I.XVI PRÉFACE
» indigne, qui déjà , en essayant de transmettre les » pensées du passé et du présent, entreprend quelque * chose qu’il ne peut tenir ; » 3° Une transmission intelligente doit être accompagnée d’un jugement. S’il est impossible , sans les idées, de comprendre les découvertes d’autrui , à plus forte raison l’est-il de les apprécier. De là un enseignement purement historique ou descriptif, dépourvu de vie et d’intérêt , une exposition toute matérielle, des classifications artificielles. Rien de plus dénué d’esprit, rien qui tue l’esprit comme un semblable enseignement ; 4° La vraie destination de l'enseignement public , ce qui fait la supériorité de l’enseignement oral, c’est sa vertu génétique. Le maître doit, sur chaque point particulier de la science, engendrer la science entière, la faire naître sous tes yeux de l’élève. Ce qui suppose non seulement qu’il l’a lui-même apprise, mais la possède dans son esprit le plus intime et le plus vital.
Ces idées , en elles-mêmes , n’ont rien de neuf; mais on ne peut nier que la rigueur philosophique, jointe à l’éclat du style , que nous ne pouvons reproduire, ne donnent à ce morceau une force qui en fait le mérite et l’originalité.
Quant à la destination morale des académies , elle ne doit pas, dit Schelling , être distinguée de leur destination scientifique. C’est ici, surtout, qp’il faut maintenir le principe établi plus haut , l’identité du savoir et de l’action. La société civile, l’Élat, ne saurait réaliser cet idéal , parce que la multiplicité des
DU TRADUCTEUR
fins à poursuivre , des intérêts à concilier , des passions à diriger et à ménager, sont des obstacles qui ne serontjamais complètement surmontés. Il n’en est pas de même des associations dont la science est l’unique objet. Il suffit , pour rendre leur organisation parfaite, de faire ce que prescrit l’idée même de l’association scientifique. Rien n’y doit être estimé que la science. Il ne doit y avoir d’autres distinctions , d’autre ascendant, d’autre influence, que ceux du savoir et du talent joints aux qualités morales. Schelling fait, à cette occasion, la censure sévère des abus qui régnaient de son temps dans les universités allemandes. Nous ne doutons pas que sa voix éloquente et grave n’ait contribué à la réforme qui , peu à peu, a modifié et finira par détruire les mœursel les usages barbares léguésà ces établissements par le moyen-âge.
Il est à remarquer qu’à cette époque et plus tard, les philosophes et les écrivains les plus célèbres de l’Allemagne, qui, pour la plupart, ont aussi laissé une trace brillante dans l’enseignement public, semblent s’être entendus pour développer dans leurs leçons et leurs écrits celte thèse de la destination des savants et des académies. Avec quelle enthousiasme ils parlent tous de cette haute et noble mission! Ils sentaient que là était l’avenir de leur pays, que de ce foyer naîtrait un jour la liberté politique. D’autres, tels que Schelling, dont l’esprit sympathisait peu d’ailleurs avec les idéesde la démocratie moderne , y voyaient au moins l’application immédiate,