse pour les plus criminels, (juoyque de son sceu persévérants toujours dans leurs complots.
Louis XIV n'eut pas les mêmes occasions que Hemy IV. Il n'avoit point son mariage à dissoudre, par conséquent il ne pouvoit faire espérer le sien, encore moins donner des promesses de mariage. Il n'y avoit plus lieu aux conijdots du dedans, il n'en eut donc point à pardonnci' à ses maistresses. Il en eut deux libres et deux mariées ; quoyque l'une de ces dernières n'en ail pas eu itni)li(|ii(Mnentlenom et le maintien, personne n'ignora ce qu'ils furent l'un à l'autre. La considération trop marquée jusqu'à la lin de leur vie, même depuis que leur commerce d'amour eut cédé à un autre en titre effectif avec tous les égards de la plus utile politique de part et d'autre, et l'accablement de rangs, d'honneurs, des premières dignités de l'Estat et de l'Eglise, de bénétices uniques et d'autres sans nombre, de gouvernements et de charges, en sont et en seront encore
ÎH PARALLÈLE
loii-^UMiips (le i)ali)iil)les tosiiioins. ot de la condiiille d'un mari (jiii saci'ifie riiouiieur à l'ambition et à l'avarice. L'autre, aiiachée des brasMu sien, gardée à veue contre ses entreprises qui Cun.'nl cliasliées de la prison, puis d'un long exil, est im scandale de longues années dont la violence n'est pas inlérieui'e à celles qui t'orcéient d'Amerval à consentir enfin à la dissolution de son mariage avec Gabrielle d'Estrées. Si celle-cy devint duchesse de Beaufort. La Yalière l'a esté de Vaujoiirs, et si Mme de Montespan ne put l'estre parce qu'elle avoit un mari qui ne voulut jamais consentir à recevoir rien de Louis XIV, ce Prince força la comtesse de Soissons de donner la démission de sa charge, imaginée et créée pour elle par son oncle le cardinal Mazzarin, de surinlendante de la Maison delà Reine; la donna à Mme de Montespan et la lit asseoir, feignant que cet honneur estoit attaché à la charge. r Jusqu'icy il ne s'agit (juc des maistrcsses de ces deux nmnarques; mais que dire d'une amphibie sortie des eaux de la mer, d'une Jiaissance inconmie, de commencements servîtes, espouse d'un cul-de-jatte qui ne subsisloit que de son esprit et de ses plaisanteries, vefve réduitte à vivre de la charité de sa paroisse, et peu après de ses appas, devenue gouvernante d'enfants obscurs nés pour le néant et cachés au monde; puis produitte au jour avec eux dans la domesticité de leur mère, y estre insuportable au Roy qui, plus d'une fois, ne put obtenir de Mme de Montespan de la chasser; s'y accoustumer enfin, s'en laisser ensorceler après jusqu'au point non pas d'en faire sa maistresse, mais de l'espouser, tout parfaitement instruit qu'il fust de son estai et de sa conduitte; d'estre deux fois au moment de la déclarer, la monstrer Reine dans le particulier en plein, et en public avec des voiles, de luy rendre des assiduités
longues et journulles sans y manquer un seul jour, de souffrir à peine une gaze sur leur mariage, et de la déchirer presqu'à sa mort. Telle fut la ftimeuse Maintenon, dont l'adresse et la toutte-puissance ne sontjas^e ceTîeuj-cy. La cluittc de la gloire d'un si grand Roy dans un gouffre si prufundrment honteux à quarante-six ans qu'il avoit lors, injure à Thumanité, et n'a point de semblable ny rien qui en approche dans tous les siècles. jOn ne peut donc en faire aucune comparaison avec les promesses de mariage que fit Henry lY, quelque fâcheuses qu'en ayent pu estre les suittes. Celles de ce mariage trop réel se feront longtemps et cruellement sentir à la France; celles des foihlesses d'Henry IV n'ont fait que la menacer.
Des amours de ces deux monaïques passons à leurs funestes fruits. L'estrange dessein d'espouser Gahiielle et de mettre sous lepoisle h's enfants qu'elle avoit d'Henry IV, fut la cause de leur élévation dès leur |)remière enfance, pour accoustumer à leur grandeur, et diminuer l'énorme saull de leur estai à celuy de tils de France. C'est ce qui ht introduire l'usage, jusque-là inouï, d'apjieller l'aisné Cézar-Monsieur pour l'approcher, par ce jargon barbare et (|ui ne signifioil rien, de l'appellation d'un second fils de France, qui est Monsieur tout court. De la même cause vint après en essay le haplesme du cadet avec la pompe et les cérémonies des fils de France qu'on n'avoit osé bazarder })our l'aisné. Déchus de toutte celle espérance par la mort de leur mère, Henry IV se complut à les en consoler avec piodigalité, et à forcer le premier les barrières des loix, sans oser trop les rompre, par l'adresse dont il usa pour le duc de Vendosme à la réception au Parlement du duc de Sully. Le coup ayant réussy, la déclaration suivit pour mettre en droit cette surprise, Iny dressée de fait, et de
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l'ait abolie par le trait du duc de Guise à ce luesiue duc de Vendosme si prompleuienl après aux obsèques d'Henry IV, (jui anuula sa loy. laquelle demeura abro*;écjus(iu'en 1694. que Louis XIV la fit revivre. Ce inesuie aiuoin- dlleury IV pour Cézar soumit ce monarque, victorieux de la Ligue, el qui en tenoit sou dernier délenseur, le duc de Mercœur, entre ses mains, à touttes les conditions qu'il plut à ce rebelle impuissant d'imposer à son maistre. moyennant le mariage de sa fille et unique héritière avee le duc de Vendosme, tous deux entants. On en voit les plaintes suffoquées du duc de Sully dans ses Mémoires, et en bien d'autres de ces temps-là, l'abus qu'en fit Mercœur. (pii ne. put se résoudre de survivre en France à ses vastes espérances, et qui alla mourir au service de la Maison d'Autriche qui les avoit si fort nourries et avancées. Fcionicidesbas- Tant de bicus, de dignités, de rangs et de charges diiemy IV. cutassées sur le duc Cézar de Vendosme et sur le Grand Prieur, son frère, ne purent rendre ces bastards fidèles. En 16^20 ils furent arrestés et conduits dans le donjon de Vincennes, où le Grand Prieur mourut en i^'Id. Le gouvernement de Bretagne l'ut osté à Cézar à qui la liberté fut rendue en 1C50. 11 alla servir les Ilollandois, et revint enfin en France aussy peu fidèle que jamais, et fut deux fois en si grand danger d'estre arresté qu'il ne deut son salut qu'à la fuitte. Il se raccommoda ensuitte, et tandis qu'il tenoit d'une main à la Reine par le mariage secret de son fils aisné avec une nièce du cardinal Mazzarin au plus fort de ses orages, le duc de Beanfort son second fils, entre les mains duquel la Heine el son premier ministre s'estoient jettes d'abord avec la dernière confiance, se dévoua à leurs ennemis, révolta Paris, le Parlement et une partie du royaume, après s'estre sauvé du donjon de Vin-
ccnnes où il avoit cslê cinq ans prisonnier. Compris dans la paix de 1649 qui ne fut pas longue, il parut ensuitte <les premiers à la teste du parti opposé à la Cour, se trouva dans celuy de M. le Prince au combat du fauxbourg Saint- Antoine, et causa ce grand désordre de l'hostel de Ville, où le mareschal de Tllospital, gouverneur de Paris, pensa estre tué comme l)i('ii d'autres le furent, et se sauva vers le Roy. Beaufort, élu gouverneur de Paris du peuple duquel il estoit devenu l'idole, fit encore longtemps de grands efforts contre le Roy, avec lequel il s'accommoda enfin, quand luy et son père jugèrent que ce fut le meilleur, dont il fut le médiateur, et ils obtinrent pour luy la survivance de Tamiraiilé du j)cre. Depuis il n'y eut plus lieu de remuer. Son })èie estoit mort en 1GG5 , et luy périt en Candie où il avoit mené un secours, en iC69, Son frère aisné, qui avoit estcchoisi dans la famille pour servir de contrepoids à tout événement, n'eut point de part aux révoltes de son père et de son frère, oljlint divers grands emplois par la j)rolectiondu cardinal Mazzarin dont, comme je l'ai dit, il avoit espousèla nièce, après la mort de laquelle il fut cardinal. Tels furent ces faclieux et dangereux bastards.
Pour le duc de Verneuil, on a veu le pernicieux usage que sa mère, son grand-père, et le comte d'Auvergne puis le duc d'Angoulesme, son oncle maternel, en voulurent faire. 11 estoit trop jeune pour y avoir part. 11 fut comblé de bénéfices, longtemps duc à brevet, puis fut le premier des pairs érigés en 16G5, et receu avec eux en lit de justice sans distinction quelconque, et siégea toutte sa vie après les pairs plus anciens que luy sans difficulté, ainsy que Cézar duc de Yendosiue et ses fils, depuis la mort d'Henry IV. D'une fille du chancelier Séguier, veuve du second duc de Sully, qu'il espousa vieux, il n'eut aucune postérité.
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Le coinle de Moref, né (rilciiry IV cl de Cjillicriiie de Bucil depuis mère du dernier ni.iniiiis de Yaides, fut comblé de bénéfices, figura dans Ions les partis contre le Roy, et fut tué enfin dans les trouppes de Monsieur à la bataille de Castelnaudari, sous le duc de Montmorency qui y fut blessé et pris, et (pii en }terdil la teste. De si turbulents et dangereux bastards ne justifient pas les amoui'S d'Henry IV ny ses profusions à letii- égaid. Dasiards Ccux de Louis XIV et les enfants du cardinal de Vendosme
de Louis XIV. ) 1 •
dumcsnietempsapeuprès, n ontpaseulesmesmes occasions ny moyens sous un règne aussy absolu et aussy tranquile au dedans, et longtemps si glorieux au deliors. On peut juger de ce qu'ils auroient fait si ces temps eussent ressemblé à ceux des précédents règnes, par ce qu'ils exécutèrent pour leur grandeur et pour leur puissance; et depuis la mort de Louis XIV, pour mettre les derniers troubles en France pendant la minorité. Tous ces faits sont si récents, qu'ils ne peuvent estre oubliés de personne. Je me contenterai de les toucher légèrementpour ne pas discontinuer de monstrer jusqu'au bout combien sont pernicieux les amours déclarés de nos Roys, et combien funestes les détestables fruits de ces déplorables amours. Mais avant d'entrer succinctement en matière sur ces derniers bastards, je dois rendre au comte de Toloze la justice qui luy est deue, et avouer nettement qu'il n'eut point de j)art à cette élévation si radicalement destructive de riionnesteté publique, de TE vangile, et de touttes les loix, l'écueil certain de touttes les femmes, la destruction des familles, et le renversement des mariages ; qu'il se contenta de jouir modestement de ce qu'il n'approuva pas, et que rien ne fut en aucun temps capable d'ébranler sa probité ny sa fidélité.
