I.uvnes
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moins avides de louanges et d'éloges (|iie très jaloux de gloire, ne doit pas briller ; enseveli dans la modestie, c'est trop peu dire, dans le plus sincère mespris de soy-mesme, le seul qui a pris à tâche de tarir les louanges et qui en soit venu à bout entre tous nos Rois ; c'est un article bien rare et bien au dessus de tout panégiriquequiaestétraitté lorsqu'on a parlé de ses mœurs, et dont le fondement estoit dans sa piété et dans sa justice, comme on Ta deu remarquer en tant d'endroits, mais bien particulièrement dans le propos qu'il tint à mon père sur Mlle d'IIautefort, qui dans un jeune Roy tel qu'il estoit, se peut dire véritablement sublime.
Pour bien juger de son gouvernement, il y a trois points qu'il ne faut pas perdre un moment de veue : sa déplorable éducation et jeunesse jusqu'à la mort du mareschal d'Ancre, ses malheurs domestiques qui sans la plus petite faute de sa part, luy ont fait de ce qu'il a eu de plus proche, de ce (|ui dcvoit eslre le plus cher, sa mère, son frère unique, et sa femme vingt ans stérile, ses ennemis les plus acharnés et les plus dangereux; enfin cette humilité si vraye et si unique dans un grand Roy, et ce détachement de soy-mesme d'autant plus héroïque qu'il fut toujours égal et parfait, qu'il extirpa tout éloge, qu'il les vit d'un œil serein et tranquile pleuvoir à verse sur Richelieu dans tous les temps.
Quoyque libre en apparence depuis la mort du mareschal d'Ancre et l'éloignement de sa mère, l'épaisseur des ténèbres où ils l'avoient tenu si soigneusement enveloppé ne put se dissiper que bien lentement : ses libérateurs eurent grand soin d'en profiter et de les fomenter, bien loin de l'éclairer; moins encore de le laisser instruire par les anciens ministres que, pour se concilier le monde, ils
avoient rappelés au moment mesme qu'ils eurent frappé leur coup. Pour gouverner et se faire conestable, d'où Luynes partoit, et pousser ses deux frères jusqu'où il les éleva, il lui falioit un maistre qui ne sentist que la joye de sa délivrance sans en connoistre le prix, et qui demeurasl incapable d'aucun sentiment autre que de celuy d'une reconnoissance aveugle et d'un abandon pareil, à celuy qui l'avoit délivré. C'est Testât où il le tint autant qu'il luy fut possible ; mais la guerre civile, quoyque si courte, qui finit par le combat du Pont de Ce, le voyage de Bôarn, la guerre de Guyenne et de Languedoc où le génie militaire oommonra à se montrer, forma un peu le Prince par le commerce avec les généraux et les trouppes et par les Conseils qu'il tenoit sur les affaires, que le conestable ne pouvoitempescher ; et cela mesme eust causé son éloignemcrit s'il ne fust mortbien à propos pour sa fortune, parce que les yeux duRoys'ouvroient j)eu à peu par ce commerce de plus en plus varié et estendu, qu'il sentit les deffauts de talents de celuy en quiilavoit mis toulte sa confiance ; qu'il fut enfin frappé des dimensions énormes de ce colosse formé toul-à-coup,et qu'il se repentit si bien de cette faute de la simplicité de sa jeunesse et de sa première liberté qu'il s'en est plaint souvent depuis à mon père. Mais, le conestable mort, s'il en fut soulagé, il n'en parut rien à l'égard de ses frères qui ne luy estoient pas associés au gouvernement. Le duc de Luxembourg estoit incapable de tout sinon de jouir paisiblement de sa fortune, et Louis Xlfl se servit toujours fort utilement du mareschal de Chaulnes avecloutte l'estime qu'il méritoit.
Il ne faut donc commencer à compter le gouvernement de Louis XIII qu'à la mort du conestable de Lujnes, qui arriva pendant le siège de Monlauban, 14 décembre 1621,
que le Roy faisoit luy-mesmc. Il n'avoil alors guère que •vingt ans, estant né à Fontainebleau 17 seplembrelG01.il achève la prise, roccupalion de plusieurs places, et retourne à Paris ; se dérobe bientost après du Louvre, retourne en Languedoc, le soumet et force le parti huguenot à luy demander la paix aux conditions qu'il imposa ; engage le fameux Lesdiguières à se faire catholique en luy donnant l'espée de coneslable et l'ordre du St-Esprit ; traittc en personne dans Avignon une ligue avec Charles Emanuel duc de Savoye, et l'ambassadeur de Venise, pour empescher l'occupation de la Valleline par la Maison d'Autriche, et vient trouver les Reines et la Princesse de Piedmond, sa sœur, à Lyon ; y donne la calotte rouge à Richelieu fait cardinal, rend les sceaux au chancelier de Sillery, apprend la mort du célèbre Jeannin et celle du perfide mareschal de Rouillon, et s'en retourne à Paris.
La Reine-Mère sceut profiter du bon naturel de Louis XllL Elle obtint sa nomination au cardinalat pour Richelieu, qui le fut de Grégoire XV au Consistoire du 5 septembre 1622 ; et elle parvint à le faire entrer dans le Conseil en 1624. Ce ne fut pas sans peine. Ce n'est pas icy le lieu de faire l'histoire de ce cardinal qui est si connue, mais il avoit esté secrétaire d'Estat du temps du mareschal d'Ancre, à la mort duquel il fut chassé à Avignon. Son crédit sur la Reine-Mère estoit si connu, qu'il fut mandé par Louis XIII pour aller trouver cette Princesse, y contrebalancer le crédit du duc d'Epernon qui l'avoit tirée du chasteau d'Amboise, et faciliter malgré ce duc son accommodement avec le Roy à qui cet ancien attachement à sa mère, du temps qu'elle le tenoit en captivité si dure, estoit demeuré sur le cœur. Son bon esprit, de plus en plus dévelopé depuis la mort de Luynes, se connoissoit bien en gens. Il
sentit la capacité de Richelieu dans le conseil, et il la gousta si fort, que quelques mois après il le fit premier ministre, et luy donna toutte sa confiance.
Faire un premier Ministre, on ne peut nier que ce ne Richelieu presoit pour un Roy faire un estrange pas; mais il est des mmisiie. conjonctures où ce pas quel qu'il soil, devient nécessaire et tellement qu'il ne s'agit plus que d'un bon choix. La suite des affaires a montré à toute l'Europe que celuy de Louis Xlll ne pouvoit estre meilleur. Il faut seulement faire voir qu'il estoit nécessaire, et jetter pour cela un léger coup de crayon sur \o dedans et sur le dehors.
