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PREFACE
aurait mieux fait de les omettre dans l’intérêt de sa doctrine. Si l’on venait dire à quelqu’un de nos praticiens qu’il y a dans l’organisme un double rapport, l’un naturel, l’autre divin, dont les lois seules révèlent au médecin les formes, le premier et le principale siège de la maladie , le guident dans le choix des moyens et l’éclairent sur le spécifique dans l’action de ces derniers , aussi bien que sur les symptômes de la maladie, nous doutons que celui ci , fût-il un disciple de Brown, se trouvât très édifié de ce théosophisme médical. Quant l’auteur développe des maximes générales comme celles ci : la science de la médecine exige un esprit et des principes philosophiques 5 quant il montre la nécessité de joindre la théorie à l’expérience, les incertitudes et les ridicules de l’empirisme , si sa pensée est moins originale , sôn langage est plus clair, sa critique est pleine de force , et sa verve nous intéresse. On remarquera aussi le morceau qui termine celte leçon , où l’auteur de la philosophie de la nature insiste sur les rapports de la médecine avec la science générale de la nature, et avec l’anatomie comparée en particulier. S’il est vrai, dit-il, qu’un seul et môme type fondamental se répète dans la production des diverses espèces, les métamorphoses de la maladie doivent être déterminées par les mômes lois ; d’où il suit que la médecine doit se confondre avec la science générale de la nature; les deux sciences se correspondent. La médecine doit embrasser l’ensemble des connaissances organiques ,
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suivre les développements de la vie depuis la piaule jusqu'au sommet du règne animal. L'anatomie comparée est le flambeau delà médecine. Mais si la comparaison, en effet , doit servir de guide, le type de comparaison, ce n’est pas l’expérience qui doit le fournir. Si l’on prend pour type l’organisation humaine , ce principe est clair en apparence; mais l’organisation humaine, comme la plus parfaite, est aussi la plus complexe; elle a besoin elle-même d’être éclairée par la connaissance des degrés inférieurs. Cette méthode, d’ailleurs, en s’arrêtant à un point unique, fausse lo coup d’œil qui doit embrasser l’ensemble. L’oubli de ces principes , joint à la multiplicité des détails, a amené la séparation de l’anatomie et delà physiologie, qui doivent se correspondre comme l’intérieur et l’extérieur, et le procédé mécanique qui domine dans la plupart des livres d’enseignement et dans les académies.
Schelling voudrait donc que l’anatomiste, s’élevant au-dessus du point de vue ordinaire, se contentât d’exprimer avec vérité les formes réelles, en saisit le caractère symbolique, c’est-à dire qui représente extérieurement les développements divers d’un même type intérieur; qu’il eût toujours présent à la pensée ce type fondamental; qu’il se laissât guider par l’idée d’une unité et d’une affinité entre toutes les organisations. — On reconnaît ici la base du système développé en Allemagne par Oken , Goethe , etc., en France par Geoffroy Saint-Hilaire.
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PHÉFACE
Quatorzième leçon. Sur la science de l'art. Schelling , qui assigne à l’art un rang si élevé dans son système, ne pouvait manquer de lui donner une place importante dans les études académiques ; c’est par là que se terminent ces leçons.
Une université n’est pas une école des beaux-arts; ce n’est pas là que l’on apprend à devenir statuaire , peintre ou musicien. Mais les principes et la théorie des beaux-arts, leur histoire et les lois qui président à leur développement sont l’objet d’une étude du plus haut intérêt, qui laisse un vide dans le cadre du haut enseignement, si elle y est omise. Schelling netrouvait alors , dans les universités allemandes, rien qui y répondît , si ce n’est la philologie qui, combinée avec la haute critique, doit aboutir à une histoire philosophique de la littérature. Quand aux arts du dessin, une histoire purement érudite et archéologique est tout à fait insuffisante. Il réclame donc, pour cette science devenue depuis une des branches les plus florissantes de l’enseignement supérieur chez nos voisins, des bases plus larges et un point de vue plus élevé. H s’attache, dans cette leçon , à montrer sa possibilité, son véritable objet et son utilité.
