‹ Écrits philosophiques et morceaux propres a donner une idée générale de son systèmeChapitre 19 sur 69 · XC · texte numérisé non relu

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Iccliquc. La définition qu’en donne Schelling diffère de celle de Platon , comme les systèmes des deux philosophes. Suivant Platon, la dialectique consiste à savoir remonter du particulier à l’universel ou à l’idée, et à redescendre de l’universel au particulier, en passant par tous les degrés de cette échelle ascendante et descendante, au sommet de laquelle est l'absolu, le souverain bien , comme au dernier échelon sont les existences passagères du monde sensible. Pour Schelling, la méthode est plus courte : son but est d’anéantir immédiatement le fini , de tout représenter comme un, démontrer partout cette absolue identité qui réside au fond de toutes choses, d’opérer partout la fusion des deux termes : de l’universel et du particulier , du réel et de l’idéal, du fini et de l’infini ; de faire ressortir leur unité sous leur diversité apparente, de faire concevoir ainsi Y absolu qui est leur hase commune — Nous ne voulons discuter ici ni le système, ni la méthode. Nous ferons seulement remarquer que Schelling, à qui l’on a souvent reproché de trop accorder à l’inspiration et de négliger les procédés sévères de la méthode, d’introduire la poésie dans la science, insiste ici beaucoup sur la nécessité et l’importance de la méthode et d’une fortne particulière à la philosophie. Il déclare que, sans la dialectique , il n’y a pas de philosophie scientifique ou proprement dite. Qu’il ait enfreint le précepte , que ses disciples l’aient encore moins suivi, toujours est-il qu’il le donne , et fait une loi impérieuse de son application^

XCII PHÉFACE

Ce qui suit expliquerait davantage le reproche indiqué plus haut et la tendance poétique de l’école entière. Nous voulons parler du rôle que le philosophe accorde à Vimaginalion dans la science et dans la philosophie. La faculté, dit-il, de produire et de créer, qu’il ne faut pas confondre avec l’association des idées ou avec la fantaisie, n’est pas moins nécessaire au philosophe qu’au poète et à l’artiste. Cette pensée de Schelling, qu’il ne développe pas ici, se comprend d’ailleurs facilement par l’esprit général de sa doctrine : — Saisir par une vive intuition le lien qui unit les contraires, les analogies profondes que nous dérobe la superficie des choses, reproduire cette harmonie dans des images vivantes et idéales, tel est l’œuvre véritable de l’imagination dans l’art ; là est le secret de la création artistique. C’est aussi celui des grandes découvertes scientifiques et philosophiques. La solution d’un problème philosophique dépend de la faculté de saisir un rapport entre deux termes extrêmes et opposés , de lever la contradiction , de rattacher ainsi l’idéal au réel , le réel à l’idéal, en les ramenant à leur principe commun, et cela à priori, par un acte d’intuition, non par la réflexion proprement dite. C’est ce que ne feront jamais ni l’expérience, qui constate les faits, sans les expliquer, ni un entendement aride, qui ne sait que les classer et les ramener à des catégories abstraites. Le génie philosophique est donc créateur comme le génie arlislique. (Voy. Idéalisme transcendantal, 6* partie.)

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Or, cette faculté d’intuition qui est le vrai talent en philosophie, c’est là ce qu’il faut savoir développer chez lejeune homme. Au moins, doit-on empêcher ju’ellc ne soit étouffée dans son germe ou faussée par une mauvaise direction.

Ici , Schelling reprend le ton de la critique. Il combat la fausse direction donnée à l’esprit philosophique par les méthodes et les systèmes alors en vigueur dans les Universités. Il attaque, 1° la méthode du sens commun et de la saine raison , qui , selon lui, ne peut engendrer en philosophie qu’un dogmatisme étroit et positif, incapable de s’élever jusqu’à l’idéal ; 2° la méthode du raisonnement ordinaire, qui ne produit également que le dogmatisme, et , de plus, s’enferme dans des contradictions qu’elle ne saurait lever ; 3° V empirisme , qui se borne à constater, à décrire, analyser et classer les faits, sans pouvoir en pénétrer le sens, en dégager l’idée, en donner la théorie , et qui reste ainsi en-deçà de la science, 4° l’enseignement, dont la base est la logique d'Aristote , ou celle de Wolf, enseignement stérile, qui roule uniquement sur les formes de la pensée ; 5" la logique transcendantale de Kant elle-même, science encore formelle, où le fond est séparé de la forme, méthode contraire à l’esprit de la vraie philosophie, qui, au lieu de séparer ces deux termes, cherche à les identifier. Cette méthode, d’ailleurs, transporte à l’infini les lois de l’entendement logique qui ne s’appliquent qu’au fini. Sa base est le principe de contra-