Deux partis divisoient le Rovaume, les Huguenots et les , •^'.«von restes de la Ligue ; chacun des deux avoit des personnages de teste et de main et dans tous les estages de conditions, dont les plus grands estoient puissants en establissements et en alliances, et chaque parti appuyé dans les païs estrangers; les Huguenots ahondoient en places de seureté, et La Rochelle presque République profitoit de sa situation avantageuse pour son commerce, et par son voisinage de l'Angleterre; et le corps entier des Huguenots ne tendoit guère moins à Testât républicain par le concert de ses chefs, de ses consistoires, de ses assemblées provinciales et générales dont ils jouissoient par l'édit de Nantes et que l'audace d'une part, la tolérance de l'autre par l'ancienne familiarité d'Henry IV avec eux, et depuis sa mort par la foiblesse et les embarras du Gouvernement de la Reine-mère, avoient infiniment enflés. Les restes de la Ligue qui faute de pouvoir mieux s'estoient contentés des ménagements d'Henry IV, avoient repris vigueur non seulement par cette mesme foi])lcsse du gouvernement de la Reine-mère, mais par son inclination, ce n'est pas assés dire, par son dévouement pour l'Espagne et sa bigoterie
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pour Rome. KUc uvuil lait le inariu^e d' l'Espagne pour ainsy dire à main armée malgré presque loule la France, ol la nouvelle Reine plus Espagnole s'il se pouvoil que la Reine-mère, s'esloit unie avec elle par des liens que rien n'a jamais pu all'oiblir. Leurs intelligences secrètes avec les restes de la maison de (iuise et avec tout ce qui avoit esté Ligueur, redonna à ce parti une vigueur nouvelle, et fit de la Duchesse de Chevreuse une favorite qui devint un personnage par son espiit et son talent de cal)ale et d'intrigue, très utile à son pai'ti et très dangereux par son art et par une hardiesse qui s'aventui'a sans cesse à loul. Outre ces deux partis principaux des Huguenots et des restes de la Ligue, les Princes du sang quoyqu'en si petit nombre se trouvoient cstrangement divisés. Le Prince de Condé ne pouvoit pardonner à son oncle de luy avoir osé contester son estât, ny les comtes de Soissons à luy, de l'avoir emporté sur eux. La maison de Lorraine conlinuoit il faire une grande figure avec tous ses eslablissements. Celle de Longueville estoit puissante. La branche de Nemouis, de la maison de Savoye et les Gonzague estoient encore fort considérables. La Reine-mère estoit passionnée pour la Savoye et contre Mantoue et les Gonzague ; les Longueville si pi'ochcs de la branche d(; Soissons faisoient bande à part avec elle ; et les bastards d'IIcmy IV avec les alliances médiocres de leurs mères, mais fertiles en gouvernements et maistres passés en intrigues, faisoient un groupe dangereux en establissements et en personnages. Toutes ces maisons s'estoient attaché des partisans, en sorte que c'estoil le Roy qui avoit le moins de gens attachés à luy, et les moins considérables en tout genre jusque parmi ses ministres et ses généraux. L'ambition, les jalousies, le rang, jusqu'à la galanterie les rendoient presque
tous ennemis. Chacun vouloit des grâces pour ses parlisants, soit pour accroistre leur puissance, soit pour se monstrer supérieurs en crédit; et chaque vacance à, remplir dcvenoil un embarras par cette compétence de tous gens avec qui il falloit compter, sans que ce qui ne tenoit qu'au Roy y pust guère prétendre; et s'il survenoit quelque éclat entre eux, soit pour des choses soit sur des galanteries, tout se partialisoit dans la Cour et jusque dans les Provinces, sans que personne pust demeurer neutre, et l'impuissance de l'autorité Royale se voyoit à découvert dans les embarras qui on naissoient, et les difficultés d'assoupir puis de terminer ces difl'érends où Catholiques et Huguenots se mesloient.
Pour le dehors, les affaires n'esloient pas moins fascheuses ; l'Empereur venoit de triompher de l'Electeur palatin par le gain de la bataille de Praline, de le proscrire pour crayon
^ . ^ . ... du (luhois.
avoir voulu se faire le Hoy de Bohême, et d'enrichir le duc de Bavière de ses dépouilles, ('e grand coup abatloit les protestants d'Allemagne et donnoit à l'Empereur un pouvoir illimité. Rien n'estoit plus redoutable à la France; mais d'autre part il n'estoit guère moins dangereux que les Princes protestants d'Allemagne eussent des avantages qui les missent en estât de soustenir le parti huguenot en France et d'en accroistre la force et le pouvoir. Rien n'estoit donc plus délicat que de se bien conduire entre ces deux écueils. La Maison d'Autriche ne se rendoit pas moins redoutable du costé de l'Italie. Sous prétexte, tantost d'apaiser les différends des Suisses et des Grisons, tantost de favoriser la religion cathohque, elle s'estoit peu à peu comme emparée de la Yalteline par des forts qu'elle avoit faits dans les passages, surtout par celuy qu'y avoit élevé le comte Fuentes et qui devint célèbre sous son nom. Par
CCS moyens elle avui[ mis les Grisons sous son joug et s'esloit asseuiéc une communication courte et facile en tout temps du Milanois avec l'Allemagne, qui ne pouvoit eslre troublée. Le Pape estoit longtcuijjs L'iilré dans cette afi'airc pour l'ajuster : il avoil eu le drjjosl de ces loris, on avoit eu peine des deux costés à l'en faire retirer, et dans les suites Urbain VIII et les Barberins ne furent pas exempts du soubçon de vouloir peu à peu parvenir à attacher la Valteline en fief à l'Eglise, plutost encore à s'en faire eux-mesmes souverains. Cette communication si facile aux troupes du Milanois et de rAllemagne pour se porter diligemment d'un de ces païs dans l'autre selon le besoin de la Maison d'Autriche, n'alarmoit pas moins la France que les Provinces d'Italie. Parmi tant d'embarras et les mouvements de l'Italie pour des diversions et sur la Valteline, le duc de Rohan se fait déclarer général de toutes les Eglises protestantes de France, rompt la paix en Languedoc, et Soubise son frère arme les costes de Guyenne et de Poitou.