Deux inaistresses publiquement aimées en mesme temps
et publiquement monstrées telles, c'est l'inouï sérail devant lequel Louis XIY tint sa Cour prosternée pendant plusieurs années, en présence de la Reine son cspouse. Les enfants ({ti'il eut de celle qui estoit fille furent légitimés et reconnus malgré elle, comme on l'a desjà dit. Malheureusement, ces légitimations d'enfants de mère libre estoient ordinaires, mais celle des doubles adultérins estoit encore tellement inconnue, qu'elle l'est encore aujourd'hui dans toutte l'Europe, mcsme en Espagne où un reste de mœurs moresques a rendu les loix si indulgentes aux bastards, et si fort au-delà de celles de tous les pais chrcslicns. Ce qui n'estoit donc pas dans l'estre fut produit par la corruption du cœur et l'adresse de l'esprit d'IIarlay, lors procureur général et depuis premier président, cynicpie austère, mascarade de sénateur des plus heureux temps, dont l'ambition estoit sans bornes, et qui jamais ne connut rien capable de l'arrester. Le cauteleux magistrat n'osa présenter de front de quoy effrayer le Parlement qui n'estoit pas mort encore. Il s'avisa de le surprendre, et il y réussit. Le chevalier de Longueville estoit fils du comte de Saint-Paul, tué sans alliance au passage du Rhin, et d'une mère vivante qui avoit son mari quand elle eut ce fils. Ce mari vivoit encore, et tous deux de haut }>arage. L'amour passé et repentant servit l'amour présent. Mme de Longueville et M. de La Rochefoucauld estoient dans la haute dévotion, et quoyque dans Paris l'un et l'autre, ne se voyoient plus et n'avoient pas mesme le moindre commerce, quoyque la plus intime amitié et confiance subsistas! toujours entr'eux. Le Roy n'avoit reveu La Rochefoucauld qu'avec peine, quoyque son fils fusl favori. Le lils pressa son père, et celuy-cy sortit des bornes prcscrittes par la piété entre luy et son ancienne amie, pour luy persuader de reconnoistre
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el (ressayer (le faire léj^iliiiier leur pelil-fils. Ce mol se peul lâcher sans scandale jtar la notoriclc du fait, et par celle de la façon également dure et sainte dont la nouvelle de la mort du coiiilc de Saint-Paul fut annoncée et receue par Mme de Longuevillequi l'aimoil uni(iuemenl.Elle ne résista pas au duc de La Rochefoucauld ; llarlay conduisit l'affaire, le Parlement n'en prévit pas les conséquences, la légitimalion passa sans nommer la incre. Jamais cela n'estoil arrivé ny ne s'estoit osé présenter. L'exemple fait, la légitimation des doubles adultérins du Roy, sans nommer la mère, ne put estre refusée et ils sortirent ainsy du sein du néant. Quelle distance de là à Testât formel de Princes du sang, et à estre rendus habiles à succéder à la Couronne!
D'immenses bénélices furent l;i part d'iui enfant contrefait qui ne vescut pas, ef du chevalier de Vendosme avec le Grand l'riemé de France. L'amour fit un pareil patrimoine à un autre. xMademoiselle n'estoit pas déjtrise de M, de Lausun, qui estoit depuis longtemps enfermé à Pignerol. Elle en paya la liberté par des donations prodigieuses qu'elle fut souvent depuis fort pressée d'augmenter. L'amirauté restablie enrichit l'autre. Le duc de Chaulnes ne put survivre au troc forcé de son gouveinement de Rretagne contre celuy de Cuyemie, ny sa femme à luv. Celuy de Languedoc sortit sans échange des mains des Princes du sang pour passer successivement à deux bastards; la Provence leur fut confirmée. Les galères, l'artillerie, les Suisses et les Grisons, les carabiniers mis exprès en corps, passèrent entre leurs mains. Le Roy, qui ne se complaisoit ({u'aux enfants de sa personne, ([ui ne pouvoient estre que ce ({u'il les faisoit, au contraire des Princes légitimes enfanisde l'Kstat et grands sans luy par
leur estre, ne voulut des deux faire qu'une seule famille. Jamais baslarde de Roy si grandement mariée que l'avoil esté la duchesse d'Elbœuf. 11 les maria touttes à des Princes de son sang et avec son neveu mesme, malgré luy, malgré les hauts cris et publics de Madame, malgré la honte et la répugnance de Monsieur. Que diroit-on de particuliers dont l'un espouseroit la bastarde et doublement adultérine du frère de son père? Le refus très net que fit le Prince d'Orange de celle qui espousa depuis le Prince de Conti, luy cousta l'inimitié ouverte du Roy loutte sa vie, qu'il ne put jamais diminuer par tout ce qu'il tenta constament pendant bien des années. Le désespoir de ne se le pouvoir réconcilier le jetta aux ennemis de la l'Vance, dont celte haine particulière a causé l'union de loutte l'Europe contre la France, dont l'esprit dure encore, et loulles les guerres et les malheurs dont par euchaisnement nous ne sommes pas encore sortis.
On feroil un juste volume du seul catalogue des noltes sur le registre du secrétaire d'KsIat et de la maison du IJoy, des brevets, des déclarations, des édits qu'ils ont obtenus, et un récit curieux des entrejn-ises et des adresses qui leur ont ouvert le chemin à cette interversion de tout oi'dre, de loutte reigle et de touttes loix. La déclaration d'Henry IV pour Cézar de Vendosme en fut l'exemple et le fondement. L'incroyable, quoyqu'exactement vray, c'est que tout ce (pii leiii- a esté accordé depuis a esté contre le goust et la volonté de Louis XIV, et le finit du pouvoir de sa vieille espouse et du bastard dont elle avoit esté la mie, à qui il avoit sacrifié sa mère, qui touttes les deux fort diversement ne l'oublièrent jamais. Le dernier cran où ils parvinrent du vivant de Monseigneur et de Monseigneur le duc de lionrgogne, fit une scène si estrange
ontr'eiix el le Roy qui le leur déclara en leur piéscnlanl ce bien-aiiii('', ci un si grand mouvonicnl dans la Cour el parloul, (juil lui sur le point dès le lendemain de délruirc ce qu'il avoil l'ail, el (\\ir celle niie en! besoin de la plus insigne adresse pour en paier le coup, lue telle anihilion ne souflrit guère plus de dix-huit mois d'inquietlude. 11 n'est pas len»ps icy déparier de ses progrès depuis la morl de ces Princes, dont le pjemier pas fut de géani un mois après la morl de Monseigneui-, el (jui a})rès celle du Daiipliiii son fils et de la Daupliine qui n'y estoil pas moins op})osée, devint une apothéose. Ces dernières aseenlions se verronl mieux ailleurs.
Si le Roy fut touché juscpiau Iransporl hors de luymcsme poui- l'unique fois de sa vie, d'avoir perdu loullc espérance de faire un héros et peul-esire un coneslable de son hien-aimé fils, et si le eomle de Toloze, avec toulle son application, son courage, el le gain d'une bataille navale, ne })ut aller plus loin ]»ar la pcdlionnerie de son Mentor qui avoit trop souffert, el (jui tint bon contre liiy, conti'C le mareschal d'Estrèes, contre tout ce qu'il y avoil (le plus distingué sur la flotte, qui, sans luy et le pouvoir du Roy qu'il avoit, eust détruit celle des ennemis le lendemain et repris Cibraltar demeuré depuis à la puissance des Anglois ; si le mesme comte de Toloze, dis-je, fut dès lors arresté court par la jalousie de l'onlchartrain, qui aima mieux ruinei- la marine qu'en laisser une que l'amiral pust commander, le \\o\ lut ]ilus heureux dans l'adresse toutlefois lrans}tarenl(! qui. au mépris de son propre neveu et de tous les Trinces du sang, porta les deux Yendosme au commandement de ses armées, dont Monsieur mouiut de rage à la fin. hes foiblesses du cadet le désarçonnèrent bienlust avec honte; mais l'aisné érigé
en héros fit souvenir de Sejan avec peu de mérite. Participant aux premières grandeurs des bastards du Iloy, usurpant tout ce qu'il put des suivantes, sa faveur illus tra ses fautes, honora ses vices et ses maux honteux; divinisa ses incroyables indécences et des insolences qui ne peuvent avoir de nom, dont il osa couvrir les complots pourpensés et exécutés aux dépends de TEstat contre Thcrilier de la Couromie. Tel fut le fruit que le Roy recueillit de sa foiblesse. Vendosme, refusé de rouler avec les mareschaux de France, forcé de céder en Italie le commandement au mareschal de Tessé qui s'en voulut excuser, et à qui le Roy dit qu'il ne falloit pas accoustumer ces Messieurs-là à ces ménagements, Vendosme peu après osa revenii' à la charge, refuser la patente de mareschal général qui luv fui offerte pour à ce tiltre commander aux mareschaux de France, et parvint tout desuilte à leur commander à tous sans autre tiltre que de sa naissance, dont il fit l'usage qu'on vient de voir. Une monstrueuse cabale ne put le soustenir longtemps après ce forfait. 11 fut perdu, et réduit à aller en Espagne commander l'armée de Philippe V ; mais en partant, tout perdu qu'il estoit et dans une santé à rendre le mariage contagieux, il espousa une Princesse du sang, car un bastard n'en [pouvoit espouser d'autres. En effet, le Roy fit si bien qu'excepté le Roy d'aujourd'huy, la branche d'Espagne, et la seule Mademoiselle de la Roche-sur-Yon, il n'est aucun Prince ny Princesse <lu sang qui ne sorte en directe des amours du Roy et de Madame de Montcspan. Disons donc hardiment que si Henry lY est le premier qui ait tant élevé ses bastards ; s'il rompit le premier, en faveur du duc de Yendosme, les premières barrières des loix tout à la fin de sa vie, qui de fait furent restablies à sa mort et le sont
tlemcuivos jusqu'en 1694, il n*;i fiiil (|uc iinnislicr un pcruiL-ieux exemple el bien Inihle encoïc eu conijJMraison de Louis XIV; el que, si Henry IV a lail ses baslaids trop grands, Louis \IV a lail les siens des tirans cl des dieux.
Court retour sur J^es ciiTonstanccs dcs tcmps et la position de famille ont
les trois ... .
monarques, estt'' si (liflei'entes entre ces trois monarques, tjue bien des elioscs touchant leurs mœurs nese])eiivenl comparer. Les deux j)reiniers n'ont point eu de laïuillc, le peu (pi'ils en oïd eu leiu' a esté ennemie, femme, frère, mère. Le dernier a eu une nombreuse famille qu'il a aimt'e autaid qu'il estoil en luy, et qu'il a sans cesse tenue dans la })lus tremblante crainte et dans la plus parfaite soumission. Cela luy esloil bien plus homogène, et d'autant j)lus facile aussy, qu'il fut toujours au dedans le })lus absolu Roy qui ait porté couronne, depuis la paix des Pyrénées et la mort du cardinal Mazzarin, qui est l'époque où il a commencé à régner. Il en est de mesme du luxe prodigieux de ce monarque. Henry IV vescul dans la pénurie forcée puis volontaire, pour rétablir son royaume et amasser pour ses projets; Louis XIH, dans ime médiocrité que sa vertu luy prescrivoit parmi les guerres civiles et estrangères, et dans un temps où les barrières subsistoient encore à l'égard des linanccs. J'ai ouï souvent conter à mon père que le Roy n'avoit que trois attelages, et le reste de ses escuries à proportion ; et j'ay ouï dire plus d'une fois à Louis XIV qu'allant à Fontainebleau dans sa jeunesse, avec la Reine sa mère, il falloit couclier en chemin, tout au moins disner à Essone au prieuré et y laisser longtemps reposer les chevaux, parce qu'ils n'en avoienl pas assés pour fournir au relais. Il en estoit de mesme des tables, etc.
Sa tempérance, sa décence, sa gravité, supérieures sans
DES TROIS UOb. i05
doutte à celles d'Henry lY. viennent encore de la différence j des temps. La licence des partis et des armes dans laquelle Henry IV avoit esté nourri et avoit passé la plus grande partie de sa \ie,etla nécessité de compter avec les hommes, lavoient accoustumé à une liberté de vie et à une sorte de familiarité militaire dont l'habitude se conserva, nonmesme ^ sans quelque besoin, jusque dans les années de son règne les plus tranquiles. Louis XIII, également bon et magnanime, doux et familier par l'un, grave, mesuré, retenu piu la litre, eut à compter aussy avec les hommes, beaucoup moins à la vérité qu'Henry IV ; mais il eut affaire à
(les testes fumantes encore de !a figure que leurs pères et
(prelles-mesmcs avoient faille, et à tout le ])ai'ti huguenot. Ces causes luy firent i)ren(h(' un milieu, (pii. i)lustà Dieu, nisl esté conservé ! Louis XIV, devenu promptement le plus absolu lies Rois après la paix des l'yrénées, ne perdit jamais le souvenir de ce (lu'il avoit essuyé de ses sujets auparavant, et fut environné de ministres dont Linterest tout entier fut de le rendre tel qu'on l'a veu dans sa Cour, toujours Roy et jamais homme; aussy n'aima-t-il jamais que luy et })our luy ny dans sa Cour ny dans sa famille, cl ne connut point, comme Henry IV et Louis XHI, le bien cl le plaisir d'avoir des amis, y\\\\ a luis le comble au Ijoulicnr cl M la renommée d'Auguste.
