‹ Écrits philosophiques et morceaux propres a donner une idée générale de son systèmeChapitre 9 sur 69 · LV · texte numérisé non relu

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le moyen, l’autre le but. La science n’a donc pas ce caractère d’indépendance absolue que lui donnent les esprits spéculatifs. L’idéal qu’ils proposent est faux et chimérique, dangereux même, puisqu’il détourne l’homme de ses devoirs et lui fait perdre de vue sa vraie destination.

Ainsi s’expriment les partisans d’une morale étroite. Et cette opinion n’atteint pas seulement la science : elle s’étend aux arts et à la littérature, qu’elle ne considère plus aussi que comme des moyens et des instruments par rapport au but moral. Schelling s’en montre vivement préoccupé ; elle reparaîtra sous plusieurs formes dans le cours de ces leçons, et notamment dans la septième. Ici , sans la poursuivre dans ses conséquences , il l’attaque dans son principe ; il maintient le caractère absolu de la science et son indépendance, tout en reconnaissant son harmonie avec la morale. Nous regrettons que les raisons qu’il donne soient empruntées à son système et présentées sous une forme métaphysique qui leur fait perdre, aux yeux du sens commun , leur force et leur clarté. Pour trouver une réponse à cette objection , il n’était pas nécessaire d’invoquer la théorie de l’identité et de l’absolu; il suffisait de la tirer des notions communes et universellement admises. Celte explication n’eût pas couru le risque d’être rejetée par quiconque n’admet pas le système et n’est pas initié à sa terminologie. Nous l’omettons donc, devant la retrouver plus loin. D’ailleurs, comme s’il en sentait lui-même l’in-

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suffisance , Schelling en ajoute une autre plus claire et où l’on retrouve la pensée de tous les grands philosophes qui ont traité ce sujet.

L’opposition que l’on prétend établir entre la pratique et la spéculation vient d’une manièreétroite d’envisager les choses. Si l’on remonte, en effet, à la source première d’où découlenttout savoir ettoule action, ce qui, dans le monde réel, paraît divisé, opposé, contradictoire, se concilie, s’harmonise et s’identifie. Dans Dieu, la science et l’action, la puissance et ta sagesse, la liberté et la nécessité , loin de s’opposer et de se contredire s’unissent et sont identiques. Ainsi, dans leur principe et leur essence , le savoir et l’action ne sont ni séparés ni distincts. Ce sont deux faces, deux formes indépendantes d’un seul et même principe ; et le préjugé qui les oppose disparaît dès qu’on se reporte à leur origine. Aussi , voit-on que ceux qui font de la science le moyen, de l’action le but, n’ont puisé l’idée de la première que dans les actions et les affaires de la vie commune ; ils ne mesurent l’importance et la dignité de la science que par son utilité pratique. Pour eux , la philosophie se réduit à la morale; les sciences physiques et mathématiques n’ont de valeur qu’autant qu’elles s’appliquent aux arts industriels, à l’architecture, à la navigation et à l’art militaire. Tel est le langage des esprits superficiels : ils répètent des propositions banales sur l’accord de la science et de la pratique, l’action devant toujours être la conséquence du savoir. Ils se

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plaignent de ce qu’il n’en est pas toujours ainsi, disant la vérité sans s’en douter ; car l’une et l’autre sont indépendantes ; mais cette indépendance est la condition même de leur harmonie. Toutes deux expriment à leur manière, par une face différente, le principe éternel des choses. C’est en vain que l’on chercherait la véritable liberté dans l’action séparée de la connaissance du vrai, comme la sagesse sans l’action, l’une et l’autre isolées de la vérité et de la cause première. — Cette explication n’est pas nouvelle; sauf peut-être quelques différences dans la forme , c’est celle de tous les grands philosophes et des théologiens les plus illustres. On la trouve dans Platon et dans Aristote. Toute une série des dialogues de Platon (Protagoras, Ménon , Charmide), ont pour but de démontrer que la vertu ne peut être séparée de la science, que toutes les vertus ont leur source dans l’idée du bien, qui seule gouverne l’homme et produit en lui des actions conformes à la raison et à l’ordre. Il va même jusqu’à identifier le courage, la tempérance, la justice avec la science. Il soutienlque la vertu réside essentiellement dans la connaissance du bien et qu’on ne pèche que par ignorance. L’identité de la science et lamoralilé est une des bases de la philosophie platonicienne. Si elle offre d’ailleurs une tendance trop contemplative , que l’on interroge le génie plus positif et plus pratique d’Aristote, on verra que tout en faisant la part plus large à l’action , lui qui fait résider la vertu dans l'habitude , il sc

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