Nécessité Telle estoit la situation de l'Europe et celle de la France
ministre!^^ daus SOU intérieur, quand Piichelieu fut déclaré premier Ministre. Louis XIII n'avoit commencé à voir le jour qu'en 1617 à la mort du mareschal d'Ancre et n'estoit sorti des entraves et des filets de Luynes qu'à la mi-décembre 1621, à la mort de ce conestable. En deux ans et demi, comment avoir appris à tenir seul le gouvernail dans des temps si difficiles, entre une mère et une espouse intimement unies contre luy en faveur de la Maison d'Autriche, et un frère qui poussé par Ornane son gouverneur, vouloit de haute lutte entrer avec luy dans le conseil, et entra en furie de l'arrest d'Ornane mis à la Bastille sur ce qu'il ne se hasta pas de se retirer comme il lui avoit estérecom-
mandé? Il faut donc convenir que si jamais un premier Ministre a esté nécessaire, ce fut alors pour un Roy de vingt-trois ans qui en avoit passé seize pour ainsy dire dans un cachot, tenu dans la plus profonde ignorance et solitude, et les quatre suivantes avec les besicles que Luynes lui avoit attachées. Deux ans et demi pouvoient-ils l'avoir instruit des personnes, des affaires, du Gouvernement du dedans et du dehors, parmi les trop justes défiances de ce qu'il avoit de plus proche et dans la complication d'aftaires domestiques et estrangères si importantes et si difficiles à manier? On est donc réduit pour peu qu'on veuille écouler la raison, à convenir de la nécessité d'un premier Ministre qui pust suppléer à ce que Louis XIU n'avoit pu acquérir par impossibilité physique, et le soustenir contre un domestique si intime et si dépravé. De cette circonstance certaine, il en résulte une autre qui ne l'est pas moins; c'est qu'on ne peut refuser la plus grande admiration à on Roy de cet âge, qui ne fait que commencer à gousterla liberté, l'autorité, le pouvoir souverain ; qui par ce qu'il a fait à la guerre, mcsme dans les affaires, a tout lieu d'eslre content de soy et toutesfois qui est supérieur à celle ivresse si naturelle d'opinion de soy-mesme, de témérité; qui conserve assés de sens, de jugement, de raisonnement, pour sentir le besoin d'un tel secours : entin qui a sur soy le pouvoir de se le donner par l'extresme envie de bien faire; et pour le choix, de souffrir que la lumière dissipe les nuages que l'attachement de Richelieu pour la Reine-mère avoit formés contre luy dans son esprit; l'éprouver, le suivre, le discuter pour ainsy dire dans le conseil et dans les entretiens peu à peu particuliers sur les affaires, le pénétrer, le juger sainement malgré cette ancienne répugnance personnelle,
enfin céilci- au niéiile et à la luniiùro bien reconnue, et dans la nécessité de l'aire un premier Ministre, se déleiniiner pour celuy-là. Personne n"a jamais nié à Louis XIU ny la valeur, ny l'esprit, ny la capacité militaire ; on s'est jette sur la Ibiblesse. L'en accusera-t-on dans son cachot, ou sous les voiles du conestable, lorsque ses yeux ne pouvoient soustenir le grand jour après une si longue et si ténébreuse obscurité? Depuis la mort du conestable jusqu'à la déclaration du premier Ministre, aucun pas, aucune chose qui ait montré la plus légère foiblesse. La nomination de Richelieu au cardinalat et son entrée au Conseil furent des complaisances de bon naturel poiu' la Reine sa mère dont il auroit bien voulu à la vérité secouer la cruelle dépendance, mais depuis leur réconciliation la traiter en bon fils. Taxeroit-on ce procédé de foiblesse? Pour faire Richelieu premier Ministre, y en ayant un, la Reine-mère l'aima mieux qu'un autre; mais c'est de quoy elle se seroit bien plus volontiers passée. Elle vouloit gouverner, elle ne songeoit qu'à se rendre peu à peu tout à fait la maistresse, à quoy un premier Ministre en tiltreeten capacité devenoit un grand obstacle. Aussy ne put-elle le souffrir longtemps. Admirons donc encore la justesse du tact de Louis XIII auquel seul ce choix si excellent est deu, puisque le goust n'y entra pour rien et qu^il fut déclaré avant qu'on pusl s'y attendre. C'est cette connoissance si rare, ce don de discernement surtout lorsqu'il triomphe du goust et des répugnances, qui fait la partie la plus intégrante du grand art de régner. Les Roys sont hommes: leur teste ny leur temps ne peut suffire à tout. Us ne peuvent donc se passer de ministres, de généraux, d'ambassadeurs, etc., qui les aident dans les diverses parties du Gouvernement et dans des cas singuliers, tels que celuy-
ci d'un premier Ministre pour tout l'unisson du Gouvernement mesme ; et c'est de la justesse de ces choix que dépend le bon et sage gouvernement et la prospérité des affaires, tels qu'on les a veus sous ce juste et grand Roy qui se réserva toujours d'en tenir les resnes. Qu'on avoue donc que ce n'est pas foiblesse qui a fait le cardinal de Richelieu premier Ministre, mais au contraire que c'est une des plus f(»rtes, des plus grandes et des plus heureuses actions de Louis Xlll.
Reste à voir dans la suite si l'autorité et le pouvoir dont Richelieu jouit depuis jusqu'à sa mort a esté un effet de la foiblesse de son maistre ; c'est ce que les faits principaux découvriront <'t mieux encore quelques uns particuliers ; il y en a un si grand nombre dans ce glorieux règne, que ce seroij faire une histoire que de les suivre tous. Je me contenteray de traiter ceux que la passion, l'ignorance, l'injustice ont mis en estât de devoir estre éclairés.