Si, dans le comble de réputation militaire si justement acquise et déférée par touttes les nations, Henry IV ne fut pas à l'épreuve de jalousie sur ce point, de ses propres ca- ])itaines; s'il eut la foiblesse d'aimer les louangesde sesexploils et de son adresse, il se picqua du moins d'aimerson jteuple, et de tout l'extérieurde le rendre heureux. S'il fut magnifique pour ses ennemis par un mouvement decrainteet de foiblesse, s'il en souffrit jusque dans son Conseil ; tran-
106 I'\llAI,Li;i.H
chons le mot après Mme de Koliaii, s'il lui ingrat des meilleurs et des plus grands services quand il n'eut })Ins hesoin de ceux ([iii les Iny avoienl rendus, ilsceutdn moins connoistrcle i'ort et le loible de ceux qu'il mesnagea de la sorte, souffrir et se servir dans son conseil des contrepoids alors nécessaires, entre les restes abatus de la Ligue et le parli huguenot qui depuis sa conversion le menaça toujours, et n'estre gouverné }»ar aucun d'eux, mais s'éclairer par leurs contrastes, et balancer ces deux partis auxquels il demeura toujours également suspect et qu'il sceutcontenir j)ar cette politique. Pour l'ingratitude, elle ne fut pas générale; c'est tout ce qui s'en peut dire sans blesser la vérité.
Louis Xlll, droit, franc, vray par l'excellence de sou cœur, par la grandeur de son âme, par la simplicité de ses mœurs, par l'exactitude de sa vertu, par la magnanimité de ses sentiments, par sa piété sincère, poussa peutostre trop loin la modestie, riudilTérence personnelle, le mépris, disons plus, la haine des louanges, la défiance de soy-méme. Je l'ay dit, et je ne ci'oy pas inutile de le répéter icy : luy seul ignora sa valeur, ses exploits, sa capacité militaire, tout ce qu'il eut d'autres talents, et en laissa passer la gloire à d'autres par les plus grands monuments d'éloges qu'il ne daigna jamais apercevoir, quoyqu'il ne les pust méconnoistre. C'est ce qui a comme enfoui tant de parties grandes, sublimes ; tandis que tout a retenti des merveilles du cardinal de Richelieu et des capitaines de ce monarque, (pii ne se picquoit de rien que de ses devoirs d'homme et de Roy, et plus que de tout de ceux d'un parfait chrestien, mais uniquement pour Dieu et pour soy-mesme. L'immensité île la grandeur de Dieu, dont la considération habituelle et l'adoration en esprit et en vérité l'occupoit intérieurement sans cesse, le
monstroit luy-mesme à luy-mesme comme un néant, et le monde comme un point dont toutte la gloire est vaine ; il n'ouvroit les yeux que sur la misère et la foiblesse humaine ; il ne pouvoit comprendre qu'il y eust rien qui la deust enorgueillir, et travaillant sans cesse de corps et d'esprit dans Testât de monarque où Dieu Tavoit fait naistre, il ne pensoit qu'à s'acquitter de son mieux devant luy du travail qui luy estoit prescrit par la Providence ; il se regardoit toujours comme un serviteur inutile, et consideroit comme un larcin les louanges qu'il gousteroit de ses travaux , tandis qu'il les laissoit aux autres par <iquité pour leur mérite , par raison pour les soustenir, les encourager, les récompenser, et par justice sur soy-mesme qui ne vouloit pas s'appercevoir de tout le grand qui estoit en luy, mais croire que rien en ce genre ne luy estoit deu. Sa tempérance luy lit mécounoistre tous les plaisirs, excei»té la musi(|ue et la chasse pour se délasser. Point de jeu , peu de hasliments, où Henry IV avec loulte sa parcimonie avoit esté prodigue. Louis XIII fui exact à récompenser les services et la vertu, et partout religieux avec lumière et discernement. Il fut aussy très bienfaisant et très occupé du bonheur de ses peuples, sans affectation et sans songer à l'applaudissement, mais par bonté d'âme, par humanité, comme estant chargé de ce soin par celuy à qui il en devoit rendre compte. Des Reines sa mère et son espouse, de Monsieur son frère, du cardinal de Richelieu, des faveurs et des disgrâces, enfin de l'équité de ce Juste par excellence, j'en parlerai dans son gouvernement.
Quelle distance entre cette modestie, ce détachement, auho compaïai-
,. , son
cette solide et maiestueuse humilité, et les profusions dell ,.!'," ""^V^"''^
•• i H d Henry l\, i\c
vers, de harangues, d'inscriptions, de tableaux, de mè\^ Je ï'oiS'xiv
i08 l'AliALLÈLE
(laillc's, de tapisseries, de prologues d'opéra, de ioullcs sortes de pièces, du Vivo Iinmorfali, des statues et de leurs dédicaces ([ui ont irrité les iialioiis, et de ces fastueuses merveilles sous lesquelles laiil de inarbre et de bronz(î ont gémi sons Innlle la durée du règne de Louis XIV ! Il lanl avouer que ce Prince ne lui jamais à l'épreuve des louanges les }dus outrées, les plus lades, les j)lus journalières, qu'il s'épanouissoit à touttes, que l'entrée de son cœur et de son esprit leur esloit seuremcnf ouverte, el qu'il en estoit susceptible jusque sur les clioses les plus petiltcs el les plus communes. S'il se picqua de science et de vertus militaires, il n'eut pas de fond suffisant à jalousie sur ce point à l'égard de M. le Prince et de M. de Turenne, ny mesme à l'égard des disciples qu'ils avoient formés et qui leur succédèrent au commandement des armées ; mais s'il eut ce défaut de moins qu'Henry IV, il ne se défendit pas (ruii autre dont Henry IV ne lut jamais atteint, et (jui fut plus dangereux. Henry IV ne fut jamais jaloux de l'esprit nv de la capacité dans les affaii'es, il rechercha toujours avec soin, avec discernement, avec lumière, les hommes les plus habiles et les plus en réputation pour le genre d'affaire où il les voulut cmi)loyer. H en essayoit avec adresse et silence, et suivant le succès de ces essays. il se déterminoit. Le goustetfort peu ou point l'intrigue n'eurent point voix en ce genre. 11 sentit toujours qu'il ne pouvoit gouverner utilement qu'autant qu'il seroitbien aidé; ses choix ne se fixoient que par l'espérance fondée qu'il prenoit des différents hommes qu'il admettoit dans ses diverses affaires. Aussy n'a-l-on point veu de Prince plus heureux en ministres pour le dedans el pour le dehors, ny qui ail esté plus généralement ny plus continuellement bien servi dans tous les temps si différents île sa vie. On n'en a guère veu
aussy qui les ail tenus si bien de court et en haleine, et on sent encore du plaisir à les luy entendre définir tous avec justesse dans les Mémoires de ces temps-là, et à le voir se promener avec eux dans les galleries et dans les dehors de ses maisons, prenant tantost l'un, tantost l'autre, tantost quelques uns ensemble, les faire discutter les affaires, et les mettre tous, jusqu'à M. de Sully, hors de tout moyen de le gouverner, et soy-mesme au fait de tout, sans travail rebutant, et en estât de choisir les meilleurs partis à prendre sur toutte affaire en leur exposant aussy ses raisons, sans leur donner autre autorité que celle de leur poids par elles-mesmes, non plus (ju'à celles (h^chacun desminisln's avec qui il les disculoit.
On a veu sur Louis XIII dans Taffiire de Ciubic, dans celles du Pas de Suze, (ju'il n'estoit pas gouverné par le cardinal de Riclielieii ; ni par Iny ni par ses ca[)itain('s ;iu siège de La Rochelle. Cela se retrouveroit en bien d'autres affaires si un parallèle permettoit les mesmes narrations qu'une histoire. Le juste discernement de Louis Xlli lorsqu'il se fut reconnu luy-mesme, le guida aux meilleurs choix. Personne n'a esté encore assés hardi ponr oser n'admirer pas celuy du cardinal de Richelieu ; son maistre (|ui en sceutconnoistn; le [uix, sceut aussy le faire et s'y tenir fermement après, malgré tous les artifices et les cabales. On a veu quelh; fut toujours la sage modestie de ce monarque, sou détachement, son humilité, son désir unique et droit pour le bien comme; tel : ce furent les impénétrables remparts qui demeurèrent toujours debout entre luy et toutte espèce de jalousie et de petitesse, et peut-estre la plus rare et la plus nécessaire vertu des Rois.
Louis XIV au contraire, en garde contre l'esprit, l'instruction, surtout contre le nerf et contre tout homme qui
se sciitoit, écarla tout inciile cl no put souffrir que || d'humbles adorateui-s qui, l'enccnsoii- à la main, demeurassent dans un morne silence ou clicrciiasscnt dans ses yeux ce qu'ils avoienl à dire. Ce n'est pas qu'il u'ait trouvé des ministres et des courtisans distingués d'une autre trempe; mais il n'a perdu aucun de ceux-là, tous soumis et tremblants qu'ils fussent, qu'il ne s'en soit trouvé tellement soulagé qu'il ne luy ait échappé de le dire, et quelquefois en public et devant des gens intéressés à eux. C'est ce qui luy est arrivé à l'égard de Colbert, de Seignelay, de Louvois, de Barbezieux, d'Harlay archevesque de Paris, du premier maresclial de Gramont et de La Feuilîade, du duc de La Rochefoucauld si longtemps favori, quoyque l'esprit de celuy-là ne luy pust donner d'ombrage, du duc de Cré- (|ui et de Chaulnes, des mareschaux de Créqui, de Luxem])ourg, de Lorges, de Boufflers, Cattinat, et de plusieurs autres. Il ne put jamais souffrir le comte de Guiche, et si MM. de Lausun et de Tardes eurent tous trois beaucoup d'esprit, Icurprofonde disgrâce l'en délivra bientost ; et si M. de Lausun eut seul des trois un grand retour à la fortune, ce fut sans en pouvoir retrouver aucun dans son cœur et dans sa familiarité ; et on admirera toujouis également la première et signalée faveur d'un homme aussy estrangement extraordinaire, et les conjonctures estonnantes et uniques qui procurèrent sa seconde fortune. Des ministres choisis tous neufs parce monarque, j'appelle neufs sans survivance de ceux qu'il avoit trouvés, on n'en peut citer que trois, vcu ses craintes du mérite. Pomponne, choisy pour succéder à Lyonne dans l'importante conjoncture de la paix du Nord et de la Ligue du lUîin qu'il achevoit encore, et après sa disgrâce et la mort des deux ministres qui l'avoiont ourdie, rappelle dans le
Conseil pour présider parliculièrement aux affaires estrangères. Sa sagesse, sa retenue, sa modestie, furent les antidottes de son nom, de son esprit, de sa capacité. Le mesmc se doit dire des ducs de Beauviilier et do Clievreuse, qui ajoustèrent une tremblante timidité qui rasseuroit et plaisoit infiniment au Roy. Je nomme le duc de Clievreuse, parce qu'il eut plus de vingt ans la réalité secrette du ministère, sans estre entré dans le Conseil. Ponlchartrain enfin qui ne put assés cacher son esprit, accomoder ses avis, ramper et trembler assés pour ne pas déplaire à la fin, qnoyque soustenu par le goust que le Roy trouvait dans les grâces de ses manières et de ses expressions. C'est ce qui le fit chancelier, à son grand désir, pour n'avoir plus les finances ny à voir le Roy que connue simple ministre d'Eslat, et qui soulagea enfin ce Prince par sa Vdiontaire retraitte. qiioy(|ue tous les dehors fussent parfaitement gai'dés.
