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ü faildes vœux pour le rétablissement de cette antique science. Dans tout ce passage, le philosophe allemand ne fait guère, en effet, que reproduire les idées familières aux anciennes écoles idéalistes de la Grèce, où la théorie des nombres se combinait avec . celle des idées. En ce qui concerne en particulier la question d’éducation, on peut comparer avec le vit* livre de la République de Platon.
On s’étonnera seulement que Scbelling, qui fait jouer un si grand rôle aux mathématiques dans la science de la nature, n’en ait pas tiré un plus grand parti dans la formation et l’exposition de son système. L’exemple n’a pas répondu au précepte. Tout se réduit à quelques notations algébriques et à l’appareil extérieur de la méthode géométrique , formalisme qui jette sur la doctrine plus d’obscurité que de lumière, ou à des expressions qui perdent leur valeur et leur sens à mesure que l’on s’élève dans l’échelle des êtres, et qu’il s’agit d’expliquer les lois de l’organisation et de la vie. Telles sont les dimensions des corps appliquées aux fonctions de l’organisme ( voy. xm‘ leçon).
Les mathématiques , quel que soit le haut rang qu’elles occupent dans la hiérarchie scientifique, et bien qu’elles soient une expression de l’absolu, sont cependant encore enchaînées au monde des formes. Ce n’est toujours qu’un reflet de la science première, reflet divisé et séparé de son principe. Or, il existe une science qui a pour objet les idées elles-mêmes
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dans leur pureté, dégagées de toute forme, et l’absolu leur principe. Cette science, dont le modèle et la source immédiate est la science divine elle-même, c’est la philosophie.
Entre elle et les mathématiques il y a cette ressemblance que toutes deux se fondent sur l’identité du généralet du particulier, et qu’elles s’adressent également à l’organe intellectuel qui saisit celte identité, à l’intuition intellectuelle. Mais l’intuition mathématique ne la saisit que dans son reflet, à l’aide de formes etde figures qui s’adressent encore aux sens et à l’imagination. L’intuition philosophique est une intuition immédiate de la raison. La philosophie est donc la science des idées, des types éternels des choses, définition, comme on le voit, toute platonicienne.
Quant à l’esprit philosophique, il consiste précisément dans cette faculté d’intuition, qui en tout sait voir le général dans le particulier, le particulier dans le général, et percevoir leur identité, dans l’habitude invariable d’envisager toute chose decepointdevue.
La cinquième leçon contient la réfutation de quelques unes des objections que l’on fait ordinairement contre l’étude de la philosophie.
Première objection : La philosophie est dangereuse à la religion et à l’État. — Ile quelle religion , de quel État parle-t-on , et , enfin, de quelle philosophie? Si par philosophie l’on entend un rationalisme étroit qui méconnaît les vérités éternelles renfermées dans
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les dogmes religieux, vérités qui servent aussi de base à la société, on a raison, rien n’est plus dangereux qu’une telle philosophie. Mais elle ne mérite pas ce nom. Ici, Schelling fait une violente sortie contre les théories politiques de la philosophie française du xvm* siècle. Nous ne nous donnerons pas la peine de relever l’exagération passionnée de ce morceau , que l’on dirait écrit de la plume de son disciple Gœrrès. Ceci n’a d’excuse que dans la date de ces leçons. On sait qu’à cette époque les écrivains et les philosophes de l’Allemagne, qui avaient d’abord accueilli, avec plus ou moins de sympathie, les idées de la révolution française, effrayés de scs excès, s’étaient bientôt tournés contre elle et contre la cause principale qui l’avait préparée. Aveuglés sur le principe par ses apparentes conséquences, ils ne virent dans la cause, comme dans son effet, que le mauvais côté , les abus, non les abus qu’elle a détruits. Si Schelling se fût borné à flétrir des écarts et des excès que tout homme sensé déplore et condamne, il eût encore fait preuve d’un esprit étroit; car n’envisager qu’une seule face des choses et le côté négatif est moins permis à un philosophe qu’à' tout autre. Au reste, que le côté positif lui ait échappé, il n’y a pas lieu de s’en étonner. Comment l’idée du droit, que la philosophie du xvm* siècle a eu pour mission de proclamer à la face du monde et qu’elle a fait triompher dans les institutions comme dans les intelligences, serait elle bien comprise dece- Juiqui cherche le typeet le modèle d’une constitution
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politique dans d’abstraites catégories, et qui, d’ailleurs, posant en principe l’équation de la liberté et de la fatalité , assimile les lois du monde moral et de l’activité libre à celles de la nature?