Avant que d'entrer en matière, ie dois avertir que si je Mon entière
^ . . imparlialilé sur
donne des louanges au Ministère de Richelieu, rien ne m'v lecmiinai
.... 'de hichelieu.
porte que la vérité et la justice qui luycst deue. Mon père deut tout à Louis XIU et n'eut d'attachement et de dépendance que de ce bon maistre. Il estoit inconnu à Richelieu quand Louis Xlll luy donna les premières marques de sa bonté ; il n'eut de liaison ny avec luy ny avec aucun des Ministres et s'il le servit si utilement à la journée des duppes comme ^on le verra en son lieu, c'est qu'il crut servir le Roy et l'Estat et il n'en fut pas plus lié avec le premier Ministre. Il en éprouva mesme tost après l'ingratitude par la scélératesse de Chavigny qui dépourveut le Catelet dont un oncle de mon père estoit gouverneur et le laissa manquer de tout, munitions, armes, vivres, pour tramer ce qui arriva. Mon père pressa souvent Chavigny d'y pour-
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voir, il (Ml j);irla au Cardinal, au Ivoy souvent qui on donna des ordres réitérés et lo Cardinal aussy. Chavigny y lut sourd, le Catclcl fui assiégé et bientosl rendu faute de tout moyen de se delTendre. Cette perte qui ouvroil la frontière de si près fut sensible. Chavigny en profita contre le Gouverneur pour exciter mon père qui, outré de l'injustice, parla si ferme à Chavigny et au Cardinal qui le souslenoit qu'il en quitta la cour sans y cstre retenu et s'en alla à Blaye où il demeura jusqu'à la mort du Cardinal, c'est-àdire près de six ans, toujours en commerce intime de lettres avec Louis XIII, en jargon qu'ils s'estoicnt fait depuis longtemps et dont ils se parloient souvent devant le monde sans que personne les pust entendre. Mon père servit pendant ce temps là d'officier général et de général de la cavalerie sous monsieur le Prince à Fontarabie et en Roussillon et revint à la cour sur un courrier du Roy aussy tost après la mort du cardinal de Richelieu. Est-ce un trait de foiblesse que cette espèce de sacrifice de son favori à son premier Ministre? Je serois intéressé à le croire, mais l'équité me le défend : qui est-ce qui n'est pas trompé, et les Rois plus que les particuliers? Un secrétaire d'Estat du Département de la guerre, peut-il estre suivi à l'œil dans tous les détails dont il est chargé? C'est un homme de beaucoup d'esprit et de manège et qui tenoit au premier Ministre par les liens les plus forts que les mémoires de Monglat expliquent si bien, et auxquels je renvoie pour éviter une longue parenthèse. C'est un scélérat qui a son dessein, qui feint d'exécuter les approvisionnements qu'on luy ordonne, qui veut perdre l'oncle pour écarter le neveu, qui est cru sur ce qu'il affirme et qui fait tout ce qu'il faut pour persuader que mon père ne crie que pour sauver l'honneur de son oncle. Il réussit ; mon père perd patience
comme Chavigny s'y estoit bien attendu, et il en résulte la retraitte de mon père dont les plaintes hautes offensoient le Cardinal, Il estoit plus que jamais nécessaire et le fut également tant qu'il \escut. L'éloignement de mon père fut donc moins une foiblesse pour le Cardinal qu'une complaisance que Louis XIÏÏ crut devoir au bien de l'Estat et à l'utilité des affaires ; car le Cardinal qui craignoit tout ne se seroit jamais cru en seureté avec mon père à la cour après un tel déineslé. Cette timidité estoit si grande dans un homme d'ailleurs si hardi, que j'ay ouï raconter à mon père qu'il luy estoit arrivé plusieurs fois d'eslre réveillé en pleine nuit dans son lit par Richelieu en tirant son rideau; qu'il se jetloit dessus et s'écrioit qu'il estoit perdu ; et qu'après avoir sccu de luy ce qui l'amenoit, mon père avoit toutes les peines du monde à luy remettre l'esprit et convenoit avec luy du service qu'il luy pou voit rendre et qu'il luy rendoit en effet et le conseilloit sur la manière dont il avoit à se conduire dans ces occasions. Ces aventures au moins ne déposent pas que le Cardinal gouvernast Louis XIII.
Les grandes choses qui ont rendu ce règne si glorieux. le rasement des forts de la Valteline, et les Grisons restablis dans leur souveraineté et maistres de leurs passages ; l'abattement entier des Huguenots et des restes de la Ligue, l'abaissement de la puissance de la Maison d'Autriche par l'enlrée et les exploits du Roy de Suède en Allemagne, le soutien si admirable de ce parti après la mort de Gustave; les affaires d'Italie si heureusement terminées; l'acquisition des trois éveschés, qui n'estoient qu'en j)ossession plus que précaire depuis Henry II; la révolution de Portugal et tant d'autres moindres, mais touttes également difficiles et importantes, avec le maintien de la reli-
gion catholiquo c\ de son excrcico partout où il avoit esté avant roccupatioii des Suédois et des autres Potentats d'Allemagne; éviter de se brouiller avec Rome ny trop avec la Ligue catholique d'Allemagne, sont généralement attribuées au puissant génie du cardinal de Richelieu. Je ne prétends pas luy vouloir contester d'avoir esté en ce genre le plus grand homme que les derniers siècles ayent produit; mais il n'est pas moins vray qu'aucune des grandes choses qui se sont exécutées de son temps ne l'ont esté qu'après avoir esté délibérées entre le Roy et Richelieu dans le plus profond secret. Qui donc peut dire, puisqu'il n'y avoit point de tiers, quelle part chacun d'eux a eue à les concevoir le premier, à les digérer, à décider sur la manière de diriger et d'exécuter: lequel des deux a ajouté, diminué, corrige? Si on peut très aisément penser que Richelieu y a eu la meilleure part et quelquefois toutte entière, peut-on raisonnablement contester que Louis n'y en ait pas eu aussy? Et puisqu'elles n'ont pas eu leur exécution sans son approbation, sa volonté, son concours de Roy et de maistre, il les a donc bien entendues et comprises. il en a senti tout le bon, tout le possible, tous les moyens, toutte la conduitte. Je le répète, on ne luy nia jamais l'esprit, la valeur, la capacité militaire, le goust du grand ; joignons-y cette modestie, celte humilité, ce mépris, ce détachement de soy-me>me, cette aversion des louanges si sincère qu'il les tarit, cette tranquile sérénité avec laquelle il en vit combler son premier ministre, et il en résultera qu'on ne peut avec justice oster à Louis une très grande part à tout ce qui s'est concen et exécuté de grand pendant son règne, et qu'en mesme temps il n'estoit pas possible que toutte la gloire n'en revinst dès lors à Richelieu et ne luy soit depuis demeurée. Quel comble de gloire pour
Louis X[I1 de la sçavoir également mériter et mespriser; et que cette sorte de gloire est héroïque et unique !