Louis XIV, si on en excepte Mme de Montespan et le particulier de chés elle où il y avoit infiniment d'esprit, le craignit jusque dans les courtisans les plus jeunes, et mesmedans les pluscommuns.il ne se plaisoit qu'avec les personnes de l'un et de l'autre sexe sur qui il se sentoit beaucoup de supériorité, ou qui avoient l'adresse de bien cacher leur esprit, deluy paroistre fort Inférieurs au sien. C'est ce qui a maintenu ses moindres ministres, c'est ce qui a si aisément et si continuellement valu à des enfants les survivances des plus importantes places de secrétaires d'Eslat de leurs pères et qui les y a établis en chef dans la première jeunesse par la mort de leurs pères ou par leur translation, comme Le Tellier et Poutehartrain, à un plus grand employ. Louis XIV s'applaudissoit avec une complaisance extrême de les former aux affaires, et rien
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lie liiv plaistMl laiil (|iie It'iii' aveu rciiiloii vt'iilahlc dij^iKiraiicc |)oiir en cslrc iiislriiits. Aussy a-l-oii vcu comment les affaires ont tourné depuis que de pareils ministres ont gouverné, et ([uedes généraux formés de mesmc ont commandé les armées, mallieius dont la sagacité d'Henry IV et de Louis Xill ont esté toujours préservés. Pour ce qui est de l'accès du Uoy si différent de celuy des Roys ses père et grand-père, mais si consolant quand on y pouvoit arriver, c'est un point à traitler en parlant de son Gouvernement. Je diray s(Milemeid icy que son secret estoit invi(daljle et ne luy coustoitrien, sa discrétion et sa circonspection pareilles, et que quand on faisoit tant que d'estrc admis à luy parler, la seureté })0ur tous les temps et à l'égard de loultes personnes y estoit au dernier juM-iode di^ seureté; d'autant plus que ce Prince estoit doué de la mémoire la 1)1 us nette, la plus précise, la plus excellente et que le temps n'effaçoit jamais ny ne confondoit dans la multitude inlinie des noms et des choses. 11 y a sur cela des faits certains et transcendants qui donnoient en luy une confiance infinie, de laquelle mesmc il estoit justement llatté. Si assés souvent il n'esloit jïas bien véritable, ce n'estoit jamais par un mensonge, ny aux plus légers dépends d'un secret (\u moindre particulier.
Si Henry IV fut piodigue en bastimcnls, que peut-on dire de ceux de Louis XIV, du superbe plaisir qu'il prit toujours à forcer la nature; et par les changements continuels qu'il y fit, ou pour rectifier, ordinairement pour s'amuser, du peu que paroissent les milliards qu'il y a dépensés. La situation de Versailles où il n'y a ny eau ny terre, et où par conséquent l'air ne peut estrebon; où tous les arbres meurent ou rcchigneni, et où ces admirables fontaines l'infecteid ; celle de Marly et ce que
ce vilain puits est devenu, la tentative de conduire la rivière d'Eure à Versailles qui a tant cousté d'iiommes et de millions, et nul monument public d'aucun genre, en seront d'éternels du mauvais goust et de la vanité. On a parlé du nombre prodigieux et de l'estonnante magnifificence de ses escuries et de ses équipages de chasse. Pour son jeu, on a veu qu'il s'en corrigea, ce que ne ilt pas Henry IV qui à la vérité n'approcha jamais de celuy qui réduisit la raison de Louis \IV à un jeu rare et fort mô- (li((cre. Le jeu, les bastiments, les é({uipages, quoyque Lonis XIII aimasl passionnément la chasse, sont trois points qu'on ne peut non seulement luy reprocher, mais qu'on ne peut encore ne pas admirer dans la modération e\l résine de ce grand Prince.
Il est triste qu'on n'ose dire que Henry IV ait esté religieux. Ilnguenot et catholique, ny les uns ny les autres n'ont pu luy rendre ce tcsmoignage. Besoin et politique ont réglé ses diverses professions de foy. Si on ne peut nier qu'il crust en Dieu, qu'il le craignisi, qu'il y espérast, (ju'il fust soumis à ce qui liiy arrivoil comme venant de luy, car on en a plusieurs tesmoignages, on ne peut aussy que déplorer la licence de sa vie jusqu'à la fin ; et s'il est louable de son attention et de sa décence à assister d'abord aii\ presclies, puis à la messe et aux offices de certaines grandes festes, on ne peut qu'estre effrayé de voir comment il traittoit la participation aux plus redoutables sacrements, en lisant sa dernière séparation d'avec Gabrielle d'Estrées pour faire chacun leurs pasques et se rejoindre aussytost après.
La vie de Louis XIII depuis l'enfance jusqu'à la mort a esté toutte religieuse, et d'une perfection toujours en avançant, à ne ])as craindre d'eslre mise à costé de celle de
Saint-Louis. Aiissy recoiil-elle enfin un layon do la niesnic gloire, qui ne sera pas oublié sur sa mort. Je ne m'estendray pas icy davantage. [)uisque sa valeur, sa capacité militaire, son esprit, et sa rare et constante piété sont quatre choses sur lesquelles au moins onluy a rendu justice, et dont personne n'a jamais doutté.
Louis XIV fut religieux aussy, et ce qui seroit incroya- I Lie si les tesmoins n'en esloient infinis, il le fut jusque dans ses plus grands désordres, et fidèle à tout l'extérieur (le la religion, ennemi sérieux de ce qui ne la respectoit pas, et dans un pénible combat entre le scandale de ne point faire de pasques, et le sacrilège de les faire indignement ; exact depuis à s'approcher des sacrements, et aux i exercices de religion, avec une décence et un respect qui imposoit à tous, et à tenir la main à ce qu'il fust rendu I par tous. Enfin, si sa térmeté dans la suilte des divers I malheurs si accablants de ses dernières années a paru 1 héroïque, la piété, l'humilité, la soumission avec lesquelles
I il les a receus et acceptés comme venant de la main de Dieu, ne l'ont pas esté moins. Le malheur a esté son peu de
II lumière, et l'épouvantable abus qu'en ont fait ceux à qui il fut livré sans cesse, sans avoir jamais voulu écouter qu'eux. De sa vie ce Prince n'eut qu'une oreille, et quels maux dans le sacré et dans le profane ce formidable défaut n'a-t-il pas causés, avec les intentions les plus pures ! C'est ce qu'un coup d'œil découvrira dans son gouvernement, après avoir parlé de ceux d'Henry IV et de Louis XIU. N'obmettons pas cependant que si Louis XIV fut grand mangeur soir et malin par santé et par corpulence, il doit néantmoins passer pour avoir esté sobre. Jamais il ne mangea avec licence, ny trop pour son estomac; jamais de vin puretque très raisonnablement trempé, jamais d'aucune
autre liqueur forte, jamais d'aucune autre que de l'eau et (lu vin, ou de l'eau de fleurs d'orange dans de l'eau.
La sobriété fut aussy une des vertus de Louis XIIL Il est vray que sa santé la luy rendit nécessaire la moitié de sa vie, ce que n'eut pas le Roy son fils, et jamais la plus légère licence à leur table, quand à la guerre des seigneurs y estoient admis. Henry IV n'avoit pas esté élevé à cette vertu parmi le bruit des armes et des partis, et il s'en sentit le reste de sa vie, mais sans yvresse, ny rien qui en ait approché, quoyqu'il ait fait souvent des repas de gayeté à Paris et ailleurs qui auroient pu cstre plus mesurés, mais ceux-là jamais chez luy.
Passant au j^ouvernement d'Henry IV, il faut encore rêve- fJouvememem
o • ,., . , .j ^ , .l'Henry iV.
nir au fruit qu il tira de son éducation et des nécessités de ses premières années, non seulement jusqu'à son mariage, mais pendant sa captivité à la Cour, et apK's qu'il s'en fut échapé et qu'il se trouva à la teste du parti huguenot jusquesà la mort des Guises et à sa jonction avec Henry III, si peu de temps avant la mort de ce monarque. C'est ce qui a esté cy-devant touché de façon à n'y pas revenir icy, mais dont il est important de ne perdre de veue aucune des circonstances, parce qu'il n'y en a aucune qui n'ait beaucoup contribué à le former au gouvernement et à faire de luy presqu'un aussy grand Roy en ce genre si difficile, qu'il l'a toujours paru à la teste de ses armées. C'est dans ce courant d'années si fascheuscs et si dures qu'Henry apprit à connoistre les hommes, à les choisir pour les mettre en œuvre, à tirer d'eux ce qu'il estoit possible de leurs divers talents; à n'en point prétendre trouver de parfaits, à ne se dégouster pas de leurs dcffauts ; à reclicrcher avec soin l'esprit, le mérite, la capacité, au lieu de les écarter et de les craindre, et à traiter affaires luy-mesme avec beaucoup
H6 rvnAi.i.iii:
(le gens pour les sonder, pour les rcconnoislre, i)our en puiser des lumières, pour u'eslre pas sur chacune entre les mains d'un seul, mesme d'un petit nombre, et n'estrc gouverné sur rien par personne, mais puiser pour ainsy dire conlradictoirenient de plusieurs de quuy se décider, pour conduire les différentes sortes d'affaires et sçavoir se conduire luy-même dans l'infinie diversité des choses, des conjonctures et de leurs complications. C'est de la sorte qu'il sceut se bien servir de tant d'hommes de mœurs, de génie, d'interesls si divers, parce qu'il sceul les bien connoistre, les appliquer à ce qui leur estoit propre, et mettre utilement dans son Conseil des catholiques les plus aparcmment dangereux pour avoir eu tant de part à ceux de la Ligue, comme Yitleroy et Jeannin, d'autres catholiques exempts de celte tache et recommandables par la grandeur et la pureté de leurs services, comme Sancy; enfin des huguenots attachés à leur secte, comme Colignon et M. de Sully, mais qui le luy esloient à luy bien davantage. On y peut ajouter M. de Thou, si célèbre par son admirable histoire et par tous les grands emplois et de la plus grande confiance dans lesquels il passa presque toutte sa vie. Comme il n'entra point dans le Conseil d'Eslal, je ne le range pas parmi les ministres catholiques d'Henry IV.
On ne peut guère concevoir d'embarras semblable aux détresses que ce Prince éprouva à son avènement à la Couronne par la mort d'Henry 111. On est encore effrayé quand on y pense, et on admire également quelle fut la force du droit, et la souplesse et la dextérité d'Henry IV qui sceul si habilement s'en prévaloir. Il se trouvoit à la mercy de deux partis fort ennemis, uniquement réunis par une haine plus forte de la lirannie de la Ligue et du joug espagnol, tous deux en force de luy parler avec menaces et qui
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presqu'aussytost ne s'en contraignoienl pas, tous deux coutradictoircment sur sa religion. On est encore surpris de la hardiesse de quelques chefs à saisir cette importante occasion de luy imposer des conditions énormes qui, sans la plus légère couleur que leur avidité et leur importance personnelle, alloient à démembrer en leur laveur le peu qu'il possédoit pour achepter par leur secoursce qu'ilestoit si loin encore d'en posséder. On n'admire pas moins l'adresse et l'accorlise dont il s'en démesla; mais on a peine, après les premiers besoins, à luy passer la confiance et l'autorité entière qu'il donna aux deux Biron, dont le père avoit eu l'impudence, dés les premiers moments de la mort du Uoy à Sainl-Cloud, de luy demander le l'érigord en souveraineté comme une condition sans laquelle il ne pourroit luy vouer sa loy et son service, et dont le lils si Ibrt comblé par liiy n'oublia jamais le Périgord comme une injustice qui luy estoil laite, et se perdit enfin pour s'élever à une souveraineté [ilus importante aux dépends d'Henry et de la France. Henry seut donnei- (in el change par des entreprises militaires à la conlusion si dangereuse de Saint-Cloud, et commencei- à se faire aimer et respecter de ses nouvelles troupes catholiques par ses exploits, et par la vivacité qu'il sceut entretenir a la guerre oster tout luisir aux catholiques nouvellement acquis et à ses huguenots de donner coursa la haine des partis, et les accoustu mer ensemble. Ce fut néanlmoinsune de ses peines la plus poignante, la plus durable, la plus continuelle, que de les faire compatir ensemble, se supporter, et arrester entr'eux les éclats à tous moments.
L'habileté avec laquelle il sceut profiter de l'échapée du jeune duc de Guise de sa prison, de la confusion que les divers aspirants à l'élection et au mariage de l'infante
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d'Espagne aux ])rélendus Eslats-Géiiéiaux de Paris, de la division des chefs de la Ligue qui enlraisnoit une heureuse subdivision des principaux sous eux, donne eneore un grand lustre aux premiers temps et aux premières années du gouvernement d'Henry IV. Il faut aussy convenir (jue jamais Prince ne fut plus heureusement servi, et ne Irouva de meilleurs bras ny de plus fortes testes ; mais il n'y en a voit guère moins parmi ses ennemis qiù, s'ils eussent esté bien unis ensemble et qu'ils eussent en tout tendu à un mesme but, auroient donné bien de la peine à la noblesse françoise qui enfin mit la couronne sur la teste d'Henry et Tasseura à la maison royale ; c'est-à-dire que la Ligne auroit eu assez de force pour renipescher, malgré l'interest et les secours d'Elisabeth qui loulle la bonne amie qu'elle fust toujours d'Henry IV, iuy doiuia souvent, et liuguenot et catholique, beaucoup de peine à la manier dans ses plus grands besoins.
