‹ Écrits philosophiques et morceaux propres a donner une idée générale de son systèmeChapitre 13 sur 69 · IA VIII · texte numérisé non relu

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sur une petite échelle, de leurs théories sur l’Étal et la société. Tous ces plans de réforme aboutissent à un modèle de constitution académique. C’est leur République de Platon ; l’image de la société parfaite ; « l’aristocratie dans le sens le plus noble » ; l’aristocratie de l’intelligence. « Les meilleurs doivent y dominer. » Schelling , en particulier, ne pouvait manquer de chercher l’équation du fait et du droit, de l’idéal et du réel , dans cette région , selon lui , étrangère aux intérêts et aux passions qui troublent le monde social et l’empêcheront toujours d’atteindre à l’exactitude et à la pureté de sa formule. — Comme lui , faisons des vœux pour que cette politique soit aussi en vigueur dans nos établissements scientifiques, qu’elle les rende florissants, leur donne autant de dignité qu’il est possible au-dedans, et de considération au-dehors.

Mais, s’il faut le dire, nous sommes loin de partager ces illusions. Une société parfaite de savants nous paraît un rêve aussi difficile à réaliser que la République de Platon. Une pareille association n’estelle pas toujours une réunion d’hommes, et la nature humaine n’est-elle pas partout la même? Outre les passions qui tiennent à l’humanité, les savants n’on!ils pas les leurs propres? De plus, ne sont-ils pas de leur temps? Que sera-ce donc quand les vices et les abus d’une société caractérisée par l’affaiblissement des croyances et le relâchement des mœurs , viendront à franchir le seuil des académies et à pénétrer jusque dans le sanctuaire de la science? Schelling

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parle beaucoup de l'ignorance et de l’incapacité comme devant être refoulées et tenues à l’écart. Là u’est pas le danger réel; il est bien plutôt dans la capacité elle-même et le talent détournés de leur véritable but , dans un faux emploi des plus rares et des plus belles facultés. Si le savoir-faire venait à remplacer le savoir ; si l’habileté, la sagacité, la pénétration , l’activité , la persévérance , l'opiniâtreté, au lieu d’être consacrées à dévoiler les secrets de la nature et les mystères de l’ame humaine , ne servaient plus qu’à nouer et à poursuivre une intrigue, à se faire et à conserver une position sociale ou scientifique , pl utôt encore qu’à marquer sa place dans la science par de sérieux et durables travaux, à organiser une coterie plutôt qu’à créer un système, à exploiter les hommes plutôt qu’à les éclairer, à enrôler la jeunesse sous un drapeau de secte ou de parti , à stimuler son ambition précoce par l’appât des places et des honneurs , plutôt qu’à lui inspirer le goût pur et désintéressé delà science et à cultiver dans son cœur les généreux sentiments et les nobles passions, alors, il faudrait retourner la proposition du philosophe allemand et dire que le sens moral affaibli entraînerait inévitablement avec lui la déchéance du savoir et du talent , et que , manquant à leur destination morale, les corps savants manqueraient aussi à leur destination scientifique. Ces craintes sont exagérées, sans doute , mais Dieu veuille qu’elles soient sans nul fondement; que nous

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ayions tracé à noire tour un tableaude fantaisie et fait une utopie dans le sens pessimiste !

La troisième leçon renferme , sur les conditions des études académiques , d’excellents conseils qui n’ont pas vieilli, ainsi qu’on pourra s’en convaincre. Si elle offre de l’intérêt, surtout par la forme et la date, elle se prête d'autant moins à l’analyse.

La première condition , pour cultiver convenablement son esprit et faire des progrès dans la science , c’est d 'apprendre : précepte banal , sans doute, mais non superflu. Que dejeunes gens , d’ailleurs heureusement doués , se figurent que le talent et l’imagination peuvent suppléer au savoir , se hâtent de fermer les livres pour saisir 'la plume, sans s’y être préparés en amassant un trésor suffisant de connaissances positives ! De là tant de productions faibles et vides, de plans avortés, de travaux sans baleine. Qu’ils apprennent que les fortes conceptions ne s’improvisent pas; qu’ils recueillent cette leçon de la bouche des plus grands maîtres ; qu’ils sachent que les esprits originaux et créateurs qui ont renouvelé la face des sciences ou des lettres, et dont les œuvres attestent la plus riche fécondité, s’étaient soumis àcette longue et pénible initiation ; qu’ils se rappellent Platon , écou ■ tant Socrate pendant dix années , Aristote, restant vingt ans à l’école de Platon avant d’ouvrir la sienne, et recevant de son maître le surnom de liseur.

Qu’ils ne se laissent pas abuser par quelques excep-

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lions plus apparentes que réelles, et qui, mieux connues, rentrent dans la règle et la confirment. Si ces exemples étaient suivis, nous aurions moins de savants qui ignorent les premiers éléments des sciences, moins de littérateurs qu’il faudrait renvoyer à l’école, moins d’esprits originaux qui trouvent plus commode d’inventer que d’apprendre, moins de critiques habitués à juger sans connaître, et aussi peut-être moins d’ambitions déçues qui mènent si souvent à une fin déplorable.