On ne peut juger de ce qui se passoit entre Louis et Richelieu teste à teste dans leurs délibérations secrettes des grandes affaires del'Estat, que par des choses si rarement échapées au dehors. Qu'on se rappelle icy l'affaire du Pas de Suze et celle de Corhie, telles que mon père présent me les a souvent racontées, et telles que je les ai exposées en traitant les vertus militaires de Louis: on verra, je ne parle plus icy fie la valeur personnelle ny de la capacité de grand caj)itaine, on y verra, dis-je, un parti de toutte espèce de courage, d'esprit et de grandeur d'âme, et le plus important à la réputation et à la confiance d'alliés protégés, dans l'affaire du Pas de vSuze, malgré l'avis déclaré, la volonté persévérante et touttes les ruses de Richelieu pour rem|>eschcr, soustenu doTojjpositiondes mareschauxet de tous les généraux et oflicieis principaux: et dans celle de Corhie, Louis se décider sur-le-champ pour le seulb(»n avis contre celuy de Richelieu qui, pour enlraisner tout le Conseil cnmme il fit, opine celle fois le premier et longuement ; et malgré luy Le Roy partit dès le surlendemain pour rassembler ses trouppes et marcher à l'ennemi, comme il lit rapidement et glorieusement, et rendit le courage à Paris et à ses frontières. De ces deux faits connus on peut juger si Richelieu tenoit Louis en tutelle, et de là qu'il ne l'y tenoit pas plus dans les teste à teste et les délibérations des plus grandes affaires dont les détails, qui ne se sont passés qu'entr'eux deux, ne peuvent estre connus.
A deux si beaux exemples et si décisifs ajonteray-je une bagatelle ? Le chancelier Séguier estoit parfaittement avec le cardinal de Richelieu, à qui il venoit de donner sa lllle aisnée avec de grands biens pour le fils du marquis
(le Coislin, cousin germain du cardinal qui passionnoit ce mariage. Séguier voulut eu profiler pour faire asseoir sa femme. Le cardinal mouroit d'envie de l'obliger en chose si intéressante, uiais il connoissoit le Roy jaloux de l'ordre et des reigles et de la dignité de sa cour et de la noblesse, et u'osoit luy en faire la demande. Il traisna ainsy le cliaucelier quelques mois. C'estoil en 1054. A la lin, poussé à bout et ne pouvant se résoudre à parler au Roy d'un tabouret si estrange, il vint trouver mon père cliez luy. et ne feignit point de luy demander en grâce de taschor d'obtenir ce tabouret dont il n'osoit faire au Roy la i)roposilion. Cela ne marque pas un premier ministre qui fait et fait faire tout ce qui luy plaist. Mon père n'osa le refuser. Il en vint à bout avec peine et à condition que la chancelière auroit le tabouret uniquement à la toilette, et nulle part hors la toilette, ce qui dure encore aujourd'huy : c'est qu'alors la toilette estoit une privance et une entrée particulière ; elle devint depuis publique pour toutle la Cour, longtemps après Louis XIll, et la chancelière y conserva son tabouret. Ces exemples et ce que j'ay rapporté d'après mon père en pleine nuit chez luy des frayeurs du cardinal d'estre perdu ; qu'il est venu plusieurs fois et se jeltant sur son lit, le consulter, le prier de sonder, ou mesme de parler au Roy, sont des preuves que Louis estoit bien le maistre en grandes choses comme le Pas de Suze et Corbie, et en petites comme celle-cy, et que Richelieu ne l'estoitpas. J'ai mil fois regretté de n'avoir veu mon père que si vieuxet de l'avoir perdu si jeune, moy à dix-huit ans, luy à quatre-vingt-sept. Sij'avois en plus de temps, j'en aurois tiré bien davantage. De conclure aussy que Richelieu n'eust pas un très grand crédit sur l'esprit du Roy, ce seroil une autre extrémité fort vicieuse. Il le servoit si
bien et si grandement, il le soulageoit de tant de détails, il luy servoit si utilement de plaslron à tant de choses embarrassantes, qu'il estoit bien naturel que Louis se portast aisément à suivre ses conseils en grand, et à faire d'ailleurs ce qu'il désiroit. C'est ce que tous les temps racontent des plus grands et des plus judicieux Rois à l'égard des ministres d'une capacité supérieure, et c'est entre une infinité de louanges, une de celles que mérite Louis d'avoir sceu discerner les propositions de son premier ministre sans opiniastreté, sans foiblesse, sans jalousie ; profiter sagement et s'adapter un génie si vaste, si grand, si lumineux, pour le bien de son royaume et pour son propre soulagement. Le maistre et le ministre estoient donc tellement distincts, que chacun d'eux demeuroit en sa place, et tellement un par la confiance et par l'expérience qui la fortitioit sans cesse, qu'il n'est pas possible de distinguer dans le gouvernement ce qui vcnoit de l'un ou de l'autre. Je pense bien qu'à l'éducation de Louis, à ses entraves et pis jusques à plus de vingt ans, à ses malheurs journels dans sa plus intime lauiille, Richelieu, si rompu au monde et aux alTaires dés sa première jeunesse, en sçavoit plus que luy ; mais cela n'exclut pas le juste discernement de Louis si bien marqué par ce peu d'exemples, et ce sage discernement qui sans altérer le moins du monde l'estime et la confiance, sçavoit les bien distinguer et se garder de l'abandon. Par ces raisons de ne pouvoir discerner dans le gouvernement ce qui venoit du maistre ou du premier ministre, dont les teste à teste délibéroient et décidoient de tout, je ne m'estendray pas davantage sur un gouvernement qui a esté l'admiration de l'Europe, et dont la gloire appartient indivisiblement à Louis et à Richelieu; et c'est bien traitter
le premier ministre, puisque sans pouvoir entrer dans le secret de ces importants teste à teste qui révéleroient peuteslre bien des choses à l'avantage de Louis, les exemples si glorieux pour luy du Pas de Suze et de Corbie contre l'avis formel et la volonté expresse si déclarée de Richelieu doivent si naturellement le faire présumer.
Mais on ne peut linir cet examen du gouvernement de Louis le Juste sans toucher les tristes articles des deux Reines, de Monsieur, des testes coupées, et monstrer ce grand Roy également juste partout.
Ce qui se passa sur le premier mariage de Monsieur est la première affaire qui se présente à éclaicir. De celle-là, ainsy des suivantes, je ne prendray que le précis nécessaire à mon objet; autrement je ferois un fort gros volume, et qui ne seroit que la copie des divers Mémoires et histoires de ces temps là qui sont entre les mains de tout le monde.