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diction. — La logique spéculative part du principe opposé : elle pose l’égalité et l’identité des contraires dans l’unité absolue. La logique d’Aristote et celle de Kant, dont l’instrument est le syllogisme, confondent deux facultés essentiellement distinctes, Ventendemenl , le raisonnement , hvec la raison , qui seule conçoit l’absolu , l’inconditionnel.

On pense bien que la méthode psychologique ne trouve pas grâce devant la philosophie spéculative et l’auteur du système de l’identité. C’est sur elle que tombent ses critiques les plus acerbes et les plus hautaines. 11 lui reproche d’abord de partir d’une fausse hypothèse: la distinction de l’ame et du corps. Cette distinction , dit-il , n’existe qu’au point de vue phénoménal et empirique: au point de vue spéculatif ou de l’idée, elle s’évanouit. Entre l’âme et le corps non seulement il y a réciprocité d’action , union , intime harmonie, mais ils se correspondent comme le fond et la forme, l’idéal et le réel. Identiques dans leur essence, ce sont lesdeux modes du même principe, qui se dédouble et se différencie dans son développement. Et ceci n’est pas propre à l’existence humaine, mais se retrouve dans toutes les existences et à tous les degrés de l’échelle des êtres. Partout l’opposition et la fusion des deux termes, de la matière' et de la force, de la vie et de l’organisme, de l’ame et du corps, distincts et identiques, inséparables comme l’essence et la forme , différents en apparence et dans leur existence réelle, mais retrouvant leur

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identité dans le principe qui est leur racine commune. Donc , toute méthode qui les isole et les étudie séparément est fausse et ne peut conduire qu’à de vaincs abstractions sans vio ni réalité. Tel est le sens de la première assertion dirigée par Schelling contre la méthode psychologique. II nous suffit d’avoir placé le lecteur au point de vue de l’auteur , de l’avoir mis à même de comprendre cette objection qu’il regarde comme capitale.

Un second reproche que Schelling adresse à la psychologie est sa tendance à tout ramener à des faits empiriques, à négliger pour eux les principes et les idées où à les confondre avec les faits de conscience, en un mot, à supprimer la métaphysique. Il l’accuse, en même temps, de se perdre dans l’analyse minutieuse des faits secondaires, de mettre toutes les facultés humaines au même niveau et de méconnaître leur hiérarchie. Il s’élève contre la prétention impuissante de tout expliquer par ces faits et de rendre compte , par de telles causes, des grands événements de l’Iiistoire et des créations du génie de l’homme dans les arts et dans les sciences. Nous sommes loin de partager ces préventions et ces dédains pour la méthode ici inculpée; mais on ne peut nier que jusqu’ici elle n’y ait , en partie , donné prise.

Les tendances quel’on signale iciet qui sont réelles, sont-elles seulement des écarts auxquels elle est exposée? Tiennent-elles à sa nature et à son essence même ? Faut-il les lui imputer , ou s’en prendre à l’es-

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prit étroit et timide de la plupart des hommes qui l’ont mal comprise et incomplètement pratiquée? Est-il dans sa destinée d’accomplir son œuvre lentement et obscurément , d’amasser simplement des matériaux et de préparer la voie au génie? Faut-il attendre, en effet, que le génie, sans lequel les méthodes restent impuissantes et stériles , vienne la féconder et révéler tout-à-coup sa puissance et sa portée? Ce sont là autant de questions que chacun se pose aujourd’hui et que nous n’avons pas à examiner. Nous ferons observer néanmoins que, pour répondre au défi qui lui a été porté dès l’origine par ses adversaires, il est temps qu’elle abandonne ses allures trop timides et trop circonspectes, et que , sans renoncer à sa prudence et à la sévérité de ses procédés , elle aborde enfin les grands problèmes philosophiques. Il n’y a qu’un moyen de fermer la bouche à ces détracteurs , qu’une réponse victorieuse, c’est la création d’un système, où tous ces problèmes trouvent leur solution et leur explication.