Tiers parti. Lc tisrs parti, en apparence si redoutable après tant de Henri IV caihoii- dangers applanis par ses armes, fut son salut en forçant absolution à sa détermination à se faire catholique, et Iuy servant ù liome. d'excuse auprès des huguenots. Sans cet événement, il faut avouer que l'embarras y estoit extrême et que le risque estoit infini de se voir abandonné de l'un ou de l'autre parti tout entier, et à l'heure mesme de l'avoir pour ennemi déclaré. Et voilà l'inestimable ressource d'une Église sçavante qui est inslruilte d(ï l'eslendue et des bornes des droits des autels, et qui n'est uy vendue ny débellée par les ultramontains. Renaud de Beaune a rendu son nom cher et immortel aux François par le courage également héroïque et sage qui Iuy fil donner l'absolution à Henry avec une solennité qui Iuy ramena les trois quarts des catholiques et tjui frappa la Ligue à
mort. Ce fut un coup d'Estat et de religion qui fit crier la Ligue, l'Espagne et Rome d'autant plus haut qu'ils en sentirent tout le contrecoup, et que le Pape ne pourroit différer longtemps, pour l'iionneur de la première Eglise, une absolution qui à la vérité seroit un mieux pour Henry, mais dont aussy il pourroit se passer, victorieux et catholique comme il estoit desjà, si Rome se rendoit Irop difficile. Aussy s'en garda-t-elle bien pour son propre interest, malgré les instances et les oppositions de cette Ligue mourante, d'Espagne, de Savoye et de Lorraine, après les difficultés qu'elle n'osa leur refuser, et lorsqu'elle vit Henry IV au-dessus de ses affaires dans son royaume, et fort rallenti sur cette absolution.
L'ambitieux et cauteleux du Perron, si cstrangement versé à soustcnir le pour et le contre qu'il en fit horreur à Charles IX, et qui depuis sa pourpre n'a cessé de mont relies plus criminels excès de son furieux ultramontanisme, n'estoit pas un sujet à choisir j»our coupler avec le sage et l'habile Dossat pour procureurs à recevoir solennellement l'absolution du Pape. Quoyque M. de Sully dise de Dossat par haine de Yilleroy, le patron et l'amy constant de ce digne et célèbre ministre toujours françois à Rome, il auroit certainement détourné dans cette action ces puérils mais trop superbes coups de baguettes que les procureurs leceurent, et que du Perron visant fortement dès lors au cardinalat n'eut sarde d'empescher: voilà où conduit un mauvais choix. Dossat, qui le laisse doucement entendre dans ses lettres, et dont les deux caractères le prouvent bien mieux, y résista tant qu'il put, mais il ne put seul; il n'en fut que plus estimé mesme à Rome où on entrcpivud tout ce que l'on peut et où on se moque de ceux qui le souffrent, et il n'en obtint pas moins le chapeau avec
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acclaiii;itit>ii |)iil>rM[iic (|iicl(iii('s années avniil du l'cirnii. FoiLiesses Qut'l (juc soil IV'xlicnie scandale dans lequel on ne peut
I .Henry IV. s'ci^p^scliei' de l()nd)er à !a veuc des traités particulieis par lesquels il se peut diic que Henry IV après tant dVx- ])l()ils qui réduisirent la IJgiu; aux derniers abois, nr laissa pas d'aeliepler l;i paisible possession de sa couronne des principaux cbefs un personnages de cette monsirueusc hydre, on comprend (piil est des nécessités, quelquelois mcsme des impatiences (jui engagent à d'estranges conditions. Mais il n'est pas si aisé de juslitier ce grand Roy (b' l'amitié et (b' la confiance qu'il prit ])our Mme de Gaisf. vefve de celuy (jui périt à Blois ; de l'extrême considération qu'il témoigna toujours au duc de Mayenne qui luy avoit tant et si longtemps disputé la couronne ; dont le second fils estoit enfermé dans Amiens où il fit tout cr qu'il put pour son âge pour deffendre cette place assiégée par ileni-y en [lersonne ; et dont les deux fils se prirent depuis à ses maistresses, et firent publiquement assassiner La Borde, dont le Roy se servoit en cette affaire de leur gré, et qui ne se sauva que par la fuitte, et Balas^ny ([iic le Roy aimoit fort et qu'ils firent tuer, M. d'Aiguilb»u présent, sans qu'il en fust autre chose sinon que Henry IV manda à M. de Sully que le meilleur de tous ces Lorrains ne valoit rien. Il eut presque la mesme conduitte avec Joinville, depuis duc de Chevreuse, qui en vouloit à ses maistresses tout publiquement. Ces Messieurs avoient de dangereuses intelligences «m Flandres et en Espagne qiu' le Ro\" n'ignoroit pas; pour touttes ces choses, Somerive et Joinville en lurent quittes, le premier pour aller en Loriaine, l'autie se promener hors du Royaume jusqu'à hi mort du Roy. Ce Prince ne monstra pas moins de patience aux emportements pleins de mespris auxquels toutte cette
DES TliOlS ROIS. 121
maison se livra pour rompre le mariage de Mlle de Mercœur, fiancée dès longtemps avec M. de Yendosme, où M. de Mercœur vaincu et sans ressource trouva de si grands avantages, et qui ne s'accomplit enfin que de la manière la plus iiumilianle pour le Roy.
Sa bonté fut aussy fort mal employée à l'égard de ces prédicateurs furieux et de celle lie de fanatiques gagés par la Ligue, qui avoieut lait tant de désordres dans les esprits ignorants el les consciences foibles ipii tout loul le peuple et le très grand nombre de ce qui est un peu au- «iessus. Les fréquents attentais auxquels il fut exposé, et sous le dernier desciuels il succomba, ne feront jamais Léloge d'une politique aussy fausse qu'elle a esté à la fin mortelle.
La paix de Vervins, également utile, honorable, et habi- 1'»''^ 'e v.rvins. lement traittée, fut le couronnement des longs travaux d'IIenry IV. Il la deut aussy à l'épuisement de l'Espagne et au dernier déclin de la santé de IMiilippe 11 qui ne voulut pas laisser à son jeune héritier la guerre à soustenir contre un Roy si grand capitaine. Il est vray aussy que Henry sceutconnoistre les hommes, faire de bons choix et diriger aussy les habiles ambassadeurs qu'il l'uiploya à ce traité.
On doit regarder l'édil de Nantes comme un chef- tjit i. .Naiii.'?. d'œuvre de politi([ue et de grand sens. Si on se place dans le point de perspective du tenqis qu'il fut fait, on verra combien il estoil nécessaire et pressé de fixer Testât de la religion, et combien difficile de le faire parmi ce redoutable reste de Ligueurs (pii ayant Rome et l'Espagne en <roupe n'estoient occupés qu'à rendre la conversion du Uoy plus que suspecte, à crier qu'il sacrifieroit toujours les catholiques à ses anciens amis, et n'avoient de pensées ([u'à ralumer les feux que la valeur et l'adresse d'Henry vcnoient d'esteindiv. Il avoit bien alors le dessus par la
force, mais il falloil niôiiagcr Rome, silost après son absolution, (jiii iiilliioil encore Ix'miicoui» alors dans les alTaires de TEurope \k\v un reste d'iiahilude et de considération qui s'est bien elîaeée depuis, et qui tenoit dans sa main la dissolution si pressante de son mariage, qui seule luy pouvoit faire espérer et à la France postérité, auquel, mesnie la dissolution prononcée, cette Cour mécontente à un certain point et appuyée de la Maison d'Autriche pouvoit jetter de fascheuses entraves.
Les huguenots n'estoient pas plus aisés à gouverner; ils estoient accoustumés depuis si longtemps à tant obtenir, qu'ils ne pouvoient se résoudre à décheoir sous un Roy dont ils s'étoient figurés avoir droit de tout prétendre et de tout emporter pour avoir esté nourri parmi eux, avoir esté longtemps leur chef pour seule existence effective, et avoir tant contribué à le faire véritablement Roy. Outre ces raisons générales à tout le parti, ils avoient aussv leurs Ligueurs, leur appuy des protestants de toute l'Europe, avec qui llem'y avoit un si puissant interest de ne se pas brouiller. Ils avoient des factieux qui ne respiroient qu'un renouvellement de prise d'armes et des chefs tels que le mareschal de Bouillon qui souffloient le zélé et le feu pour se mettre à déc()uv(>rt à la teste du parti, traiter ainsy avec leur Roy de couronne à couronne, et dont le but particulier estoit de mettre le parti sous la protection d'un souverain protestant dont Bouillon seroit lieutenant général, exerceroit toutle sou autorité, l'auroit en croupe luy et les autres protestants, feroit ainsy un Estât dans un Estât, et deviendroit en quelque sorte égal au Roy conune se trouvant l'un et l'autie chefs de chacun un parti égal en nombre et en force, mais inégal en appuys, parce que ceux du parti huguenot seroient asseurés par la puis-
sance de son protecteur estranger et des autres protestants, tandis que Henry ne pourroit se lier à l'impuissance temporelle du Pape ny à la jalousie et à l'infidélité de la Maison d'Autriche et de Savoye; aussy n'y eut-il rien que Bouillon ne fist pour empescher l'édit de Nantes et irriter les huguenots sur tous ses points. Ce fut donc le chefd'œuvre de la sagesse, de la connoissance et de la patience dllenry IV d'estre venu à Lout d'une affaire si peu possible, et d'avoir ouvert assés les yeux aux huguenots pouileur faire sentir l'interest particulier et les veues pernicieuses de Bouillon et de sa cabale parmi eux, et en mesme temps leur avoir pu persuader comme en secret des catholiques, tous les avantages réels qu'ils tiroient des articles de l'édit; enmesme temps aussy il les exténuoitaux catholiques, il les effrayoit par la crainte des nouveaux troubles et des désolations dont la France ne faisoit que de sortir, et il leur montroit la séditieuse et perverse intention de ce zèle affecté de ce reste de factieux de la Ligue qui ne songeoienl qu'à se ramener d'où on les avoit tirés avec tant de périls, et mis hors d'estat de plus entreprendre, cl après de se soustenir. Le choix des rédacteurs de l'édit fut encore un admirable trait de politique. Schomberg, quoyque catholique, avoit du crédit en Allemagne et beaucoup de considération dans les cours protestantes de son païs. De Thou passoit dans les deux partis pour un magistrat également éclairé, modéré et sans reproche, bon et vray catholique, et toutesfois agréable aux huguenots. Jeannin, le plus habile, le plus adroit, le plus accort de tous, avoit esté secrétaire du duc de Mayeime dans les plus forts temps de la Ligue, avant et après les derniers Estais de Blois, de laquelle il connoissoit à fond tous les replis et tous les personnages; c'estoil Iny qui avoit lié les premières dé-
124 l'\l;\il.i;i.E
marchos de |t.ii.\ cl (|iii cslnil sccicllciiionl ciilré dans les premièivs iirgocialioiis, qu'il a\(til siiivios jusqu'à Taccoiuniodcnu'ul du duc de .Mayenne, auquel il esloit demeuré allaclié très conlidenunent quoyquc. devenu iiiinisli'C d'Henry IV. Il ne ixnivdil Ai>\\c csire suspect à Rome ny aux catholiques, et avuil par ses lumières et sa capacité de quoy imposer aux catholiques factieux. Enfin Colignon, bon et fi'anc huguenot, cliiuiceliei- de Navarre, et adininistiateur depuis toulte sa vie des hiens particuliers dllenry IV, depuis sa première jeunesse, duquel il avuit esté le ministre confident après l'avoir esté de la Reine sa mère, estoil l'homme qui counoissoil le plus intérieurement elle mieux tout le parti huguenot, et qui en estoit le mieux aimé, hî plus estimé, qui en avoit le ])lus la croyance et la confiance que méritoient aussy sa probité et sa profonde capacité, "oniérence de La Conférence de Fontainebleau, si légèrement engagée
rontainebleau. . , ,, , , , , „ ,
Du Perron par la vaiutc, d une part, ta trop crédule conliancc, de
' ! il 11 Pl6S?is • •
l'autre, eidre l'ambitieux du Peiron et le zélé du Plessis, est une des choses qui se peuvent reprocher à la sagesse du gouvernement d'Henry IV. La matière qui la fit naistre n'estoit bonne qu'à étoull'ei'. Henry estoit en droit et en bienséance de le faire sans mesme blesser les huguenots. L'emportement du Livre de du Plessis contre la messe et le Pape ne se pouvoit soutTrii' |)ar un Roy converti, et les huguenots n'auroienteu à se plaindre que de l'imprudence de leur confrère, trop excessive pour pouvoir estre suportée. Chacun sçail quelle l'ut cette conférence, comment rompue, (juel l'ut le désespoir de du Plessis qui comploil sur un maistre qui le traitoilavec distinction et qu'il avoil si bien servi, et quel fut le dépit des huguenots de voir leur plus fort athlète, qui d'ailleurs estoit le plus généralement estimé pour sa probili'- dans les deux partis, livn''
DES TROIS mus. 1-25
aux insultes auxquelles mesmc Henry prit beaucoup trop (le part et luy mit pour toujours le poignard dans le sein ; et par cette conduite, qu'il crut faire fortune à Rome et parmi tous les catlioliques.il s'aliéna le plus attaché à luy et le plus accrédité dans le parti huguenot, dont du Plessis fut tout le sa vie l'oracle, cl ses meilleurs serviteurs du mesme parti par mesiiie cause.