Le célèbre capucin de Joyeuse, seul héritier de cette son premier }3j.qj^q||c si iUustréc ct si riclic, u'avoit qu'une seule fille héritière unique, mariée au duc de Montpensier, dernier Prince du sang de cette branche, qui ne laissa qu'une fille unique héritière de ces deux branches, de Montpensier par son père, et Joyeuse par sa mère. Ceile-cy se remaria au duc de Guise, fils aisné de celuy qui fut tué, 23 décembre 1588, aux derniers Estais de Blois, dont elle eut le duc de Guise, dit de Naplcs des folles entreprises qu'il y tenta, et qui n'eut point de postérité ny mesme de vraye alliance, deux fils morts sans en avoir pris, et le duc de Joyeuse qui, de la fille du duc d'Angoulesme, laissa le dernier duc de Guise, mari de la dernière fille de Gaston, frère de Louis XI 11, et de la sœur de Charles IV, duc de Lorraine, lequel mourut fort jeune, et dont le fils unique mourut enfant, Made-
Gaston et on premi maria''e.
nioiselle de Guise si riche el si superbe, morte lîlle de nos jours, et l'abbesse de Montmartre. Ces Guises se trouvoicnt ainsy frères et sœurs utéiins de l'héritière de Montpensier, et partagèrent avec elle les biens de Joyeuse de leur commune mère, dont l'héritière de Montpensier eut la meilleure part, par les conventions matrimoniales de sa mère avec le dernier duc de Montpensier. C'estoit donc une Princesse du sang, et le plus riche parti de l'Europe. 11 convenoil fort à Monsieur, etl'cnrichissoit sans Monsieur qu'il en coustast rien à lEstat. Le comte de Soissons, dernier Prince du sang de cette branche, mouroit d'envie de l'espouscr. Les princes du sang, les Yendosmes, les Longueville vouloient einpescher Gaston de faire un mariage qui l'unissoit si étroittement aux Guises, dans la crainte que cette si dangereuse maison remonstast par cette alliance à la grandeur dont elle ne faisoit presque que déchcoir. surtout si Gaston parvenoit à la couronne, comme il y avoit lieu de le craindre, la Reine n'ayant encore eu aucun soubçon de grossesse. Ornane, sorti de la Bastille et fait mareschal de France à l'instante prière (le Gaston, et plus puissant que jamais sur son esprit, ne vouloit pas le partager avec les Guises et détournoit Monsieur de ce mariage. On luy souffloit qu'il lui falloil un mariage estranger qui l'appuyast au dehors s'il luy convenoil de remuer, el qui pour cela mesme le fit compter et considérer au dedans. Il revient au Roy que ceux qui s'opposent au mariage de Gaston songent pour luy à la Reine. Ornant pousse Gaston à entrer au Conseil pour y entrer avec luy. Monsieur l'obtient, mais non pour Ornane qui se plaint si haut et fait tellement crier Monsieur, que le mareschal est arrestè un soir chez le Roy et conduit à la Bastille d'où il ne sortit plus. Gaston au désespoir est
La Reiiip.
Ciblais.
cri(in appaisé par une augmentation d'apanage. Chalais, son confident, le trahit à Riclielieu, et Richelieu à Monsieur; sans cesse de l'un à l'autie, il esloit niaistre de la garderohc du Roy. Il venoit de tuer en duel Pontgihault cadet de la maison du Lude, fort attachée de tout temps aux Guises qui luy vouloient couper la teste. Monsieur, le comte de Soissons, les Vcndosmes le sauvèrent, et cette alïaire le jetla dans le parti contraire au mariage de l'héritière de Montpensier avec Monsieur, en haine des Guises. Une galanterie le brouilla tellement avec Louvigny, que celui-cy l'accusa de vouloir tuer le Roy de concert avec sa cabale, dont les principaux se dévoient trouver à la porte du cabinet lorsqu'il feroit le coup.
La Cour estoit lors à Ancenis. Elle arriva à Nantes où Chalais fut arresié. Il nia le meurtre projeté, mais il déposa qu'il s'estoit parlé de déclarer le Roy impuissant, de l'enfermer dans un monastèie et de marier la Reine à Monsieur. Ce prince ne sçachant que fiiire, consent à son mariage et, sans que personne l'en presse ny l'en prie, dépose par escritque le comte de Soissons luy a conseillé de se retirer à La Rochelle; que la Reine sa belle-sœur luy avoit escrit force billels pour le détourner d'espouser l'héritière de Montpensier ; que les ambassadeurs d'Angleterre, de Savoye et d'Hollande travailloient tant qu'ils pouvoient à louttes ces intrigues. Monsieur fit cette déclaration en présence du Roy , de la Reine leur mère, du cardinal de Richelieu et du Garde des sceaux de Marillac qui en signèrent l'acte. Gaston eut une seconde augmentation d'apanage et une augmentation de pension, et là mesme, à Nantes, espousa l'héritière de Montpensier. En mesme temps le comte de Soissons se sauva en Italie, et la fameuse duchesse de; Clievrcuse, confidente de la Reine et des jilus avant dans
ces menées, s'enfuit en Lorraine, et de là en Angleterre. Un sceut aussy que le mareschal d'Ornane estoit inorl à la Bastille. Le Roy manda la Reine sa femme au Conseil, luy reprocha d'avoir voulu deux maris à la fois, et luy fit lire la déposition de Clialais dont l'exécution finit toute cette affaire. Tels estoient l'espouseet le frère du Roy à son égard.
Barradas, favori du Roy et son premier escuyer, estoit Banadns chassa. devenu très insolent avec son maistrc, et avoit esté de toutte l'intiigue pour empescher le mariage de Monsieur. 11 estoit extresmement ébranlé. Ce qui l'acheva de perdre, fut une querelle très forte qu'il eut dans la chambre du Roy avec le Commandeur de Suuvré, homme alors fort compté, et qu'il dit qu'il le vouloit voir l'espée à la main. Barradas fut chassé, et mon père eut sa charge.