Après cette critique des différentes manières d’étudier la philosophie dans les Universités, Schelling cherche une confirmation de sa propre méthode dans l’histoire de la philosophie moderne, dont il trace l’esquisse à grands traits. 11 pose d’abord la formule du développement historique en général : Dans l'antiquité , le principe éternel des choses , l’infini revêt la forme du fini ; il prend pour mode de manifestation la nature. Dans toute les productions du monde ancien ,

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dans la mythologie , l’art et la science , ce qui domine, c’est le côté naturel. L’inlini apparaît sous la forme du fini, dans une unité non encore développée. (Voy. 8' et 9' leçon.) Dans le monde moderne, les deux termes se séparent d’abord. A l’origine éclate leur scission. L’infini s’oppose au fini et le fini à l’infini. Ainsi, le monde moderne est d’abord le monde de l’opposition, de la dualité. Mais eette lutte, nécessaire pour la manifestation de l’infini, selon sa vraie nature, n’est que passagère, c’est une transition pour arrivera une plus haute et plus profonde harmonie. A la dualité doit succéder une unité supérieure, non plus celle de la nature, inconsciente et fatale, mais une unité consciente et réfléchie, qui révèle l’essence des deux termes développés et conciliés. — Telle est la formule avec laquelle Schelling juge les systèmes de la philosophie moderne. Ainsi , déjà dans Descartes , le dualisme se pose nettement par la distinction des deux substances : la matière et l’esprit, l’étendue et la pensée, qui n’ont entre elles aucun lien, aucune communication. Toute la philosophie du xvm* siècle entre dans celte voie, Spinosa seul excepté, génie incompris et méconnu de ses contemporains, qui a devancé son siècle. En vain Leibnitz cherche-t-il à rétablir l’harmonie. Il proclame l’unité et le développement à tous les degrés de l’existence; mais il reste dans le point de vue inférieur de la réflexion et du raisonnement, au lieu de s’élever au point de vue spéculatif. D’ailleurs, par l’hypothèse de l’harmonie préétablie,

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il retombe dans le dogmatisme. — Avec le sensualisme du xviii* siècle se développe le terme opposé sous sa forme exclusive. La philosophie perd le sens de l’infini; le fini avec l’empirisme règne et triomphe parlent; l’idée de l’infini s’est retirée de toutes les formes de la civilisation. Exilée du monde, elle se réfugie au fond de l’ame humaine. Alors le théâtre de la lutte change, le drame récommence sur une autre scène. L’antagonisme des deux principes se déclare au for intérieur de la conscience. Kant apparaît, et avec lui la philosophie subjective. Ici se reproduit, d’une façon plus claire et plus profonde, leur antinomie , sous les noms de sujet et d'objet, dans la sphère de la raison elle-même et de ses, catégories. Ce combat finit par le triomphe du subjectif et la négation de l’objectif. Fichte consomme cet anéantissement. 11 fait cesser ainsi le dualisme, qui cependant reparaît encore par la distinction de la spéculation et de Faction. Exclu de la spéculation par le scepticisme théorique, l'absolu reste enfermé et emprisonné dans le sanctuaire de la vie morale. Tel est le caractère de de ce stoïcisme nouveau qui donne à l’ame et à la volonté une valeur surhumaine et infinie. — Restait donc à rendre aux deux termes leur existence libre, à les harmoniser de nouveau en les faisant rentrer dans une unité supérieure, et à retrouver ainsi le véritable absolu. C’est là, selon Schelling, la tâcbcque la philosophie doit remplir et qui ouvre devant elle une carrière nouvelle. C’est ainsi qu’il qualifie le

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