Il est difficile d'excuser un Rov si capable et si expéri- Le duc du Sdvoye
. . ' fort
menlé d avoir laisse venir a sa Cour celuy de tous les sou- dangereusement verains de l'Europe qui s'estoit montré le plus profond, le t-.o„spiraiioi. .le plus ambitieux, le plus dangereux à la France qu'il avoit Biionettie
' ' I c 1 HouilloneiconUt-
voulu démembrer à son profit pendant les désordres de la d'Auvergiuv
. , depuis duc U'Aii-
l.igue, et qui avoit ose lever lesyeuxjusqu à en embler la gouiesme couronne. Ces choses esloient connues de tout le monde. Ses intimes liaisons avec l'Espagne, dont il esloit gendre, ne l'estoient pas moins, et Henry qui depuis mesme la paix de Vervins avoit lanl essuyé de complots obscurs contre son Estât et conlre sa vie. ne [louvoit ignorer combien ce Irop fameux duc de Savoye estoit en ce genre un habile et hardi ouvrier. Il s'agissoil de la reslilution du nuuqiiisat de Saluées que Charles Emanuel, en pleine paix avec la France et sans préleiilioii autre que sa bienséance, avoit occupé sur Henry 111 lors des plus grands embarras de ce Prince avec la Figue. Henry IV pouvoit-il espérer que l'usurpateur vinslexjirés de Turin à Paris pour luy faire cette restitution, ou pour luy en proposer un équivalent convenable? El ce fui (hins ce voyage que M. de Savoye acheva de luy débaucher Biron. de trailer avec Bouillon, de s'asseurer du comte d'Auvergne, et d'ourdir l;i i)his profonde et la plus pernicieuse trame pour mettre le feu au milieu de la France, el la démembrer de ses ])liis belles provinces. Comment esl-il possible (iii'iiii Roy
12G PAIi.VLLKLE
si habile ci si coniioisscur se soi! laissé amuser par un si long séjour du duc de Savoyc, dont les très suspectes fréquentations ii'csf()i(Mil pas inesnie masquées d'une négociation où il y eust de quoy seulement écouter; et comment après que la guerre fut déclarée, et (pie le Roy se lui mis à la teste de son aiauée dans les Alpes, ne s'apperccul-il pas que Birou l'y Iraliissoit assés grossièrement, mesmc pour que le bruit en fust toutcomnum parmi les chefs et les trouppes? Ce mesme aveuglement le fit choisir pour ime courte embassade en Angleterre. La Reine Elisabeth plus éclairée le démesla bientost, elle luy tint des discours généraux qui dévoient bien le faire rentrer en luy-mesme, comme elle avoua depuis au duc de Sully qu'elle l'avoit fait dans ce dessein. Ce qu'elle en toucha à Henry IV ne put luy ouvrir suffisament les yeu?c sur toutte cette trame. Il envoya Biron voir jurer la trêve des Provinces Unies aux archiducs qui, bien informés des complots et du caractère fou et superbe du personnage , achevèrent sans s'ouvrir trop de luy tourner la teste à force de louanges et d'honneurs, et de mettre ses vertus et ses services au-dessus de toutte récompense. A la fin il se perdit pour s'estre mal à propos tenu trop asseuré de son secret. Bouillon esquiva av(>c son adresse accoustuméc. Il perdit ses places depuis, que le Roy luy rendit bientost, et ne se lassa jamais d'estre de plus en plus coupable, ny Henry de luy pardonner toujours, lutte des deux costés aussy incompréhensible, surtout après l'estrange conversation où Henry ne luy cacha rien, à Rennes, de ce qu'il sçavoit de ses complots et l'avertit de profiter de sa clémence, mais de n'y plus compter désormais pour l'avenir, et le quitta sans l'avoir voulu entendre. Auvergne, arresté et condamné à mort, eut incontinent
sa grâce ; sa trop aimée sœur fit qu'il n'y parut seulement pas. On a veu d'avance que ce fut pour faire pis Tiin et l'autre, et ce qui leur en arriva.
De ce mesme genre encore est la célèbre aventure de Vil- i.Hoste commis
. . . de Villeroy el
leroy, jadis Ligueur jusques dans les moelles, toujours traisue. depuis enclin à ses restes et à l'Espagne autant et souvent plus (pie la politique et la prudence ne le permettoient. 11 avoit toutte confiance et ne cachoit aucune des affaires de son ministère d'Estat à l'Iloste, son premier commis ; l'Hosle les découvroit toultes aux ministres de Madrid. Ce manège dura des années sans qu'on pust comprendre par où l'Espagne estoit si bien avertie. A la fin, tout fut mis au net par preuves les plus claires, et l'ilosle, qui s'en doutla par l'arrivée subite du courrier de l'ambassadeur de Henry à M;idrid à laquelle on ne pouvoit s'attendre, s'enfuit au moment mesme et se nova dans la Somme, près d'estre atteint par ceux qui couroienl après luy pour l'arrester. Villeroy, froid et tranquile, feignit tant qu'il put lie croire qu'il estoit allé voir quelqu'un au voisinage et qu'il alloit revenir, pour différer le départ de ceux qu'on vouloit envoyer après luy, et en fut quitte après pour sejetter aux pieds du Roy et prolester de son innocence contre toutte sorte de vraysemblauce et sans persuader personne. Les mesmes inclinations de parti l'avoient lié intimement àJeannin, et le fils de Sillery avoit espousé sa petite-fille et mis la plus étroite union entr'eux. 11 en résulta qu'Henry ne fut occupé qu'à consoler Villeroy, à le louer en public, à luy tesmoigner d'effet plus de confiance que jamais.
Le rétablissement des Jésuitles fut l'ouvrage de ces trois Rétabiissemem
1 • • ■ o • 1 i»n .1 des Jésuites.
hommes si unis, si parlâmes de peaux d Espagne, et dont la Ligue avoit anciennement gangrené l'âme. La Yarenne,
128 l'Ai'.Ai.i.ii.i:
aparamenl jicrsuadt' |t;ir les Jésuiltes que les services qu'il leur rendniil jnuifieroienl devaul Dieu les oïdiu'es q\ii luy avoicut fait uue si grautle forluuc, fut celuy doul la familiarité avec le R(iy luy donua lieu de luy faire les plus fortes et les plus fréquentes attaques. (Mi seuil ce qui les avoit fait bannir, on n'a point veu de service qui les ait pu faire rappeller. Ce (|ui est eslrange, c'est que la mesme raison qui les avoit fait proscrire fut précisément c(>lle de leur retoiu' et celle encore qui poila Ili'urv IV à les combler de biens et d'establissements malgré ropiiosiliou des Parlements, des Universités, on peut ajouter de tout cy qui ne sentoit point la Ligue et l'Espagne. Henry ne se cacha pas de la crainte que la continuation de leur proscription ne luy couslastla vie. M. de Sully, etbiend'aulres, Técritbien franchement. La mesme crainte fut aussy la source de tous ses immenses bienfaits pour eux. Ce grand monarque n'a pas laissé de périr enfin par le couteau. Louis XIV, regrettant le Père de la Chaise et vantant son atlachement pour luy à Maréchal son premier chirurgien, luy dit que i)eu de mois avant mourir ce Père luy avoit instament demandé de ne se choisir api'ès luy de confesseur que dans leur compagnie ; que les Jésuittes estoient bien innocents des imputations de leurs ennemis, mais que c'estoit moins par attachement pour eux que pour luy qu'il luy faisoil cette prière, parce qu'il y auroil de riui|>rudence à mettre un si grand corps au désespoir, en leur ostant son confessionnal, et qu'encore qu'il les crust entièrement incapables de ce dont leurs ennemis les avoient accusés, il demandoit en grâce au Roy de ne se pas exposer par une pareille imprudence à tout ce qui en pourroil arriver. Maréchal épouvanté, et qui m'étoit inlimement attaché, me le conta mot pour mot deux jours après.
Si la paix de Verviiisfait un grand honneur à Henrv IV, Échange du mar-
" quisatde
tant pour le choix de ceux qu'il y employa que pour la di- saïuces contre la
, . . , r .- .• 'ri " ' • Bresie, etc.
rection de toute la negotiation qu il se réserva en gros a luy-mesmo, la paix de Savoye ne luy acquit pas le mosnie honneur. Charles Emanuel n'oublia rien avant la rupture pour en conserver l'usurpation pour ne pas dire le vol en plein, qu'il avoit fait à la France pendant la plus profonde paix avec elle, mais parmi les embarras et les plus perfides entreprises de la Ligue. C'estoit donc la restitution du marquisat de Saluées dont il s'agissoit et dont l'usurpation ne souffroit point d'échange. Ce fut pour se ])rocurer cette justice qu'Henry prit enfin les armes et les porta dans les Alpes en personne. Tout finit néantmoins par l'échange de la Bresse avec le marquisat qui valoit infiniment mieux et qui, par la servitude où sa situation tenoit les ducs de Savove à l'égard de la France, bienséance pour bienséance, ne pouvoit cstre comparé à la Bresse quoyque limitrophe de la Bourgogne. Ainsy Charles Emanuel garda son larcin et ne donna qu'un fort léger retour à un très grand et très jmissant Roy de France qui n'avoit point d'autre guerre à soustenir.
Ce fut en ce mesme temps que se conclut et que se fil le Mariage
,,,, o- i il l'n ' • i !'• (J'Henry IV avec
mariage d Henry. Si toultc 1 Europe se récria contre 1 in- ji.irie décence extresme de celuy d'un duc d'Orléans qui avoit un ^ *" "^'^" frère aisné d'âge et de santé à ne luy donner aucune espérance à la couronne, j'obmets de quelle façon et de quelle main elle luy échut après, que dire du mesme mariage d'un monarque tel que l'estoit Henry, et dont le trosne estoit de[)uis longtemps affermi au dehors et au dedans par ses victoires et par ses traittés? De grandes sommes doues au grand duc, l'espérance d'en tirer de nouvelles, la considération de sa réputation personnelle dans l'Europe, la ra-
reté des Princesses à pouvoir espouser, couvrirent comme ils purent ce premier exem[)le de mésalliance qu'Henry laissa à sa poslérité, et à la Maison Kuyale jusqu'à luy si pure jusque dans les siècles les plus reculés, et la première de l'univers en antiquité, en suitle de Roys, en tout genre de grandeur. Sa plus l'uneste faute fut de n'avoir pas renvoyé dès Marseille louttc la suitle italienne.