Rien, quoyqu'avec mesme effet, n'est plus dissemblable du marquis de Chandenier avec M. de Noailles. Je ne puis me refuser de dire un mol icy de l'impudence avec la- impudence ci quelle Bassom pierre parle de mon père en celte occasion. mémoires Barradas ne fut jamais premier gentilhomme de la chambre, ^^ '••^""ip'eiie. et lut chassé à la fin de 16:20. Jean de Variguez, seigneur de Blainvilie, chevalier de l'ordre en la promotion de 1619 et ambassadeur en Angleterre , estoit premier gentilhomme de la chambre du Roy, et mourut sans enfants à Issy près Paris, le 26 février 1628. Mon père eut sa charge. Il estoit grand-oncle paternel de la comtesse de Saint-Géran qui a esté dame du palais de la Reine femme de Louis XIV, et qui est merle depuis ce monarque. Bassompierre, bassement jaloux de tout, plein de soy et de vent, a tout vu, tout prévu , tout fait à son dire ; veut estre supérieur à tout. Il n'y a qu'à voir ses puantes forfanteries qui gastent ses Mémoires d'ailleurs curieux et bien escrits, et juger
de luy par s'cslre dit à portée d'espouser Mlle de Montmorency sous Henry IV, que le conestuble son père maria au Prince de Coudé qui n'avoit alors j)i'ivoune entre la couronne et luy. C'est aussy trop peu de jugement à un page du duc de Lorraine à qui le bel air et la fortune avoient tourné la teste.
La Heine-Mère Mottsicur lait le môcontcnt dans le courant du siège de Monsieur. La Roclicllc, ct le fait encore plus pendant le glorieux La Reine. vovagc (iu Pas dc Suzc. La Reine-Mère et luy font semblant de se brouiller. Gaston se retire en Lorraine, y éclalle contre Uichelieu. Gaston qu'on cherche à faire revenir, ne prétend et ne demande rien moins qu'une nouvelle augmentation de son apanage et de ses pensions, un gouvei-nement de province, l'entrée au Conseil secret, que rien ne se puisse traitter sans luy, la lieutenance générale du royaume avec tout pouvoir partout où la personne du Roy ne sera pas; enfin, toultes sortes de choses pour ses principaux serviteurs. Les deux Reines, plus Espagnoles et Savoyardes que jamais, sont de plus en plus résolues à perdre Richelieu à son retour d'Italie où estoit aussy le Roy. Ce prince revient à Paris, voit Monsieur à Troyt^s, luy accorde des patentes pour commander à Paris en son absence, et mesme à l'aimée de Champagne où estoit le mareschal de Marillac. Menées infinies. Le Roy parcourt aussytost quelques provinces où sa présence estoit nécessaire, va à Lyon où les Reines et le Conseil le suivent. Le Roy s'avance à Grenoble où Richelieu le vient trouver, et de là va saluer les Reines à Lyon. La Reine-Mère luy recommande hautement la paix, la conservation de Savoye, et monstre toulte sa haine contre Mantoue. H s'agissoit du traitlé de Suze que le duc de Savoye appuyé de la Maison d'Autriche ne vouloil point exécuter. Le Roy tombe ma-
DES TROIS ROIS. ICo
lade à Maurienne, retourne à Lyon, y est à la dernière extrémité. A cette occasion et de la peste qui esloit dans les Alpes et partout aux environs, la Reine-Mère èclatte contre Richelieu à qui touttesfois la conservation du Roy esloit plus chère qu'à elle. C'estoit le prétexte; et le fond, son incroyable attachement pour la Maison d'Autriche, qu'elle avoit si bien servie aux dépends de la France pendant sa régence, et pour la Savoye, qui estoient lors unies d'interest contre celle de Gonzague que cette Princesse détestoil, quoyque sœur cadette de la duchesse de Manloue. Elle n'oublia rien pour g;iigner le Roy par ses assiduités et sa feinte tendresse qui suppléoit à celle de la jeune Reine qui se contraignoit alors plus difficilement: et comme on désespéroit de la vie du Roy, elle parla si haut à Richelieu et le mit en telle frayeur qu'il fit signer la trêve en Italie, et la paix telle qu'il put l'obtenir à Francfort. Mais le Roy estant revenu à la vie. Richelieu désavoua les ambassadeurs de France qui avoiont signé la paix à Francibrt. 11 vouloit terminer les affaires d'Italie, mais non pas en abandonnant le duc de Mantoue, comme la Reine-Mère le désiroit avec passion, à la mercy de la Maison d'Autriche et du duc de Savoye. Nouveau motif de rage contre Richelieu. Ce fut en cette occasion où Mazzarin fît ce grand coup entre les deux armées ennemies prestes sur le champ à combattre pour le secours de Cazal, concilia les choses et fit ce traitté, allant d'une armée à l'autre, qui devint la cause de toutte cette fortune immense qu'il fit depuis.
Les deux Reines, les Guises^ les frères Marillac de tout temps Guisards et Ligueurs et dévoués à la Reine-Mère, qui avoit fait l'un Garde des sceaux, l'autre mareschal de France, et toutte la cabale opposée à Richelieu, n'oublié-
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rent rien pour lo perflrc, Mme du Fnrùis, Silly par elle, AngcniK'S par son mari, et clame d'atours de la jeune Reine, encore plus allachée à la Reine-Mère qu'elle suivit jusqups à sa mort, escrivil, de concert avec toultes les deux, à Monsieur à Paris pour luy proposer d'espouser la Reine, qui nattcndoit que le monu nt d'eslre vefve, ce qui (ut très bien reçeu de Gaston, mais qui fut sceu du Roy après de point en point. La Reine-Mère n'avoit pas laissé de reprendre beaucoup de cnklit sur son esprit par tous ses soins et le jeu de sa tendresse pendant sa maladie, et se ilatla, sur des mots ambigus qu'elle avoit arrachés de luy quand il fut mieux, que Richelieu scroit chassé; dont prenant avantage sur un fils sortant des poiles de la mort, elle le réduisit à se retrancher sur le temps de se défaire de son premier ministre. Ce (ut alors que le mareschal de Marillac, général de l'armée de Champagne, mandé à Lyon par elle pour s'asseurer par luy de l'armée d'Italie, et les principaux de la cabale, délibérèrent avec les Reines de ce qu'il falloit faire de Richelieu. Les plus emportés opinèrent à s'en défaire, comme au parti le plus asseuré contre les rclours, d'autres à une prison perpétuelle, les plus modérés à l'envoyer à Rome.
Le Roy convalescent partit enfin de Lyon et gaigna Paris, le plus qu'il put sur les rivières, avec la Reine-Mère qui, pour ne pas manquer son coup, ne le quitta pas un instant. Le marquis de Mira bel. ambassadeur d'Espagne, qui animoit chaudement la perte de Richelieu, la crut si certaine qu'il eut l'imprudence de le mander à Bruxelles, et d'autres ministres estrangers chez eux, où la nouvelle se répandit. Le voyage continua parmi touttes ces menées, et on arriva à Paris. Ce fut où la Reine-Mère redoubla ses efforts. Le Roy tascha de luy faire comprendre que le temps n'estoit
ifir^d.