1° Une philosophie de l'art est-elle possible ? Des difficultés s’élèvent ici et du côté de l’art et du côté de la philosophie elle-même.
Quest-ceque l’art en elfet ? N’est-ce pas une imitation de la nature ? son but est de substituer l’apparence à la réalité , de produire l’illusion. Quoi de
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plus opposé à la philosophie, qui a pour objet la vérité? Le philosophe doit renier l’art comme artisan de mensonges, comme nous transportant dans un monde do chimères et de fictions. Son effet, d’ailleurs, n’est-il. pas d’énerver et d’amollir les âmes?
Schelling ne s’arrête pasà démontrer longuement la fausseté de ces assertions puisées dans de vulgaires préjugés ; il leur oppose une idée plus vraie de l’art et de sa mission. L’art n’a pas moins que la philosophie pour objet l’immortelle et invisible vérité; c’est elle qu’il montre à travers ses images et ses emblèmes, et il s’adresse à l’esprit par l’intermédiaire des sens. Il est une révélation des idées divines; loin d enerver l’âme il épure ses sentiments , il la transporte dans un monde idéal et l’initie à ses mystères ; cette initiation a pour résultat de purifier les passions que réveille leur vivant tableau. Son effet est moral et même religieux.
Mais le divin Platon n’a-t-il pas banni les poètes de sa République ? — On a mal compris le sens de cet arrêt du roi des philosophes; ce qu’il condamne, c’est l’art grec et la mythologie payenne , qui , en effet ont trop sacrifié au culte de la forme et trop flatté les sens. Si Platon eût connu l’art chrétien et la poésie chrétienne, loin de les proscrire il les eût accueillis avec enthousiasme. Il faut bien plutôt voir dans cet arrêt le pressentiment et comme la prophétie d’un art nouveau, essentiellement spiritualiste et destiné à représenter l’infini dans ses œuvres. Ce qui prouve
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(juc ce jugement n’a rien d’absolu , c’est que dans d’autre dialogues (Ion, Phèdre, Banquet), Platon parle de la poésie avec éloge et célèbre l’inspiration poétique comme émanant d’une source divine. La vraie conclusion, c’est que l’art grec n’est qu’un genre particulier, qui, comme tel, a ses limites, qu’il existe une autre forme de l’art plus élevée, et qu’il est nécessaire d’embrasser celui-ci dans son développement complet.
Mais si l’art est un digne objet d’étude pour la philosophie, celle-ci est-elle capable de le comprendre? JS’est-il pas aussi mystérieux dans ses procédés que merveilleux dans ses effets? D’ailleurs n’est ce pas une prétention vaine que celle de lui assigner des lois ? Le génie n’obéit qu’au soufïledivin qui l’anime, il est essentiellement libre, il se joue des règles dans lesquelles on cherche à l’emprisonner. Comment introduire la réflexion dans les œuvres de l’inspiration ?
Ceux qui tiennent ce langage rabaissent en réalité l’art en croyant l’élever au-dessus de la raison; puisque, si tout est incompréhensible dans ses œuvres, ne s’adressant plus dès lors à l’esprit et à ses hautes facultés, il ne s’exerce plus que sur la partie inférieure del’ame, la sensibilité. Mais pour bien comprendre la réponse de Schelling, il faut se placer à son point de vue et se rappeler le sens de ses formules. L’art, en revêtant les idées d’une forme sensible et réelle, représente l’unité de l’idéal et du réel , leur parfaite et harmonieuse fusion. Cependant leréelou l’objectif,
Dl) TRADDCTF.DR.