L'application de ce monarque à toutles les parties du gouvernement à travers ses plaisirs et ses amusements, et la capacité singulière qu'il fit paroistre en toutes, est peut- (îstre la plus grande louange qu'un Roy puisse méritei-. décorée encore plus par la manière dont il guuvernoit, qu'il deut toutte entière à l'habitude des angoisses et des nécessités de son premier estât de chef de parti et des premières années de son règne. La grande et successive connoissance que ces temps iascheux luy avoient acquise de tous les personnagesetdu sous ordre encore des personnages, luy donna la facilité du discernement à s'en servir précisément aux emplois et aux affaires qui leur convenoient pour l'utilité qu'il s'en proposoit; ce qui : joint à l'habitude et à la connoissance des affaires qui luy estoient venues de la mesme source et qu'il prit toujours soin d'entretenir, luy acquit une aisance incomparable etunejustesseextresmeà voir, à comprendre, à démesler, à se décider, à ordonner, à suivre tous genres d'affaires et de détails presque sans travail. Non seulement il tenoit des conseils toujours effectifs, je veux dire où les affaires se proposoient, se débattoient, se digéroient, se suivoient, se décidoient ; mais c'estoit un charme de voir ce Prince également appliqué, familier, affable, en plus faire en ([ualre ou cinq tours d'allées ou de galerie que d'autres dans les travaux de cabinet les plus reiglés, les plus longs, les plus réitérés. Tantost il prenoit
un ministre, tantost un seigneur, lantost un capitaine, quelquefois deux ensemble d'avis difïérent, et jusqu'à trois, quelquefois quatre ; et là discuter, se faire rendre compte d'une ambassade, d'une expédition, d'une négotiation, d'une affaire de province ou de finance , en proposer, discuter, sonder les gens, démesler leurs interests, leurs haines, leurs affections, leurs raisons, résumer ou seul ou avec de plus confidents et de plus dé'^interessés ; et tout en prenant l'air et se promenant, prendre avec poids les résolutions sur tout ce qu'il avoit entendu et démeslé; se faire rendre un compte exact de l'exécution de chaque chose jusqu'à parfin. pomper ainsy les cœurs et les esprits avec légèreté et mettre minisires, grands et petits, en désarroy par l'usage de parler à plusieurs et à gens d'inclination, d'estat, de sistème. d'interests, de liaisons touttes différentes. Il tiroit ainsy le suc de touttes fleurs comme les sages abeilles, et comme un habile chimiste tournoit en remèdes les poisons. C'est ainsy qu'un sag(^ Roy gouverne en effet et sçait s'empescher d'estre gouverné.
Avec tant d'application et de sagacité, il f;Mit pourtant Uemy iv avouer que sa foiblesse sur le mareschal de Bouillon est de Louiuon. quelque chose d'incompréhensible. Fidèle et serviteur très utile jusqu'à son élévation par le grand mariage et toutte la dépouille de ce mariage stérile qu'Henri IV luy procura, tout le reste de sa vie ne fut qu'un tissu d'ingratitude et de perfidies. Porté par le succès de ce mariage à une alliance dont il se promit tout, il ne songea plus qu'à se rendre redouttable à son maistre par ses propres bienfaits, tantost lié avec les estrangers et leur livrant ses places, tantost ourdissant les plus dangereuses menées et formant les plus funestes complots avec les grands qu'il séduisoit,
tantost brassant tle lormer une république indépendante du corps des buguenots sous un prolecteur estranger et puissant dont il seroit le lieutenant général en France, c'est-à-dire le vray cbef appuyé de ce souverain en qualité de protecteur. On voit par tous les Mémoires et les liistoircs de ces temps, Henri IV [larfaitemcnt informé de ces trahisons, ne sortir point de colère et de dépit contre luy. et vaincre encore moins sa foiblesse pour un ingrat qu'il pouvoit écraser, qu'il trouvoit l'àme et l'ouvrier principal de touttes les conspirations dont les preuves estoient claires, se contenter tantost de luy parler et de le convaincre, tantost de le menacer de loin, une fois ou deux occuper ses places, incontinent après les luy rendre, et n'estre pas six mois sans s'en repentir par le trouver coupable de nouveaux crimes sans pouvoir se résoudre à ne le plus laisser échapper.
Duels. Il faut encore reprocher à Henry le sang qu'il a laissé
répandre par les duels, et les fascheux embarras où l'ont jetlé les démeslés personnels des plus grands, i)our avoir négligé de leur imposer à temps. L'habitude des armes et de l'estime de la valeur l'avoit rendu tolérant, puis lent sur le remède, et toujours indulgent sur ce pernicieux article dont il sentit enfin l'abus et le péril, mais trop tard.
Alliances. L'uuiou qu'il sccut couscrvcr avec les Puissances pro-
testantes sans révolter Rome ny donner lieu à la Maison d'Autriche de faire plus que des cris impuissants, a esté des plus habiles traits de la dextérité de ce monarque; elle a plus paru encore dans ce juste mélange d'adresse et de fermeté dont il sceut user, mesme au commencement si difficile et si nécessiteux de son règne, avec la Reine Elizabeth qui tascha plus d'une fois d'en profiter et qui ne
le put jamais. Il ne fut pas moins habile à luy faire passer sa conversion sans la refroidir pour luy. A la fin, l'estime réciproque estreignit tellement leur amitié personnelle, que jamais tant qu'elle vescut deux si puissants voisins ne furent plus étroittement unis, quelques causes de division qui soient nées entr'eux, et quelque ton qu'Elizabeth ait quelquefois essayé de prendre. L'Europe en fut si per- *
suadée, que les plus intéressés à semer entr'eux la mésintelligence désespérèrent d'y réussir. Tous deux y gagnèrent, mais Henry plus qu'Elizabeth dont l'amitié connue contint également les huguenots et les catholiques non seulement en France, mais les puissances estrangères des deux communions.
Henry eut le principal honneur de la longue trêve qui Trêve des
, , i,r> Provinces Unies
termma tant d années de la plus cruelle guerre entre lEs- avec lEspagne. pagne et les Provinces Unies, qui deurcnt leur salut à ses secours continuels qu'il eut l'adresse de ne point cesser de leur donner après la paix de Vervins. sans se brouiller pour cela de nouveau avec l'Espagne. Jeannin mania toutte cette négotiation avec une grande* souplesse, une grande patience, une grande habileté, et glissant pour lors, malgré toutte la résistance de cette république naissante, sur la reconnoissance formelle de son indépendance de l'Espagne et de sa souveraineté, il luy en procura tous les effets si difficilement accordés par l'Espagne, mais si expressément qu'il fraya le chemin à cette République d'arriver après à ce dernier point de sa liberté et de sa grandeur, nettement enfin reconnue par ses anciens maistres.
Ce monarque avoit eu la gloire de terminer le fameux différend de Paul V et de la République de Venise, et d'offrir tous ses secours à Clément VIII pour la réunion de Ferrare à l'Estat de l'Eglise. C'est ainsy que ce grand et
i->i PARALLÈLE
sage politique compcnsoit les aflaiies des catholiques et des protestants ; et qu'en se montrant l'ami utile des Papes et servant et eux et les Vénitiens, il acquit leur reconnoissance et le silence de Rome et des Princes catlioliques (|u;uid, pour l'abaissement de la Maison d'Autriche et pour le solide interest de la France, il soustint la République naissante des Provinces Unies, et luy ])rocura le roj)os et la liberté.
Il est fascheux de ne pouvoir dissimuler le dernier trait de l'amoureuse foiblesse de ce grand Roy, qui s'il eusl vescu davantage estoit pour mettre le feu dans sa famille et dans son royaume, et pour ternir d'un seul coup une vie si glorieuse. Il avoit fait élever près de luy le Prince de Coudé avec tous les soins et toulte l'amitié possible, et par son autorité l'avoit arraché à l'ambition du comte de Soissons son oncle paternel qui avoit entrepris de luy disputer son estât. Ce Prince n'avoit que le Dauphin entre la couronne et luy ; il estoit fils unique du Prince de Condé mort à Saint-Jean d'Angeli et de la trop fameuse Charlotte de la Trémoille. Henry IV avoit le germain sur luy. Le Prince de Condé de soy avoit à peine 12,000 liv. de rente. Henry y suppléa par ses bienfaits et le maria à une fille du dernier conestable de Montmorency. Malheureusement elle estoit beUe et Henry en devint fort amoureux. Il ne put se contraindre, il voulut estre heureux. Toutte la Cour en parla. Le Prince de Condé s'en apercent enlin, et l'affaire devint si critique qu'il prit le parti de sauver son honneur et de se dérober secrettement et promptement de la Cour et du rovaume avec son espouse, qu'il mena à Bruxelles et qu'il confia à l'archiduchesse Isabelle, souveraine des Pais-Bas espagnols, célèbre par sa vertu singulière, par sa piété et par beaucoup de grandes qualités. L'éclat fut pro-
digieux, d'autant que le Prince ne se contraignit pas d'en publier la cause qui retentit par toutte l'Europe; et qu'il n'avoit pu choisir un azile plus offensant pour Henry IV qui, pour une raison si pressante et si odieuse, livroit à la Maison d'Autriche le premier Prince de son sang. Rien n'égala aussy les transports où Henry IV entra, qu'attestent tous les Mémoires et les histoires de ce temps-là. Il s'abandonnna à tout ce qu'il espéra luy pouvoir faire rendre un objet sans lequel il ne pouvoit plus vivre, et bientost aux menaces et aux préparatifs de l'aller arracher luy-mesme à main armée à l'archiduchesse que rien ne put émouvoir. Henry livré entièrement à sa passion ne laissoit pas d'en sentir le ridicule, parmi tant d'autres maistresses et à l'âge de cinquante-six ans. Outre la qualité de premier Prince du sang et sa position de n'avoir qu'un enfant entre la Couronne et luy, dont cet espoux qui se portoit si publiquement pour fuir les derniers outrages, se pouvoit si grandement avantager en France contre le Roy, il estoit propre neveu du Prince de Conty qui pouvoit entraisner toutte la maison de Guise, dont il avoit espousé une fille qui vivoit et qui avoit beaucoup d'esprit, de monde et de galanterie, et du comte de Soissons qui, nonobstant l'ancienne prétention, haïssoil moins son neveu que le Roy qui l'avoit fait avorter, et à qui il n'avoit jamais pardonné d'avoir empesché sa sœur de l'espouser. Il avoit donc le trop plausible prétexte de l'honneur de sa famille et de celuy des Princes du sang pour satisfaire sa haine, et il pouvoit entraisner la Maison de Longueville qui estoit celle de sa mère. Le Prince de Coudé estoit gendre du conestable de Montmorency le plus establi, le plus grand seigneur du royaume, et de la plus grande réputation, par conséquent neveu du duc de Dauville admirai, beau-frère du duc de Vantadour
et du comte d'Auvergne, dopiiis duc d'An^^oulesme, prisonnier alors, comme un l'a m'm cy-dessus, et cousin-germain des ducs de Luxembourg el d'Espernon etdu mareschal de Bouillon, qui estoit gendre du lameux Prince d'Orange fondateur de la République des Provinces Unies, ainsy que fut le duc de la ïrémoille, autre beau-frère du feu Prince de Condé dont le fils, gendre et neveu du mareschal de Bouillon estoit doublement cousin-germain du Prince el de la Princesse de Condé dont il s'agit icy. On a veu quel factieux estnit ce mareschal de Bouillon, et on peut juger de ce qu'auroit pu exécuter contre Henry un si prodigieux groupe des principales testes auxquelles tant d'autres tenoient encore de si près, et tous personnages si puissants par leurs dignités, leurs gouvernements et leurs charges, et si importants par la figure qu'ils avoient toujours faite. L'amour, plus fort que tant de considérations si puissantes, saisit avec avidité la conjoncture arrivée en mesme temps de la mort sans enfants du dernier duc de Juliers etdeClèves qui estoit de la Maison de la Marck, et dont la succession est demeurée jusqu'à présent litigieuse après tant d'années de guerres et de Irailtés. L'ouverture de cette succession estoit l'époque que Henry sestoit de longue main proposée après d'autres époques manquées, pour porter les plus grands coups à la maison d'Autriche et pour le grand dessein dont je parleray bientost. C'estoit dans cette veue qu'il avoit depuis si longtemps fait diverses alliances el tant de sourds préparatifs, amassé tant d'armes et d'argent. De si heureuses avances parurent à cet amant une fortune, pour sous prétexte de l'affaire de Clèves, tourner ses premiers efforts contre l'archiduchesse et luy enlever la beauté qui le transportoit d'amour et de rage. C'est le point où en estoit ce grand Roy quand le plus exécrable et Ir
plus forcené de tous les assassins termina sa vie, son règne, et ses entreprises.