DES TROTS ROIS. \rû
pas oncore venu de renvoyer un ministre si nécessaire; tellement que la Reine-Mère et les siens comprirent qu'il falloit forcer le Roy par un grand éclat qui le mist dans la nécessité de choisir entre sa mère et son ministre : c'est ce qui produisit la fameuse journée des duppes. Je ne l'ai trouvée nulle part parfaitement exacte. Mon père, qui y fut témoin de tout et mesme quelque chose de plus, me l'a souvent racontée, et voici dans la simple vérité comment elle se passa telle que je la vais raporter.
La Reine tourna tout court en arrivant à Paris. Elle Journée des
duppes, à Pans
déclara au Roy que, quelque mécontentement extrcsme ennove.nhre
qu'elle eust de l'ingratitude et de la conduite du cardinal
de Richelieu et des siens à son égard, elle avoit enfin
gaigné sur elle de luy en faire le sacrifice et de les recevoir
en ses bonnes grâces, puisqu'elle luy voyuit tant de
répugnance à le renvoyer et tant de peine à voir sa mère
s'exclure du Conseil à cause de la présence de ce ministre,
avec qui elle ne feroit plus de difficulté de se trouver
désormais par amitié et par attachement pour luy, Roy.
Ce prmce receut cette déclaration avec une grande joye,
comme la chose du monde qu'il désiroit le plus, qu'il
espéroil le moins, et qui le délivroit de l'odieuse nécessité
de choisir entre sa mère et son ministre. La Reine poussa
la chose jusqu'à l'empressement, de sorte que le jour fut
pris au plus prochain, car on arrivoit encore de Lyon les
uns après les autres, auquel le cardinal de Richelieu et sa
nièce de Combalet, dame d'atours de la Reine-Mère qu'elle
avoit chassée, viendroient à sa toilette recevoir leur pardon
et le retour de ses bonnes grâces. La toilette alors, et
longues années depuis, estoit une heure où il n'y avoit ny
dames ny courtisans, mais des personnes en très petit
nombre favorisées de cette entrée, et ce fut par cette raison
lOS l'AliALLKLE
que ce temps-là fui clioisi. La Rcino-Môre lofjooit lors à Luxembourg qu'elle venoit d'achever, et le Hoy qui alloit et venoit de Versailles s'estoit establi dans l'Iiostel des Ambassadeurs extraordinaires, rue Tournou. pour estre plus près d'elle.
Le jour venu de ce cfraiid racommodement, le Roy alla à pied de chez luy chez la Reine sa mère. Il la trouva seule à sa toilette, où il avoit esté résolu que les plus privilégiés n'entreroienl point ce matin-là, en sorte qu'il ne s'y trouva que trois femmes de chambre de la Reine, un garçon de la chambre ou deux, et qui que ce soit d'hommes que le Roy et mon père qu'il fit entrer et rester ; le capitaine des gardes mesmc fut exclus. Mme de Combalet, depuis faite duchesse d'Aiguillon, arriva comme le Roy et la Reine-Mère parloient du racommodement qui s'alloit faire, en des termes qui ne laissoient rien à désirer, lorsque l'aspect de Mme de Combalet glaça tout d'un coup la Reine. Cette dame se jetla à ses pieds, avec les discours les plus respectueux, les plus humbles, les plus soumis. J'ai ouï dire à mon père, qui n'en perdit rien, qu'elle y mit tout son bien dire et tout son esprit, et elle en avoit beaucoup. A la froideur de la Reine l'aigreur succéda, puis incontinent la colère, l'emportement, les amers reproches, enlin un torrent d'injures, et peu à peu de ces injures qui ne sont connues qu'aux halles. Aux premiers mouvements, le Roy voulut s'entremettre ; aux reproches, sommer la Reine de ce qu'elle luy avoit formellement promis, et sans qu'il l'en cust priée ; aux injures, la faire souvenir qu'il estoit présent et qu'elle se manquoit à elle-mesme. Rien ne put arrester ce torrent. De fois à autre, le Roy regardoit mon père, luy faisoit quelques signes d'estonnement et de dépit; et mon père immobile, les yeux bas, osoit à peine et rare-
ment les tourner vers )e Roy à la dérobée. Il ne contoit jamais celte énorme scène qu'il n'ajoulast qu'en sa vie il ne s'estoit trouvé si mal à son aise. A la fin, le Roy outré s'avança, car il esloit demeuré debout, prit Mme de Combalet, toujours aux pieds de la Reine, la tira par l'épaule, luy dit en colère que c'cstoit assés en avoir entendu, et de se retirer. Sortant en pleurs, elle rencontre le cardinal de Richelieu qui entroit dans les premières pièces de Tappartement. Il fut si effrayé de la voir en cet estât, et tellement de ce qu'elle luy raconta, qu'il balança quelque temps s'il s'en retourneroit.
Fendant cet intervalle, le Roy avec respect mais avec dépit, reprocha à la Reine sa mère son manquement à une parole donnée de son gré sans en avoir esté sollicitée, luy s'estant contenté qu'elle vist le cardinal de Richelieu seulement au Conseil, non ailleurs, ny pas un des siens ; que c'estoit elle qui avoit voulu les voir chez elle, sans qu'il l'en eust priée, pour leur rendre ses bonnes grâces ; au lieu de quoy elle venoit de chanter les dernières pouilles à Mme de Combalet, et de luy faire à luy cet affront; que ce n'estoit pas la peine d'en faire autant au cardinal à qui il alloit mander de ne pas entrer. A cela la Reine s'écria que ce n'estoit pas la mesme chose ; que Mme de Combalet luy estoil odieuse et n'estoit en rien utile à l'Estat, mais que le sacrifice qu'elle vouloit faire de voir et de pardonner au cardinal de Richelieu, estoit uniquement fondé sur le bien des affaires pour la conduitte desquelles il croyoit ne pouvoir s'en passer, et qu'il alloit voir qu'elle le recevroit bien. Là-dessus le cardinal entra, assés interdit de la rencontre qu'il venoit de faire; il s'aprocha de la Reine, mit un genou en terre et commença un compliment fort soumis. La Reine l'interrompit et le fit lever assés honnestement.