domine encore clans l’art. L’idée qui fait le fond de l’œuvre d’arl est fondue avec la forme, et l’artiste n’en a pas la conscience distincte et réfléchie. L’idéal, la pensée pure n’existe que pour le philosophe. L’art et la philosophie s’opposent donc comme le réel et l’idéal, le subjectif et l’objectif. Bien qu’au sommet de la pensée il se rencontrent, bien qu’ils aient tous deux le môme objet, soient , à la fois , l’image et le modèle l’un de l’autre, la distinction se maintient et l’opposition subsiste. Le sens artistique et l’esprit philosophique sont identiques et faits pour se comprendre mutuellement. Toutefois, la philosophie, c’est-àdire la réflexion, peut voir plus clair encoreque l’art lui-môme dans ses œuvres. L’idée , la pensée qui en fait le fond, c’est une idée, une pensée philosophique; le vrai modèle, c’est la philosophie qui le possède. Si donc elle ne peut créer l’œuvre d'art, il lui est donné de le comprendre mieux que l’artiste lui-môme. Dans l’inspiration, celui-ci obéit à une impulsion intérieure, qui lui ravit la conscience claire et réfléchie de luimême et le secret de ses créations. Pour en avoir une intelligence plus parfaite, il faut qu’il abandonne l’inspiration pour la réflexion et devienne philosophe. Autrement, il est possédé par l’idée plus qu’il ne la possède, il la développe plus ou moins instinctivement et spontanément, à la manière des forces de la nature. En un mot, si le fond de l’art et de la philosophie est identique , les deux sphères de la pensée sont différentes , et la philosophie conserve son carac-
PRÉFACE
1ère propre, celui de comprendre et d’expliquer; elle peut poursuivre l’art jusque dans sa source la plus cachée et dans le foyer où s’élaborent ses conceptions.
L’art n’est incompréhensible que pour une philosophie étroite ou fausse, qui ne s’élève pas à la même hauteur que lui dans la région de l’idéal. Les règles que le génie dédaigne, ce sont des règles artificielles et factices. Sans doute il est autonome et se soustrait à une législation étrangère , mais il a la sienne propre, et il n’est le génie que parcequ’il est la plus haute conformité aux règles. Ces lois, la philosophie ne les fait pas; elle veut les connaître, de même qu’elle cherche à découvrir les lois de la nature; et les grands artistes sont comme la nature , calmes, simples, invariables dans leurs productions. Ceux donc qui proclament la liberté absolue du génie et l’affranchissent de toute règle, n’ont puisé leur enthousiasme factice et de seconde main que dans l’ignorance de sa nature et de ses procédés, et dans une connaissance superficielle de ses œuvres.
2° Une philosophie de l’art est possible , et l’on voit quel est son objet. C’est de dégager les idées éternelles qui forment le fond de ses créations ; de comprendre les lois et les principes nécessaires sur lesquels il repose. Quelles sont ses limites? A-t-elle aussi le droit de lui prescrire des règles particulières sur la manière d’éxécuter ses œuvres? Suivant l’opinion deSchelling, la philosophie, s’occupant exclusivement des idées et des principes , doit se borner, en ce qui concerne la
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partie empirique et technique de l’art, à indiquer les lois générales de la représentation artistique , sans se mêler de donner des règles positives d’exécution. C’est là ce qui a égaré la critique, ce qui a donné lieu à tant de théories étroites , banales ou fausses , dont l’effet a été de déconsidérer la science des beaux-arts.
Mais une partie essentielle de cette science, c’èst la partie historique. Schelling se contente de montrer la possibilité d’une histoire philosophique de l’art, ou , suivant son expresion, d’une construction historique des monuments de l’art et de la littérature. Il fait remarquer que déjà la distinction fondamentale de l’art ancien et de l’art moderne et de leurs principaux caractères, reconnus et signalés par la philosophie et par la poésie elle-même , rendent cette tâche plus facile. Nous pensons qu’il a en vue les travaux de Schiller et de Goethe. Il est toutefois très sévère envers lesécrivainsqui ont traité avant lui cette science sous le nom d’Eslhétique ou de théorie des beauxarts ; il leur reproche d’en avoir faussé l’esprit en la ramenant au point de vue moral ou à celui de l’utile. L’impulsion donnée par Kant lui-même est restée stérile chez ses successeurs. Les germes de cette science nouvelle ont été semés par d’excellents esprits, mais qui , étrangers à la philosophie, n’ont pu les développer d’une manière scientifique.
3“ La connaissance de l’art et de ses œuvres est indispensable au philosophe. Il y voit les idées comme réfléchies dans un miroir magique et symbolique. La