L’accusation qu’il porte ici pourrait bien tout simplement retomber sur son système, en être la condamnation dans l’ordre des faits , arrêt dont on ne peut appeler, car c’est le jugement de Dieu.
Quant à supprimer d’un trait tout ce grand mouvement philosophique qui aboutit à la révolutulion française , et cela sous prétexte qu’on n’a pas été sobre de paroles, qu’on s’est servi beaucoup du raisonnement au lieu de s’élever jusqu’aux idées de la raison, c’est se faire illusion sur la forme, comme tout-à-l’heure sur le fond. Que voulez-vous? si cette philosophie est raisonneuse, c’ost qu’apparerament on ne détruit pas des abus en construisant des formules métaphysiques. Si elle est peu spéculative, c’est que les idées de justice , d’égalité, d’humanité sont encore moins dans la tête que dans le cœur des hommes; c’est qu’elles sont plus vivantes , plus efficaces dans la conscience humaine et le sentiment vif, énergique de la liberté, que dans les catégories de la raison, ou dansd’impuissantes formules. Ici, au moins, ne risquent-elles pas de se perdre dans ledédale d’une 'dialectique subtile, habile quelquefois à forger des sophismes à l’aide desquels se légitime le despotisme des gouvernements absolus. Nous pensons qu’elles ont mieux fait de s’adresser à la plume qui a tracé
Ull THAUUCTELH.
l'Esprit des lois qu’à celle de l’auteur de l’Idéalisme transcendent al , et qu’une déclaration des Droits de l'Homme eût été mal rédigée par un métaphysicien qui consacre le régime des castes. A notre avis, le penseur qui ne retire de ces sublimes spéculations qu’une apologie de la monarchie absolue et de l’aristocratie doit être, malgré ses superbes dédains , classé, comme publiciste , fort au-dessous de ces raisonneurs éloquents tels que Rousseau et Montesquieu, qui ont su, du moins ,sur les principes de la société moderne, trouver quelque chose de plus original qu’une imitation vague delà république de Platon. — Ceci ne nousempêchera pas d’admettre la conclusion générale, savoir: qu’il n’est pasde l’essence de la philosophie d’être hostile à l’État ; que l’État repose sur des vérités éternelles, et que la philosophie doit chercher à les comprendre; que le vrai rôle de celle-ci n’est pas de détruire, mais de fonder et d’affermir toute constitution qui repose sur le droit et la justice. — Ce qui est dit de la politique utilitaire nous paraît aussi vrai qu’élevé et originalement exprimé.
Seconde objection : L’élude de la philosophie ne sert qu’à dégoûter des sciences positives. Sur ce point, Schelling est beaucoup plus heureux que sur le précédent. Il accepte ironiquement l’objection , et la retourne avec habileté contre ses adversaires. Oui , la philosophie est l’ennemie naturelle des sciences positives; c’est-à-dire stationnaires. Elle a toujours été fatale aux théories qui tendent à immobili-
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Pllél ACE
scr la science ; elle est l’ame du progrès et son prîneipal promoteur; sa tâche est de sonder la base des théories et des classifications , et de les renverser lorsqu’elles sont peu solides. L’absence ou l’incohérence d’idées lui répugne ; elle a peu de respect pour la lettre morte, et s’attache surtout à l’esprit. Elle apprend aux jeunes gens à faire un usage libre de leur raison , et à se contenter difficilement des résultats acquis. Elle les éclaire sur les lacunes et les imperfections de la science dans son état actuel. Elle pousse l’esprit en avant , en lui montrant un idéal auquel il doit tendre incessamment, sans pouvoir y atteindre. Ainsi , les scienees mal faites , incohérentes, immobiles, n’ont pas de plus redoutable adversaire que la philosophie. Quant à la science véritable , qui ne sait qu’elle en inspire non-seulement le respect, mais l’amour, un amour pur et désintéressé? Qui ne sait qu’un esprit philosophique exercé est la meilleure préparation à l’étude des sciences spéciales , parce qu’on y réussit d’autant mieux qu’on y apporte plus d’idées, et qu’au désir de connaître se joint la capacité de saisir les rapports des choses?