On ne peut finir ce qui regarde le ffouvernement de ce Projet de
IJ jj- '•, . réduire rCuropc.
lameux monarque sans parler du grand dcsseni qu il avoit conceu depuis longtemps pour l'abaissement de la Maison d'Autriche, et que sa funeste morl ne luy permit pas de commencer comme il esloit à l'instant de le faire. On ne le voit bien expliqué que par le duc de Sully dans ses Mémoires, qui par sa faveur et ses cliarges se trouvoit le principal instrument d'Henry pour cette grande exécution. Quelque détail qu'un homme si bien instruit, si fort du mestieri't si exact, en fasse, tant des négoliations avec les diverses Puissances et de leur succès, que des diflérents moyens ; quelque facilité d'en venir à bout qu'il se figure et qu'il tâche de persuader à ses lecteurs, on a peine à comprendre comment la beauté de cette imagination a pu éblouir assés pour la faire considérei' comme possible à des testes aussy sages et aussy militairement et politiquement expérimentées et consommées dans les affaires de l'Europe: réduire celte partie du monde en quinze dominations égales, c'est refondre l'Europe entière; et prétendre achever ce prodige en trois ans, la gouverner après par 66 députés tirés de ces 15 dominations pour décider suprêmement de tous les différends à iiaistre. et entretenir entr'elles une égalité, une paix, une union, une harmonie éternelle, c'est en deux mots ce grand dessein. On a toujours admiré la belle idée de la République de Platon, sans que personne l'ait jamais crue possible ; on a peine à se persuader que la Reine Elizabeth ait jugé autrement de celle-cy, de quelque façon qu'elle en ait flatté Henry IV. Leur haine comnunie contre la iMaison d'Autriche les unissoit dans la passion de l'abaisser, et en particulier chacun
de se venger de l'Espagne qui n'avoit rien oublié pour exclure Henry du trosne de France ny pour faire descendre Elizaheth de coluy d'Angleterre. Tout ce qui tondoit à diminuer une Puissance si gi'ande et si ennemie entroit bien avant dans le cœur d'Elizabcth, et la portoit à flatter Henry dans tout ce qui y pouvoit conduire et l'empescher de s'y refroidir; mais le temps venu de mettre la main à l'œuvre, peut-on raisonablement penser qu'elle se fust représenté cette chimère comm<' en pouvant faire une réalité; et qu'une Princesse qui a fait admirer aux siens et aux nations estrangères les lumières de son esprit, la profondeur et la justesse de sa politique, l'adresse et la sagesse de son gouvernement dans un pais si amoureux de ses loix et de sa liberté, ait pu entrer sérieusement dans un projet si estrangement vaste, d'une complication si prodigieuse, si dépendante de tant de testes et d'accidents? Paul V ne se plut jamais qu'à la guerre et à tout renverser ; il porta l'indécence de cette passion jusqu'à coucher dans les tranchées et dans les batteries, et à mettre luy-mesme le feu au canon. La veue d'une couronne séculière le charma, et d'une si grande augmentation de domaine. Tout trembloit à Rome devant un Pape qui ne connoissoit point de mesures. Mais au fond, comment un Pape et comme tel, car ils sont d'ordinaires vieux et changent souvent, auroitil pu, je ne dis pas seulement consentir, mais confirmer comme partie contractante, l'existence, la durée, l'establissement le plus solide et la protection de l'hérésie de Calvin et de celle de Luther, pour figurer chacune en tiers et en égalité avec la religion catholique, qui non seulement attaquoient les plus grandes vérités de la foy, mais ce qui touche bien plus sensiblement Rome, qui sappoient par les fondements : Luther la puissance du Pape et la gran-
deur des cardinaux et de sa Cour ; Calvin l'épiscopatmesme, et tous deux le monachisme et les vœux, dont Rome a sceu et sçait encore tirer de si grands avantages. Elle eut frémi de fureur à cette découverte ; tout terrible que fusl Paul V, elle n'eust rien onblié pour l'arrester par touttes sortes d'obstacles ; pour le moins, sa politique eust bien empesché le prochain conclave d'élire un Pape de mesme humeur et plus touché de la vanité d'une couronne qui ne pouvoit rien ajouter à son rang, que des solides avantages d'autorité et de puissance pour lesquelles elle eust tout craint de ces deux religions si puissament establies, et, pour sa liberté mesme, d'un Pape Roy de Naples et souverain de toutte la botte d'Italie. Après ce que Henry lY avoit éprouvé de la position deCharlcs-Emanuel à l'égard de la France, il est surprenant qu'il en ait voulu faire un Roy de Lombardie; et à l'égard de la République des sept Provinces-Unies, qu'il vouloit accroistre des dix autres des Païs-Bas, l'expérience a fait sentir depuis à la France, par ce qu'ont pu contr'elle ces sept provinces seules, quel danger elle auroit couru de la part de cette République si elle avoit esté composée de touttes les dix-sept. Ce n'est ])as aussy sans frayeur que je considère dans quel péril subit eust pu tomber la France par l'intelligence de ce Roy de Lombardie, débouchant en Provence etenDauphiné,avec la République des Suisses possédant, outre ses treize cantons, l'Alsace et la Franche-Comté qui confinent à la Lorraine. Un si grand coup est bientost frappé, et le recours aux soixante-six députés de la République Chrestienne auroit esté un bien foi Me remède.
Il seroit trop long icy de parcourir le Nord et l'Alle- I magne; mais comment se proposer comme une ciiose possible de contenir trois religions si opposées et le zèle des
uns et l'interest des autres ù les estendre et à usurper, qui est ce qui lornie les guerres de religion, les plus cruelles de louttes et les plus dil'liiiles à terminer; comment se flatter que de tant de puissances grandes et petites à unir, aucune ne se démentira, ne se lassera, ne prétendra, ne se laissera séduire, n'en séduira {>as d'autres, ne formera pas un parti à part pour des agrandissements particuliers? Enfin, comment parer le subit déconceitement par la mort de quel(]ue leste principale, et peut-cstre de plus d'une pendant l'exécution, mesme en la supposant commencée; et quand par impossible tout seroit achevé, comment soustenir Touvrage contre l'ambition ou la perfidie des successeurs ? Ce Sénat de soixante- six députés de la République Chrestienne autorisé à décider tous les différents qui pourroient survenir, peut-on s'imaginer qu'il seroit, à l'égard des quinze dominations establies, comme sont en France les divers Parlements à l'égard des sujets du Roy, qui jugent souverainement dans leur ressort les procès des particuliers au nom et par l'autorité du Roy qui presteroit main-forte à leurs arrests s'il en estoit besoin, etpuniroit sévèrement quiconque oseroit les mépriser? A chaque contravention et décision des soixante-six, la flèpublique Chrestienne prendroit-elle les armes pour la faire obéir par qui s'y voudroit soustraire? Il y a une foible image de cela dans l'Empire. Le Conseil Aulique. la Chambre impériale, des Diettes, quelquefois l'Empereur mesme, jugent des différents. On a l'expérience qu'il n'y a que les foibles et les petits qui y déférent. Les puissants, souvent mesme les médiocres y résistent et désobéissent, et on voit que la force en décide, et que si le condamné se trouve appuyé d'alliances considérables, ou qu'il ariive des conjonctures dont il sçache profiter, la condamnation demeure sans force, et
les choses jugées, sans exécution. A plus forte raison en arriveroit-i Ide mesnie des j ugements de ce Sénat de la République Chrestienne. Il faut ajouter que chacun de ces soixante-six députés des quinze dominations ne pourroit agir que suivant l'instruction et les ordres de la domination qui lauroit envoyé, lesquels seroient conformes à ses voues, à ses inlerests, à ses liaisons parliculiéres, d'où naistioient des schismes et des divisions continuelles parmi les membres de ce Sénat. Le lieu, ou les lieux de sa résidence, auroit esté encore une difficulté insurmontable. Comment, d'un seul lieu, remédier à temps à tout ce qui peut survenir par toutle l'Europe, comment mesme y pourvoir de deux ou trois endroils ; et si les députés sont divisés de la sorte, les Puissances ne pourront avoir les leurs (|ue (Unis uu lieu, et seront privées de la connoissance et de l'influence dans les deux autres. Que si on faisoit plusieurs congrès des soixante-six députés pour satisfaire les quinze dominations, tout tomberoit en confusion par le nombre à l'égalité de ces congrès, dont le ressort ne se pourroit régler par les divers inlerests qui suiviendroienl pour les estendre ou pour les resserrer.
Donner à l'Espagne en effet ou en suzeraineté, cl aux Princes cadets de la Maison d'Autriche louttes les Indes, c'eust esté les rendn; maistres du commerce de toutte l'Europe, ce qui ne se peut empescher (jue par les possessions plus ou moins grandes des autres nations dans ces mesmes païs. Qui a seul le commerce a bientost seul touH'argent, et qui a tout l'argent fait tant qu'il veut des traittés avantageux et des conquesles. Ainsy, avec ce dédomagement des Indes, des dépouilles de la Maison d'Autriche en Europe, peu d'années je ne dis pas d'homme mais de monarchie, l'auroient bientost mise en estai et en moyens de renverser
la Rt'publiquc Chrcstienn(;, d'y repicndiv plus que sou eslablisseinent ne luy en auroit oslé, et de tendre avec plus de succès ([ue jamais à la monarchie universelle.
A l'égard de chasser d'Europe les Turcs, de reléj,aier les Moscovilles en Asie, el de former de nouvelles dominations de leurs Estats sur le modèle d'égalité des quinze autres, c'est une parure de ce vaste projet qui en demanderoit un long et solide establissenient avant de penser à l'estendre aux dépends des infidèles.
Le droit d'élire aux royaumes rendus ou maintenus électifs attribué à huit grandes Puissances, esten vérité une autre chimère. L(^ dessein veut en faire des royaumes très considérables, surtout de la Hongrie et des autres limitrophes des Turcs, des Tartares, des Moscovittes, en leur annexant à chacun de riches et grandes provinces voisines. Le Roy de ces nouveaux royaumes ainsy accrus seroit un puissant Roy ; plus il le seroit, plus chacune des huit Puissances électrices auroit interest d'y mettre un ami sur qui pouvoir compter : comment donc convenir ensemble ? On a veu tous les funestes inconvénients de cette mesme cause dans beaucoup d'élections d'Empereurs avant que la Puissance de la Maison d'Autriche en eust fait une dignité héréditaire voilée pour la forme, d'un fantosme d'élection. Que seroit-ce donc entre des Puissances électrices aussy différentes que le seroient le Pape, la France, l'Angleterre, etc., des Electeurs de l'Empire d'autrefois, et dont la puissance n'estoit rien en comparaison de celle des Electeurs laïcs d'aujourd'huy, laquelle quoyque éloignée de celle où elle est parvenue de nos jours, estoit déjà bien augmentée du temps de ce vaste dessein d'Henry IV.
Enfin, quelqu'exactitude que M. de Sully ait pu avoir, quelqu'expérience en moyens qu'il ait eue de mettre au cal-
cul des forces et de l'argent à employer à l'exécution de ce vaste dessein et à le diviser en cotte part de chacune des Puissances à contedércr, il n'est pas possible de se conlier à cette justesse. L'expérience et les infinis contretemps apprennent chaque jour qu'une campagne, qu'un siège coustenl bien plus qu'on ne les a le plus sagement supputés; et ce qui doit plus persuader encore de l'erreur, c'est celle que se font sans le vouloir tous les gens qui bastissent, ceux qui ornent et qui meublent des maisons; quelque soin qu'on apporte à ces sortes de supputations les plus exactes ; soit qu'on taille en grand, en médiocre ou en petit, tout excède de quelque chose et les divers louts d'excédants font une somme qui n'est jamais entrée dans le plus juste calcul, et sur laquelle pourtant il faut compter en gros. De plus quand on travaille en maisons, si on est sage et si on ne veut pas se tromper soy-mesme, etquedcs IVincest sur lesquels on croyoit compter, qui se seroient lost rebutés de ces mécomptes indispensables, mais trop pesants pour eux, et qui auroient fait manquer l'entreprise à l'égard de la durée de trois ans pour un si vaste dessein, comment cela se peut-il limiter et encore à si peu de temps, mais si long pour tant de petits et de médiocres confédérés *.
Venons maintenant au gouvernement de Louis Xlll. C'est Gouvemeinmt
de Liiuis XIII.
icy sans doute (ju'un lecteur m'attend. Un gouvernement obombré d'un premier ministre tel que le cardinal de Richelieu, entre Henry IV qui a esté luy-mesmele sien et dans les temps les plus difficiles, et Louis XIV qui a toujours Moulu paroistre estre aussy le sien, et l'un et l'autre non
1. Il y a ici un blanc de deux lignes, dans le manuscrit, et la rédaction de la phrase ne parait pas terminée.