Quant aux maîtres chargés d’enseigner en public , ils doivent se garder de nourrir cette disposition dans la jeunesse , éviter le double écueil de viser à la popularité par une exposition superficielle et agréable, ou d’affecter une profondeur ennuyeuse qui se traîne péniblement sur les détails et les formules arides. Ce qui convient, c’est un enseignement à la fois solide et vivant , où le fond ne soit pas sacrifié à la forme ni la forme à une lourde et pédantesque érudition. En effet, enseigner, comme apprendre , renferme ces deux point de vue qui jamais ne doivent se séparer. Apprendre , dans le vrai sens , ce n’est pas enregistrer dans sa mémoire des faits ou des idées , c'est en saisir l’esprit et s’en approprier la forme par Y exercice. Si l’exercice, cette partie essentielle de l’étude , porte principalement sur la forme , qu’on n’oublie pasque celleci importe au fond comme le fond à la forme , qui , sans lui, reste vide. Dans toute science et dans tout art, il est un mode d’expression qui convient à l’idée.

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et lui est étroitement lié, une forme parfaite et finie qui marque son entier développement et sa plus haute clarté, sans laquelle la pensée reste vague et confuse, ne se possède ni se maîtrise. Y atteindre c’est atteindre à l’idée même. Rester en deçà, c’est savoir et comprendre àdemi. Il ne faut donc pas regretter le temps et la peine consumés dans cet exercice. Outre que le vrai savoir est à ce prix , c’est dans cette lutte que l’esprit , moins passif, développe son énergie. C’est ainsi qu’on devient fort ; c’est le secret du succès. Mais, d’autre part , l’exercice qui ne porte que sur la forme et néglige le fond est un stérile labeur. Il engendre la fausse rhétorique dans les lettres, la scholastique dans les sciences et la philosophie. Tous deux réunis, combinés, identifiés, forment la base d’une solide et complètein struction. De là, avecun inépuisable trésor d’érudition et de pensées , la clarté , la précision , la méthode , la supériorité d’un esprit à la fois nourri et fécondé , alerte et réglé.

Apprendre et s’exercer, tels sont sans doute les premières conditions de la culture intellectuelle; ce n’est pas le but. Le but est de produire. Cette divine faculté de produire et de créer, qui distingue l’homme et l’assimileà Dieu , elle n’est pas seulement la prérogative de l’artiste et du poète ; elle appartient aussi au savant, et tout savant digne de ce nom ne doit pas seulement posséder la science, mais s’efforcer de s’en tracer à son tour une image plus parfaite, qui réponde mieux à l’idéal tel qu’il le conçoit. Autrement,

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la science en lui n’est ni féconde ni vivante, elle est stérile et morte; elle dégénérera bientôt en mécanisme et en routine. Lui-même ne sera qu’une machine plus ou moins bien réglée.

Or, la production se fait par une vive intuition qui rapproche et saisit simultanément les deux termes de toute existence, le général et le particulier, l'idéal et le réel, l’abstrait et le concret, et de ce choc fait jaillir une idée qui les illuminant tout-à-coup d’un jour nouveau, dévoile entre eux de nouveaux rapports.

Ces règles posées, Schelling attaque la méthode qui les méconnaît ; il signale ses tendances et ses funestes effets.

Cette méthode, déjà appréciée plus haut, consiste à enseigner et apprendre les faits et les résultats, comme tels, sans chercher à en pénétrer le sens ou l’esprit et à comprendre les principes , qui euxmémes sont présentés comme de simples données historiques. Elle tend à transformer les établissements scientifiques en établissements industriels; car la première conséquence est de faire négliger complètement la théorie pour les résultats, de faire de la science, non un but, mais un moyen, et d’en abaisser le niveau.

Ses effets sur l’esprit cultivé par elle sont faciles à prévoir. 1° Il est impossible qu’il s’approprie bien ce qu’il ne fait que recevoir. Ne sachant remonter des faits aux causes, des résultats aux principes, et redescendre de ceux-ci aux conséquences, il est iota-

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lement dépourvu d’intuition. Ne possédant pas l’intelligence des principes il les applique souvent à faux; sa science l’abandonne souvent , même dans les cas particuliers , et sa maladresse se trahit avec son ignorance. 2“ Il est incapable de progrès. Pour avancer il faut avoir devant les yeux un but, un idéal , juger les découvertes actuelles avec une mesure qui les dépasse et en fasse sentir l’insuffisance. Il faut d’ailleurs s’élever au-dessus des particularités et les dominer par des vues générales. 3° Du sentiment de l’impuissance jointe à l’absence d’idées, naît l’amour de l’immobilité et la haine du progrès , la peur des théories et des réformes , de tout ce qui menace de troubler le repos et la paresse d’esprit et de renverser l’échafaudage factice de classifications arbitraires ou artificielles sur lequel s’étaie un savoir superficiel. C’est le plus grossier positivisme dans la science (f).

Schelling , indique ensuite les conditions relatives aux études qui doivent servir de préparation à l’enseignement supérieur , et qui font l’objet de ce que nous appelons l’instruction secondaire.

Il marque d’abord la limite qui doit les séparer; car il est essentiel d’empêcher toute anticipation, toute confusion. Les premières études doivent être fortes et complètes, mais élémentaires, se mesurer

(1) On pourrait y joindre ce que dit Royer-Collard des hommes qui dédaignent toute théorie : « La prétention excessivement orgueil- » leuse de n'étre pas obligé de savoir ce que l’on dit quand on parle, * et ce qu’on fait quand on agit. »

Uli TRADUCTEUR.

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