I.IX
garde bien d’isoler l’action du savoir , etsurtoutde subordonner l’un à l’autre. Il maintient avec une égale force l’indépéndance et le caractère absolu de la science. Rien n’est plus beau que les passages de la métaphysique qui ont trait à ce sujet. « Connaître et » savoir dans le but unique de connaître et de savoir.
• Tel est le caractère de la science par excellence ( Mé- » taph. liv. I.,ch. II.).» — * Si les premiers philosophes » philosophèrent pour échapper à l’ignorance, il est » évident qu’ils poursuivirent la science pour savoir » et non en vue de quelqu’utilité »( ibid.) « De même » que nous appelons homme libre celui qui s’appar- » tient et qui n’a pas de maître , de même aussi cette » science entre toutes les sciences peut porter le nom » de libre. Celle-là seule, en effet, ne dépend que » d’elle même. Toutes les autres sciences , il est vrai , » ont plus de rapport avec les besoins de la vie, mais
* aucune ne l’emporte sur elle, etc. (ibid). »
La deuxième leçon, sur la destination scientifique et morale des Académies malgré ce qu’elle laisse à désirer, est, sous le rapport de la forme oratoire, une des plus remarquables du livre sur les Ëtudes académiques ; elle rappelle les éloquentes leçons de Fichle sur la destination du savant. Schelling débute par des considérations générales sur l’origine des sciences et des arts et sur leur premier mode de transmission. Il oppose la science moderne à la science autique , signale les circonstances différentes qui
PRÉFACE
onl présidé à leur berceau , et en déduit les causes qui ont détourné les établissements scientifiques de leur véritable but, y ont fait prévaloir des tendances contraires au principe de leur institution.
Dans l’antiquité , la science encore une se confondait avec la vie sociale ; elle en émanait et y retournait. Dans les temps postérieurs, elle s’en isola de plus en plus; en outre, elle se dédoubla, devint, à la fois, science du passé et du présent. De là, pour l’esprit moderne, des exigences particulières : la nécessité, surtout, de partir d’une connaissance historique. A la science proprement dite dût s’ajouler la science du passé comme objet nouveau : érudit et savant devinrent synonimes.
Ce culte si naturel de la pensée antique, de ses monuments et de ses chefs-d’œuvre , eut de fatales conséquences. L’admiration fit place à la soumission et au respect aveugle. La pensée y perdit sa spontanéité et son originalité. Au lieu d’étudier la nature et l’homme, ces vrais modèles, on se contenta de raisonner sur des textes , et, plus tard, l’autorité d’Aristote fut invoquée contre las découvertes de Descartes et de Keppler. L’imitation avait remplacé la science.
C’est dans ces circonstances que naquirent la plupart des universités ; ainsi s’explique toute leur organisation scientifique. D’abord, l’érudition devait y dominer; ensuite, la masse des connaissances à apprendre et à enseigner, jointes à l’absence d’esprit
DU TRADUCTEUR
philosophique, eurent pour résultat d’introduire partout le fractionnement et le morcellement. L’unité se retiradeplus en plus et disparut même des parties les plus élevées de l’enseignement. Le faisceau des sciences fut brisé. Les universités et les académies ne répondirent plus à leur destination et à leur nom. La science , qui est essentiellement une, ne donna plus que de rares manifestations d’une vie libre et indépendante.
Comment ranimer l’esprit scientifique dans ces établissements ? Le cours, dans son ensemble, répond à cette question. Mais si les maximes du philosophe sont pleines d’élévation et de justesse , exprimées avec éloquence, elles sont sans portée pratique; il semble craindre d’entrer dans les explications; on voudrait quelque chose de plus explicite et de plus positif. Sans doute il n’était pas obligé de descendre dans les détails; il eut été d’ailleurs mal à l’aise, dans son pays, sur un terrain qui touche par tant de points à la politique; mais ( et cette remarque porte sur le livre entier ) on doit regretter qu’il ne soit pas sorti de ces généralités; qu’il se soit contenté de poser un idéal sans indiquer les moyens de le réaliser.
Son attention se porte principalement sur les conditions que doivent remplir les hommes chargés d’un enseignement public. Il veut qu’aucun d’eux n’obtienne de considération que par son talent, son savoir et son zèle. Des exigences, dit-il, que les étudiants eux-mêmes imposent à une académie ( université ) et