La troisième objection n’est autre que la thèse, tant de fois reproduite, de la mobilité des systèmes philosophiques. Schelling y fait une rép'onse peu polie ; nous l’aurions voulue plus développée. Ces changements , dit-il , n’existent que pour les ignorants. Dans l’histoire des opinions humaines , il y a deux parts à faire : celle des conceptions isolées, des essais
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avortés et stériles , des systèmes éphémères , sans racines dans l’esprit du temps, sans lien avec le passé et l’avenir; puis, celle des grands systèmes , qui exprimant l’idée générale d’une époque ont exercé une vaste et durable influence sur les esprits. Pour ces derniers , la contradiction n’est qu’apparente et à la surface. Ils se succèdent dans un ordre nécessaire, et forment un enchaînement régulier. Entre eux il y a unité, identité fondamentale. Ils marquent le progrès de l’esprit humain et de la raison. Les vrais philosophes sont aussi bien d’accord entre eux que les mathématiciens. S’il y a plus de diversité dans leurs idées, c’est qu’elles offrent plus d’originalité; c’est que la philosophie est chose vivante, et que la diversité est la loi de tout développement libre. D’ailleurs , si elle change , c’est qu’elle n’a pas encore atteint sa forme définitive ; c’est que chaque système qui révèle une nouvelle face des choses aiguise l’esprit , soulève des problèmes nouveaux , et est ainsi la cause de sa propre ruine.
On fera bien de lire le remarquable fragment que nous avons placé à la fin du volume ( p. 324 ), sur la succession des systèmes philosophiques , et où la môme idée est exposée avec plus d’étendue et appliquée à l’histoire de la philosophie.
Schelling se moque avec esprit de ceux qui regardent la philosophie comme une affaire de mode , et qui, pourtant, quand ils peuvent attraper ça et là quelques lambeaux de philosophie, nedédaignenlpas de
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s’en parer. Ceci nous rappelle un passage analogue de Platon : « Se mêler un peu de philosophie, un peu v de politique , c’est avoir la mesure convenable. A lors » on participe à l’une et à l’autre autant qu’il faut; » et on goûte, loin des dangers et des disputes, le » fruit de la sagesse. » ( Plat. Euthydème. )
Sixième leçon. Sur quoi doit porter l'éducation philosophique? Et d’abord la philosophie peut-elle s’apprendre? Telle est la première question que se pose Scheliing dans cette leçon sur l’étude de la philosophie, qui est plus propre qu’aucune autre à nous placer au véritable point de vue de son système. Il faut distinguer, dit-il , deux choses, le fond et la forme. Le fond, les idées ne s’apprennent pas. De même, la faculté de les concevoir est innée et ne peut s’acquérir. Mais la forme peut et doit être développée : la faculté philosophique a besoin , comme toute autre , de culture et d’exercice. Elle se développe d’abord par la connaissance des formes antérieures qu’a revêtues la pensée philosophique, c’est-à-dire par l’histoire de la philosophie. Celte connaissance est d’ailleurs excellente pour les jeunes esprits qui croient facilement pouvoir, sans étude, se créer un système et juger l’œuvre des grands philosophes ; elle les guérit de cette présomption. La faculté philosophique demande, en outre , à être exercée par la dialectique. Celle-ci est à la philosophie ce que la technique est à l’art. Mais il faut s’entendre sur la nature et le but de la dia-
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